Unit 1 · poem · alexandrine · 856 lines
French
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QUELLE foule innombrable entonnant ses Cantiques ,
Du Temple de Lucine inonde les portiques ?
Entrez dans le parvis , jeunes filles , entrez ;
Je vais vous révéler les mystères sacrés
De ma Divinité. Franchissez la barrière ;
Mais avant d'entreprendre une vaste carrière ,
Mesurez-la des yeux , et ne m'exposez pas
Au regret de vous voir retourner sur vos pas.
Sur-tout , défiez-vous de votre ardeur novice ;
Que chacune en un mot se rende ici justice ;
Consultez vos talens , vos forces et vos goûts ,
Voici les qualités que j'exige de vous.
Vous joindrez , avec art , la prudence à l'adresse.
Un abord gracieux plaît , console , intéresse.
Soyez sages sans fard , instruites sans orgueil.
Trop souvent du savoir l'amour propre est l'écueil.
On craint avec raison les langues indiscrètes.
Pour l'intérêt des mœurs , femmes , soyez secrètes ,
Et prouvez aux méchans , de vos succès jaloux ,
Qu'un secret à garder n'est pas un poids pour vous.
La douleur est injuste. Une ame généreuse ,
En servant des ingrats , s'estime assez heureuse ;
Ne préférez jamais le riche à l'indigent ,
Assez d'autres , sans vous , font leur Dieu de l'argent.
Sexe modeste et doux , qu'un sexe vain défie ,
C'est à vos chastes soins que Lucine confie
Les femmes en *travail*. Nul ne peut à son gré ,
Vous frustrer de ce droit juste , antique et sacré.
Vainement l'intérêt, l'orgueil vous le contestent.
Du monde primitif les Annales attestent
Que le sexe timide, en tous temps, en tous lieux,
De son sexe reçut ces soins officieux,
Et que les accoucheurs en horreur à Lucine,
A des femmes sans mœurs ont dû leur origine.
Rachel, par qui Jacob à Laban s'allia,
Quand ce crédule époux eût dédaigné Lia,
Rachel, à la pudeur, jusqu'au trépas fidèle,
Eut durant le *travail* une femme auprès d'elle :
Quand de l'enfantement Thamar sentit les maux,
Elle appela Maïal qui reçut ses jumeaux.
Du grand Pontife Héli, la fille était enceinte,
Quand les fiers Philistins saisirent l'arche sainte,
Et le glaive à la main, dans leur camp ténébreux,
Mirent à mort Phinés, son frère et les Hébreux.
Du valeureux Phinés la veuve infortunée,
Pour comble de disgrâce, à mourir destinée,
Au funeste récit de ses affreux malheurs,
D'un pénible *travail* éprouva les douleurs.
Par trois femmes Layel, Zamore et Malagée,
Après la délivrance elle fut soulagée.
Sur les rives du Nil, les enfans des Hébreux,
Sous le poids de leurs fers devenus trop nombreux,
A leurs fiers oppresseurs inspirèrent des craintes.
Pharaon ordonna que les femmes enceintes
Publieraient leur état, et que les nouveaux-nés,
Par Phua, Séphora, seraient exterminés.
Vain espoir ! Du Tyran la rage fut déçue.
Ah ! Pharaon, l'ami de l'historien Suë,
Levret eût mieux servi ton barbare dessein.
Son crochet que l'Enfer a vomi de son sein,
En séchant d'Israël la tige trop féconde ,
Eût purgé de leur race et l'Égypte et le monde.
Le titre d'accoucheur de nos jours si vanté ,
N'était donc pas encore en Égypte inventé ;
Et Suë en ses *Essais* assure qu'Hérodote ,
Qui rapporte ce fait , est si vieux qu'il radote.
Mais quel est donc ce Suë, et quels sont ses *Essais* !
Le neveu du grand Suë, et tout ce que j'en sais ,
C'est que dans son histoire , épouvantable ouvrage ,
Ce Suë a de Samson déployé le courage.
Seul, il a combattu , contre les Philistins ,
Et des Juifs son épée a vengé les destins.
Il s'est trompé d'état. Mais d'ailleurs si bon-homme ,
Qu'on l'avait surnommé , Mannequin de Saint-Côme.
De la Bibliothèque il avait le dépôt ,
Et cet emploi sacré n'appartient point au sot.
Un tel choix de l'école attestait le délire.
Suë est-là , me dit-on , *afin d'apprendre à lire* ,
Je m'en plaignis ; bientôt il eut un successeur.
Et de la Faculté ce Suë est professeur ,
Auteur et traducteur d'Horace et de Virgile !
C'est un petit Daru , c'est un petit Delille.
Il est Panégyriste ; il est Historien ;
Pour tout dire , en un mot , il est CÉSARIEN.
Tant d'autres ne font rien dans cette docte École ,
Et sont salariés. Quel affreux monopole !
Si de l'Égypte en Grèce , heureux berceau des arts ,
Toujours l'histoire en main nous portons nos regards ,
Qu'y verrons-nous ? Lucine , au sexe , d'âge en âge ,
Transmettant ses secrets à titre d'héritage.
Lucine avec dépit arrachant de nos mains
Un art fait pour des cœurs plus purs et plus humains.
Origène et Platon, Aristote et Maxence,
Des Maïai de leur temps admirent la science.
Pline l'historien loue Éléphantidis,
Et sa digne rivale en son art, Laïdis.
Laïs, Salpé, Sapho, Artémise et Livie,
Dans mon art, chez les Grecs, ont signalé leur vie.
Cléopâtre, Aspasie, Agnodice et Sichris,
Aux fastes de l'histoire ont vu leurs noms écrits.
Digne contemporain du divin Hippocrate,
O fils de Sophronisque ! ô vertueux Socrate !
Qui mieux que toi peut dire à la Postérité,
Ce que l'art doit au sexe, à sa dextérité,
Toi, dont la chaste mère y consacra ses veilles,
Toi, qui témoin heureux de ses doctes merveilles,
Fier d'être issu d'un sang cher à l'humanité,
A louer sa prudence as mis ta vanité.
Toi, le plus sage enfin des sages de la Grèce,
Qui d'une sage-femme enviais la sagesse.
Muse, dis quelle femme en Grèce s'attira
Le surnom de Sauveur ? L'illustre Sotira.
Sotira des humains noble consolatrice,
Des femmes en _travail_ fut la conservatrice.
Sparte et Lacédémone, au sein de leur grandeur,
Qui sur leur propre force élevaient leur splendeur,
Lacédémone, hélas ! à qui la loi cruelle
Ordonnait d'étouffer la pitié maternelle,
A l'égard des enfans faibles, infirmes-nés,
Par Lycurgue, en naissant, à périr condamnés,
Lacédémone enfin qui devait à Lucine,
Sa force, son éclat, sa Majesté divine,
Par son choix exclusif donna lieu de penser
Qu'elle crut l'art aux mains dignes de l'exercer.
Si je vais de l'Attique aux bords rians du Tibre ,
Je vois , non Rome aux fers , mais Rome antique et libre ,
Rome , au temps des Consuls , Rome au temps des Césars ,
Souveraine du monde et Reine des Beaux-Arts ,
De Lucine honorant les mœurs toujours austères ,
Interdire aux Romains ses augustes mystères.
Oui , mais , dit-on , le sexe et sans guide et sans art ,
Ou suivait la Routine , ou marchait au hasard.
Je rougis de combattre une absurde imposture.
Ah ! sans doute , guidé par la simple Nature ,
Et jaloux de la suivre à pas respectueux ;
Le sexe n'avait pas l'orgueil présomptueux
De lui donner des lois , de lui parler en maître.
Le sexe n'avait point , aveugle Géomètre ,
A ses dimensions asservi le bassin ;
Le sexe n'avait point de son bras assassin ,
Dans le flanc entr'ouvert d'une mère expirante ,
Arraché sans pitié sa victime sanglante.
Ces succès éclatans , ces faits bien observés ,
Au siècle de Rousset ont été réservés.
De la simple Nature interprète fidèle ,
Le Beau sexe écrivait ce qu'il apprenait d'elle.
Heureux ! si ces écrits , fruits de travaux constans ,
Eussent pu triompher des outrages du temps.
Vantés par Galien , cités par Démocrite ,
Ces ouvrages sans doute avaient quelque mérite.
Pline , Plaute et Térence en mille occasions ,
De Salpé , Sotira , vantent les fonctions.
*Suivez mon ordonnance avant que je revienne* ,
A fait dire à Lesbi , l'auteur de l'Andrienne ;
Et plus loin : *Cette femme a trop d'emportement* ,
*Est peu propre à soigner un tel enfantement.*
Ammien Marcelin assure qu'Eusébie ,
Epouse de Constance , encouragea Lesbie ,
Sage-femme , à servir son barbare dessein ,
En tuant , au berceau , l'enfant que dans son sein
Portait de Julien la jeune et tendre épouse ,
Dont la fécondité la rendit si jalouse.
En Arabie , en Perse et chez les Musulmans ,
Le sexe exerçait seul l'art des accouchemens.
Enfin , avant qu'un Prince aux rives de la Seine ,
Eût appelé Clément qui brilla sur la scène ,
Un sexe adroit , modeste et sensible à l'excès ,
En Europe exerçait mon art avec succès.
De tout temps , il est vrai , l'art de la Médecine ,
Vint offrir son secours à la chaste Lucine ;
Mais durant le *travail* un voile officieux
Dérobait la Déesse à l'œil audacieux.
Il est vrai qu'avant lui mon art , aux sages-femmes ,
Avait été ravi par des brigues infames.
L'ignorance , l'orgueil et le vil intérêt ,
Dans Athènes jadis obtinrent un décret ,
Par lequel le Sénat , l'auguste Aréopage ,
Faisant à la Pudeur le plus sensible outrage ,
Ordonna que la femme , à l'homme ayant recours ,
Ne pourrait de son sexe implorer le secours.
A ce fatal arrêt le beau sexe intrépide ,
Se dévoue à la mort , et la Parque homicide ,
Des femmes en *travail* moissonne la moitié ;
D'un être malheureux Agnodice eut pitié.
Cette Vierge , ou plutôt cette illustre Héroïne ,
Sous l'heureux vêtement des Prêtres de Lucine ,
Dans Athènes , long-temps , avec impunité ,
Et par zèle et par goût servit l'humanité.
Ses talens, ses succès irritèrent l'Envie,
Et ce monstre versa ses poisons sur sa vie.
Elle osa l'accuser d'être un vil séducteur,
Et de son propre sexe infame corrupteur.
On la traîne au Sénat, mais grâce à la Nature,
Agnodice en trois mots confondit l'imposture.
*Je suis femme*, dit-elle, et dût la Vérité
Faire éclater sur moi votre sévérité,
Je dirai hautement que votre arrêt injuste,
Compromet et l'honneur de ce Sénat auguste,
Et les jours du beau sexe, à qui votre pouvoir
Ne doit, ni ne peut faire oublier son devoir.
Mon art devrait sans doute être interdit aux hommes,
Mais on est sans pudeur dans le siècle où nous sommes ;
A qui n'a plus de mœurs tout paraît innocent :
Pour qui ne rougit plus il n'est rien d'indécent.
Que ce sexe orgueilleux qui toujours nous ravale,
Me permette du moins de marcher sa rivale,
Et si la Vérité n'aigrit point vos esprits,
Sénateurs, apprenez à l'Univers surpris,
Qu'une femme à vos pieds dédaignant leur audace,
De ses vils délateurs vint implorer la grâce.
Par un sexe jaloux ce décret provoqué,
Fut, dans l'Aréopage, à l'instant révoqué.
Ainsi de la Nature interprète fidèle,
Agnodice, à son sexe a servi de modèle.
Aspasie ! ah ! ton nom sans doute eût mérité
De passer d'âge en âge à la Postérité.
Si... Mais quand le talent, des Dieux présent sublime,
S'avilit, se dégrade en s'alliant au crime,
Il est, aux yeux du sage, un objet de mépris.
Les vertus aux talens donnent un nouveau prix,
Aspasie à l'Honneur offrant mille victimes ,
Détruisait de l'Amour les fruits illégitimes ;
Un breuvage infernal... Mais puisse dans l'oubli ,
Ce funeste secret, rester enseveli !
Eh quoi ! d'un tel forfait on souille ta mémoire ,
Hippocrate ?... Un méchant veut me forcer à croire ?
Tais-toi, vil imposteur, et du séjour des morts ,
Puisse ton ombre impure être en proie aux remords ,
D'avoir , par une absurde et lâche calomnie ,
Osé ternir sa gloire , attenter au génie.
Du sein des Immortels , ô vieillard vertueux !
Daigne au moins discerner tes fils respecteux
D'une foule hypocrite à tes pieds abattue ,
Qui même , en l'adorant, veut ronger ta statue.
Ecrase , il en est temps , du sein des Immortels ,
Ces insectes impurs rampans sur tes autels.
Aspasie , en un siècle ignorant et sauvage,
Préparait , dit l'histoire , un horrible breuvage ,
Souvent inéficace , et qui trop lentement ,
Après quinze ou vingt jours causait l'avortement.
Mon siècle plus instruit , mon siècle qui se pique
D'être plus philosophe et plus philantropique ,
Mon siècle a reculé l'art des avortemens.
Ce n'est plus de nos jours par des médicamens ,
Ou par une liqueur agente et destructrice ,
Qu'on atteint l'embrion au fond de la matrice ;
Un stylet avec art introduit dans le sein ,
Des Paidophagiens remplit mieux le dessein.
Le métier d'abréger la grossesse importune ,
Dans Paris aujourd'hui conduit à la fortune.
Cinquante Louis d'or sont , dit-on , le prix fait
Que les Césariens prennent pour ce haut fait.
Bourgeois, par sa sagesse et son expérience,
Obtint de Médicis la juste confiance,
Par ses heureux conseils, par ses travaux constans ;
Elle fut, dit Astruc, l'oracle de son temps.
Nielh, de l'humanité, du sexe qu'on outrage,
Plaide et venge à la fois la cause avec courage ;
Les leviers, les crochets par elle sont proscrits,
La Raison, la Sagesse ont dicté ses écrits.
Ducoudrai dans ses cours, pleins d'ordre et de lumière,
Aux yeux des spectateurs a parlé la première.
Son ouvrage fécond, méthodique, instructif,
Sans fatiguer l'esprit sait le rendre attentif.
On n'y voit point de l'art la brillante imposture,
C'est la naïveté nous peignant la Nature.
Elle accoucha la Reine, et sa dextérité
L'éleva seule au rang qu'elle avait mérité.
Adrienne Liquière, au printemps de sa vie,
Par la Parque cruelle à mes doux soins ravie,
Aux remparts de Genève avait reçu le jour.
Sa famille à Paris vint fixer son séjour.
Au culte de Calvin, à ses devoirs fidèle,
De toutes les vertus son cœur fut le modèle.
Honneur de mon École, elle en vengea les droits.
Le Louvre a retenti des accens de sa voix.
Le Palais des Beaux-Arts fut témoin de sa gloire.
Ah ! que j'ai payé cher ton zèle et ta victoire !
Victime des méchans, de leurs complots pervers...
Ils ne sont plus, Liquière, et tu vis dans mes vers.
Sexe, à qui chaque mode offrant une merveille,
Fait briser chaque jour l'idole de la veille,
D'un peuple trop léger belle et digne moitié,
Dont le sort déplorable excite la pitié.
Réponds ; une assez longue et triste expérience ,
T'a de mon sexe enfin démontré la science.
De grâce , réponds moi. Quel fruit retires-tu
D'avoir sacrifié cette aimable vertu ,
Qui s'alarme et colore un front chaste et novice ,
A tout mot équivoque , au nom même du vice ,
D'avoir de la Nature interverti les lois ,
D'avoir à des tyrans abandonné tes droits :
Réponds moi. La Nature à l'homme plus docile ,
Rend-elle en sa faveur ton *travail* plus facile ?
Lucine , à tes enfans , sous sa magique main ,
Ouvre-t-elle à la vie un plus heureux chemin ?
Contre la Parque , enfin , toujours inexorable ,
L'homme par ses talens t'est-il plus favorable ?
Non , sans doute , et mon art devenu plus hardi ,
Le tombeau sous tes pas par lui s'est agrandi.
L'Ignorance , l'Orgueil , l'Intérêt , l'Imposture ,
Loin de son sanctuaire ont chassé la Nature.
L'Ignorance , en secret , forgea mille instrumens ;
L'Orgueil posa de l'art les nouveaux fondemens ;
L'intérêt les soumit à des calculs infames ;
Et l'Imposture enfin déshonora les femmes.
Cependant , si j'en crois Demours et Swammerdam ,
Les crapauds accouchaient sous notre père Adam.
Dans ce vaste jardin où Buffon a son temple ,
Et qu'un Fleuve orgueilleux sur son urne contemple ,
Quand soulevant sa tête au milieu des roseaux ,
Il porte dans Paris le tribut de ses eaux.
Dans ce jardin pompeux , si fécond en miracles ,
Que l'immortel Jussieu , fameux par tant d'oracles ,
Enrichit des trésors de cent climats divers ,
Et pour eux en printemps transforma les hivers ;
Dans ce jardin , Demours , sur les plantes fleuries ,
Promenait sur le soir ses douces rêveries ;
Un bruit s'est fait entendre , il approche tout bas ,
Guette , et voit deux crapauds prenant leurs doux ébats.
Le docte observateur , d'un œil Académique ,
Contemple gravement cette scène comique ;
Le mâle , très-adroit , dit Demours , arrachait
Les œufs dont sa femelle avec peine accouchait.
Ce que l'Académie a cru je puis le croire ,
Mais je ne croirai pas ce qu'ajoute l'histoire ;
Qu'un accoucheur fameux , grand mécanicien ,
Sur les pas de Demours l'académicien ,
Arrive , et comme lui témoin de l'aventure ,
Attend , fier d'avoir pris sur le fait la Nature ,
Maître crapaud , versé dans les accouchemens ,
Avec dextérité fait les attouchemens ,
Façonne adroitement sa patte en pelvimètre ,
Mesure ainsi le grand , le petit diamètre.
Du bassin , en tout sens , prend les dimensions ,
D'un pénible *travail* suit les progressions ;
Va , vient , fait l'empressé. Bref , il se détermine
A faire à l'*uterus* la hargne Césarine.
Il fit en un clin d'œil ce chef-d'œuvre de l'art ,
Et tira l'œuf du sein comme on tira César.
*Bravo* , cent fois *Bravo* , voilà comme on opère ,
Dit l'accoucheur , croyant parler à son confrère.
Mais le *Bravo* d'un homme à la voix de Stentor ,
Effraya le crapaud qui fuit et court encor.
Swammerdam même a vu la grenouille femelle
Pondre à la crapaudine avec le même art qu'elle ,
Et durant le *travail* , d'un plus ou moins long cours ,
De la grenouille mâle implorer le secours.
Depuis ces faits , depuis la naissance du monde ,
Il est des accoucheurs sur la terre et sur l'onde ,
Et quelque jour des cieux parcourant les déserts ,
Blanchard nous apprendra qu'il en est dans les airs.
Ainsi le merveilleux séduit toujours les hommes.
Hélas ! jusques à quand , insensés que nous sommes ,
Embrassant à la fois un trop vaste horizon ,
Fermerons-nous les yeux au jour de la Raison ?
Ah ! si des animaux , trop souvent nos modèles ,
Nous voulons devenir les émules fidèles ,
Imitons-les en tout. Soyons sobres comme eux ,
Comme eux sachons jouir , seul moyen d'être heureux.
Comme eux , pour être exempts de toute épidémie ,
Écoutons la Nature et non l'Académie.
Interprètes heureux de ses constantes lois ,
Sachons remplir son vœu , sachons venger ses droits.
Adorons la Nature , elle rend tout facile ,
Lorsqu'à ses sages lois on se montre docile.
Malheur à qui la brave et ne l'écoute pas ,
L'Art , son esclave heureux , doit marcher sur ses pas.
A ses sages avis , à ses décrets fidèle ,
Jamais l'art sous mes doitgs n'eut à se plaindre d'elle.
Le Génie a de l'art dicté les élémens ,
Qu'il dirige vos mains , seuls et vrais instrumens ;
Mais l'élève en guidant un Être à l'existence ,
Doit , du ciel qui l'éclaire , implorer l'assistance ;
Des Déesses , sans nombre , invoquez le secours ,
Car les Dieux impuissans , à vos vœux seraient sourds.
Les Dieux *Nixi* , jadis , pour les Dames Romaines ,
Eurent dans le *travail* des ames inhumaines.
On les vit de sang froid , souriant de leurs maux ,
Dans leur flanc entr'ouvert égorger les jumeaux.
Contre les Dieux *Nixi*, remplis de barbarie,
Les Dames invoquaient la Déesse Eugérie,
Qui, durant leur grossesse, écartant tout danger,
Se montrait au besoin prompte à les soulager.
Dans un lieu solitaire éloignant tout profane,
Implorez et Lucine et la chaste Diane.
Lucine, si le jour éclaire vos labeurs ;
Diane, si la nuit est témoin des douleurs.
Quand le sang à grands flots jaillit de la matrice,
Criez, Ména, Ména, soyez ma protectrice !
Et sept fois, à genoux, prononcez son saint nom.
Mais n'invoquez jamais la barbare Junon.
Du souverain des Dieux cette implacable épouse,
Dont l'orgueilleuse humeur et la fureur jalouse,
Ont rempli l'Univers de ses emportemens,
Prolonge le *travail*, nuit aux enfantemens.
Soutiens ma faible voix, puissant Dieu du Permesse,
Je vais venger ta mère et remplir ma promesse.
Latone dans son sein récélait ses jumeaux.
Pour la faire avorter et prolonger ses maux,
En frappant son esprit d'une terreur mortelle,
Junon ne rougit pas de susciter contre elle
Un serpent né des eaux lors de Deucalion,
Monstre affreux, à la fois Dragon, Tigre et Lion,
Qui, l'œil étincelant, la gueule ensanglantée,
Poursuivait nuit et jour Latone épouvantée,
Quand la terre insensible à ses affreux revers,
Sous ses pas fugitifs dérobait l'Univers.
Latone, enfin, touchait à son heure dernière,
Mais Neptune... Apollon, sur son char de lumière,
Cache à ma voix son front et si noble et si beau.
Diane au sein des mers a plongé son flambeau.
Ah ! si le souvenir des tourmens d'une mère
Pénètre encor vos cœurs d'une tristesse amère,
Cher enfans de Latone, agréez mes regrets,
D'avoir troublé vos cours par mes chants indiscrets.
Astre brillant du jour, daigne éclairer le monde,
Astre, ornement des nuits, rends la nuit moins profonde.
Paris donne à Vénus le prix de la Beauté.
Ah ! Paris, de Junon l'orgueilleuse fierté,
Dans le sang des Troyens va laver ton injure.
Sur les rives du Styx, je la vois, elle jure
D'ensevelir sous Troie et ta race et ton nom.
Déjà, par elle armés, Achille, Agamemnon,
Dans ses remparts fumans ont porté le ravage.
Mais quoi ! Pergame en cendre est égale au rivage,
Et son courroux encor n'est point assouvi !... Non.
En dépit de Vénus, l'implacable Junon
Poursuit de mers en mers, dans le pieux Énée,
Des Troyens fugitifs la race infortunée.
Et pour mieux se venger d'un mortel odieux,
De l'Olympe et du Styx elle invoque les Dieux.
Quelle est donc cette jeune et belle infortunée,
Au sommet d'un rocher, nue, assise, enchaînée,
Qui, les cheveux épars, poussant de longs sanglots,
Découvre un monstre affreux sorti du sein des flots,
Et pour la dévorer, du roc gagnant la cime ?
Andromède, est-ce toi ? Dis-moi quel est ton crime ?
Cassiope ta mère eut la témérité
De se croire à Junon presque égale en beauté.
Pourquoi Tirésias privé de la lumière,
A tes regards, Phœbus, ferme-t-il la paupière ?
Quel forfait provoqua tant de sévérité ?
A Junon il osa dire la vérité.
Aux Dieux , la Vérité tient souvent lieu d'injure.
Mais de Tirésias retraçons l'aventure.
Tirésias un jour rencontra sur ses pas
Deux serpents enlassés par d'amoureux ébats ;
Une verge à la main , il fond sur ces reptiles ,
Et rend de leur coït les efforts inutiles.
Par Vénus à l'instant le couple est bien vengé.
Tirésias en femme à leurs yeux est changé.
Il usa de ses droits , et du Dieu du Mystère ,
Reçut maintes leçons à l'île de Cythère ;
Enfin , ayant frappé de nouveau ces serpents ,
Tirésias reprit son sexe après sept ans.
Cependant à Junon , le Maître du tonnerre
Soutenait qu'en amour , dans les cieux , sur la terre ,
Le sexe , plus ardent , plus fécond en désirs ,
Plus sensible , en un mot , goûte plus de plaisirs.
Mais Junon prétendait qu'un injuste partage ,
Au nôtre , sur ce point , donnait tout l'avantage.
Tirésias par eux sur ce point consulté ,
Dit qu'en amour la femme a plus de volupté.
A cet aveu naïf , furieuse , interdite ,
Junon crêve les yeux au juge Hermaphrodite.
Orgueilleuses Junons , dussiez-vous m'aveugler ,
Dussiez-vous sans pitié de vos mains m'étrangler ,
Oui , de Tirésias surpassant le courage ,
Je vous dirai : Vénus est pour vous une rage ,
Qui souvent de l'honneur étouffant tous les droits ,
Vous fit de la Nature intervertir les lois.
Nyctimène à l'amour dérobe un trait funeste.
L'Amour sera vengé. Son cœur s'ouvre à l'inceste ;
La Raison parle en vain. Dans le lit paternel ,
Nyctimène assouvit un penchant criminel.
Myrrha , de Nyctimène , imitant la conduite ,
Dans le lit paternel , par l'Amour introduite ,
A l'auteur de ses jours , qui ne la connaît pas ,
Prodigue sans pudeur d'incestueux appas.
Biblis , d'un chaste frère , incestueuse amante ,
A toute heure , en tout lieux , le poursuit , le tourmente ;
Caune qui d'un tel crime abhorre la noirceur ,
Fuit Vénus , sous les traits de sa coupable sœur.
Pasiphaë , ce monstre indigne d'être femme ,
Conçoit pour un taureau l'amour le plus infame.
Sous les traits d'une vache , à sa brutale ardeur
Elle immole , à la fois , raison , remords , pudeur.
Dieux ! quel sera le fruit de sa rage assouvie ?
A plus d'un Minautore , elle a donné la vie.
D'une mère coupable enfant incestueux ,
Phèdre ose aimer un fils chaste et trop vertueux ,
Qui pour voiler d'un cœur la flamme illégitime ,
Périt de sa marâtre innocente victime.
Soleil ! qui sur ton char , dûs reculer d'horreur ,
Le jour où de Vénus l'indomptable fureur ,
Poursuivant sans relâche une auguste famille ,
Aux yeux de l'Univers déshonora ta fille ,
Laisse-moi de l'Amour peindre tout le danger ,
Je suis père , et ton sort ne peut m'être étranger.
J'attends du ciel , sans doute , un destin plus prospère ,
Mais quand l'Astre du jour a rougi d'être père ,
Quels parens vertueux oseraient se flatter ,
Que pour eux il n'est point d'affront à redouter !
Deux enfans , tendres fruits d'un heureux hyménée ,
Caroline et Louis charment ma destinée.
Louis sensible , aimable , aimant , plein de douceur ,
A les traits de sa mère et l'ame de sa sœur.
Que n'a-t-il la santé ? Mais le ciel, je l'espére,
Secondera les soins et les vœux de son père.
D'une mère adorée, aimable rejeton,
Comme on voit sous la rose éclore le bouton,
Ainsi croît sous mes yeux ma jeune Caroline,
De la rose naissante elle a tout hors l'épine.
La fraîcheur de son teint, l'éclat de sa beauté,
Sa naïve candeur, sa douceur, sa bonté.
De mille dons heureux, le précieux mélange,
Font dire, à qui la voit, Caroline est un Ange.
Mais, des conseils pervers, l'exemple des méchans,
L'âge des passions, de funestes penchans,
D'un amour malheureux la folâtre chimère...
Non, Caroline aura les vertus de sa mère,
Comme elle inébranlable, au chemin de l'honneur,
De deux enfans chéris, j'attends tout mon bonheur.
Cependant, si jamais, contre toute apparence,
Ou ma fille, ou mon fils trompait mon espérance,
Soleil, n'éclaire plus un père infortuné,
Par un sort déplorable à rougir condamné.
Un Dieu seul peut braver la honte et l'infortune ;
Mais un mortel doit fuir ta lumière importune.
Du cœur de mes enfans j'ai sondé les replis,
Le ciel n'est pas plus pur. Tous mes vœux sont remplis.
Grand Dieu ! toi qui me rends le plus heureux des pères,
Accorde à mes enfans les jours les plus prospères.
Et vous, Dieu bienfaiteur des amis des Beaux-Arts,
Jetez sur mes enfans un seul de vos regards,
LOUIS LE DÉSIRÉ, couvrez-les de vos ailes,
Et vous n'aurez jamais de sujets plus fidèles.
Si le sort me poursuit, je l'ai bien mérité,
Par mon zèle à venger l'Art et la Vérité.
Eh ! ne savais-je point à quels maux on s'expose,
Quand de l'humanité l'on prend en main la cause ?
Quand on veut reculer les limites d'un art
Qui dût moins au savoir qu'à l'aveugle hasard ?
Quand on veut démontrer que sans la Médecine,
Nul ne doit être admis au temple de Lucine ?
Mais, grand Roi, mes enfans quel crime ont-ils commis,
Pour être en butte aux traits de tous mes ennemis ?
Éclairés par l'instinct que donne la tendresse,
Je puis vous l'attester, ils me disaient sans cesse :
Tout homme aime l'Erreur. Au nom de l'amitié,
De l'amour paternel, ou du moins par pitié,
Prêche à l'homme l'erreur... Mais Louis, leur disais-je,
Aime la Vérité, la cherche et la protège.
Louis, ajoutaient-ils, sourit à tes efforts,
Mais le faible est toujours victime des plus forts.
Des débats des savans un Souverain s'amuse,
Et c'est de fictions que se nourrit ta Muse,
Lorsqu'en un beau délire elle croit que ses chants,
Pour émouvoir son cœur seront assez touchans.
Qu'un seul homme à l'Envie imposera silence,
Et seul l'emportera dans sa juste balance.
Un grand auteur a dit, et c'est la vérité,
Que le prix du Génie est l'Immortalité.
L'Immortalité seule est pour l'homme qui pense,
Le but de ses travaux, leur digne récompense.
Des bras de tes enfans, en terminant ton sort,
Vers l'Immortalité tu prendras ton essor.
Mais nous, faibles mortels, qui ne pourrons t'y suivre,
Nous, condamnés, hélas ! peut-être à te survivre,
Sans appui, sans secours, dis-moi que ferons-nous ?
Vous irez de Louis embrasser les genoux,
Et si vous obtenez un destin plus prospère ,
Ne soyez pas si vrais que le fut votre père.
Le nom de Messaline , à la Postérité ,
Retrace la débauche et l'impudicité.
Je sais qu'à tout propos l'Italie et la Grèce
Citent avec orgueil Pénélope et Lucrèce ,
Quoique de ces deux faits , d'antique chasteté ,
L'un , même avec raison , puisse être contesté.
Car , soit dit entre nous , et sans plus ample enquête ,
La fileuse d'Itaque était un peu coquette.
Quand le Roi son époux , vainqueur des Élémens ,
Revint ; Madame avait au moins quatorze amans.
La chaste Pénélope , à ce que dit l'histoire ,
Sur ses quatorze amans remporta la victoire.
N'eût-elle pas mieux fait , pour l'honneur d'un époux ,
De les chasser , au lieu de les abuser tous ?
La Vertu , qu'en tous lieux j'honore et je respecte ,
Avec quatorze amans me deviendrait suspecte.
Mais pour une Lucrèce à qui le beau Sextus ,
Apprit à ne jamais compter sur les vertus ,
Et qui de Collatin redoutant la colère ,
Subit , pour s'y soustraire , une mort volontaire ,
Ne puis-je pas citer Aulu-Gelle à la main ,
Cent Romaines entrant dans le Sénat Romain ,
Et criant sans pudeur : Qu'on nous donne deux hommes ,
Plutôt que de nous voir , dans le siècle où nous sommes ,
Réduites à n'avoir qu'un seul époux pour deux ,
De partager d'un homme et le lit et les feux.
Au retour de la nuit , la fameuse Julie ,
Aux yeux de l'Univers , par Vénus avilie ,
En proie à sa brutale et folle passion ,
Se rendait dans les lieux de prostitution.
Par la Nymphomanie en secret consumée ,
A la pâle lueur d'une lampe enfumée ,
Julie offrait l'encens aux Temples de Vénus ,
Que la prudence humaine offre aux premiers venus.
Après avoir lassé les Portefaix de Rome ,
Lasse , mais éprouvant encor la soif de l'homme ,
Travestie et sans guide affrontant les hasards ,
Julie , enfin , rentrait au Palais des Césars.
Mais je sens qu'à ma voix la Pudeur s'effarouche ,
Ma Muse , en rougissant , met sa main sur ma bouche.
Jetons un voile épais sur ces scènes d'horreur ,
Et de Vénus enfin enchaînons la fureur.
Femmes , qui d'un tel mal rougissez d'être atteintes ,
Etouffez de l'amour les flammes mal éteintes ;
Fuyez Vénus , fuyez ses regards langoureux ,
Ses propos trop lassifs , ses baisers amoureux ;
Fuyez sur-tout , fuyez tout réduit solitaire.
Des Naïades cherchez l'asile salutaire.
De lait , d'orge et de riz composez vos boissons ;
Aux chairs des animaux , préférez les poissons.
La chauffrète est funeste. Endurez la froidure.
Préférez au duvet la couche la plus dure.
Travaillez nuit et jour. La molle oisiveté
Est la mère du vice et de la volupté.
Femmes , ces seuls conseils , bien mieux que la verveine ,
De Vénus contre vous , rendront la rage vaine ;
Mais loin de mon sujet par Vénus emporté ,
J'oubliais de Junon la haine et la fierté.
Du souverain des Dieux , la Nymphe bien aimée ,
Io , par son amant , en vache est transformée ,
A ta rivale Io tu n'échapperas pas.
Par ordre de Junon , Argus suit tous ses pas.
Argus, monstre aux cents yeux, dont l'ombre et le silence,
N'ont pu jamais tromper l'active vigilance.
Ah ! malheureuse Io ! que vas-tu devenir ?
Tes feux ont éclaté, Junon va t'en punir ;
Un Taon, de Jupiter suit en tous lieux l'amante,
A coups d'un triple dard l'insecte la tourmente,
Le sang coule à grands flots de ses flancs entr'ouverts.
Désespérée, Io se plonge au fond des mers,
Fuit en Egypte, et là, cette Nymphe adorée,
Sous le doux nom d'Isis fut depuis honorée.
Ah ! Muse, pourras-tu raconter sans frémir
Les malheurs dont jadis Cadmus eut à gémir,
Quand d'Agenor Jupin eût enlevé la fille ?
Junon à sa vengeance immola sa famille.
Ino, qui d'Athamas craint la rage et les cris,
Dans l'abîme des flots se plonge avec son fils.
Agave de fureur par Bacchus transportée,
Fait frémir la Nature en égorgeant Panthée.
Othonoé, ton fils, en cerf d'abord changé,
Par ses chiens est ensuite à tes yeux égorgé.
Sémélé veut de près voir le Dieu de la foudre,
Dans son Palais en flamme elle est réduite en poudre.
Et Bacchus, heureux fruit d'un objet bien aimé,
Par Jupin, dans sa cuisse, alors fut enfermé.
Cependant, mère tendre à la fois et bon père,
Jupiter *en travail* crie et se désespère ;
Il ressent au *fémur* d'effroyables douleurs :
Attirés par ses cris, ses sanglots et ses pleurs,
Accourent à l'envi les Dieux et les Déesses.
L'une soutient ses reins, l'autre écarte ses fesses,
Et chacun tour à tour, au souverain des Dieux,
Prodigue ses conseils, ses soins officieux.
Junon seule à ses maux feignant d'être insensible,
Mais l'ame à la pitié toujours inaccessible ,
Chaste époux , lui dit-elle , il te souvient du jour
Où les Dieux assemblés au céleste séjour ,
Rirent à mes dépens , quand par son imposture ,
Tirésias osant démentir la Nature ,
Prononça , sans raison , au gré de ton désir ,
Que la femme en amour ressent plus de plaisir.
Vois quel plaisir éprouve une femme féconde ,
Qui souvent tous les ans met un enfant au monde ;
Un enfant qu'en son sein elle a porté neuf mois ,
Au milieu des dégoûts et meurtri par son poids ?
Mais ce n'est rien encor. Si ton ame est jalouse
De goûter les plaisirs de ton heureuse épouse ,
Souffre que de mon art employant le secours
Des douceurs du *travail* , je prolonge le cours ,
Pour énivrer tes sens de la volupté pure ,
Dont jouit le beau sexe au bras de la Nature.
Mais quoi ? tant de plaisir a pour toi peu d'appas ,
Tu souffres , Jupiter !... Que ne souffre-t-on pas ,
Pour sauver le doux fruit d'une amante adorée ?
Par l'ardeur de tes feux malgré toi dévorée ,
D'amertume toujours le plaisir est mêlé ,
Mais tu vas embrasser le fils de Sémélé.
A ces mots , Jupiter transporté de colère ,
Fait pour saisir Junon un effort salutaire ,
Et tandis que des yeux il la menace en vain ,
De la cuisse , en chantant , sort Bacchus , Dieu du vin.
Muse , quittons la lyre , et , par reconnaissance ,
Allons du nouveau Dieu célébrer la naissance ,
C'est le verre à la main qu'on chante ses bienfaits ,
Ses travaux , ses combats , sa gloire et ses hauts faits.
Mais avant de fêter le Dieu vainqueur de l'Inde ,
Vengeons le Dieu charmaut du Permesse et du Pinde.
Jupiter aime Egine , et Junon en courroux ,
Donnant un libre essor à ses transports jaloux ,
Livre un vaste pays aux horreurs de la peste ;
Tout périt , tout succombe au mal le plus funeste.
Cependant , Jupiter sensible aux longs malheurs
D'Eacus , fils d'Egine , essuye enfin ses pleurs ;
D'un fléau destructeur vient réparer les pertes ,
Et pour mieux repeupler les campagnes désertes ,
Sortent d'un chêne antique , à sa voix entr'ouvert ,
D'innombrables fourmis , dont le sol est couvert ;
Le Dieu qui donne aux corps et la vie et la forme ,
En sujets d'Eacus , en héros les transforme.
Courageux Mirmidons , intrépides guerriers
Qui sur les murs de Troie ont cueilli des lauriers.
De la sœur d'Apollon , une Nymphe charmante ,
Du Maître de l'Olympe , Hélicé fut l'amante ,
Et pour mieux triompher de ses chastes attraits ,
Jupiter , de Diane avait pris tous les traits.
Il fut heureux. L'Amour , au sein même des Grâces ,
De ses plus doux larcins laisse , en fuyant , des traces.
Sans égards , sans respect pour son auguste amant ,
Hélicé fut des bains chassée honteusement.
La Nymphe seule au sein de la forêt voisine ,
Vint payer le tribut de l'amour à Lucine.
Et mit au monde Arcas. Mais Junon en courroux
Changea , pour se venger d'un infidèle époux ,
Le jeune Arcas en ours , et sa rivale en ourse ,
Astres dont Jupiter régla depuis la course ,
Et plaça dans les cieux , sous les noms respectés ,
De grande et petite ourse , autrement Boëtés.
Muse, dis-nous comment dans sa rage inhumaine,
Junon persécuta la malheureuse Alcmène ?
Le Dieu qui remplit tout de son immensité,
A qui tout doit la vie et la fécondité,
Jupin, d'Amphitryon daigna chérir l'épouse.
Elle conçut. Junon furieuse et jalouse,
De son enfantement prolonge les douleurs.
Alcmène en vain l'implore. Insensible à ses pleurs,
Elle ordonne à sa fille, à la chaste Lucine,
De lui rendre fatal l'art de la Médecine,
D'user des cordiaux les plus prompts, les plus forts,
D'enflammer l'orifice en dilatant ses bords,
De mettre ses genoux, ses pieds à la torture,
D'employer l'art, enfin, à dompter la Nature.
Loin de se rendre aux vœux d'une mère en fureur,
Lucine se dérobe à ces scènes d'horreur ;
Mais d'un être souffrant, si digne d'indulgence,
Les pleurs ont de Junon irrité la vengeance.
Jupiter, qui d'Alcmène entend le cri perçant,
Fronce ses noirs sourcils, et d'un ton menaçant,
Dit aux filles du Styx de modérer leur rage,
Et Galanthis alors vint terminer l'ouvrage.
Alcmène, dit Jupin, en dépit de Junon,
J'adopte votre fils, Alcide est son surnom.
Illustre et digne enfant du maître du tonnerre,
De ses nobles travaux il remplira la terre,
Et le front couronné d'un éclat radieux,
Hercule un jour viendra s'asseoir au rang des Dieux :
Mais Alcide est en vain protégé par son père.
Dans sa rage impuissante, encor Junon espère
Etouffer au berceau cet enfant précieux,
Qui doit en dépit d'elle être admis dans les cieux.
Complice des forfaits , la Nuit , Reine des ombres ,
Avait sur l'Univers jeté ses voiles sombres.
D'un fils cher à son cœur épiant le réveil ,
Alcmène se livrait aux douceurs du sommeil ,
Quand Junon pour commettre un lâche infanticide ,
Vint glisser deux serpens sous le berceau d'Alcide.
Vomis par les enfers ces serpens monstrueux ,
Déroulent en sifflant leurs anneaux tortueux ;
Leurs yeux rouges de sang , pleins de feux étincèlent ,
Leurs triples dards sont teints du poison qu'ils récèlent.
Après avoir porté leurs regards autour d'eux ,
Sur le berceau d'Alcide ils s'élancent tous deux ;
De carnage altérés , à l'aspect de leur proie ,
Ils écument de rage , ils bondissent de joie ,
Et contre un faible enfant unissant leurs efforts ,
En un double lien ils transforment leur corps.
Etroitement serré par une double chaîne ,
Hercule en s'éveillant d'abord respire à peine ;
Mais dans ces deux liens bientôt il se débat.
Aux efforts redoublés de ce bruyant combat ,
Alcmène épouvantée , en sursaut se réveille.
Quel spectacle pour elle ! ô prodige ! ô merveille !
Aux yeux d'Alcmène en pleurs , Hercule , entre ses mains ,
Etouffe en souriant ces serpens inhumains ;
Et cependant Junon , dans sa rage implacable ,
Poursuit le fils d'Alcmène , et sa haine l'accable ;
Mais toujours triomphant , toujours victorieux ,
Hercule a terminé ses travaux glorieux.
De la haine à l'amour la pente est si rapide ,
Qu'il n'est souvent qu'un pas. Depuis , le grand Alcide
Aussi cher à Junon qu'il lui fut odieux....
Mais ne révélons point les faiblesses des Dieux.
D'Hercule et d'Apollon intéressante image ,
Roucher, d'un cœur sensible accepte un pur hommage:
Ainsi qu'en douze mois , Apollon , Dieu des vers ,
Au sein du zodiaque embrasse l'Univers ,
Tel , au fertile champ de la littérature ,
Ton génie , en tes Mois , embrassa la Nature ;
Ou bien , nouvel Alcide en tes douze travaux ,
Tu domptes les Tyrans et les Monstres nouveaux.
Sous tes coups tombe et meurt l'Hydre du Fanatisme ,
Sur son trône à ta voix pâlit le Despotisme.
De l'homme en philosophe ici pesant les droits ,
Tu mets dans la balance et le peuple et les Rois.
Là , dédaignant des Cours les usages serviles ,
Tu fais aimer les champs à l'habitant des villes ,
Le vice heureux frémit , à tes pieds abattu ,
Et tu nous peinds ton ame en peignant la vertu.
Trop malheureux ami dont j'honore la cendre ,
Dans la tombe avec toi que n'ai-je pu descendre !
Le jour où dans les fers attendant même sort ,
Je lus ton nom inscrit sur les arrêts de mort ?
Cependant garde-toi de regretter la vie.
Ce bien est , de nos jours , trop peu digne d'envie.
Eh ! quel ami des arts ne préférerait pas
L'échafaud de Roucher , l'honneur de son trépas ,
A la honte de voir et l'intrigue et l'audace ,
Se frayer de concert une route au Parnasse ,
S'asseoir insolemment à côté de Fourcroi ,
Lui mettre en main le sceptre et le proclamer Roi.
Roi des Instituteurs ! ô ma triste Patrie !
Ton antique splendeur est à jamais flétrie ,
Si le Tyran confie à des hommes sans mœurs ,
L'art important d'instruire et de former les cœurs.
Si du séjour des morts, Roucher, tu peux entendre
Un ami des Beaux-Arts , ton ami le plus tendre ,
Cesse de regretter le séjour des vivans ;
Roucher , console-toi , console deux savans ,
Du Vaudalisme impur , innocentes victimes ,
Lavoisier et Bailly , tes deux amis intimes ;
Dis - leur que tôt ou tard vos mânes outragés ,
Par les amis des arts seront ici vengés.
O surprise ! ô douleur ! Dieux ! que viens-je d'apprendre?
Ainsi toujours la mort se plaît à nous surprendre.
Quoi ! le fils d'Apollon, Silberling n'est donc plus ?
Il n'est plus , et mes vœux ont été superflus.
Ah ! quand je t'invitais , mon illustre Mécène ,
A fuir , des bords du Rhin, aux rives de la Seine ,
Inquiet pour tes jours , mon cœur semblait prévoir
Que je n'aurais jamais le bonheur de te voir.
Enfans du Dieu des vers et de la Médecine ,
Fils de Bellone , et vous élèves de Lucine ,
Venez sur son tombeau qu'ombragent les cyprès ,
Mêler vos pleurs aux miens , partager mes regrets.
Et toi qui d'un époux chéris toujours l'image ,
Veuve de Silberling daigne agréer l'hommage ,
Qu'en mon nom tes enfans t'adressent en ce jour.
Ma Muse avec plaisir reverra le séjour ,
Où chéri d'Apollon , Dieu de la Médecine ,
Silberling a chanté les bienfaits de Lucine.
Trop heureux si ma lyre , au gré de mes désirs ,
Peut calmer tes douleurs et charmer tes loisirs.
English text
What innumerable crowd intoning its Canticles,
Floods the porticoes of the Temple of Lucina?
Enter the forecourt, young women, enter;
I am going to reveal to you the sacred mysteries
Of my Divinity. Cross the barrier;
But before undertaking a vast career,
Measure it with your eyes, and do not expose me
To the regret of seeing you retrace your steps.
Above all, distrust your novice ardor;
Let each, in a word, do herself justice here;
Consult your talents, your strength and your tastes,
Here are the qualities that I require of you.
You will join, with art, prudence to dexterity.
A gracious demeanor pleases, consoles, interests.
Be wise without pretense, knowledgeable without pride.
Too often self-love is the stumbling block of knowledge.
Indiscreet tongues are feared with reason.
For the sake of morals, women, be secretive,
And prove to the wicked, jealous of your success,
That keeping a secret is not a burden for you.
Pain is unjust. A generous soul,
In serving the ungrateful, considers itself happy enough;
Never prefer the rich to the indigent,
Enough others, without you, make money their God.
Modest and gentle sex, defied by a vain sex,
It is to your chaste care that Lucina entrusts
Women in *labor*. No one can at their whim,
Deprive you of this just, ancient and sacred right.
In vain do interest and pride dispute this with you.
The Annals of the primitive world attest
That the timid sex, in all times, in all places,
Received these obliging cares from its own sex,
And that Accoucheurs, held in horror by Lucina,
Owed their origin to women without morals.
Rachel, through whom Jacob allied himself with Laban,
When that credulous husband had disdained Leah,
Rachel, faithful to modesty even unto death,
Had a woman beside her during *labor*:
When Tamar felt the pangs of childbirth,
She called Maïal, who received her twins.
The daughter of the great Pontiff Eli was pregnant,
When the proud Philistines seized the holy ark,
And sword in hand, in their gloomy camp,
Put to death Phinehas, his brother, and the Hebrews.
The unfortunate widow of the valorous Phinehas,
To crown her misfortune, destined to die,
At the fatal account of her dreadful misfortunes,
Experienced the pains of a difficult *labor*.
By three women, Layel, Zamore, and Malagée,
After her delivery she was relieved.
On the banks of the Nile, the children of the Hebrews,
Having become too numerous under the weight of their chains,
Inspired fears in their proud oppressors.
Pharaoh ordered that pregnant women
Should publish their condition, and that the newborns,
By Phua, Sephora, should be exterminated.
Vain hope! The Tyrant's rage was thwarted.
Ah! Pharaoh, friend of the historian Suë,
Levret would have better served your barbarous design.
His hook, which Hell has vomited from its bosom,
By drying up Israel's overly fecund stem,
Would have purged both Egypt and the world of their race.
The title of accoucheur, so boasted of in our days,
Was therefore not yet invented in Egypt;
And Suë in his *Essais* assures that Herodotus,
Who reports this fact, is so old that he babbles.
But who then is this Suë, and what are his *Essais*!
The nephew of the great Suë, and all that I know of him,
Is that in his history, an appalling work,
This Suë has displayed the courage of Samson.
Alone, he fought against the Philistines,
And his sword avenged the destinies of the Jews.
He mistook his calling. But besides, so good-natured,
That they had nicknamed him the Mannequin of Saint-Côme.
He was given custody of the Library,
And this sacred post does not belong to a fool.
Such a choice by the school attested to its delirium.
Suë is there, they tell me, *in order to learn to read*,
I complained of it; soon he had a successor.
And of the Faculty this Suë is a professor,
Author and translator of Horace and Virgil!
He is a little Daru, he is a little Delille.
He is a Panegyrist; he is a Historian;
To say it all, in a word, he is a CÉSARIEN.
So many others do nothing in this learned School,
And are salaried. What a dreadful monopoly!
If from Egypt to Greece, happy cradle of the arts,
Still with history in hand we cast our gaze,
What shall we see there? Lucina, to her sex, from age to age,
Transmitting her secrets by right of inheritance.
Lucina with spite tearing from our hands
An art made for hearts more pure and more humane.
Origen and Plato, Aristotle and Maxence,
Admired the science of the Maïai of their time.
Pliny the historian praises Elephantidis,
And her worthy rival in her art, Laïdis.
Laïs, Salpe, Sappho, Artemisia and Livia,
In my art, among the Greeks, distinguished their lives.
Cleopatra, Aspasia, Agnodice and Sichris,
Saw their names written in the annals of history.
Worthy contemporary of the divine Hippocrates,
O son of Sophroniscus! O virtuous Socrates!
Who better than you can tell Posterity,
What the art owes to the sex, to its dexterity,
You, whose chaste mother dedicated her vigils to it,
You, who, a happy witness to her learned marvels,
Proud to be descended from a blood dear to humanity,
Placed your vanity in praising her prudence.
You, finally the wisest of the sages of Greece,
Who envied the wisdom of a midwife.
Muse, say what woman in Greece attracted
The surname of Savior? The illustrious Sotira.
Sotira, noble consoler of humans,
Was the preserver of women in _labor_.
Sparta and Lacedaemon, in the bosom of their greatness,
Which upon their own strength elevated their splendor,
Lacedaemon, alas! whom the cruel law
Commanded to stifle maternal pity,
Toward weak children, born infirm,
Condemned by Lycurgus to perish at birth,
Lacedaemon finally, which owed to Lucina,
Its strength, its brilliance, its divine Majesty,
By its exclusive choice gave reason to think
That it believed the art in hands worthy to practice it.
If I go from Attica to the smiling banks of the Tiber,
I see, not Rome in chains, but ancient and free Rome,
Rome, in the time of the Consuls, Rome in the time of the Caesars,
Sovereign of the world and Queen of the Fine Arts,
Honoring the ever-austere customs of Lucina,
Forbidding the Romans her august mysteries.
Yes, but, they say, the sex, both without guide and without art,
Either followed Routine, or walked at random.
I blush to combat an absurd imposture.
Ah! undoubtedly, guided by simple Nature,
And zealous to follow her with respectful steps;
The sex did not have the presumptuous pride
To give her laws, to speak to her as a master.
The sex had not, blind Geometer,
Subjected the pelvis to its dimensions;
The sex had not, with its assassin arm,
In the half-opened flank of a dying mother,
Pitilessly torn out its bloody victim.
These dazzling successes, these well-observed facts,
Were reserved for the century of Rousset.
Faithful interpreter of simple Nature,
The Fair sex wrote what it learned from her.
Fortunate! if these writings, fruits of constant labors,
Had been able to triumph over the ravages of time.
Praised by Galen, cited by Democritus,
These works undoubtedly had some merit.
Pliny, Plautus and Terence on a thousand occasions,
Praise the functions of Salpe, of Sotira.
*Follow my prescription before I return*,
The author of the Andria made Lesbi say;
And further on: *This woman is too hot-headed*,
*Is ill-suited to care for such a childbirth.*
Ammianus Marcellinus asserts that Eusebia,
Wife of Constantius, encouraged Lesbia,
A midwife, to serve her barbarous design,
By killing, in the cradle, the child that in her womb
The young and tender wife of Julian was carrying,
Whose fecundity made her so jealous.
In Arabia, in Persia and among the Muslims,
The sex alone practiced the art of childbirth.
Finally, before a Prince on the banks of the Seine,
Had called Clément, who shone upon the stage,
A sex adroit, modest and sensitive to excess,
Practiced my art with success in Europe.
In all times, it is true, the art of Medicine,
Came to offer its aid to the chaste Lucina;
But during *labor* an obliging veil
Concealed the Goddess from the audacious eye.
It is true that before him my art, from midwives,
Had been snatched away by infamous intrigues.
Ignorance, pride and vile self-interest,
In Athens formerly obtained a decree,
By which the Senate, the august Areopagus,
Committing the most profound outrage against Modesty,
Ordered that woman, having recourse to man,
Could not implore the aid of her own sex.
At this fatal decree the intrepid fair sex,
Devotes itself to death, and homicidal Fate,
Reaps half of the women in *labor*;
Agnodice took pity on a wretched being.
This Virgin, or rather this illustrious Heroine,
Under the auspicious garb of the Priests of Lucina,
In Athens, for a long time, with impunity,
And through zeal and through inclination served humanity.
Her talents, her successes angered Envy,
And this monster poured its poisons upon her life.
It dared to accuse her of being a vile seducer,
And an infamous corrupter of her own sex.
She is dragged to the Senate, but thanks to Nature,
Agnodice in three words confounded the imposture.
*I am a woman*, she said, and even should Truth
Bring down your severity upon me,
I will declare loudly that your unjust decree
Compromises both the honor of this august Senate,
And the lives of the fair sex, to whom your power
Ought not, nor can make them forget their duty.
My art should doubtless be forbidden to men,
But there is no modesty in the century in which we live;
To one who no longer has morals everything seems innocent:
For one who no longer blushes there is nothing indecent.
Let this proud sex which always belittles us,
Permit me at least to walk as its rival,
And if Truth does not embitter your minds,
Senators, teach the surprised Universe,
That a woman at your feet, scorning their audacity,
Came to implore mercy for her vile informers.
Provoked by a jealous sex, this decree,
Was, in the Areopagus, instantly revoked.
Thus a faithful interpreter of Nature,
Agnodice served as a model for her sex.
Aspasia! ah! your name doubtless would have merited
To pass from age to age to Posterity.
If... But when talent, a sublime gift of the Gods,
Debases and degrades itself by allying with crime,
It is, in the eyes of the wise, an object of contempt.
Virtues give a new worth to talents,
Aspasia, offering a thousand victims to Honor,
Destroyed the illegitimate fruits of Love;
An infernal brew... But may in oblivion,
This fatal secret remain buried!
What! With such a crime they sully your memory,
Hippocrates?... A scoundrel wants to force me to believe?
Be silent, vile impostor, and from the abode of the dead,
May your impure shade be prey to remorse,
For having, by an absurd and cowardly calumny,
Dared to tarnish his glory, to attack genius.
From the bosom of the Immortals, O virtuous old man!
Deign at least to distinguish your respectful sons
From a hypocritical crowd prostrate at your feet,
Who even, while adoring it, wishes to gnaw at your statue.
Crush, it is time, from the bosom of the Immortals,
These impure insects crawling upon your altars.
Aspasia, in an ignorant and savage century,
Prepared, history says, a horrible brew,
Often ineffective, and which too slowly,
After fifteen or twenty days caused abortion.
My more educated century, my century which prides itself
On being more philosophical and more philanthropic,
My century has advanced the art of abortions.
It is no longer in our days by medicines,
Or by an active and destructive liquor,
That one reaches the embrion in the depths of the womb;
A stylet artfully introduced into the womb,
Better fulfills the design of the Paidophagiens.
The trade of shortening a bothersome pregnancy,
In Paris today leads to fortune.
Fifty gold Louis are, it is said, the set price
That the Césariens take for this great deed.
Bourgeois, by her wisdom and her experience,
Obtained the just confidence of Médicis,
By her felicitous counsel, by her constant labors;
She was, says Astruc, the oracle of her time.
Nielh, of humanity, of the outraged sex,
Pleads and avenges at once the cause with courage;
Levers and hooks are by her proscribed,
Reason and Wisdom have dictated her writings.
Ducoudrai in her courses, full of order and light,
Before the eyes of spectators spoke first.
Her fertile, methodical, instructive work,
Without tiring the mind knows how to make it attentive.
One does not see there the brilliant imposture of art,
It is simplicity depicting Nature for us.
She delivered the Queen, and her dexterity
Alone raised her to the rank she had merited.
Adrienne Liquière, in the springtime of her life,
By cruel Fate ravished from my sweet cares,
At the ramparts of Geneva had received the light of day.
Her family came to fix its residence in Paris.
Faithful to the cult of Calvin, to her duties,
Of all the virtues her heart was the model.
Honor of my School, she avenged its rights.
The Louvre resounded with the accents of her voice.
The Palace of Fine Arts was witness to her glory.
Ah! how dearly I paid for your zeal and your victory!
Victim of the wicked, of their perverse plots...
They are no more, Liquière, and you live in my verses.
Sex, to whom each fashion offering a marvel,
Causes the idol of the eve to be broken every day,
Beautiful and worthy half of a too fickle people,
Whose deplorable fate excites pity.
Answer; a rather long and sad experience,
Has finally demonstrated the science of my sex to you.
Pray, answer me. What fruit do you reap
From having sacrificed this amiable virtue,
Which takes alarm and colors a chaste and novice brow,
At every equivocal word, at the very name of vice,
From having inverted the laws of Nature,
From having abandoned your rights to tyrants:
Answer me. Does Nature, more docile to man,
Make your *labor* easier in his favor?
Does Lucina, for your children, beneath his magic hand,
Open a happier path to life?
Against Fate, finally, always inexorable,
Is man by his talents more favorable to you?
No, without doubt, and my art having become bolder,
The tomb beneath your steps has been enlarged by it.
Ignorance, Pride, Interest, Imposture,
Have driven Nature far from her sanctuary.
Ignorance, in secret, forged a thousand instruments;
Pride laid the new foundations of the art;
Interest subjected them to infamous calculations;
And Imposture finally dishonored women.
However, if I believe Demours and Swammerdam,
Toads delivered under our father Adam.
In this vast garden where Buffon has his temple,
And which a proud River contemplates upon its urn,
When, raising its head amidst the reeds,
It carries the tribute of its waters into Paris.
In this stately garden, so fertile in miracles,
Which the immortal Jussieu, famous for so many oracles,
Enriched with the treasures of a hundred diverse climates,
And for them transformed winters into spring;
In this garden, Demours, among the flowering plants,
Walked his sweet reveries toward evening;
A noise is heard, he approaches very softly,
Watches, and sees two toads taking their sweet frolics.
The learned observer, with an Academic eye,
Gravely contemplates this comic scene;
The male, very adroit, says Demours, was extracting
The eggs that his female was delivering with difficulty.
What the Academy has believed I can believe,
But I will not believe what the story adds;
That a famous accoucheur, a great mechanician,
In the footsteps of Demours the academician,
Arrives, and like him a witness to the adventure,
Waits, proud to have caught Nature in the act,
Master toad, versed in deliveries,
With dexterity performs the touches,
Adroitly shapes his paw into a pelvimeter,
Thus measures the large, the small diameter.
Of the pelvis, in every direction, takes the dimensions,
Follows the progressions of a painful *labor*;
Goes, comes, acts busy. In short, he resolves
To perform upon the *uterus* the Césarine rupture.
He performed in the blink of an eye this masterpiece of art,
And drew the egg from the womb as Caesar was drawn.
*Bravo*, a hundred times *Bravo*, that is how one operates,
Said the accoucheur, thinking he spoke to his colleague.
But the *Bravo* of a man with the voice of Stentor,
Terrified the toad who flees and runs still.
Swammerdam himself saw the female frog
Lay eggs in the manner of the toad with the same art as her,
And during the *labor*, of a more or less long course,
Implore the help of the male frog.
Since these events, since the birth of the world,
There are accoucheurs on the earth and on the waves,
And someday traversing the deserts of the skies,
Blanchard will teach us that there are some in the air.
Thus the marvelous always seduces men.
Alas! how long, foolish as we are,
Embracing too vast a horizon all at once,
Will we close our eyes to the light of Reason?
Ah! if of animals, too often our models,
We wish to become the faithful emulators,
Let us imitate them in everything. Let us be sober like them,
Like them let us know how to enjoy, the only way to be happy.
Like them, to be exempt from every epidemic,
Let us listen to Nature and not the Academy.
Happy interpreters of her constant laws,
Let us know how to fulfill her wish, let us know how to avenge her rights.
Let us adore Nature, she makes everything easy,
When one shows oneself docile to her wise laws.
Woe to him who braves her and does not listen to her,
Art, her happy slave, must walk in her footsteps.
Faithful to her wise advice, to her decrees,
Never did art beneath my fingers have to complain of her.
Genius has dictated the elements of the art,
Let it direct your hands, the sole and true instruments;
But the pupil, in guiding a Being into existence,
Must implore the assistance of the heaven that enlightens him;
Invoke the aid of numberless Goddesses,
For the powerless Gods would be deaf to your wishes.
The *Nixi* Gods, in former times, for Roman Ladies,
Had inhuman souls during *labor*.
They were seen in cold blood, smiling at their pains,
Slaughtering twins in their half-opened womb.
Against the *Nixi* Gods, filled with barbarity,
The Ladies invoked the Goddess Egeria,
Who, during their pregnancy, warding off all danger,
Showed herself ready to relieve them in their need.
In a solitary place keeping away all the profane,
Implore both Lucina and chaste Diana.
Lucina, if the day illuminates your labors;
Diana, if the night is witness to your pains.
When blood in great streams gushes from the womb,
Cry out, Mena, Mena, be my protectress!
And seven times, upon your knees, pronounce her holy name.
But never invoke the barbarous Juno.
That implacable wife of the sovereign of the Gods,
Whose haughty temper and jealous fury
Have filled the Universe with her outbursts,
Prolongs the *travail*, and harms childbearing.
Support my feeble voice, mighty God of Permessus,
I will avenge your mother and fulfill my promise.
Latona within her womb concealed her twins.
To make her miscarry and prolong her woes,
By striking her mind with mortal terror,
Juno did not blush to raise against her
A serpent born of the waters at the time of Deucalion,
A hideous monster, at once Dragon, Tiger, and Lion,
Who, with flashing eye and bloody maw,
Pursued terrified Latona night and day,
When the earth, insensitive to her dreadful misfortunes,
Snatched the Universe from beneath her fleeing steps.
Latona, at last, was nearing her final hour,
But Neptune... Apollo, upon his chariot of light,
Hides from my voice his brow so noble and so fair.
Diana into the bosom of the seas has plunged her torch.
Ah! if the memory of a mother's torments
Still penetrates your hearts with a bitter sadness,
Dear children of Latona, accept my regrets,
For having troubled your courses by my indiscreet songs.
Brilliant star of the day, deign to illuminate the world,
Star, ornament of the nights, make the night less profound.
Paris gives to Venus the prize of Beauty.
Ah! Paris, Juno's haughty pride
Will wash away your insult in the blood of the Trojans.
On the banks of the Styx, I see her, she swears
To bury beneath Troy both your race and your name.
Already, armed by her, Achilles, Agamemnon,
Into its smoking ramparts have carried devastation.
But what! Pergamum in ashes is level with the shore,
And her wrath still is not sated!... No.
In spite of Venus, the implacable Juno
Pursues from sea to sea, in the pious Aeneas,
The unfortunate race of the fugitive Trojans.
And to better avenge herself upon an odious mortal,
Of Olympus and of the Styx she invokes the Gods.
Who then is this young and beautiful unfortunate one,
At the summit of a rock, naked, seated, chained,
Who, with scattered hair, heaving long sobs,
Discovers a hideous monster emerged from the bosom of the waves,
And, to devour her, gaining the peak of the rock?
Andromeda, is it you? Tell me what is your crime?
Cassiopeia your mother had the temerity
To believe herself almost equal to Juno in beauty.
Why does Tiresias, deprived of the light,
Close his eyelid to your gazes, Phoebus?
What crime provoked so much severity?
To Juno he dared to tell the truth.
To the Gods, Truth often serves as an insult.
But let us retrace the adventure of Tiresias.
Tiresias one day met upon his path
Two serpents entwined in amorous frolics;
A rod in hand, he swoops upon these reptiles,
And renders the efforts of their coitus useless.
By Venus instantly the couple is well avenged.
Tiresias is changed into a woman before their eyes.
He exercised his rights, and from the God of Mystery,
Received many lessons on the island of Cythera;
Finally, having struck these serpents anew,
Tiresias regained his sex after seven years.
Meanwhile to Juno, the Master of thunder
Maintained that in love, in the heavens, on the earth,
The female sex, more ardent, more fertile in desires,
More sensitive, in a word, tastes more pleasures.
But Juno claimed that an unjust division,
To ours, on this point, gave all the advantage.
Tiresias, consulted by them on this point,
Said that in love the woman has more sensual pleasure.
At this naive admission, furious, speechless,
Juno gouges out the eyes of the Hermaphrodite judge.
Proud Junos, even should you blind me,
Even should you pitilessly strangle me with your hands,
Yes, surpassing the courage of Tiresias,
I will tell you: Venus is for you a rage,
Which, often stifling all the rights of honor,
Made you invert the laws of Nature.
Nyctimene steals a fatal arrow from love.
Love will be avenged. Her heart opens to incest;
Reason speaks in vain. In the paternal bed,
Nyctimene satisfies a criminal inclination.
Myrrha, imitating the conduct of Nyctimene,
Introduced into the paternal bed by Love,
To the author of her days, who does not know her,
Shamelessly lavishes incestuous charms.
Biblis, incestuous lover of a chaste brother,
At every hour, in every place, pursues him, torments him;
Caunus, who abhors the blackness of such a crime,
Flees Venus, beneath the features of his guilty sister.
Pasiphaë, that monster unworthy to be a woman,
Conceives for a bull the most infamous love.
Beneath the features of a cow, to her brutal ardor
She sacrifices, at once, reason, remorse, modesty.
Gods! what will be the fruit of her sated rage?
To more than one Minotaur, she has given life.
Incestuous child of a guilty mother,
Phaedra dares to love a chaste and too virtuous son,
Who, to veil the illegitimate flame of a heart,
Perishes as the innocent victim of his stepmother.
Sun! who upon your chariot, had to recoil in horror,
The day when the indomitable fury of Venus,
Relentlessly pursuing an august family,
In the eyes of the Universe dishonored your daughter,
Let me paint all the danger of Love,
I am a father, and your fate cannot be foreign to me.
I expect from heaven, no doubt, a more prosperous destiny,
But when the Star of day has blushed to be a father,
What virtuous parents would dare to flatter themselves,
That for them there is no affront to dread!
Two children, tender fruits of a happy marriage,
Caroline and Louis charm my destiny.
Louis, sensitive, amiable, loving, full of sweetness,
Has the features of his mother and the soul of his sister.
Why does he not have health? But heaven, I hope,
Will second the cares and the wishes of his father.
Amiable offspring of an adored mother,
As one sees the bud bloom beneath the rose,
Thus grows my young Caroline before my eyes,
She has everything of the nascent rose except the thorn.
The freshness of her complexion, the radiance of her beauty,
Her naive candor, her sweetness, her goodness.
The precious mixture of a thousand happy gifts,
Makes those who see her say, Caroline is an Angel.
But, perverse counsels, the example of the wicked,
The age of passions, fatal inclinations,
The frivolous chimera of an unhappy love...
No, Caroline will have the virtues of her mother,
Like her unshakable, on the path of honor,
From two cherished children, I expect all my happiness.
However, if ever, against all appearances,
Either my daughter or my son should deceive my hope,
Sun, shine no more upon an unfortunate father,
Condemned by a deplorable fate to blush.
Only a God can brave shame and misfortune;
But a mortal must flee your importunate light.
I have sounded the recesses of my children's hearts,
Heaven is no purer. All my wishes are fulfilled.
Great God! you who make me the happiest of fathers,
Grant my children the most prosperous days.
And you, beneficent God of the friends of the Fine Arts,
Cast upon my children a single one of your glances,
LOUIS THE DESIRED, cover them with your wings,
And you will never have more faithful subjects.
If fate pursues me, I have well deserved it,
By my zeal in avenging Art and Truth.
Ah! did I not know to what evils one is exposed,
When one takes the cause of humanity in hand?
When one wishes to push back the limits of an art
That owed less to knowledge than to blind chance?
When one wishes to demonstrate that without Medicine,
No one must be admitted to the temple of Lucina?
But, great King, what crime have my children committed,
To be the target of the shafts of all my enemies?
Enlightened by the instinct that tenderness provides,
I can attest it to you, they told me incessantly:
Every man loves Error. In the name of friendship,
Of paternal love, or at least out of pity,
Preach error to man... But Louis, I would say to them,
Loves the Truth, seeks it, and protects it.
Louis, they would add, smiles upon your efforts,
But the weak is always the victim of the strongest.
A Sovereign is amused by the debates of the learned,
And it is upon fictions that your Muse feeds,
When in a beautiful delirium she believes that her songs
Will be touching enough to move his heart.
That a single man will impose silence on Envy,
And alone will prevail in his just balance.
A great author has said, and it is the truth,
That the prize of Genius is Immortality.
Immortality alone is for the man who thinks,
The goal of his labors, their worthy reward.
From the arms of your children, ending your fate,
Toward Immortality you will take flight.
But we, feeble mortals, who will not be able to follow you there,
We, condemned, alas! perhaps to outlive you,
Without support, without help, tell me what shall we do?
You will go to embrace the knees of Louis,
And if you obtain a more prosperous destiny,
Do not be as truthful as your father was.
The name of Messalina, to Posterity,
Recalls debauchery and immodesty.
I know that at every turn Italy and Greece
Proudly cite Penelope and Lucretia,
Although of these two examples of ancient chastity,
One, even with good reason, might be contested.
For, between us, and without further inquiry,
The spinner of Ithaca was a little coquettish.
When the King her husband, conqueror of the Elements,
Returned; Madame had at least fourteen lovers.
The chaste Penelope, according to history,
Won the victory over her fourteen lovers.
Would she not have done better, for the honor of a husband,
To chase them away, instead of deceiving them all?
Virtue, which everywhere I honor and respect,
With fourteen lovers would become suspect to me.
But for one Lucretia to whom the handsome Sextus,
Taught never to count on virtues,
And who, dreading the anger of Collatinus,
Suffered, to escape it, a voluntary death,
Can I not cite, Aulus Gellius in hand,
A hundred Roman women entering the Roman Senate,
And crying out without shame: Let us be given two men,
Rather than seeing ourselves, in the century in which we are,
Reduced to having but a single husband for two,
To sharing both the bed and the passions of one man.
At the return of night, the famous Julia,
In the eyes of the Universe, debased by Venus,
Prey to her brutal and mad passion,
Repaired to places of prostitution.
Consumed in secret by Nymphomania,
By the pale glimmer of a smoky lamp,
Julia offered incense to the Temples of Venus,
Which human prudence offers to the first comers.
After having exhausted the porters of Rome,
Weary, but still feeling the thirst for man,
Disguised and without a guide, braving the dangers,
Julia, at last, returned to the Palace of the Caesars.
But I feel that at my voice Modesty takes fright,
My Muse, blushing, puts her hand over my mouth.
Let us cast a thick veil over these scenes of horror,
And finally enchain the fury of Venus.
Women, who blush to be afflicted by such an illness,
Smother the poorly extinguished flames of love;
Flee Venus, flee her languorous glances,
Her overly lascivious remarks, her amorous kisses;
Above all flee, flee any solitary retreat.
Seek the salutary refuge of the Naiads.
Make up your drinks from milk, barley, and rice;
To the flesh of animals, prefer fish.
The foot-warmer is fatal. Endure the cold.
Prefer the hardest bed to down.
Work night and day. Soft idleness
Is the mother of vice and voluptuousness.
Women, these counsels alone, much better than vervain,
Will render the rage of Venus against you vain;
But carried far from my subject by Venus,
I was forgetting the hatred and pride of Juno.
The well-loved Nymph of the sovereign of the Gods,
Io, is transformed into a cow by her lover,
You shall not escape your rival, Io.
By order of Juno, Argus follows her every step.
Argus, a hundred-eyed monster, whom shadow and silence
Could never deceive in his active vigilance.
Ah! Unhappy Io! What will become of you?
Your passion has burst forth, Juno will punish you for it;
A gadfly follows the lover of Jupiter everywhere,
With blows of a triple sting the insect torments her,
Blood flows in great streams from her torn-open flanks.
Desperate, Io plunges to the bottom of the seas,
Flees to Egypt, and there, this adored Nymph,
Under the sweet name of Isis was thereafter honored.
Ah! Muse, will you be able to recount without shuddering
The misfortunes over which Cadmus once had to groan,
When Jove had abducted the daughter of Agenor?
Juno sacrificed his family to her vengeance.
Ino, who fears the rage and cries of Athamas,
Plunges into the abyss of the waves with her son.
Agave, transported with fury by Bacchus,
Makes Nature shudder by slaughtering Pentheus.
Othonoé, your son, first changed into a stag,
Is then slaughtered by his hounds before your eyes.
Semele wishes to see the God of thunder close up,
In her flaming Palace she is reduced to dust.
And Bacchus, the happy fruit of a well-loved object,
Was then enclosed by Jove within his thigh.
Meanwhile, a tender mother and a good father at once,
Jupiter *in labor* cries out and despairs;
He feels dreadful pains in his *femur*:
Drawn by his cries, his sobs, and his tears,
The Gods and Goddesses vie to rush to his side.
One supports his loins, another spreads his buttocks,
And each in turn, upon the sovereign of the Gods,
Lavishes their advice, their solicitous care.
Juno alone feigning to be insensitive to his woes,
But her soul always inaccessible to pity,
"Chaste husband," she said to him, "do you remember the day
When the Gods assembled in the celestial abode,
Laughed at my expense, when through his imposture,
Tiresias, daring to contradict Nature,
Pronounced, without reason, according to your desire,
That woman in love feels more pleasure.
See what pleasure a fecund woman experiences,
Who often every year brings a child into the world;
A child whom in her womb she has carried nine months,
Amidst nausea and bruised by his weight?
But this is nothing yet. If your soul is jealous
Of tasting the pleasures of your happy spouse,
Allow me, employing the succor of my art,
To prolong the course of the delights of *labor*,
To intoxicate your senses with the pure voluptuousness,
Which the fair sex enjoys in the arms of Nature.
But what? so much pleasure has few charms for you,
You suffer, Jupiter!... What does one not suffer,
To save the sweet fruit of an adored lover?
Devoured by the ardor of your fires in spite of yourself,
Pleasure is always mingled with bitterness,
But you are going to embrace the son of Semele."
At these words, Jupiter, transported with anger,
Makes a salutary effort to seize Juno,
And while with his eyes he threatens her in vain,
From his thigh, singing, emerges Bacchus, God of wine.
Muse, let us leave the lyre, and, out of gratitude,
Let us go celebrate the birth of the new God,
It is with glass in hand that one sings his benefactions,
His labors, his battles, his glory and his great deeds.
But before celebrating the God who conquered India,
Let us avenge the charming God of Permessus and Pindus.
Jupiter loves Aegina, and Juno in her wrath,
Giving free rein to her jealous transports,
Delivers a vast country to the horrors of the plague;
All perish, all succumb to the most deadly disease.
However, Jupiter, sensitive to the long misfortunes
Of Aeacus, son of Aegina, finally dries his tears;
Comes to repair the losses of a destructive scourge,
And to better repopulate the deserted countryside,
There emerge from an ancient oak, half-opened by his voice,
Innumerable ants, with which the ground is covered;
The God who gives to bodies both life and form,
Transforms them into subjects of Aeacus, into heroes.
Courageous Myrmidons, intrepid warriors
Who gathered laurels on the walls of Troy.
Of Apollo's sister, a charming Nymph,
Helice was the lover of the Master of Olympus,
And to better triumph over her chaste charms,
Jupiter had taken all the features of Diana.
He was successful. Love, within the very bosom of the Graces,
Of his sweetest thefts leaves, as he flees, some traces.
Without regard, without respect for her august lover,
Helice was shamefully driven from the baths.
The Nymph, alone in the heart of the neighboring forest,
Came to pay the tribute of love to Lucina.
And brought Arcas into the world. But Juno in her wrath
Changed, to avenge herself on an unfaithful husband,
Young Arcas into a bear, and her rival into a she-bear,
Stars whose course Jupiter later regulated,
And placed in the heavens, under the respected names,
Of the Great and Little Bear, otherwise known as Boötes.
Muse, tell us how in her inhuman rage,
Juno persecuted the unfortunate Alcmene?
The God who fills all with his immensity,
To whom all owes life and fecundity,
Jove, deigned to cherish Amphitryon's spouse.
She conceived. Juno, furious and jealous,
Prolongs the pains of her childbirth.
Alcmene implores her in vain. Insensible to her tears,
She orders her daughter, the chaste Lucina,
To render the art of Medicine fatal to her,
To use the swiftest, the strongest cordials,
To inflame the orifice by dilating its edges,
To put her knees, her feet to the torture,
To employ art, in short, to subdue Nature.
Far from yielding to the wishes of a furious mother,
Lucina slips away from these scenes of horror;
But the tears of a suffering being, so worthy of indulgence,
Have irritated Juno's vengeance.
Jupiter, who hears Alcmene's piercing cry,
Knits his black brows, and in a threatening tone,
Tells the daughters of the Styx to moderate their rage,
And Galanthis then came to finish the work.
Alcmene, says Jove, in spite of Juno,
I adopt your son, Alcides is his surname.
Illustrious and worthy child of the master of thunder,
With his noble labors he will fill the earth,
And his brow crowned with a radiant brilliance,
Hercules will one day come to sit among the ranks of the Gods:
But Alcides is protected by his father in vain.
In her impotent rage, Juno still hopes
To stifle in the cradle this precious child,
Who must, in spite of her, be admitted into the heavens.
Accomplice to crimes, Night, Queen of shadows,
Had cast her dark veils over the Universe.
Watching for the awakening of a son dear to her heart,
Alcmene gave herself over to the sweetness of sleep,
When Juno, to commit a cowardly infanticide,
Came to slip two serpents under Alcides's cradle.
Vomited by the underworld, these monstrous serpents,
Uncoil their tortuous rings while hissing;
Their blood-red eyes, full of fire, sparkle,
Their triple darts are stained with the poison they harbor.
After having cast their gaze around them,
They both launch themselves upon Alcides's cradle;
Thirsty for carnage, at the sight of their prey,
They foam with rage, they bound with joy,
And uniting their efforts against a feeble child,
They transform their bodies into a double bond.
Tightly squeezed by a double chain,
Hercules upon waking at first barely breathes;
But soon he struggles within these two bonds.
At the redoubled efforts of this noisy combat,
A terrified Alcmene wakes with a start.
What a sight for her! O prodigy! O marvel!
Before the eyes of a weeping Alcmene, Hercules, in his hands,
Smiling, suffocates these inhuman serpents;
And yet Juno, in her implacable rage,
Pursues the son of Alcmene, and her hatred overwhelms him;
But always triumphant, always victorious,
Hercules finished his glorious labors.
From hate to love the slope is so rapid,
That it is often but a step. Since then, the great Alcides
As dear to Juno as he had been odious to her....
But let us not reveal the weaknesses of the Gods.
Interesting image of Hercules and Apollo,
Roucher, accept a pure tribute from a sensitive heart:
Just as in twelve months, Apollo, God of verses,
Within the zodiac embraces the Universe,
So, in the fertile field of literature,
Your genius, in your *Mois*, embraced Nature;
Or else, a new Alcides in your twelve labors,
You tame Tyrants and new Monsters.
Beneath your blows the Hydra of Fanaticism falls and dies,
On its throne at your voice Despotism grows pale.
Here, weighing the rights of man as a philosopher,
You place both the people and Kings in the balance.
There, disdaining the servile customs of Courts,
You make the city-dweller love the fields,
Happy vice shudders, struck down at your feet,
And you paint us your soul while painting virtue.
Too unfortunate friend whose ashes I honor,
Why could I not descend into the tomb with you!
The day when, in chains awaiting the same fate,
I read your name inscribed upon the death warrants?
Yet beware of regretting life.
This good is, in our days, too little worthy of envy.
Ah! what friend of the arts would not prefer
The scaffold of Roucher, the honor of his demise,
To the shame of seeing both intrigue and audacity
Forge a path together to Parnassus,
Sit insolently beside Fourcroi,
Place the scepter in his hand and proclaim him King.
King of the Instructors! O my sad Country!
Your ancient splendor is forever withered,
If the Tyrant entrusts to men without morals,
The important art of instructing and shaping hearts.
If from the abode of the dead, Roucher, you can hear
A friend of the Fine Arts, your most tender friend,
Cease to regret the abode of the living;
Roucher, console yourself, console two scholars,
Innocent victims of impure Vandalism,
Lavoisier and Bailly, your two intimate friends;
Tell them that sooner or later your outraged manes,
Will be avenged here by the friends of the arts.
O surprise! O sorrow! Gods! what have I just learned?
Thus death always delights in surprising us.
What! the son of Apollo, Silberling is no more?
He is no more, and my wishes were superfluous.
Ah! when I invited you, my illustrious Maecenas,
To flee from the banks of the Rhine to the shores of the Seine,
Anxious for your days, my heart seemed to foresee
That I would never have the happiness of seeing you.
Children of the God of verses and of Medicine,
Sons of Bellona, and you pupils of Lucina,
Come to his tomb shaded by cypresses,
To mingle your tears with mine, to share my regrets.
And you who still cherish the image of a husband,
Widow of Silberling, deign to accept the homage
That in my name your children address to you this day.
My Muse will see again with pleasure the abode
Where, cherished by Apollo, God of Medicine,
Silberling sang the benefits of Lucina.
Too happy if my lyre, according to my desires,
Can calm your sorrows and charm your leisure hours.