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Historical poem record

CHANT CINQUIÈME.

QUELLE foule innombrable entonnant ses Cantiques ,

EnglishWhat innumerable crowd intoning its Canticles, Floods the porticoes of the Temple of Lucina?

Language
French
Date
19th century
Meter
alexandrine
Editorial status
Source-attested
Text
Source and English

Unit 1 · poem · alexandrine · 856 lines

French

Source text

  1. 1

    QUELLE foule innombrable entonnant ses Cantiques ,

  2. 2

    Du Temple de Lucine inonde les portiques ?

  3. 3

    Entrez dans le parvis , jeunes filles , entrez ;

  4. 4

    Je vais vous révéler les mystères sacrés

  5. 5

    De ma Divinité. Franchissez la barrière ;

  6. 6

    Mais avant d'entreprendre une vaste carrière ,

  7. 7

    Mesurez-la des yeux , et ne m'exposez pas

  8. 8

    Au regret de vous voir retourner sur vos pas.

  9. 9

    Sur-tout , défiez-vous de votre ardeur novice ;

  10. 10

    Que chacune en un mot se rende ici justice ;

  11. 11

    Consultez vos talens , vos forces et vos goûts ,

  12. 12

    Voici les qualités que j'exige de vous.

  13. 13

    Vous joindrez , avec art , la prudence à l'adresse.

  14. 14

    Un abord gracieux plaît , console , intéresse.

  15. 15

    Soyez sages sans fard , instruites sans orgueil.

  16. 16

    Trop souvent du savoir l'amour propre est l'écueil.

  17. 17

    On craint avec raison les langues indiscrètes.

  18. 18

    Pour l'intérêt des mœurs , femmes , soyez secrètes ,

  19. 19

    Et prouvez aux méchans , de vos succès jaloux ,

  20. 20

    Qu'un secret à garder n'est pas un poids pour vous.

  21. 21

    La douleur est injuste. Une ame généreuse ,

  22. 22

    En servant des ingrats , s'estime assez heureuse ;

  23. 23

    Ne préférez jamais le riche à l'indigent ,

  24. 24

    Assez d'autres , sans vous , font leur Dieu de l'argent.

  25. 25

    Sexe modeste et doux , qu'un sexe vain défie ,

  26. 26

    C'est à vos chastes soins que Lucine confie

  27. 27

    Les femmes en *travail*. Nul ne peut à son gré ,

  28. 28

    Vous frustrer de ce droit juste , antique et sacré.

  29. 29

    Vainement l'intérêt, l'orgueil vous le contestent.

  30. 30

    Du monde primitif les Annales attestent

  31. 31

    Que le sexe timide, en tous temps, en tous lieux,

  32. 32

    De son sexe reçut ces soins officieux,

  33. 33

    Et que les accoucheurs en horreur à Lucine,

  34. 34

    A des femmes sans mœurs ont dû leur origine.

  35. 35

    Rachel, par qui Jacob à Laban s'allia,

  36. 36

    Quand ce crédule époux eût dédaigné Lia,

  37. 37

    Rachel, à la pudeur, jusqu'au trépas fidèle,

  38. 38

    Eut durant le *travail* une femme auprès d'elle :

  39. 39

    Quand de l'enfantement Thamar sentit les maux,

  40. 40

    Elle appela Maïal qui reçut ses jumeaux.

  41. 41

    Du grand Pontife Héli, la fille était enceinte,

  42. 42

    Quand les fiers Philistins saisirent l'arche sainte,

  43. 43

    Et le glaive à la main, dans leur camp ténébreux,

  44. 44

    Mirent à mort Phinés, son frère et les Hébreux.

  45. 45

    Du valeureux Phinés la veuve infortunée,

  46. 46

    Pour comble de disgrâce, à mourir destinée,

  47. 47

    Au funeste récit de ses affreux malheurs,

  48. 48

    D'un pénible *travail* éprouva les douleurs.

  49. 49

    Par trois femmes Layel, Zamore et Malagée,

  50. 50

    Après la délivrance elle fut soulagée.

  51. 51

    Sur les rives du Nil, les enfans des Hébreux,

  52. 52

    Sous le poids de leurs fers devenus trop nombreux,

  53. 53

    A leurs fiers oppresseurs inspirèrent des craintes.

  54. 54

    Pharaon ordonna que les femmes enceintes

  55. 55

    Publieraient leur état, et que les nouveaux-nés,

  56. 56

    Par Phua, Séphora, seraient exterminés.

  57. 57

    Vain espoir ! Du Tyran la rage fut déçue.

  58. 58

    Ah ! Pharaon, l'ami de l'historien Suë,

  59. 59

    Levret eût mieux servi ton barbare dessein.

  60. 60

    Son crochet que l'Enfer a vomi de son sein,

  61. 61

    En séchant d'Israël la tige trop féconde ,

  62. 62

    Eût purgé de leur race et l'Égypte et le monde.

  63. 63

    Le titre d'accoucheur de nos jours si vanté ,

  64. 64

    N'était donc pas encore en Égypte inventé ;

  65. 65

    Et Suë en ses *Essais* assure qu'Hérodote ,

  66. 66

    Qui rapporte ce fait , est si vieux qu'il radote.

  67. 67

    Mais quel est donc ce Suë, et quels sont ses *Essais* !

  68. 68

    Le neveu du grand Suë, et tout ce que j'en sais ,

  69. 69

    C'est que dans son histoire , épouvantable ouvrage ,

  70. 70

    Ce Suë a de Samson déployé le courage.

  71. 71

    Seul, il a combattu , contre les Philistins ,

  72. 72

    Et des Juifs son épée a vengé les destins.

  73. 73

    Il s'est trompé d'état. Mais d'ailleurs si bon-homme ,

  74. 74

    Qu'on l'avait surnommé , Mannequin de Saint-Côme.

  75. 75

    De la Bibliothèque il avait le dépôt ,

  76. 76

    Et cet emploi sacré n'appartient point au sot.

  77. 77

    Un tel choix de l'école attestait le délire.

  78. 78

    Suë est-là , me dit-on , *afin d'apprendre à lire* ,

  79. 79

    Je m'en plaignis ; bientôt il eut un successeur.

  80. 80

    Et de la Faculté ce Suë est professeur ,

  81. 81

    Auteur et traducteur d'Horace et de Virgile !

  82. 82

    C'est un petit Daru , c'est un petit Delille.

  83. 83

    Il est Panégyriste ; il est Historien ;

  84. 84

    Pour tout dire , en un mot , il est CÉSARIEN.

  85. 85

    Tant d'autres ne font rien dans cette docte École ,

  86. 86

    Et sont salariés. Quel affreux monopole !

  87. 87

    Si de l'Égypte en Grèce , heureux berceau des arts ,

  88. 88

    Toujours l'histoire en main nous portons nos regards ,

  89. 89

    Qu'y verrons-nous ? Lucine , au sexe , d'âge en âge ,

  90. 90

    Transmettant ses secrets à titre d'héritage.

  91. 91

    Lucine avec dépit arrachant de nos mains

  92. 92

    Un art fait pour des cœurs plus purs et plus humains.

  93. 93

    Origène et Platon, Aristote et Maxence,

  94. 94

    Des Maïai de leur temps admirent la science.

  95. 95

    Pline l'historien loue Éléphantidis,

  96. 96

    Et sa digne rivale en son art, Laïdis.

  97. 97

    Laïs, Salpé, Sapho, Artémise et Livie,

  98. 98

    Dans mon art, chez les Grecs, ont signalé leur vie.

  99. 99

    Cléopâtre, Aspasie, Agnodice et Sichris,

  100. 100

    Aux fastes de l'histoire ont vu leurs noms écrits.

  101. 101

    Digne contemporain du divin Hippocrate,

  102. 102

    O fils de Sophronisque ! ô vertueux Socrate !

  103. 103

    Qui mieux que toi peut dire à la Postérité,

  104. 104

    Ce que l'art doit au sexe, à sa dextérité,

  105. 105

    Toi, dont la chaste mère y consacra ses veilles,

  106. 106

    Toi, qui témoin heureux de ses doctes merveilles,

  107. 107

    Fier d'être issu d'un sang cher à l'humanité,

  108. 108

    A louer sa prudence as mis ta vanité.

  109. 109

    Toi, le plus sage enfin des sages de la Grèce,

  110. 110

    Qui d'une sage-femme enviais la sagesse.

  111. 111

    Muse, dis quelle femme en Grèce s'attira

  112. 112

    Le surnom de Sauveur ? L'illustre Sotira.

  113. 113

    Sotira des humains noble consolatrice,

  114. 114

    Des femmes en _travail_ fut la conservatrice.

  115. 115

    Sparte et Lacédémone, au sein de leur grandeur,

  116. 116

    Qui sur leur propre force élevaient leur splendeur,

  117. 117

    Lacédémone, hélas ! à qui la loi cruelle

  118. 118

    Ordonnait d'étouffer la pitié maternelle,

  119. 119

    A l'égard des enfans faibles, infirmes-nés,

  120. 120

    Par Lycurgue, en naissant, à périr condamnés,

  121. 121

    Lacédémone enfin qui devait à Lucine,

  122. 122

    Sa force, son éclat, sa Majesté divine,

  123. 123

    Par son choix exclusif donna lieu de penser

  124. 124

    Qu'elle crut l'art aux mains dignes de l'exercer.

  125. 125

    Si je vais de l'Attique aux bords rians du Tibre ,

  126. 126

    Je vois , non Rome aux fers , mais Rome antique et libre ,

  127. 127

    Rome , au temps des Consuls , Rome au temps des Césars ,

  128. 128

    Souveraine du monde et Reine des Beaux-Arts ,

  129. 129

    De Lucine honorant les mœurs toujours austères ,

  130. 130

    Interdire aux Romains ses augustes mystères.

  131. 131

    Oui , mais , dit-on , le sexe et sans guide et sans art ,

  132. 132

    Ou suivait la Routine , ou marchait au hasard.

  133. 133

    Je rougis de combattre une absurde imposture.

  134. 134

    Ah ! sans doute , guidé par la simple Nature ,

  135. 135

    Et jaloux de la suivre à pas respectueux ;

  136. 136

    Le sexe n'avait pas l'orgueil présomptueux

  137. 137

    De lui donner des lois , de lui parler en maître.

  138. 138

    Le sexe n'avait point , aveugle Géomètre ,

  139. 139

    A ses dimensions asservi le bassin ;

  140. 140

    Le sexe n'avait point de son bras assassin ,

  141. 141

    Dans le flanc entr'ouvert d'une mère expirante ,

  142. 142

    Arraché sans pitié sa victime sanglante.

  143. 143

    Ces succès éclatans , ces faits bien observés ,

  144. 144

    Au siècle de Rousset ont été réservés.

  145. 145

    De la simple Nature interprète fidèle ,

  146. 146

    Le Beau sexe écrivait ce qu'il apprenait d'elle.

  147. 147

    Heureux ! si ces écrits , fruits de travaux constans ,

  148. 148

    Eussent pu triompher des outrages du temps.

  149. 149

    Vantés par Galien , cités par Démocrite ,

  150. 150

    Ces ouvrages sans doute avaient quelque mérite.

  151. 151

    Pline , Plaute et Térence en mille occasions ,

  152. 152

    De Salpé , Sotira , vantent les fonctions.

  153. 153

    *Suivez mon ordonnance avant que je revienne* ,

  154. 154

    A fait dire à Lesbi , l'auteur de l'Andrienne ;

  155. 155

    Et plus loin : *Cette femme a trop d'emportement* ,

  156. 156

    *Est peu propre à soigner un tel enfantement.*

  157. 157

    Ammien Marcelin assure qu'Eusébie ,

  158. 158

    Epouse de Constance , encouragea Lesbie ,

  159. 159

    Sage-femme , à servir son barbare dessein ,

  160. 160

    En tuant , au berceau , l'enfant que dans son sein

  161. 161

    Portait de Julien la jeune et tendre épouse ,

  162. 162

    Dont la fécondité la rendit si jalouse.

  163. 163

    En Arabie , en Perse et chez les Musulmans ,

  164. 164

    Le sexe exerçait seul l'art des accouchemens.

  165. 165

    Enfin , avant qu'un Prince aux rives de la Seine ,

  166. 166

    Eût appelé Clément qui brilla sur la scène ,

  167. 167

    Un sexe adroit , modeste et sensible à l'excès ,

  168. 168

    En Europe exerçait mon art avec succès.

  169. 169

    De tout temps , il est vrai , l'art de la Médecine ,

  170. 170

    Vint offrir son secours à la chaste Lucine ;

  171. 171

    Mais durant le *travail* un voile officieux

  172. 172

    Dérobait la Déesse à l'œil audacieux.

  173. 173

    Il est vrai qu'avant lui mon art , aux sages-femmes ,

  174. 174

    Avait été ravi par des brigues infames.

  175. 175

    L'ignorance , l'orgueil et le vil intérêt ,

  176. 176

    Dans Athènes jadis obtinrent un décret ,

  177. 177

    Par lequel le Sénat , l'auguste Aréopage ,

  178. 178

    Faisant à la Pudeur le plus sensible outrage ,

  179. 179

    Ordonna que la femme , à l'homme ayant recours ,

  180. 180

    Ne pourrait de son sexe implorer le secours.

  181. 181

    A ce fatal arrêt le beau sexe intrépide ,

  182. 182

    Se dévoue à la mort , et la Parque homicide ,

  183. 183

    Des femmes en *travail* moissonne la moitié ;

  184. 184

    D'un être malheureux Agnodice eut pitié.

  185. 185

    Cette Vierge , ou plutôt cette illustre Héroïne ,

  186. 186

    Sous l'heureux vêtement des Prêtres de Lucine ,

  187. 187

    Dans Athènes , long-temps , avec impunité ,

  188. 188

    Et par zèle et par goût servit l'humanité.

  189. 189

    Ses talens, ses succès irritèrent l'Envie,

  190. 190

    Et ce monstre versa ses poisons sur sa vie.

  191. 191

    Elle osa l'accuser d'être un vil séducteur,

  192. 192

    Et de son propre sexe infame corrupteur.

  193. 193

    On la traîne au Sénat, mais grâce à la Nature,

  194. 194

    Agnodice en trois mots confondit l'imposture.

  195. 195

    *Je suis femme*, dit-elle, et dût la Vérité

  196. 196

    Faire éclater sur moi votre sévérité,

  197. 197

    Je dirai hautement que votre arrêt injuste,

  198. 198

    Compromet et l'honneur de ce Sénat auguste,

  199. 199

    Et les jours du beau sexe, à qui votre pouvoir

  200. 200

    Ne doit, ni ne peut faire oublier son devoir.

  201. 201

    Mon art devrait sans doute être interdit aux hommes,

  202. 202

    Mais on est sans pudeur dans le siècle où nous sommes ;

  203. 203

    A qui n'a plus de mœurs tout paraît innocent :

  204. 204

    Pour qui ne rougit plus il n'est rien d'indécent.

  205. 205

    Que ce sexe orgueilleux qui toujours nous ravale,

  206. 206

    Me permette du moins de marcher sa rivale,

  207. 207

    Et si la Vérité n'aigrit point vos esprits,

  208. 208

    Sénateurs, apprenez à l'Univers surpris,

  209. 209

    Qu'une femme à vos pieds dédaignant leur audace,

  210. 210

    De ses vils délateurs vint implorer la grâce.

  211. 211

    Par un sexe jaloux ce décret provoqué,

  212. 212

    Fut, dans l'Aréopage, à l'instant révoqué.

  213. 213

    Ainsi de la Nature interprète fidèle,

  214. 214

    Agnodice, à son sexe a servi de modèle.

  215. 215

    Aspasie ! ah ! ton nom sans doute eût mérité

  216. 216

    De passer d'âge en âge à la Postérité.

  217. 217

    Si... Mais quand le talent, des Dieux présent sublime,

  218. 218

    S'avilit, se dégrade en s'alliant au crime,

  219. 219

    Il est, aux yeux du sage, un objet de mépris.

  220. 220

    Les vertus aux talens donnent un nouveau prix,

  221. 221

    Aspasie à l'Honneur offrant mille victimes ,

  222. 222

    Détruisait de l'Amour les fruits illégitimes ;

  223. 223

    Un breuvage infernal... Mais puisse dans l'oubli ,

  224. 224

    Ce funeste secret, rester enseveli !

  225. 225

    Eh quoi ! d'un tel forfait on souille ta mémoire ,

  226. 226

    Hippocrate ?... Un méchant veut me forcer à croire ?

  227. 227

    Tais-toi, vil imposteur, et du séjour des morts ,

  228. 228

    Puisse ton ombre impure être en proie aux remords ,

  229. 229

    D'avoir , par une absurde et lâche calomnie ,

  230. 230

    Osé ternir sa gloire , attenter au génie.

  231. 231

    Du sein des Immortels , ô vieillard vertueux !

  232. 232

    Daigne au moins discerner tes fils respecteux

  233. 233

    D'une foule hypocrite à tes pieds abattue ,

  234. 234

    Qui même , en l'adorant, veut ronger ta statue.

  235. 235

    Ecrase , il en est temps , du sein des Immortels ,

  236. 236

    Ces insectes impurs rampans sur tes autels.

  237. 237

    Aspasie , en un siècle ignorant et sauvage,

  238. 238

    Préparait , dit l'histoire , un horrible breuvage ,

  239. 239

    Souvent inéficace , et qui trop lentement ,

  240. 240

    Après quinze ou vingt jours causait l'avortement.

  241. 241

    Mon siècle plus instruit , mon siècle qui se pique

  242. 242

    D'être plus philosophe et plus philantropique ,

  243. 243

    Mon siècle a reculé l'art des avortemens.

  244. 244

    Ce n'est plus de nos jours par des médicamens ,

  245. 245

    Ou par une liqueur agente et destructrice ,

  246. 246

    Qu'on atteint l'embrion au fond de la matrice ;

  247. 247

    Un stylet avec art introduit dans le sein ,

  248. 248

    Des Paidophagiens remplit mieux le dessein.

  249. 249

    Le métier d'abréger la grossesse importune ,

  250. 250

    Dans Paris aujourd'hui conduit à la fortune.

  251. 251

    Cinquante Louis d'or sont , dit-on , le prix fait

  252. 252

    Que les Césariens prennent pour ce haut fait.

  253. 253

    Bourgeois, par sa sagesse et son expérience,

  254. 254

    Obtint de Médicis la juste confiance,

  255. 255

    Par ses heureux conseils, par ses travaux constans ;

  256. 256

    Elle fut, dit Astruc, l'oracle de son temps.

  257. 257

    Nielh, de l'humanité, du sexe qu'on outrage,

  258. 258

    Plaide et venge à la fois la cause avec courage ;

  259. 259

    Les leviers, les crochets par elle sont proscrits,

  260. 260

    La Raison, la Sagesse ont dicté ses écrits.

  261. 261

    Ducoudrai dans ses cours, pleins d'ordre et de lumière,

  262. 262

    Aux yeux des spectateurs a parlé la première.

  263. 263

    Son ouvrage fécond, méthodique, instructif,

  264. 264

    Sans fatiguer l'esprit sait le rendre attentif.

  265. 265

    On n'y voit point de l'art la brillante imposture,

  266. 266

    C'est la naïveté nous peignant la Nature.

  267. 267

    Elle accoucha la Reine, et sa dextérité

  268. 268

    L'éleva seule au rang qu'elle avait mérité.

  269. 269

    Adrienne Liquière, au printemps de sa vie,

  270. 270

    Par la Parque cruelle à mes doux soins ravie,

  271. 271

    Aux remparts de Genève avait reçu le jour.

  272. 272

    Sa famille à Paris vint fixer son séjour.

  273. 273

    Au culte de Calvin, à ses devoirs fidèle,

  274. 274

    De toutes les vertus son cœur fut le modèle.

  275. 275

    Honneur de mon École, elle en vengea les droits.

  276. 276

    Le Louvre a retenti des accens de sa voix.

  277. 277

    Le Palais des Beaux-Arts fut témoin de sa gloire.

  278. 278

    Ah ! que j'ai payé cher ton zèle et ta victoire !

  279. 279

    Victime des méchans, de leurs complots pervers...

  280. 280

    Ils ne sont plus, Liquière, et tu vis dans mes vers.

  281. 281

    Sexe, à qui chaque mode offrant une merveille,

  282. 282

    Fait briser chaque jour l'idole de la veille,

  283. 283

    D'un peuple trop léger belle et digne moitié,

  284. 284

    Dont le sort déplorable excite la pitié.

  285. 285

    Réponds ; une assez longue et triste expérience ,

  286. 286

    T'a de mon sexe enfin démontré la science.

  287. 287

    De grâce , réponds moi. Quel fruit retires-tu

  288. 288

    D'avoir sacrifié cette aimable vertu ,

  289. 289

    Qui s'alarme et colore un front chaste et novice ,

  290. 290

    A tout mot équivoque , au nom même du vice ,

  291. 291

    D'avoir de la Nature interverti les lois ,

  292. 292

    D'avoir à des tyrans abandonné tes droits :

  293. 293

    Réponds moi. La Nature à l'homme plus docile ,

  294. 294

    Rend-elle en sa faveur ton *travail* plus facile ?

  295. 295

    Lucine , à tes enfans , sous sa magique main ,

  296. 296

    Ouvre-t-elle à la vie un plus heureux chemin ?

  297. 297

    Contre la Parque , enfin , toujours inexorable ,

  298. 298

    L'homme par ses talens t'est-il plus favorable ?

  299. 299

    Non , sans doute , et mon art devenu plus hardi ,

  300. 300

    Le tombeau sous tes pas par lui s'est agrandi.

  301. 301

    L'Ignorance , l'Orgueil , l'Intérêt , l'Imposture ,

  302. 302

    Loin de son sanctuaire ont chassé la Nature.

  303. 303

    L'Ignorance , en secret , forgea mille instrumens ;

  304. 304

    L'Orgueil posa de l'art les nouveaux fondemens ;

  305. 305

    L'intérêt les soumit à des calculs infames ;

  306. 306

    Et l'Imposture enfin déshonora les femmes.

  307. 307

    Cependant , si j'en crois Demours et Swammerdam ,

  308. 308

    Les crapauds accouchaient sous notre père Adam.

  309. 309

    Dans ce vaste jardin où Buffon a son temple ,

  310. 310

    Et qu'un Fleuve orgueilleux sur son urne contemple ,

  311. 311

    Quand soulevant sa tête au milieu des roseaux ,

  312. 312

    Il porte dans Paris le tribut de ses eaux.

  313. 313

    Dans ce jardin pompeux , si fécond en miracles ,

  314. 314

    Que l'immortel Jussieu , fameux par tant d'oracles ,

  315. 315

    Enrichit des trésors de cent climats divers ,

  316. 316

    Et pour eux en printemps transforma les hivers ;

  317. 317

    Dans ce jardin , Demours , sur les plantes fleuries ,

  318. 318

    Promenait sur le soir ses douces rêveries ;

  319. 319

    Un bruit s'est fait entendre , il approche tout bas ,

  320. 320

    Guette , et voit deux crapauds prenant leurs doux ébats.

  321. 321

    Le docte observateur , d'un œil Académique ,

  322. 322

    Contemple gravement cette scène comique ;

  323. 323

    Le mâle , très-adroit , dit Demours , arrachait

  324. 324

    Les œufs dont sa femelle avec peine accouchait.

  325. 325

    Ce que l'Académie a cru je puis le croire ,

  326. 326

    Mais je ne croirai pas ce qu'ajoute l'histoire ;

  327. 327

    Qu'un accoucheur fameux , grand mécanicien ,

  328. 328

    Sur les pas de Demours l'académicien ,

  329. 329

    Arrive , et comme lui témoin de l'aventure ,

  330. 330

    Attend , fier d'avoir pris sur le fait la Nature ,

  331. 331

    Maître crapaud , versé dans les accouchemens ,

  332. 332

    Avec dextérité fait les attouchemens ,

  333. 333

    Façonne adroitement sa patte en pelvimètre ,

  334. 334

    Mesure ainsi le grand , le petit diamètre.

  335. 335

    Du bassin , en tout sens , prend les dimensions ,

  336. 336

    D'un pénible *travail* suit les progressions ;

  337. 337

    Va , vient , fait l'empressé. Bref , il se détermine

  338. 338

    A faire à l'*uterus* la hargne Césarine.

  339. 339

    Il fit en un clin d'œil ce chef-d'œuvre de l'art ,

  340. 340

    Et tira l'œuf du sein comme on tira César.

  341. 341

    *Bravo* , cent fois *Bravo* , voilà comme on opère ,

  342. 342

    Dit l'accoucheur , croyant parler à son confrère.

  343. 343

    Mais le *Bravo* d'un homme à la voix de Stentor ,

  344. 344

    Effraya le crapaud qui fuit et court encor.

  345. 345

    Swammerdam même a vu la grenouille femelle

  346. 346

    Pondre à la crapaudine avec le même art qu'elle ,

  347. 347

    Et durant le *travail* , d'un plus ou moins long cours ,

  348. 348

    De la grenouille mâle implorer le secours.

  349. 349

    Depuis ces faits , depuis la naissance du monde ,

  350. 350

    Il est des accoucheurs sur la terre et sur l'onde ,

  351. 351

    Et quelque jour des cieux parcourant les déserts ,

  352. 352

    Blanchard nous apprendra qu'il en est dans les airs.

  353. 353

    Ainsi le merveilleux séduit toujours les hommes.

  354. 354

    Hélas ! jusques à quand , insensés que nous sommes ,

  355. 355

    Embrassant à la fois un trop vaste horizon ,

  356. 356

    Fermerons-nous les yeux au jour de la Raison ?

  357. 357

    Ah ! si des animaux , trop souvent nos modèles ,

  358. 358

    Nous voulons devenir les émules fidèles ,

  359. 359

    Imitons-les en tout. Soyons sobres comme eux ,

  360. 360

    Comme eux sachons jouir , seul moyen d'être heureux.

  361. 361

    Comme eux , pour être exempts de toute épidémie ,

  362. 362

    Écoutons la Nature et non l'Académie.

  363. 363

    Interprètes heureux de ses constantes lois ,

  364. 364

    Sachons remplir son vœu , sachons venger ses droits.

  365. 365

    Adorons la Nature , elle rend tout facile ,

  366. 366

    Lorsqu'à ses sages lois on se montre docile.

  367. 367

    Malheur à qui la brave et ne l'écoute pas ,

  368. 368

    L'Art , son esclave heureux , doit marcher sur ses pas.

  369. 369

    A ses sages avis , à ses décrets fidèle ,

  370. 370

    Jamais l'art sous mes doitgs n'eut à se plaindre d'elle.

  371. 371

    Le Génie a de l'art dicté les élémens ,

  372. 372

    Qu'il dirige vos mains , seuls et vrais instrumens ;

  373. 373

    Mais l'élève en guidant un Être à l'existence ,

  374. 374

    Doit , du ciel qui l'éclaire , implorer l'assistance ;

  375. 375

    Des Déesses , sans nombre , invoquez le secours ,

  376. 376

    Car les Dieux impuissans , à vos vœux seraient sourds.

  377. 377

    Les Dieux *Nixi* , jadis , pour les Dames Romaines ,

  378. 378

    Eurent dans le *travail* des ames inhumaines.

  379. 379

    On les vit de sang froid , souriant de leurs maux ,

  380. 380

    Dans leur flanc entr'ouvert égorger les jumeaux.

  381. 381

    Contre les Dieux *Nixi*, remplis de barbarie,

  382. 382

    Les Dames invoquaient la Déesse Eugérie,

  383. 383

    Qui, durant leur grossesse, écartant tout danger,

  384. 384

    Se montrait au besoin prompte à les soulager.

  385. 385

    Dans un lieu solitaire éloignant tout profane,

  386. 386

    Implorez et Lucine et la chaste Diane.

  387. 387

    Lucine, si le jour éclaire vos labeurs ;

  388. 388

    Diane, si la nuit est témoin des douleurs.

  389. 389

    Quand le sang à grands flots jaillit de la matrice,

  390. 390

    Criez, Ména, Ména, soyez ma protectrice !

  391. 391

    Et sept fois, à genoux, prononcez son saint nom.

  392. 392

    Mais n'invoquez jamais la barbare Junon.

  393. 393

    Du souverain des Dieux cette implacable épouse,

  394. 394

    Dont l'orgueilleuse humeur et la fureur jalouse,

  395. 395

    Ont rempli l'Univers de ses emportemens,

  396. 396

    Prolonge le *travail*, nuit aux enfantemens.

  397. 397

    Soutiens ma faible voix, puissant Dieu du Permesse,

  398. 398

    Je vais venger ta mère et remplir ma promesse.

  399. 399

    Latone dans son sein récélait ses jumeaux.

  400. 400

    Pour la faire avorter et prolonger ses maux,

  401. 401

    En frappant son esprit d'une terreur mortelle,

  402. 402

    Junon ne rougit pas de susciter contre elle

  403. 403

    Un serpent né des eaux lors de Deucalion,

  404. 404

    Monstre affreux, à la fois Dragon, Tigre et Lion,

  405. 405

    Qui, l'œil étincelant, la gueule ensanglantée,

  406. 406

    Poursuivait nuit et jour Latone épouvantée,

  407. 407

    Quand la terre insensible à ses affreux revers,

  408. 408

    Sous ses pas fugitifs dérobait l'Univers.

  409. 409

    Latone, enfin, touchait à son heure dernière,

  410. 410

    Mais Neptune... Apollon, sur son char de lumière,

  411. 411

    Cache à ma voix son front et si noble et si beau.

  412. 412

    Diane au sein des mers a plongé son flambeau.

  413. 413

    Ah ! si le souvenir des tourmens d'une mère

  414. 414

    Pénètre encor vos cœurs d'une tristesse amère,

  415. 415

    Cher enfans de Latone, agréez mes regrets,

  416. 416

    D'avoir troublé vos cours par mes chants indiscrets.

  417. 417

    Astre brillant du jour, daigne éclairer le monde,

  418. 418

    Astre, ornement des nuits, rends la nuit moins profonde.

  419. 419

    Paris donne à Vénus le prix de la Beauté.

  420. 420

    Ah ! Paris, de Junon l'orgueilleuse fierté,

  421. 421

    Dans le sang des Troyens va laver ton injure.

  422. 422

    Sur les rives du Styx, je la vois, elle jure

  423. 423

    D'ensevelir sous Troie et ta race et ton nom.

  424. 424

    Déjà, par elle armés, Achille, Agamemnon,

  425. 425

    Dans ses remparts fumans ont porté le ravage.

  426. 426

    Mais quoi ! Pergame en cendre est égale au rivage,

  427. 427

    Et son courroux encor n'est point assouvi !... Non.

  428. 428

    En dépit de Vénus, l'implacable Junon

  429. 429

    Poursuit de mers en mers, dans le pieux Énée,

  430. 430

    Des Troyens fugitifs la race infortunée.

  431. 431

    Et pour mieux se venger d'un mortel odieux,

  432. 432

    De l'Olympe et du Styx elle invoque les Dieux.

  433. 433

    Quelle est donc cette jeune et belle infortunée,

  434. 434

    Au sommet d'un rocher, nue, assise, enchaînée,

  435. 435

    Qui, les cheveux épars, poussant de longs sanglots,

  436. 436

    Découvre un monstre affreux sorti du sein des flots,

  437. 437

    Et pour la dévorer, du roc gagnant la cime ?

  438. 438

    Andromède, est-ce toi ? Dis-moi quel est ton crime ?

  439. 439

    Cassiope ta mère eut la témérité

  440. 440

    De se croire à Junon presque égale en beauté.

  441. 441

    Pourquoi Tirésias privé de la lumière,

  442. 442

    A tes regards, Phœbus, ferme-t-il la paupière ?

  443. 443

    Quel forfait provoqua tant de sévérité ?

  444. 444

    A Junon il osa dire la vérité.

  445. 445

    Aux Dieux , la Vérité tient souvent lieu d'injure.

  446. 446

    Mais de Tirésias retraçons l'aventure.

  447. 447

    Tirésias un jour rencontra sur ses pas

  448. 448

    Deux serpents enlassés par d'amoureux ébats ;

  449. 449

    Une verge à la main , il fond sur ces reptiles ,

  450. 450

    Et rend de leur coït les efforts inutiles.

  451. 451

    Par Vénus à l'instant le couple est bien vengé.

  452. 452

    Tirésias en femme à leurs yeux est changé.

  453. 453

    Il usa de ses droits , et du Dieu du Mystère ,

  454. 454

    Reçut maintes leçons à l'île de Cythère ;

  455. 455

    Enfin , ayant frappé de nouveau ces serpents ,

  456. 456

    Tirésias reprit son sexe après sept ans.

  457. 457

    Cependant à Junon , le Maître du tonnerre

  458. 458

    Soutenait qu'en amour , dans les cieux , sur la terre ,

  459. 459

    Le sexe , plus ardent , plus fécond en désirs ,

  460. 460

    Plus sensible , en un mot , goûte plus de plaisirs.

  461. 461

    Mais Junon prétendait qu'un injuste partage ,

  462. 462

    Au nôtre , sur ce point , donnait tout l'avantage.

  463. 463

    Tirésias par eux sur ce point consulté ,

  464. 464

    Dit qu'en amour la femme a plus de volupté.

  465. 465

    A cet aveu naïf , furieuse , interdite ,

  466. 466

    Junon crêve les yeux au juge Hermaphrodite.

  467. 467

    Orgueilleuses Junons , dussiez-vous m'aveugler ,

  468. 468

    Dussiez-vous sans pitié de vos mains m'étrangler ,

  469. 469

    Oui , de Tirésias surpassant le courage ,

  470. 470

    Je vous dirai : Vénus est pour vous une rage ,

  471. 471

    Qui souvent de l'honneur étouffant tous les droits ,

  472. 472

    Vous fit de la Nature intervertir les lois.

  473. 473

    Nyctimène à l'amour dérobe un trait funeste.

  474. 474

    L'Amour sera vengé. Son cœur s'ouvre à l'inceste ;

  475. 475

    La Raison parle en vain. Dans le lit paternel ,

  476. 476

    Nyctimène assouvit un penchant criminel.

  477. 477

    Myrrha , de Nyctimène , imitant la conduite ,

  478. 478

    Dans le lit paternel , par l'Amour introduite ,

  479. 479

    A l'auteur de ses jours , qui ne la connaît pas ,

  480. 480

    Prodigue sans pudeur d'incestueux appas.

  481. 481

    Biblis , d'un chaste frère , incestueuse amante ,

  482. 482

    A toute heure , en tout lieux , le poursuit , le tourmente ;

  483. 483

    Caune qui d'un tel crime abhorre la noirceur ,

  484. 484

    Fuit Vénus , sous les traits de sa coupable sœur.

  485. 485

    Pasiphaë , ce monstre indigne d'être femme ,

  486. 486

    Conçoit pour un taureau l'amour le plus infame.

  487. 487

    Sous les traits d'une vache , à sa brutale ardeur

  488. 488

    Elle immole , à la fois , raison , remords , pudeur.

  489. 489

    Dieux ! quel sera le fruit de sa rage assouvie ?

  490. 490

    A plus d'un Minautore , elle a donné la vie.

  491. 491

    D'une mère coupable enfant incestueux ,

  492. 492

    Phèdre ose aimer un fils chaste et trop vertueux ,

  493. 493

    Qui pour voiler d'un cœur la flamme illégitime ,

  494. 494

    Périt de sa marâtre innocente victime.

  495. 495

    Soleil ! qui sur ton char , dûs reculer d'horreur ,

  496. 496

    Le jour où de Vénus l'indomptable fureur ,

  497. 497

    Poursuivant sans relâche une auguste famille ,

  498. 498

    Aux yeux de l'Univers déshonora ta fille ,

  499. 499

    Laisse-moi de l'Amour peindre tout le danger ,

  500. 500

    Je suis père , et ton sort ne peut m'être étranger.

  501. 501

    J'attends du ciel , sans doute , un destin plus prospère ,

  502. 502

    Mais quand l'Astre du jour a rougi d'être père ,

  503. 503

    Quels parens vertueux oseraient se flatter ,

  504. 504

    Que pour eux il n'est point d'affront à redouter !

  505. 505

    Deux enfans , tendres fruits d'un heureux hyménée ,

  506. 506

    Caroline et Louis charment ma destinée.

  507. 507

    Louis sensible , aimable , aimant , plein de douceur ,

  508. 508

    A les traits de sa mère et l'ame de sa sœur.

  509. 509

    Que n'a-t-il la santé ? Mais le ciel, je l'espére,

  510. 510

    Secondera les soins et les vœux de son père.

  511. 511

    D'une mère adorée, aimable rejeton,

  512. 512

    Comme on voit sous la rose éclore le bouton,

  513. 513

    Ainsi croît sous mes yeux ma jeune Caroline,

  514. 514

    De la rose naissante elle a tout hors l'épine.

  515. 515

    La fraîcheur de son teint, l'éclat de sa beauté,

  516. 516

    Sa naïve candeur, sa douceur, sa bonté.

  517. 517

    De mille dons heureux, le précieux mélange,

  518. 518

    Font dire, à qui la voit, Caroline est un Ange.

  519. 519

    Mais, des conseils pervers, l'exemple des méchans,

  520. 520

    L'âge des passions, de funestes penchans,

  521. 521

    D'un amour malheureux la folâtre chimère...

  522. 522

    Non, Caroline aura les vertus de sa mère,

  523. 523

    Comme elle inébranlable, au chemin de l'honneur,

  524. 524

    De deux enfans chéris, j'attends tout mon bonheur.

  525. 525

    Cependant, si jamais, contre toute apparence,

  526. 526

    Ou ma fille, ou mon fils trompait mon espérance,

  527. 527

    Soleil, n'éclaire plus un père infortuné,

  528. 528

    Par un sort déplorable à rougir condamné.

  529. 529

    Un Dieu seul peut braver la honte et l'infortune ;

  530. 530

    Mais un mortel doit fuir ta lumière importune.

  531. 531

    Du cœur de mes enfans j'ai sondé les replis,

  532. 532

    Le ciel n'est pas plus pur. Tous mes vœux sont remplis.

  533. 533

    Grand Dieu ! toi qui me rends le plus heureux des pères,

  534. 534

    Accorde à mes enfans les jours les plus prospères.

  535. 535

    Et vous, Dieu bienfaiteur des amis des Beaux-Arts,

  536. 536

    Jetez sur mes enfans un seul de vos regards,

  537. 537

    LOUIS LE DÉSIRÉ, couvrez-les de vos ailes,

  538. 538

    Et vous n'aurez jamais de sujets plus fidèles.

  539. 539

    Si le sort me poursuit, je l'ai bien mérité,

  540. 540

    Par mon zèle à venger l'Art et la Vérité.

  541. 541

    Eh ! ne savais-je point à quels maux on s'expose,

  542. 542

    Quand de l'humanité l'on prend en main la cause ?

  543. 543

    Quand on veut reculer les limites d'un art

  544. 544

    Qui dût moins au savoir qu'à l'aveugle hasard ?

  545. 545

    Quand on veut démontrer que sans la Médecine,

  546. 546

    Nul ne doit être admis au temple de Lucine ?

  547. 547

    Mais, grand Roi, mes enfans quel crime ont-ils commis,

  548. 548

    Pour être en butte aux traits de tous mes ennemis ?

  549. 549

    Éclairés par l'instinct que donne la tendresse,

  550. 550

    Je puis vous l'attester, ils me disaient sans cesse :

  551. 551

    Tout homme aime l'Erreur. Au nom de l'amitié,

  552. 552

    De l'amour paternel, ou du moins par pitié,

  553. 553

    Prêche à l'homme l'erreur... Mais Louis, leur disais-je,

  554. 554

    Aime la Vérité, la cherche et la protège.

  555. 555

    Louis, ajoutaient-ils, sourit à tes efforts,

  556. 556

    Mais le faible est toujours victime des plus forts.

  557. 557

    Des débats des savans un Souverain s'amuse,

  558. 558

    Et c'est de fictions que se nourrit ta Muse,

  559. 559

    Lorsqu'en un beau délire elle croit que ses chants,

  560. 560

    Pour émouvoir son cœur seront assez touchans.

  561. 561

    Qu'un seul homme à l'Envie imposera silence,

  562. 562

    Et seul l'emportera dans sa juste balance.

  563. 563

    Un grand auteur a dit, et c'est la vérité,

  564. 564

    Que le prix du Génie est l'Immortalité.

  565. 565

    L'Immortalité seule est pour l'homme qui pense,

  566. 566

    Le but de ses travaux, leur digne récompense.

  567. 567

    Des bras de tes enfans, en terminant ton sort,

  568. 568

    Vers l'Immortalité tu prendras ton essor.

  569. 569

    Mais nous, faibles mortels, qui ne pourrons t'y suivre,

  570. 570

    Nous, condamnés, hélas ! peut-être à te survivre,

  571. 571

    Sans appui, sans secours, dis-moi que ferons-nous ?

  572. 572

    Vous irez de Louis embrasser les genoux,

  573. 573

    Et si vous obtenez un destin plus prospère ,

  574. 574

    Ne soyez pas si vrais que le fut votre père.

  575. 575

    Le nom de Messaline , à la Postérité ,

  576. 576

    Retrace la débauche et l'impudicité.

  577. 577

    Je sais qu'à tout propos l'Italie et la Grèce

  578. 578

    Citent avec orgueil Pénélope et Lucrèce ,

  579. 579

    Quoique de ces deux faits , d'antique chasteté ,

  580. 580

    L'un , même avec raison , puisse être contesté.

  581. 581

    Car , soit dit entre nous , et sans plus ample enquête ,

  582. 582

    La fileuse d'Itaque était un peu coquette.

  583. 583

    Quand le Roi son époux , vainqueur des Élémens ,

  584. 584

    Revint ; Madame avait au moins quatorze amans.

  585. 585

    La chaste Pénélope , à ce que dit l'histoire ,

  586. 586

    Sur ses quatorze amans remporta la victoire.

  587. 587

    N'eût-elle pas mieux fait , pour l'honneur d'un époux ,

  588. 588

    De les chasser , au lieu de les abuser tous ?

  589. 589

    La Vertu , qu'en tous lieux j'honore et je respecte ,

  590. 590

    Avec quatorze amans me deviendrait suspecte.

  591. 591

    Mais pour une Lucrèce à qui le beau Sextus ,

  592. 592

    Apprit à ne jamais compter sur les vertus ,

  593. 593

    Et qui de Collatin redoutant la colère ,

  594. 594

    Subit , pour s'y soustraire , une mort volontaire ,

  595. 595

    Ne puis-je pas citer Aulu-Gelle à la main ,

  596. 596

    Cent Romaines entrant dans le Sénat Romain ,

  597. 597

    Et criant sans pudeur : Qu'on nous donne deux hommes ,

  598. 598

    Plutôt que de nous voir , dans le siècle où nous sommes ,

  599. 599

    Réduites à n'avoir qu'un seul époux pour deux ,

  600. 600

    De partager d'un homme et le lit et les feux.

  601. 601

    Au retour de la nuit , la fameuse Julie ,

  602. 602

    Aux yeux de l'Univers , par Vénus avilie ,

  603. 603

    En proie à sa brutale et folle passion ,

  604. 604

    Se rendait dans les lieux de prostitution.

  605. 605

    Par la Nymphomanie en secret consumée ,

  606. 606

    A la pâle lueur d'une lampe enfumée ,

  607. 607

    Julie offrait l'encens aux Temples de Vénus ,

  608. 608

    Que la prudence humaine offre aux premiers venus.

  609. 609

    Après avoir lassé les Portefaix de Rome ,

  610. 610

    Lasse , mais éprouvant encor la soif de l'homme ,

  611. 611

    Travestie et sans guide affrontant les hasards ,

  612. 612

    Julie , enfin , rentrait au Palais des Césars.

  613. 613

    Mais je sens qu'à ma voix la Pudeur s'effarouche ,

  614. 614

    Ma Muse , en rougissant , met sa main sur ma bouche.

  615. 615

    Jetons un voile épais sur ces scènes d'horreur ,

  616. 616

    Et de Vénus enfin enchaînons la fureur.

  617. 617

    Femmes , qui d'un tel mal rougissez d'être atteintes ,

  618. 618

    Etouffez de l'amour les flammes mal éteintes ;

  619. 619

    Fuyez Vénus , fuyez ses regards langoureux ,

  620. 620

    Ses propos trop lassifs , ses baisers amoureux ;

  621. 621

    Fuyez sur-tout , fuyez tout réduit solitaire.

  622. 622

    Des Naïades cherchez l'asile salutaire.

  623. 623

    De lait , d'orge et de riz composez vos boissons ;

  624. 624

    Aux chairs des animaux , préférez les poissons.

  625. 625

    La chauffrète est funeste. Endurez la froidure.

  626. 626

    Préférez au duvet la couche la plus dure.

  627. 627

    Travaillez nuit et jour. La molle oisiveté

  628. 628

    Est la mère du vice et de la volupté.

  629. 629

    Femmes , ces seuls conseils , bien mieux que la verveine ,

  630. 630

    De Vénus contre vous , rendront la rage vaine ;

  631. 631

    Mais loin de mon sujet par Vénus emporté ,

  632. 632

    J'oubliais de Junon la haine et la fierté.

  633. 633

    Du souverain des Dieux , la Nymphe bien aimée ,

  634. 634

    Io , par son amant , en vache est transformée ,

  635. 635

    A ta rivale Io tu n'échapperas pas.

  636. 636

    Par ordre de Junon , Argus suit tous ses pas.

  637. 637

    Argus, monstre aux cents yeux, dont l'ombre et le silence,

  638. 638

    N'ont pu jamais tromper l'active vigilance.

  639. 639

    Ah ! malheureuse Io ! que vas-tu devenir ?

  640. 640

    Tes feux ont éclaté, Junon va t'en punir ;

  641. 641

    Un Taon, de Jupiter suit en tous lieux l'amante,

  642. 642

    A coups d'un triple dard l'insecte la tourmente,

  643. 643

    Le sang coule à grands flots de ses flancs entr'ouverts.

  644. 644

    Désespérée, Io se plonge au fond des mers,

  645. 645

    Fuit en Egypte, et là, cette Nymphe adorée,

  646. 646

    Sous le doux nom d'Isis fut depuis honorée.

  647. 647

    Ah ! Muse, pourras-tu raconter sans frémir

  648. 648

    Les malheurs dont jadis Cadmus eut à gémir,

  649. 649

    Quand d'Agenor Jupin eût enlevé la fille ?

  650. 650

    Junon à sa vengeance immola sa famille.

  651. 651

    Ino, qui d'Athamas craint la rage et les cris,

  652. 652

    Dans l'abîme des flots se plonge avec son fils.

  653. 653

    Agave de fureur par Bacchus transportée,

  654. 654

    Fait frémir la Nature en égorgeant Panthée.

  655. 655

    Othonoé, ton fils, en cerf d'abord changé,

  656. 656

    Par ses chiens est ensuite à tes yeux égorgé.

  657. 657

    Sémélé veut de près voir le Dieu de la foudre,

  658. 658

    Dans son Palais en flamme elle est réduite en poudre.

  659. 659

    Et Bacchus, heureux fruit d'un objet bien aimé,

  660. 660

    Par Jupin, dans sa cuisse, alors fut enfermé.

  661. 661

    Cependant, mère tendre à la fois et bon père,

  662. 662

    Jupiter *en travail* crie et se désespère ;

  663. 663

    Il ressent au *fémur* d'effroyables douleurs :

  664. 664

    Attirés par ses cris, ses sanglots et ses pleurs,

  665. 665

    Accourent à l'envi les Dieux et les Déesses.

  666. 666

    L'une soutient ses reins, l'autre écarte ses fesses,

  667. 667

    Et chacun tour à tour, au souverain des Dieux,

  668. 668

    Prodigue ses conseils, ses soins officieux.

  669. 669

    Junon seule à ses maux feignant d'être insensible,

  670. 670

    Mais l'ame à la pitié toujours inaccessible ,

  671. 671

    Chaste époux , lui dit-elle , il te souvient du jour

  672. 672

    Où les Dieux assemblés au céleste séjour ,

  673. 673

    Rirent à mes dépens , quand par son imposture ,

  674. 674

    Tirésias osant démentir la Nature ,

  675. 675

    Prononça , sans raison , au gré de ton désir ,

  676. 676

    Que la femme en amour ressent plus de plaisir.

  677. 677

    Vois quel plaisir éprouve une femme féconde ,

  678. 678

    Qui souvent tous les ans met un enfant au monde ;

  679. 679

    Un enfant qu'en son sein elle a porté neuf mois ,

  680. 680

    Au milieu des dégoûts et meurtri par son poids ?

  681. 681

    Mais ce n'est rien encor. Si ton ame est jalouse

  682. 682

    De goûter les plaisirs de ton heureuse épouse ,

  683. 683

    Souffre que de mon art employant le secours

  684. 684

    Des douceurs du *travail* , je prolonge le cours ,

  685. 685

    Pour énivrer tes sens de la volupté pure ,

  686. 686

    Dont jouit le beau sexe au bras de la Nature.

  687. 687

    Mais quoi ? tant de plaisir a pour toi peu d'appas ,

  688. 688

    Tu souffres , Jupiter !... Que ne souffre-t-on pas ,

  689. 689

    Pour sauver le doux fruit d'une amante adorée ?

  690. 690

    Par l'ardeur de tes feux malgré toi dévorée ,

  691. 691

    D'amertume toujours le plaisir est mêlé ,

  692. 692

    Mais tu vas embrasser le fils de Sémélé.

  693. 693

    A ces mots , Jupiter transporté de colère ,

  694. 694

    Fait pour saisir Junon un effort salutaire ,

  695. 695

    Et tandis que des yeux il la menace en vain ,

  696. 696

    De la cuisse , en chantant , sort Bacchus , Dieu du vin.

  697. 697

    Muse , quittons la lyre , et , par reconnaissance ,

  698. 698

    Allons du nouveau Dieu célébrer la naissance ,

  699. 699

    C'est le verre à la main qu'on chante ses bienfaits ,

  700. 700

    Ses travaux , ses combats , sa gloire et ses hauts faits.

  701. 701

    Mais avant de fêter le Dieu vainqueur de l'Inde ,

  702. 702

    Vengeons le Dieu charmaut du Permesse et du Pinde.

  703. 703

    Jupiter aime Egine , et Junon en courroux ,

  704. 704

    Donnant un libre essor à ses transports jaloux ,

  705. 705

    Livre un vaste pays aux horreurs de la peste ;

  706. 706

    Tout périt , tout succombe au mal le plus funeste.

  707. 707

    Cependant , Jupiter sensible aux longs malheurs

  708. 708

    D'Eacus , fils d'Egine , essuye enfin ses pleurs ;

  709. 709

    D'un fléau destructeur vient réparer les pertes ,

  710. 710

    Et pour mieux repeupler les campagnes désertes ,

  711. 711

    Sortent d'un chêne antique , à sa voix entr'ouvert ,

  712. 712

    D'innombrables fourmis , dont le sol est couvert ;

  713. 713

    Le Dieu qui donne aux corps et la vie et la forme ,

  714. 714

    En sujets d'Eacus , en héros les transforme.

  715. 715

    Courageux Mirmidons , intrépides guerriers

  716. 716

    Qui sur les murs de Troie ont cueilli des lauriers.

  717. 717

    De la sœur d'Apollon , une Nymphe charmante ,

  718. 718

    Du Maître de l'Olympe , Hélicé fut l'amante ,

  719. 719

    Et pour mieux triompher de ses chastes attraits ,

  720. 720

    Jupiter , de Diane avait pris tous les traits.

  721. 721

    Il fut heureux. L'Amour , au sein même des Grâces ,

  722. 722

    De ses plus doux larcins laisse , en fuyant , des traces.

  723. 723

    Sans égards , sans respect pour son auguste amant ,

  724. 724

    Hélicé fut des bains chassée honteusement.

  725. 725

    La Nymphe seule au sein de la forêt voisine ,

  726. 726

    Vint payer le tribut de l'amour à Lucine.

  727. 727

    Et mit au monde Arcas. Mais Junon en courroux

  728. 728

    Changea , pour se venger d'un infidèle époux ,

  729. 729

    Le jeune Arcas en ours , et sa rivale en ourse ,

  730. 730

    Astres dont Jupiter régla depuis la course ,

  731. 731

    Et plaça dans les cieux , sous les noms respectés ,

  732. 732

    De grande et petite ourse , autrement Boëtés.

  733. 733

    Muse, dis-nous comment dans sa rage inhumaine,

  734. 734

    Junon persécuta la malheureuse Alcmène ?

  735. 735

    Le Dieu qui remplit tout de son immensité,

  736. 736

    A qui tout doit la vie et la fécondité,

  737. 737

    Jupin, d'Amphitryon daigna chérir l'épouse.

  738. 738

    Elle conçut. Junon furieuse et jalouse,

  739. 739

    De son enfantement prolonge les douleurs.

  740. 740

    Alcmène en vain l'implore. Insensible à ses pleurs,

  741. 741

    Elle ordonne à sa fille, à la chaste Lucine,

  742. 742

    De lui rendre fatal l'art de la Médecine,

  743. 743

    D'user des cordiaux les plus prompts, les plus forts,

  744. 744

    D'enflammer l'orifice en dilatant ses bords,

  745. 745

    De mettre ses genoux, ses pieds à la torture,

  746. 746

    D'employer l'art, enfin, à dompter la Nature.

  747. 747

    Loin de se rendre aux vœux d'une mère en fureur,

  748. 748

    Lucine se dérobe à ces scènes d'horreur ;

  749. 749

    Mais d'un être souffrant, si digne d'indulgence,

  750. 750

    Les pleurs ont de Junon irrité la vengeance.

  751. 751

    Jupiter, qui d'Alcmène entend le cri perçant,

  752. 752

    Fronce ses noirs sourcils, et d'un ton menaçant,

  753. 753

    Dit aux filles du Styx de modérer leur rage,

  754. 754

    Et Galanthis alors vint terminer l'ouvrage.

  755. 755

    Alcmène, dit Jupin, en dépit de Junon,

  756. 756

    J'adopte votre fils, Alcide est son surnom.

  757. 757

    Illustre et digne enfant du maître du tonnerre,

  758. 758

    De ses nobles travaux il remplira la terre,

  759. 759

    Et le front couronné d'un éclat radieux,

  760. 760

    Hercule un jour viendra s'asseoir au rang des Dieux :

  761. 761

    Mais Alcide est en vain protégé par son père.

  762. 762

    Dans sa rage impuissante, encor Junon espère

  763. 763

    Etouffer au berceau cet enfant précieux,

  764. 764

    Qui doit en dépit d'elle être admis dans les cieux.

  765. 765

    Complice des forfaits , la Nuit , Reine des ombres ,

  766. 766

    Avait sur l'Univers jeté ses voiles sombres.

  767. 767

    D'un fils cher à son cœur épiant le réveil ,

  768. 768

    Alcmène se livrait aux douceurs du sommeil ,

  769. 769

    Quand Junon pour commettre un lâche infanticide ,

  770. 770

    Vint glisser deux serpens sous le berceau d'Alcide.

  771. 771

    Vomis par les enfers ces serpens monstrueux ,

  772. 772

    Déroulent en sifflant leurs anneaux tortueux ;

  773. 773

    Leurs yeux rouges de sang , pleins de feux étincèlent ,

  774. 774

    Leurs triples dards sont teints du poison qu'ils récèlent.

  775. 775

    Après avoir porté leurs regards autour d'eux ,

  776. 776

    Sur le berceau d'Alcide ils s'élancent tous deux ;

  777. 777

    De carnage altérés , à l'aspect de leur proie ,

  778. 778

    Ils écument de rage , ils bondissent de joie ,

  779. 779

    Et contre un faible enfant unissant leurs efforts ,

  780. 780

    En un double lien ils transforment leur corps.

  781. 781

    Etroitement serré par une double chaîne ,

  782. 782

    Hercule en s'éveillant d'abord respire à peine ;

  783. 783

    Mais dans ces deux liens bientôt il se débat.

  784. 784

    Aux efforts redoublés de ce bruyant combat ,

  785. 785

    Alcmène épouvantée , en sursaut se réveille.

  786. 786

    Quel spectacle pour elle ! ô prodige ! ô merveille !

  787. 787

    Aux yeux d'Alcmène en pleurs , Hercule , entre ses mains ,

  788. 788

    Etouffe en souriant ces serpens inhumains ;

  789. 789

    Et cependant Junon , dans sa rage implacable ,

  790. 790

    Poursuit le fils d'Alcmène , et sa haine l'accable ;

  791. 791

    Mais toujours triomphant , toujours victorieux ,

  792. 792

    Hercule a terminé ses travaux glorieux.

  793. 793

    De la haine à l'amour la pente est si rapide ,

  794. 794

    Qu'il n'est souvent qu'un pas. Depuis , le grand Alcide

  795. 795

    Aussi cher à Junon qu'il lui fut odieux....

  796. 796

    Mais ne révélons point les faiblesses des Dieux.

  797. 797

    D'Hercule et d'Apollon intéressante image ,

  798. 798

    Roucher, d'un cœur sensible accepte un pur hommage:

  799. 799

    Ainsi qu'en douze mois , Apollon , Dieu des vers ,

  800. 800

    Au sein du zodiaque embrasse l'Univers ,

  801. 801

    Tel , au fertile champ de la littérature ,

  802. 802

    Ton génie , en tes Mois , embrassa la Nature ;

  803. 803

    Ou bien , nouvel Alcide en tes douze travaux ,

  804. 804

    Tu domptes les Tyrans et les Monstres nouveaux.

  805. 805

    Sous tes coups tombe et meurt l'Hydre du Fanatisme ,

  806. 806

    Sur son trône à ta voix pâlit le Despotisme.

  807. 807

    De l'homme en philosophe ici pesant les droits ,

  808. 808

    Tu mets dans la balance et le peuple et les Rois.

  809. 809

    Là , dédaignant des Cours les usages serviles ,

  810. 810

    Tu fais aimer les champs à l'habitant des villes ,

  811. 811

    Le vice heureux frémit , à tes pieds abattu ,

  812. 812

    Et tu nous peinds ton ame en peignant la vertu.

  813. 813

    Trop malheureux ami dont j'honore la cendre ,

  814. 814

    Dans la tombe avec toi que n'ai-je pu descendre !

  815. 815

    Le jour où dans les fers attendant même sort ,

  816. 816

    Je lus ton nom inscrit sur les arrêts de mort ?

  817. 817

    Cependant garde-toi de regretter la vie.

  818. 818

    Ce bien est , de nos jours , trop peu digne d'envie.

  819. 819

    Eh ! quel ami des arts ne préférerait pas

  820. 820

    L'échafaud de Roucher , l'honneur de son trépas ,

  821. 821

    A la honte de voir et l'intrigue et l'audace ,

  822. 822

    Se frayer de concert une route au Parnasse ,

  823. 823

    S'asseoir insolemment à côté de Fourcroi ,

  824. 824

    Lui mettre en main le sceptre et le proclamer Roi.

  825. 825

    Roi des Instituteurs ! ô ma triste Patrie !

  826. 826

    Ton antique splendeur est à jamais flétrie ,

  827. 827

    Si le Tyran confie à des hommes sans mœurs ,

  828. 828

    L'art important d'instruire et de former les cœurs.

  829. 829

    Si du séjour des morts, Roucher, tu peux entendre

  830. 830

    Un ami des Beaux-Arts , ton ami le plus tendre ,

  831. 831

    Cesse de regretter le séjour des vivans ;

  832. 832

    Roucher , console-toi , console deux savans ,

  833. 833

    Du Vaudalisme impur , innocentes victimes ,

  834. 834

    Lavoisier et Bailly , tes deux amis intimes ;

  835. 835

    Dis - leur que tôt ou tard vos mânes outragés ,

  836. 836

    Par les amis des arts seront ici vengés.

  837. 837

    O surprise ! ô douleur ! Dieux ! que viens-je d'apprendre?

  838. 838

    Ainsi toujours la mort se plaît à nous surprendre.

  839. 839

    Quoi ! le fils d'Apollon, Silberling n'est donc plus ?

  840. 840

    Il n'est plus , et mes vœux ont été superflus.

  841. 841

    Ah ! quand je t'invitais , mon illustre Mécène ,

  842. 842

    A fuir , des bords du Rhin, aux rives de la Seine ,

  843. 843

    Inquiet pour tes jours , mon cœur semblait prévoir

  844. 844

    Que je n'aurais jamais le bonheur de te voir.

  845. 845

    Enfans du Dieu des vers et de la Médecine ,

  846. 846

    Fils de Bellone , et vous élèves de Lucine ,

  847. 847

    Venez sur son tombeau qu'ombragent les cyprès ,

  848. 848

    Mêler vos pleurs aux miens , partager mes regrets.

  849. 849

    Et toi qui d'un époux chéris toujours l'image ,

  850. 850

    Veuve de Silberling daigne agréer l'hommage ,

  851. 851

    Qu'en mon nom tes enfans t'adressent en ce jour.

  852. 852

    Ma Muse avec plaisir reverra le séjour ,

  853. 853

    Où chéri d'Apollon , Dieu de la Médecine ,

  854. 854

    Silberling a chanté les bienfaits de Lucine.

  855. 855

    Trop heureux si ma lyre , au gré de mes désirs ,

  856. 856

    Peut calmer tes douleurs et charmer tes loisirs.

English text

Alignment approximate; line numbers are not a verified source-to-translation map.

What innumerable crowd intoning its Canticles,

Floods the porticoes of the Temple of Lucina?

Enter the forecourt, young women, enter;

I am going to reveal to you the sacred mysteries

Of my Divinity. Cross the barrier;

But before undertaking a vast career,

Measure it with your eyes, and do not expose me

To the regret of seeing you retrace your steps.

Above all, distrust your novice ardor;

Let each, in a word, do herself justice here;

Consult your talents, your strength and your tastes,

Here are the qualities that I require of you.

You will join, with art, prudence to dexterity.

A gracious demeanor pleases, consoles, interests.

Be wise without pretense, knowledgeable without pride.

Too often self-love is the stumbling block of knowledge.

Indiscreet tongues are feared with reason.

For the sake of morals, women, be secretive,

And prove to the wicked, jealous of your success,

That keeping a secret is not a burden for you.

Pain is unjust. A generous soul,

In serving the ungrateful, considers itself happy enough;

Never prefer the rich to the indigent,

Enough others, without you, make money their God.

Modest and gentle sex, defied by a vain sex,

It is to your chaste care that Lucina entrusts

Women in *labor*. No one can at their whim,

Deprive you of this just, ancient and sacred right.

In vain do interest and pride dispute this with you.

The Annals of the primitive world attest

That the timid sex, in all times, in all places,

Received these obliging cares from its own sex,

And that Accoucheurs, held in horror by Lucina,

Owed their origin to women without morals.

Rachel, through whom Jacob allied himself with Laban,

When that credulous husband had disdained Leah,

Rachel, faithful to modesty even unto death,

Had a woman beside her during *labor*:

When Tamar felt the pangs of childbirth,

She called Maïal, who received her twins.

The daughter of the great Pontiff Eli was pregnant,

When the proud Philistines seized the holy ark,

And sword in hand, in their gloomy camp,

Put to death Phinehas, his brother, and the Hebrews.

The unfortunate widow of the valorous Phinehas,

To crown her misfortune, destined to die,

At the fatal account of her dreadful misfortunes,

Experienced the pains of a difficult *labor*.

By three women, Layel, Zamore, and Malagée,

After her delivery she was relieved.

On the banks of the Nile, the children of the Hebrews,

Having become too numerous under the weight of their chains,

Inspired fears in their proud oppressors.

Pharaoh ordered that pregnant women

Should publish their condition, and that the newborns,

By Phua, Sephora, should be exterminated.

Vain hope! The Tyrant's rage was thwarted.

Ah! Pharaoh, friend of the historian Suë,

Levret would have better served your barbarous design.

His hook, which Hell has vomited from its bosom,

By drying up Israel's overly fecund stem,

Would have purged both Egypt and the world of their race.

The title of accoucheur, so boasted of in our days,

Was therefore not yet invented in Egypt;

And Suë in his *Essais* assures that Herodotus,

Who reports this fact, is so old that he babbles.

But who then is this Suë, and what are his *Essais*!

The nephew of the great Suë, and all that I know of him,

Is that in his history, an appalling work,

This Suë has displayed the courage of Samson.

Alone, he fought against the Philistines,

And his sword avenged the destinies of the Jews.

He mistook his calling. But besides, so good-natured,

That they had nicknamed him the Mannequin of Saint-Côme.

He was given custody of the Library,

And this sacred post does not belong to a fool.

Such a choice by the school attested to its delirium.

Suë is there, they tell me, *in order to learn to read*,

I complained of it; soon he had a successor.

And of the Faculty this Suë is a professor,

Author and translator of Horace and Virgil!

He is a little Daru, he is a little Delille.

He is a Panegyrist; he is a Historian;

To say it all, in a word, he is a CÉSARIEN.

So many others do nothing in this learned School,

And are salaried. What a dreadful monopoly!

If from Egypt to Greece, happy cradle of the arts,

Still with history in hand we cast our gaze,

What shall we see there? Lucina, to her sex, from age to age,

Transmitting her secrets by right of inheritance.

Lucina with spite tearing from our hands

An art made for hearts more pure and more humane.

Origen and Plato, Aristotle and Maxence,

Admired the science of the Maïai of their time.

Pliny the historian praises Elephantidis,

And her worthy rival in her art, Laïdis.

Laïs, Salpe, Sappho, Artemisia and Livia,

In my art, among the Greeks, distinguished their lives.

Cleopatra, Aspasia, Agnodice and Sichris,

Saw their names written in the annals of history.

Worthy contemporary of the divine Hippocrates,

O son of Sophroniscus! O virtuous Socrates!

Who better than you can tell Posterity,

What the art owes to the sex, to its dexterity,

You, whose chaste mother dedicated her vigils to it,

You, who, a happy witness to her learned marvels,

Proud to be descended from a blood dear to humanity,

Placed your vanity in praising her prudence.

You, finally the wisest of the sages of Greece,

Who envied the wisdom of a midwife.

Muse, say what woman in Greece attracted

The surname of Savior? The illustrious Sotira.

Sotira, noble consoler of humans,

Was the preserver of women in _labor_.

Sparta and Lacedaemon, in the bosom of their greatness,

Which upon their own strength elevated their splendor,

Lacedaemon, alas! whom the cruel law

Commanded to stifle maternal pity,

Toward weak children, born infirm,

Condemned by Lycurgus to perish at birth,

Lacedaemon finally, which owed to Lucina,

Its strength, its brilliance, its divine Majesty,

By its exclusive choice gave reason to think

That it believed the art in hands worthy to practice it.

If I go from Attica to the smiling banks of the Tiber,

I see, not Rome in chains, but ancient and free Rome,

Rome, in the time of the Consuls, Rome in the time of the Caesars,

Sovereign of the world and Queen of the Fine Arts,

Honoring the ever-austere customs of Lucina,

Forbidding the Romans her august mysteries.

Yes, but, they say, the sex, both without guide and without art,

Either followed Routine, or walked at random.

I blush to combat an absurd imposture.

Ah! undoubtedly, guided by simple Nature,

And zealous to follow her with respectful steps;

The sex did not have the presumptuous pride

To give her laws, to speak to her as a master.

The sex had not, blind Geometer,

Subjected the pelvis to its dimensions;

The sex had not, with its assassin arm,

In the half-opened flank of a dying mother,

Pitilessly torn out its bloody victim.

These dazzling successes, these well-observed facts,

Were reserved for the century of Rousset.

Faithful interpreter of simple Nature,

The Fair sex wrote what it learned from her.

Fortunate! if these writings, fruits of constant labors,

Had been able to triumph over the ravages of time.

Praised by Galen, cited by Democritus,

These works undoubtedly had some merit.

Pliny, Plautus and Terence on a thousand occasions,

Praise the functions of Salpe, of Sotira.

*Follow my prescription before I return*,

The author of the Andria made Lesbi say;

And further on: *This woman is too hot-headed*,

*Is ill-suited to care for such a childbirth.*

Ammianus Marcellinus asserts that Eusebia,

Wife of Constantius, encouraged Lesbia,

A midwife, to serve her barbarous design,

By killing, in the cradle, the child that in her womb

The young and tender wife of Julian was carrying,

Whose fecundity made her so jealous.

In Arabia, in Persia and among the Muslims,

The sex alone practiced the art of childbirth.

Finally, before a Prince on the banks of the Seine,

Had called Clément, who shone upon the stage,

A sex adroit, modest and sensitive to excess,

Practiced my art with success in Europe.

In all times, it is true, the art of Medicine,

Came to offer its aid to the chaste Lucina;

But during *labor* an obliging veil

Concealed the Goddess from the audacious eye.

It is true that before him my art, from midwives,

Had been snatched away by infamous intrigues.

Ignorance, pride and vile self-interest,

In Athens formerly obtained a decree,

By which the Senate, the august Areopagus,

Committing the most profound outrage against Modesty,

Ordered that woman, having recourse to man,

Could not implore the aid of her own sex.

At this fatal decree the intrepid fair sex,

Devotes itself to death, and homicidal Fate,

Reaps half of the women in *labor*;

Agnodice took pity on a wretched being.

This Virgin, or rather this illustrious Heroine,

Under the auspicious garb of the Priests of Lucina,

In Athens, for a long time, with impunity,

And through zeal and through inclination served humanity.

Her talents, her successes angered Envy,

And this monster poured its poisons upon her life.

It dared to accuse her of being a vile seducer,

And an infamous corrupter of her own sex.

She is dragged to the Senate, but thanks to Nature,

Agnodice in three words confounded the imposture.

*I am a woman*, she said, and even should Truth

Bring down your severity upon me,

I will declare loudly that your unjust decree

Compromises both the honor of this august Senate,

And the lives of the fair sex, to whom your power

Ought not, nor can make them forget their duty.

My art should doubtless be forbidden to men,

But there is no modesty in the century in which we live;

To one who no longer has morals everything seems innocent:

For one who no longer blushes there is nothing indecent.

Let this proud sex which always belittles us,

Permit me at least to walk as its rival,

And if Truth does not embitter your minds,

Senators, teach the surprised Universe,

That a woman at your feet, scorning their audacity,

Came to implore mercy for her vile informers.

Provoked by a jealous sex, this decree,

Was, in the Areopagus, instantly revoked.

Thus a faithful interpreter of Nature,

Agnodice served as a model for her sex.

Aspasia! ah! your name doubtless would have merited

To pass from age to age to Posterity.

If... But when talent, a sublime gift of the Gods,

Debases and degrades itself by allying with crime,

It is, in the eyes of the wise, an object of contempt.

Virtues give a new worth to talents,

Aspasia, offering a thousand victims to Honor,

Destroyed the illegitimate fruits of Love;

An infernal brew... But may in oblivion,

This fatal secret remain buried!

What! With such a crime they sully your memory,

Hippocrates?... A scoundrel wants to force me to believe?

Be silent, vile impostor, and from the abode of the dead,

May your impure shade be prey to remorse,

For having, by an absurd and cowardly calumny,

Dared to tarnish his glory, to attack genius.

From the bosom of the Immortals, O virtuous old man!

Deign at least to distinguish your respectful sons

From a hypocritical crowd prostrate at your feet,

Who even, while adoring it, wishes to gnaw at your statue.

Crush, it is time, from the bosom of the Immortals,

These impure insects crawling upon your altars.

Aspasia, in an ignorant and savage century,

Prepared, history says, a horrible brew,

Often ineffective, and which too slowly,

After fifteen or twenty days caused abortion.

My more educated century, my century which prides itself

On being more philosophical and more philanthropic,

My century has advanced the art of abortions.

It is no longer in our days by medicines,

Or by an active and destructive liquor,

That one reaches the embrion in the depths of the womb;

A stylet artfully introduced into the womb,

Better fulfills the design of the Paidophagiens.

The trade of shortening a bothersome pregnancy,

In Paris today leads to fortune.

Fifty gold Louis are, it is said, the set price

That the Césariens take for this great deed.

Bourgeois, by her wisdom and her experience,

Obtained the just confidence of Médicis,

By her felicitous counsel, by her constant labors;

She was, says Astruc, the oracle of her time.

Nielh, of humanity, of the outraged sex,

Pleads and avenges at once the cause with courage;

Levers and hooks are by her proscribed,

Reason and Wisdom have dictated her writings.

Ducoudrai in her courses, full of order and light,

Before the eyes of spectators spoke first.

Her fertile, methodical, instructive work,

Without tiring the mind knows how to make it attentive.

One does not see there the brilliant imposture of art,

It is simplicity depicting Nature for us.

She delivered the Queen, and her dexterity

Alone raised her to the rank she had merited.

Adrienne Liquière, in the springtime of her life,

By cruel Fate ravished from my sweet cares,

At the ramparts of Geneva had received the light of day.

Her family came to fix its residence in Paris.

Faithful to the cult of Calvin, to her duties,

Of all the virtues her heart was the model.

Honor of my School, she avenged its rights.

The Louvre resounded with the accents of her voice.

The Palace of Fine Arts was witness to her glory.

Ah! how dearly I paid for your zeal and your victory!

Victim of the wicked, of their perverse plots...

They are no more, Liquière, and you live in my verses.

Sex, to whom each fashion offering a marvel,

Causes the idol of the eve to be broken every day,

Beautiful and worthy half of a too fickle people,

Whose deplorable fate excites pity.

Answer; a rather long and sad experience,

Has finally demonstrated the science of my sex to you.

Pray, answer me. What fruit do you reap

From having sacrificed this amiable virtue,

Which takes alarm and colors a chaste and novice brow,

At every equivocal word, at the very name of vice,

From having inverted the laws of Nature,

From having abandoned your rights to tyrants:

Answer me. Does Nature, more docile to man,

Make your *labor* easier in his favor?

Does Lucina, for your children, beneath his magic hand,

Open a happier path to life?

Against Fate, finally, always inexorable,

Is man by his talents more favorable to you?

No, without doubt, and my art having become bolder,

The tomb beneath your steps has been enlarged by it.

Ignorance, Pride, Interest, Imposture,

Have driven Nature far from her sanctuary.

Ignorance, in secret, forged a thousand instruments;

Pride laid the new foundations of the art;

Interest subjected them to infamous calculations;

And Imposture finally dishonored women.

However, if I believe Demours and Swammerdam,

Toads delivered under our father Adam.

In this vast garden where Buffon has his temple,

And which a proud River contemplates upon its urn,

When, raising its head amidst the reeds,

It carries the tribute of its waters into Paris.

In this stately garden, so fertile in miracles,

Which the immortal Jussieu, famous for so many oracles,

Enriched with the treasures of a hundred diverse climates,

And for them transformed winters into spring;

In this garden, Demours, among the flowering plants,

Walked his sweet reveries toward evening;

A noise is heard, he approaches very softly,

Watches, and sees two toads taking their sweet frolics.

The learned observer, with an Academic eye,

Gravely contemplates this comic scene;

The male, very adroit, says Demours, was extracting

The eggs that his female was delivering with difficulty.

What the Academy has believed I can believe,

But I will not believe what the story adds;

That a famous accoucheur, a great mechanician,

In the footsteps of Demours the academician,

Arrives, and like him a witness to the adventure,

Waits, proud to have caught Nature in the act,

Master toad, versed in deliveries,

With dexterity performs the touches,

Adroitly shapes his paw into a pelvimeter,

Thus measures the large, the small diameter.

Of the pelvis, in every direction, takes the dimensions,

Follows the progressions of a painful *labor*;

Goes, comes, acts busy. In short, he resolves

To perform upon the *uterus* the Césarine rupture.

He performed in the blink of an eye this masterpiece of art,

And drew the egg from the womb as Caesar was drawn.

*Bravo*, a hundred times *Bravo*, that is how one operates,

Said the accoucheur, thinking he spoke to his colleague.

But the *Bravo* of a man with the voice of Stentor,

Terrified the toad who flees and runs still.

Swammerdam himself saw the female frog

Lay eggs in the manner of the toad with the same art as her,

And during the *labor*, of a more or less long course,

Implore the help of the male frog.

Since these events, since the birth of the world,

There are accoucheurs on the earth and on the waves,

And someday traversing the deserts of the skies,

Blanchard will teach us that there are some in the air.

Thus the marvelous always seduces men.

Alas! how long, foolish as we are,

Embracing too vast a horizon all at once,

Will we close our eyes to the light of Reason?

Ah! if of animals, too often our models,

We wish to become the faithful emulators,

Let us imitate them in everything. Let us be sober like them,

Like them let us know how to enjoy, the only way to be happy.

Like them, to be exempt from every epidemic,

Let us listen to Nature and not the Academy.

Happy interpreters of her constant laws,

Let us know how to fulfill her wish, let us know how to avenge her rights.

Let us adore Nature, she makes everything easy,

When one shows oneself docile to her wise laws.

Woe to him who braves her and does not listen to her,

Art, her happy slave, must walk in her footsteps.

Faithful to her wise advice, to her decrees,

Never did art beneath my fingers have to complain of her.

Genius has dictated the elements of the art,

Let it direct your hands, the sole and true instruments;

But the pupil, in guiding a Being into existence,

Must implore the assistance of the heaven that enlightens him;

Invoke the aid of numberless Goddesses,

For the powerless Gods would be deaf to your wishes.

The *Nixi* Gods, in former times, for Roman Ladies,

Had inhuman souls during *labor*.

They were seen in cold blood, smiling at their pains,

Slaughtering twins in their half-opened womb.

Against the *Nixi* Gods, filled with barbarity,

The Ladies invoked the Goddess Egeria,

Who, during their pregnancy, warding off all danger,

Showed herself ready to relieve them in their need.

In a solitary place keeping away all the profane,

Implore both Lucina and chaste Diana.

Lucina, if the day illuminates your labors;

Diana, if the night is witness to your pains.

When blood in great streams gushes from the womb,

Cry out, Mena, Mena, be my protectress!

And seven times, upon your knees, pronounce her holy name.

But never invoke the barbarous Juno.

That implacable wife of the sovereign of the Gods,

Whose haughty temper and jealous fury

Have filled the Universe with her outbursts,

Prolongs the *travail*, and harms childbearing.

Support my feeble voice, mighty God of Permessus,

I will avenge your mother and fulfill my promise.

Latona within her womb concealed her twins.

To make her miscarry and prolong her woes,

By striking her mind with mortal terror,

Juno did not blush to raise against her

A serpent born of the waters at the time of Deucalion,

A hideous monster, at once Dragon, Tiger, and Lion,

Who, with flashing eye and bloody maw,

Pursued terrified Latona night and day,

When the earth, insensitive to her dreadful misfortunes,

Snatched the Universe from beneath her fleeing steps.

Latona, at last, was nearing her final hour,

But Neptune... Apollo, upon his chariot of light,

Hides from my voice his brow so noble and so fair.

Diana into the bosom of the seas has plunged her torch.

Ah! if the memory of a mother's torments

Still penetrates your hearts with a bitter sadness,

Dear children of Latona, accept my regrets,

For having troubled your courses by my indiscreet songs.

Brilliant star of the day, deign to illuminate the world,

Star, ornament of the nights, make the night less profound.

Paris gives to Venus the prize of Beauty.

Ah! Paris, Juno's haughty pride

Will wash away your insult in the blood of the Trojans.

On the banks of the Styx, I see her, she swears

To bury beneath Troy both your race and your name.

Already, armed by her, Achilles, Agamemnon,

Into its smoking ramparts have carried devastation.

But what! Pergamum in ashes is level with the shore,

And her wrath still is not sated!... No.

In spite of Venus, the implacable Juno

Pursues from sea to sea, in the pious Aeneas,

The unfortunate race of the fugitive Trojans.

And to better avenge herself upon an odious mortal,

Of Olympus and of the Styx she invokes the Gods.

Who then is this young and beautiful unfortunate one,

At the summit of a rock, naked, seated, chained,

Who, with scattered hair, heaving long sobs,

Discovers a hideous monster emerged from the bosom of the waves,

And, to devour her, gaining the peak of the rock?

Andromeda, is it you? Tell me what is your crime?

Cassiopeia your mother had the temerity

To believe herself almost equal to Juno in beauty.

Why does Tiresias, deprived of the light,

Close his eyelid to your gazes, Phoebus?

What crime provoked so much severity?

To Juno he dared to tell the truth.

To the Gods, Truth often serves as an insult.

But let us retrace the adventure of Tiresias.

Tiresias one day met upon his path

Two serpents entwined in amorous frolics;

A rod in hand, he swoops upon these reptiles,

And renders the efforts of their coitus useless.

By Venus instantly the couple is well avenged.

Tiresias is changed into a woman before their eyes.

He exercised his rights, and from the God of Mystery,

Received many lessons on the island of Cythera;

Finally, having struck these serpents anew,

Tiresias regained his sex after seven years.

Meanwhile to Juno, the Master of thunder

Maintained that in love, in the heavens, on the earth,

The female sex, more ardent, more fertile in desires,

More sensitive, in a word, tastes more pleasures.

But Juno claimed that an unjust division,

To ours, on this point, gave all the advantage.

Tiresias, consulted by them on this point,

Said that in love the woman has more sensual pleasure.

At this naive admission, furious, speechless,

Juno gouges out the eyes of the Hermaphrodite judge.

Proud Junos, even should you blind me,

Even should you pitilessly strangle me with your hands,

Yes, surpassing the courage of Tiresias,

I will tell you: Venus is for you a rage,

Which, often stifling all the rights of honor,

Made you invert the laws of Nature.

Nyctimene steals a fatal arrow from love.

Love will be avenged. Her heart opens to incest;

Reason speaks in vain. In the paternal bed,

Nyctimene satisfies a criminal inclination.

Myrrha, imitating the conduct of Nyctimene,

Introduced into the paternal bed by Love,

To the author of her days, who does not know her,

Shamelessly lavishes incestuous charms.

Biblis, incestuous lover of a chaste brother,

At every hour, in every place, pursues him, torments him;

Caunus, who abhors the blackness of such a crime,

Flees Venus, beneath the features of his guilty sister.

Pasiphaë, that monster unworthy to be a woman,

Conceives for a bull the most infamous love.

Beneath the features of a cow, to her brutal ardor

She sacrifices, at once, reason, remorse, modesty.

Gods! what will be the fruit of her sated rage?

To more than one Minotaur, she has given life.

Incestuous child of a guilty mother,

Phaedra dares to love a chaste and too virtuous son,

Who, to veil the illegitimate flame of a heart,

Perishes as the innocent victim of his stepmother.

Sun! who upon your chariot, had to recoil in horror,

The day when the indomitable fury of Venus,

Relentlessly pursuing an august family,

In the eyes of the Universe dishonored your daughter,

Let me paint all the danger of Love,

I am a father, and your fate cannot be foreign to me.

I expect from heaven, no doubt, a more prosperous destiny,

But when the Star of day has blushed to be a father,

What virtuous parents would dare to flatter themselves,

That for them there is no affront to dread!

Two children, tender fruits of a happy marriage,

Caroline and Louis charm my destiny.

Louis, sensitive, amiable, loving, full of sweetness,

Has the features of his mother and the soul of his sister.

Why does he not have health? But heaven, I hope,

Will second the cares and the wishes of his father.

Amiable offspring of an adored mother,

As one sees the bud bloom beneath the rose,

Thus grows my young Caroline before my eyes,

She has everything of the nascent rose except the thorn.

The freshness of her complexion, the radiance of her beauty,

Her naive candor, her sweetness, her goodness.

The precious mixture of a thousand happy gifts,

Makes those who see her say, Caroline is an Angel.

But, perverse counsels, the example of the wicked,

The age of passions, fatal inclinations,

The frivolous chimera of an unhappy love...

No, Caroline will have the virtues of her mother,

Like her unshakable, on the path of honor,

From two cherished children, I expect all my happiness.

However, if ever, against all appearances,

Either my daughter or my son should deceive my hope,

Sun, shine no more upon an unfortunate father,

Condemned by a deplorable fate to blush.

Only a God can brave shame and misfortune;

But a mortal must flee your importunate light.

I have sounded the recesses of my children's hearts,

Heaven is no purer. All my wishes are fulfilled.

Great God! you who make me the happiest of fathers,

Grant my children the most prosperous days.

And you, beneficent God of the friends of the Fine Arts,

Cast upon my children a single one of your glances,

LOUIS THE DESIRED, cover them with your wings,

And you will never have more faithful subjects.

If fate pursues me, I have well deserved it,

By my zeal in avenging Art and Truth.

Ah! did I not know to what evils one is exposed,

When one takes the cause of humanity in hand?

When one wishes to push back the limits of an art

That owed less to knowledge than to blind chance?

When one wishes to demonstrate that without Medicine,

No one must be admitted to the temple of Lucina?

But, great King, what crime have my children committed,

To be the target of the shafts of all my enemies?

Enlightened by the instinct that tenderness provides,

I can attest it to you, they told me incessantly:

Every man loves Error. In the name of friendship,

Of paternal love, or at least out of pity,

Preach error to man... But Louis, I would say to them,

Loves the Truth, seeks it, and protects it.

Louis, they would add, smiles upon your efforts,

But the weak is always the victim of the strongest.

A Sovereign is amused by the debates of the learned,

And it is upon fictions that your Muse feeds,

When in a beautiful delirium she believes that her songs

Will be touching enough to move his heart.

That a single man will impose silence on Envy,

And alone will prevail in his just balance.

A great author has said, and it is the truth,

That the prize of Genius is Immortality.

Immortality alone is for the man who thinks,

The goal of his labors, their worthy reward.

From the arms of your children, ending your fate,

Toward Immortality you will take flight.

But we, feeble mortals, who will not be able to follow you there,

We, condemned, alas! perhaps to outlive you,

Without support, without help, tell me what shall we do?

You will go to embrace the knees of Louis,

And if you obtain a more prosperous destiny,

Do not be as truthful as your father was.

The name of Messalina, to Posterity,

Recalls debauchery and immodesty.

I know that at every turn Italy and Greece

Proudly cite Penelope and Lucretia,

Although of these two examples of ancient chastity,

One, even with good reason, might be contested.

For, between us, and without further inquiry,

The spinner of Ithaca was a little coquettish.

When the King her husband, conqueror of the Elements,

Returned; Madame had at least fourteen lovers.

The chaste Penelope, according to history,

Won the victory over her fourteen lovers.

Would she not have done better, for the honor of a husband,

To chase them away, instead of deceiving them all?

Virtue, which everywhere I honor and respect,

With fourteen lovers would become suspect to me.

But for one Lucretia to whom the handsome Sextus,

Taught never to count on virtues,

And who, dreading the anger of Collatinus,

Suffered, to escape it, a voluntary death,

Can I not cite, Aulus Gellius in hand,

A hundred Roman women entering the Roman Senate,

And crying out without shame: Let us be given two men,

Rather than seeing ourselves, in the century in which we are,

Reduced to having but a single husband for two,

To sharing both the bed and the passions of one man.

At the return of night, the famous Julia,

In the eyes of the Universe, debased by Venus,

Prey to her brutal and mad passion,

Repaired to places of prostitution.

Consumed in secret by Nymphomania,

By the pale glimmer of a smoky lamp,

Julia offered incense to the Temples of Venus,

Which human prudence offers to the first comers.

After having exhausted the porters of Rome,

Weary, but still feeling the thirst for man,

Disguised and without a guide, braving the dangers,

Julia, at last, returned to the Palace of the Caesars.

But I feel that at my voice Modesty takes fright,

My Muse, blushing, puts her hand over my mouth.

Let us cast a thick veil over these scenes of horror,

And finally enchain the fury of Venus.

Women, who blush to be afflicted by such an illness,

Smother the poorly extinguished flames of love;

Flee Venus, flee her languorous glances,

Her overly lascivious remarks, her amorous kisses;

Above all flee, flee any solitary retreat.

Seek the salutary refuge of the Naiads.

Make up your drinks from milk, barley, and rice;

To the flesh of animals, prefer fish.

The foot-warmer is fatal. Endure the cold.

Prefer the hardest bed to down.

Work night and day. Soft idleness

Is the mother of vice and voluptuousness.

Women, these counsels alone, much better than vervain,

Will render the rage of Venus against you vain;

But carried far from my subject by Venus,

I was forgetting the hatred and pride of Juno.

The well-loved Nymph of the sovereign of the Gods,

Io, is transformed into a cow by her lover,

You shall not escape your rival, Io.

By order of Juno, Argus follows her every step.

Argus, a hundred-eyed monster, whom shadow and silence

Could never deceive in his active vigilance.

Ah! Unhappy Io! What will become of you?

Your passion has burst forth, Juno will punish you for it;

A gadfly follows the lover of Jupiter everywhere,

With blows of a triple sting the insect torments her,

Blood flows in great streams from her torn-open flanks.

Desperate, Io plunges to the bottom of the seas,

Flees to Egypt, and there, this adored Nymph,

Under the sweet name of Isis was thereafter honored.

Ah! Muse, will you be able to recount without shuddering

The misfortunes over which Cadmus once had to groan,

When Jove had abducted the daughter of Agenor?

Juno sacrificed his family to her vengeance.

Ino, who fears the rage and cries of Athamas,

Plunges into the abyss of the waves with her son.

Agave, transported with fury by Bacchus,

Makes Nature shudder by slaughtering Pentheus.

Othonoé, your son, first changed into a stag,

Is then slaughtered by his hounds before your eyes.

Semele wishes to see the God of thunder close up,

In her flaming Palace she is reduced to dust.

And Bacchus, the happy fruit of a well-loved object,

Was then enclosed by Jove within his thigh.

Meanwhile, a tender mother and a good father at once,

Jupiter *in labor* cries out and despairs;

He feels dreadful pains in his *femur*:

Drawn by his cries, his sobs, and his tears,

The Gods and Goddesses vie to rush to his side.

One supports his loins, another spreads his buttocks,

And each in turn, upon the sovereign of the Gods,

Lavishes their advice, their solicitous care.

Juno alone feigning to be insensitive to his woes,

But her soul always inaccessible to pity,

"Chaste husband," she said to him, "do you remember the day

When the Gods assembled in the celestial abode,

Laughed at my expense, when through his imposture,

Tiresias, daring to contradict Nature,

Pronounced, without reason, according to your desire,

That woman in love feels more pleasure.

See what pleasure a fecund woman experiences,

Who often every year brings a child into the world;

A child whom in her womb she has carried nine months,

Amidst nausea and bruised by his weight?

But this is nothing yet. If your soul is jealous

Of tasting the pleasures of your happy spouse,

Allow me, employing the succor of my art,

To prolong the course of the delights of *labor*,

To intoxicate your senses with the pure voluptuousness,

Which the fair sex enjoys in the arms of Nature.

But what? so much pleasure has few charms for you,

You suffer, Jupiter!... What does one not suffer,

To save the sweet fruit of an adored lover?

Devoured by the ardor of your fires in spite of yourself,

Pleasure is always mingled with bitterness,

But you are going to embrace the son of Semele."

At these words, Jupiter, transported with anger,

Makes a salutary effort to seize Juno,

And while with his eyes he threatens her in vain,

From his thigh, singing, emerges Bacchus, God of wine.

Muse, let us leave the lyre, and, out of gratitude,

Let us go celebrate the birth of the new God,

It is with glass in hand that one sings his benefactions,

His labors, his battles, his glory and his great deeds.

But before celebrating the God who conquered India,

Let us avenge the charming God of Permessus and Pindus.

Jupiter loves Aegina, and Juno in her wrath,

Giving free rein to her jealous transports,

Delivers a vast country to the horrors of the plague;

All perish, all succumb to the most deadly disease.

However, Jupiter, sensitive to the long misfortunes

Of Aeacus, son of Aegina, finally dries his tears;

Comes to repair the losses of a destructive scourge,

And to better repopulate the deserted countryside,

There emerge from an ancient oak, half-opened by his voice,

Innumerable ants, with which the ground is covered;

The God who gives to bodies both life and form,

Transforms them into subjects of Aeacus, into heroes.

Courageous Myrmidons, intrepid warriors

Who gathered laurels on the walls of Troy.

Of Apollo's sister, a charming Nymph,

Helice was the lover of the Master of Olympus,

And to better triumph over her chaste charms,

Jupiter had taken all the features of Diana.

He was successful. Love, within the very bosom of the Graces,

Of his sweetest thefts leaves, as he flees, some traces.

Without regard, without respect for her august lover,

Helice was shamefully driven from the baths.

The Nymph, alone in the heart of the neighboring forest,

Came to pay the tribute of love to Lucina.

And brought Arcas into the world. But Juno in her wrath

Changed, to avenge herself on an unfaithful husband,

Young Arcas into a bear, and her rival into a she-bear,

Stars whose course Jupiter later regulated,

And placed in the heavens, under the respected names,

Of the Great and Little Bear, otherwise known as Boötes.

Muse, tell us how in her inhuman rage,

Juno persecuted the unfortunate Alcmene?

The God who fills all with his immensity,

To whom all owes life and fecundity,

Jove, deigned to cherish Amphitryon's spouse.

She conceived. Juno, furious and jealous,

Prolongs the pains of her childbirth.

Alcmene implores her in vain. Insensible to her tears,

She orders her daughter, the chaste Lucina,

To render the art of Medicine fatal to her,

To use the swiftest, the strongest cordials,

To inflame the orifice by dilating its edges,

To put her knees, her feet to the torture,

To employ art, in short, to subdue Nature.

Far from yielding to the wishes of a furious mother,

Lucina slips away from these scenes of horror;

But the tears of a suffering being, so worthy of indulgence,

Have irritated Juno's vengeance.

Jupiter, who hears Alcmene's piercing cry,

Knits his black brows, and in a threatening tone,

Tells the daughters of the Styx to moderate their rage,

And Galanthis then came to finish the work.

Alcmene, says Jove, in spite of Juno,

I adopt your son, Alcides is his surname.

Illustrious and worthy child of the master of thunder,

With his noble labors he will fill the earth,

And his brow crowned with a radiant brilliance,

Hercules will one day come to sit among the ranks of the Gods:

But Alcides is protected by his father in vain.

In her impotent rage, Juno still hopes

To stifle in the cradle this precious child,

Who must, in spite of her, be admitted into the heavens.

Accomplice to crimes, Night, Queen of shadows,

Had cast her dark veils over the Universe.

Watching for the awakening of a son dear to her heart,

Alcmene gave herself over to the sweetness of sleep,

When Juno, to commit a cowardly infanticide,

Came to slip two serpents under Alcides's cradle.

Vomited by the underworld, these monstrous serpents,

Uncoil their tortuous rings while hissing;

Their blood-red eyes, full of fire, sparkle,

Their triple darts are stained with the poison they harbor.

After having cast their gaze around them,

They both launch themselves upon Alcides's cradle;

Thirsty for carnage, at the sight of their prey,

They foam with rage, they bound with joy,

And uniting their efforts against a feeble child,

They transform their bodies into a double bond.

Tightly squeezed by a double chain,

Hercules upon waking at first barely breathes;

But soon he struggles within these two bonds.

At the redoubled efforts of this noisy combat,

A terrified Alcmene wakes with a start.

What a sight for her! O prodigy! O marvel!

Before the eyes of a weeping Alcmene, Hercules, in his hands,

Smiling, suffocates these inhuman serpents;

And yet Juno, in her implacable rage,

Pursues the son of Alcmene, and her hatred overwhelms him;

But always triumphant, always victorious,

Hercules finished his glorious labors.

From hate to love the slope is so rapid,

That it is often but a step. Since then, the great Alcides

As dear to Juno as he had been odious to her....

But let us not reveal the weaknesses of the Gods.

Interesting image of Hercules and Apollo,

Roucher, accept a pure tribute from a sensitive heart:

Just as in twelve months, Apollo, God of verses,

Within the zodiac embraces the Universe,

So, in the fertile field of literature,

Your genius, in your *Mois*, embraced Nature;

Or else, a new Alcides in your twelve labors,

You tame Tyrants and new Monsters.

Beneath your blows the Hydra of Fanaticism falls and dies,

On its throne at your voice Despotism grows pale.

Here, weighing the rights of man as a philosopher,

You place both the people and Kings in the balance.

There, disdaining the servile customs of Courts,

You make the city-dweller love the fields,

Happy vice shudders, struck down at your feet,

And you paint us your soul while painting virtue.

Too unfortunate friend whose ashes I honor,

Why could I not descend into the tomb with you!

The day when, in chains awaiting the same fate,

I read your name inscribed upon the death warrants?

Yet beware of regretting life.

This good is, in our days, too little worthy of envy.

Ah! what friend of the arts would not prefer

The scaffold of Roucher, the honor of his demise,

To the shame of seeing both intrigue and audacity

Forge a path together to Parnassus,

Sit insolently beside Fourcroi,

Place the scepter in his hand and proclaim him King.

King of the Instructors! O my sad Country!

Your ancient splendor is forever withered,

If the Tyrant entrusts to men without morals,

The important art of instructing and shaping hearts.

If from the abode of the dead, Roucher, you can hear

A friend of the Fine Arts, your most tender friend,

Cease to regret the abode of the living;

Roucher, console yourself, console two scholars,

Innocent victims of impure Vandalism,

Lavoisier and Bailly, your two intimate friends;

Tell them that sooner or later your outraged manes,

Will be avenged here by the friends of the arts.

O surprise! O sorrow! Gods! what have I just learned?

Thus death always delights in surprising us.

What! the son of Apollo, Silberling is no more?

He is no more, and my wishes were superfluous.

Ah! when I invited you, my illustrious Maecenas,

To flee from the banks of the Rhine to the shores of the Seine,

Anxious for your days, my heart seemed to foresee

That I would never have the happiness of seeing you.

Children of the God of verses and of Medicine,

Sons of Bellona, and you pupils of Lucina,

Come to his tomb shaded by cypresses,

To mingle your tears with mine, to share my regrets.

And you who still cherish the image of a husband,

Widow of Silberling, deign to accept the homage

That in my name your children address to you this day.

My Muse will see again with pleasure the abode

Where, cherished by Apollo, God of Medicine,

Silberling sang the benefits of Lucina.

Too happy if my lyre, according to my desires,

Can calm your sorrows and charm your leisure hours.