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Historical poem record

CHANT CINQUIÈME.

Nous avons du bassin admiré la structure,

EnglishWe have admired the structure of the pelvis, And in her very temple adored Nature.

Language
French
Date
19th century
Meter
alexandrine
Editorial status
Source-attested
Text
Source and English

Unit 1 · poem · alexandrine · 1014 lines

French

Source text

  1. 1

    Nous avons du bassin admiré la structure,

  2. 2

    Et dans son temple même adoré la Nature.

  3. 3

    Suivons-la pas à pas, prenons-la sur le fait,

  4. 4

    Cherchons à lui ravir quelque nouveau bienfait,

  5. 5

    Et de l'art, s'il se peut, fixons l'incertitude ;

  6. 6

    Mais pour charmer l'ennui d'une pénible étude,

  7. 7

    A l'envi l'un de l'autre égayons nos travaux,

  8. 8

    Par le récit des faits antiques et nouveaux.

  9. 9

    Le vrai, l'heureux talent, dit un poète aimable,

  10. 10

    Est de joindre à la fois l'utile à l'agréable.

  11. 11

    Au golphe Mosambique, entre Madagascar,

  12. 12

    Et la rive Africaine, est une île à l'écart,

  13. 13

    Où les femmes toujours aux préjugés fidèles,

  14. 14

    De la sincérité sont de rares modèles.

  15. 15

    Un époux, peu de jour après l'accouchement,

  16. 16

    Ordonne à sa moitié d'avouer franchement

  17. 17

    Ce qu'elle a dit ou fait ; de déclarer sans feinte,

  18. 18

    Si d'un fatal amour son ame fut atteinte ;

  19. 19

    Si quelqu'heureux Clitendre, à l'honneur de son front

  20. 20

    Tenta de faire ou fit un trop sensible affront ?

  21. 21

    En quel jour, à quelle heure il reçut cette injure ;

  22. 22

    Le lieu du rendez-vous, témoin de l'aventure,

  23. 23

    Le délit, et par qui ce délit fut commis ?

  24. 24

    Dans ces aveux cruels rien ne doit être omis.

  25. 25

    D'un heureux préjugé la terreur salutaire,

  26. 26

    Prétendrait vainement pénétrer ce mystère,

  27. 27

    Mais l'amour maternel qui s'unit au remords,

  28. 28

    La force à des aveux plus durs que mille morts.

  29. 29

    Vive le culte saint que les Français professent ,

  30. 30

    Une fois l'an au moins leurs Dames se confessent ;

  31. 31

    C'est pour tout cœur sensible un besoin à Paris.

  32. 32

    Elles s'accusent donc , non point à leurs maris ,

  33. 33

    Mais à des Directeurs discrets , pleins d'indulgence ,

  34. 34

    Qui , Ministres des Cieux , arrêtent leur vengeance ,

  35. 35

    Et qui se souvenant qu'ils péchèrent jadis ,

  36. 36

    Les font passer , d'un mot , d'enfer au paradis.

  37. 37

    Grâce à ce frein sacré que le ciel leur ménage ,

  38. 38

    Une éternelle paix règne au sein du ménage ,

  39. 39

    L'épouse au répentir trouvant un doux chemin ,

  40. 40

    Infidèle aujourd'hui, se convertit demain.

  41. 41

    De l'Église romaine , ô clémence infinie ,

  42. 42

    Qui laisse du pécheur la faiblesse impunie ,

  43. 43

    Et pouvant de sa foudre écraser les humains ,

  44. 44

    Donne au prêtre le droit de l'éteindre en ses mains !

  45. 45

    Mais dans cette île , hélas ! la honte et l'infâmie

  46. 46

    Suivaient de près l'aveu fait avec bonhommie ;

  47. 47

    Autres temps , autres mœurs. En ces lieux , de nos jours ,

  48. 48

    Les femmes aux maris ne disent pas toujours

  49. 49

    Le secret de leur cœur , depuis qu'une d'entre elles ,

  50. 50

    Qui même n'était pas , dit-on , des plus fidèles ,

  51. 51

    Enceinte , à son époux , mentit effrontément ,

  52. 52

    Et ne mourut pas même après l'enfantement.

  53. 53

    O sexe infortuné ! contre toi tout conspire ,

  54. 54

    Sur toi mille tyrans exercent leur empire ;

  55. 55

    Les préjugés , l'orgueil , la superstition ,

  56. 56

    T'immolent chaque jour à leur ambition.

  57. 57

    Aux rives de la Seine , une femme est l'esclave

  58. 58

    D'un époux qui la hait , la ruine et la brave.

  59. 59

    Sur les rives du Gange , on lui fait un honneur ,

  60. 60

    D'aller d'un époux mort partager le bonheur.

  61. 61

    Si de jumeaux la femme à la Guyanne accouche ,

  62. 62

    Elle a de son époux déshonoré la couche.

  63. 63

    Parens , amis , voisins , sans pitié , sans raison ,

  64. 64

    Viennent alors en foule investir sa maison.

  65. 65

    O Reine de souris ! lui dit-on , truie insigne !

  66. 66

    De cette race immonde , issue en droite ligne ,

  67. 67

    Et digne d'égaler ces féconds animaux ,

  68. 68

    Tu mettras bientôt bas quelques quatri-jumeaux.

  69. 69

    Rougis , si tu le peux , de ta conduite infâme ,

  70. 70

    Ton époux méritait une plus chaste femme.

  71. 71

    Ce n'est pas tout. Après quelques jours de repos ,

  72. 72

    Le mari furieux joint le geste au propos.

  73. 73

    Venez mère aux jumeaux , dit-il , d'un ton colère ,

  74. 74

    Venez de vos exploits recevoir le salaire ;

  75. 75

    Venez servir d'exemple aux femmes du canton ,

  76. 76

    Qui de vous imiter , voudraient prendre le ton.

  77. 77

    Et vous , maris constans , d'une épouse infidèle ,

  78. 78

    Sachez en pareil cas me prendre pour modèle :

  79. 79

    A ces mots , un faisceau de verges à la main ,

  80. 80

    A grands coups redoublés , de son bras inhumain ,

  81. 81

    Il fait jaillir au loin le sang de sa victime ,

  82. 82

    Et croit que des jumeaux un seul est légitime :

  83. 83

    Souvent pour se soustraire à ce dur châtiment ,

  84. 84

    De l'amour maternel bravant le sentiment ,

  85. 85

    Je frémis d'y songer ! une épouse égarée ,

  86. 86

    Plonge dans une fosse en secret préparée ,

  87. 87

    Celui qui des jumeaux est venu le premier ,

  88. 88

    Et pour sécher ses pleurs réserve le dernier.

  89. 89

    Superfétation , erreur si manifeste ,

  90. 90

    Toi seule as consacré ce préjugé funeste !

  91. 91

    L'an huit , en Messidor , trois petits Professeurs ,

  92. 92

    Du trop fameux Dubois , très-dignes successeurs ,

  93. 93

    Croyant ressusciter cet absurde systême ,

  94. 94

    Ourdirent à loisir un petit stratagème ,

  95. 95

    Qui ne fut pas heureux. Demandez à Gardien ,

  96. 96

    A Roux , à Mansuï , qui s'en souviennent bien.

  97. 97

    C'est dans mes Élémens qu'on lit cette aventure ,

  98. 98

    Qui fit , à leurs dépens , triompher la Nature.

  99. 99

    En Amérique , en Corse et chez l'Ibérien ,

  100. 100

    En France , même encor chez le Vénarnien ,

  101. 101

    Au pays Navarrois , lorsqu'une femme accouche ,

  102. 102

    L'épouse sort du lit et le mari se couche ,

  103. 103

    Et quoiqu'il soit très-sain et d'esprit et de corps ,

  104. 104

    Contre un mal qu'il n'a point l'art unit ses efforts ;

  105. 105

    On le met au régime , et notre faux malade ,

  106. 106

    Soigné par l'accouchée , en son lit fait *couvade*.

  107. 107

    On ferme avec grand soin portes , volets , rideaux :

  108. 108

    Immobile , on l'oblige à dormir sur le dos ,

  109. 109

    Pour étouffer son lait qui , gêné dans sa course ,

  110. 110

    Pourrait en l'étouffant remonter vers sa source.

  111. 111

    Un mari dans sa couche aux médecins soumis ,

  112. 112

    Reçoit , en cet état , parens , voisins , amis ,

  113. 113

    Qui viennent l'exhorter à prendre patience ,

  114. 114

    Et font des vœux au ciel pour sa convalescense.

  115. 115

    Pison dit qu'au Brésil , un époux alité ,

  116. 116

    Par sa compagne en couche avec soin allaité ,

  117. 117

    Du devoir conjugal quelques jours se repose ,

  118. 118

    Et qu'à le mieux remplir sans doute on le dispose.

  119. 119

    Moitié du genre humain , sexe aimable , enchanteur ,

  120. 120

    A votre tribunal je dénonce un auteur

  121. 121

    Qui soutient , mais en vain ( la chose est impossible ) ,

  122. 122

    Qui soutient que cet être , adorable et sensible ,

  123. 123

    La femme , esprit céleste , ange auguste au dehors ,

  124. 124

    A souvent... le dirai-je ?... a , quoi ? le diable au corps.

  125. 125

    Voici comment Le Duc , homme honnête , à l'épreuve ,

  126. 126

    De cet étrange fait administre la preuve.

  127. 127

    J'accouchais , dit Le Duc , à Paris , rue aux Ours ,

  128. 128

    Une femme en *travail* depuis cinq à six jours ;

  129. 129

    Le fétus était mort et les eaux corrompues ,

  130. 130

    Verdâtres , s'écoulaient des membranes rompues.

  131. 131

    Il est bon d'avertir que notre observateur ,

  132. 132

    A ce que dit l'histoire , était un crocheteur.

  133. 133

    Le Duc , grâce au crochet, mutile , arrache et tire

  134. 134

    Du bassin de la femme , en proie à ce martyre ,

  135. 135

    Les membres du fétus en dissolution.

  136. 136

    Mais à peine a-t-il fait cette opération ,

  137. 137

    Que soudain , à travers la route vaginale ,

  138. 138

    S'exhale en tourbillons une flamme infernale ,

  139. 139

    Dont la force , l'éclat et la fétide odeur

  140. 140

    Glacent les spectateurs d'épouvante et d'horreur.

  141. 141

    Si le fait est constant , j'en conclus que le Diable

  142. 142

    Fait au corps de la femme un ravage effroyable ;

  143. 143

    Mais Le Duc qui du fait offre quinze témoins ,

  144. 144

    Eût dû , pour son honneur , en citer un au moins.

  145. 145

    Ce méphitique esprit , phosphorique , inflammable ,

  146. 146

    Etait un fils d'Eole et non le fils du Diable.

  147. 147

    Nature , aux habitans de ce vaste univers ,

  148. 148

    Fit des goûts différens et des présens divers.

  149. 149

    Ainsi par ses talens ou par son industrie ,

  150. 150

    Tout homme est plus ou moins utile à sa patrie.

  151. 151

    Mais souvent le hasard , un mot , l'occasion ,

  152. 152

    Déterminent le choix de sa profession.

  153. 153

    Si j'embrassai par goût l'art de la Médecine ,

  154. 154

    L'occasion me fit l'élève de Lucine.

  155. 155

    Dans ces jours par Bacchus , consacrés aux plaisirs

  156. 156

    Je voguais en automne au gré de mes désirs ,

  157. 157

    Sur ce canal qui, fier des trésors des deux mondes,

  158. 158

    Aux Nymphes de Garonne offre en tribut ses ondes,

  159. 159

    Et baigne avec respect le buste de Riquet.

  160. 160

    Deux moines, trois soldats, un jeune fréluquet,

  161. 161

    Sept femmes, un abbé, vingt marmots de tout âge,

  162. 162

    D'hommes et d'animaux le bizarre assemblage,

  163. 163

    Offrait à mes regards, dans ce vieux coche d'eau,

  164. 164

    De l'Arche de Noë le fidèle tableau.

  165. 165

    Les Moines marmottaient tout bas leurs patenôtres,

  166. 166

    Nos trois soldats juraient au nez des bons apôtres ;

  167. 167

    De son côté, le jeune et galant fréluquet,

  168. 168

    Des femmes stimulait, aiguisait le caquet ;

  169. 169

    Enfin, de vingt marmots, les pleurs, les cris de joie

  170. 170

    Mêlés aux cris aigus des canards et d'une oie,

  171. 171

    Causaient un tel vacarme, un tel bourdonnement,

  172. 172

    Que sur nous le tonnerre eût grondé vainement.

  173. 173

    Cependant en un coin l'abbé morne et tranquille,

  174. 174

    Sous son vaste manteau paraissait immobile.

  175. 175

    Par fois il souriait, mais d'un air affecté.

  176. 176

    De quelque noir chagrin vous semblez agité,

  177. 177

    Lui dis-je ? A la douleur votre ame est-elle en proie ?

  178. 178

    — Ah ! je prends peu de part à la commune joie ;

  179. 179

    J'éprouve en ce moment les plus vives douleurs.

  180. 180

    Dans ses yeux, à ces mots, je vois couler des pleurs.

  181. 181

    Dieux ! je meurs, disait-il tout bas à sa compagne ;

  182. 182

    Sortons, viens respirer l'air pur de la campagne.

  183. 183

    — Disposez, dis-je alors, de mes faibles secours,

  184. 184

    J'ai de l'art de guérir suivi les premiers cours.

  185. 185

    — Ayez pitié, Monsieur, de ma triste infortune,

  186. 186

    Je suis... Mais écartez cette foule importune ;

  187. 187

    Moines, femmes, soldats, chacun prend son parti,

  188. 188

    On se foule, on se presse, on sort, on est sorti.

  189. 189

    Resté seul, sur le dos Monsieur l'Abbé se couche,

  190. 190

    Et soudain, le dirai-je ? ô surprise ! il accouche

  191. 191

    D'un fils qui de sa mère avait les doux attraits,

  192. 192

    Heureux fruit de l'amour, il en eût tous les traits.

  193. 193

    Un franc Parisien de Paris, c'est-à-dire,

  194. 194

    ( Et qu'on ne pense point que je veuille médire )

  195. 195

    Un de ces boutiquiers engraissés, parvenus,

  196. 196

    Qui, couchés au Grand Livre, ont de bons revenus.

  197. 197

    *Idem*, quelques maisons à cinq ou six étages,

  198. 198

    Dont le produit total ajoute à leurs potages,

  199. 199

    Perdrix aux choux, pâtés, tourtes et godivaux,

  200. 200

    Qui d'excellens vins vieux meublent cave et caveaux,

  201. 201

    Bref, un Parisien fit un jour la folie

  202. 202

    De prendre à soixante ans femme jeune et jolie.

  203. 203

    Sans doute sur les yeux de ce bon vieux Badeau,

  204. 204

    A l'autel d'hymenée amour mit son bandeau.

  205. 205

    Après six mois échus d'une union si belle,

  206. 206

    L'époux à mon logis accourt. Mon Isabelle,

  207. 207

    Dit-il, ressent les maux, non de l'enfantement,

  208. 208

    Car nous comptons six mois depuis le sacrement,

  209. 209

    Mais les maux précurseurs de quelque *fausse couche*.

  210. 210

    J'accours ; en souriant Isabelle se couche,

  211. 211

    Et tout examen fait, je demeure interdit :

  212. 212

    Le vieillard veut savoir ce que mon doigt m'a dit :

  213. 213

    Il fallait bien répondre, et sûr de l'aventure,

  214. 214

    Consolez-vous Papa, comptez sur la Nature,

  215. 215

    Lui dis-je ; elle a plus fait que vous n'imaginez.

  216. 216

    Quoi ! va-t-elle accoucher ? Monsieur, vous devinez.

  217. 217

    — Ah ! malheureux enfant ! — L'enfant quoique précoce,

  218. 218

    Est viable à cinq mois. — Ah ! le ciel vous exauce.

  219. 219

    Comme il disait ces mots, un poupon gros et gras,

  220. 220

    En criant, vieux niais, se glisse entre deux draps.

  221. 221

    Je le donne au vieillard , qui jaloux d'être père ,

  222. 222

    Pleurait ainsi qu'un veau , tant la Nature opère.

  223. 223

    Cependant ces cinq mois lui pesaient sur le cœur ,

  224. 224

    Et cet anachronisme aigrissait son humeur.

  225. 225

    Lorsqu'Alphonse Le Roi , Docteur en Médecine ,

  226. 226

    Prouva devant Thémis , en dépit de Lucine ,

  227. 227

    Qu'un enfant est viable à cinq mois comme à neuf ,

  228. 228

    Tout autre aurait douté d'un système aussi neuf ,

  229. 229

    Mais un époux croit tout , tout lui paraît possible ,

  230. 230

    Sur-tout lorsqu'il est vieux , amoureux et sensible.

  231. 231

    On adopte aisément une erreur qu'on chérit.

  232. 232

    Pour consoler les sots , Dieu fit les gens d'esprit.

  233. 233

    Ah ! que n'ai-je d'esprit une dose assez forte

  234. 234

    Pour éblouir le monde et prouver de la sorte ,

  235. 235

    Avec le grand Petit , en dépit de Bouvard ,

  236. 236

    Qu'ainsi qu'on naît trop tôt , on peut naître trop tard.

  237. 237

    Mais à défaut d'esprit , une histoire naïve ,

  238. 238

    Va consacrer ici la naissance tardive.

  239. 239

    Sept mois après la mort de son étique époux ,

  240. 240

    La charmante Palmire , au teint frais , aux yeux doux ,

  241. 241

    Et de quinze printemps à peine encore atteinte ,

  242. 242

    Pour la première fois s'avisa d'être enceinte.

  243. 243

    Déjà maître Arpagon , procureur de métier ,

  244. 244

    Et de défunt son frère inflexible héritier ,

  245. 245

    Sachant d'ailleurs à fond son code et sa coutume ,

  246. 246

    Se dispose à plaider contre un neveu posthume.

  247. 247

    L'Escogriffe Arpagon de ses dix doigts crochus ,

  248. 248

    De veuvage d'abord comptait six moix échus ,

  249. 249

    Plus , trois où le malade , hélas ! plus mort qu'en vie ,

  250. 250

    Du devoir conjugal n'avait eu nulle envie.

  251. 251

    Bref , après quinze mois environ de séjour ,

  252. 252

    Dans le sein maternel Posthume vit le jour.

  253. 253

    Harpagon, du délit tenant en main la preuve,

  254. 254

    Traîne aux pieds de Thémis et l'enfant et la veuve.

  255. 255

    Thémis dont la sagesse égale l'équité,

  256. 256

    Appelle à son conseil la docte Faculté,

  257. 257

    Qui dans l'un des bassins plaçant le vieux avare,

  258. 258

    Et dans l'autre un enfant, jouet d'un sort barbare,

  259. 259

    Fait pencher la balance à l'unanimité,

  260. 260

    Et proclame du fils la légitimité.

  261. 261

    En effet, tout enfant que l'hymen légitime,

  262. 262

    Peut-il être du sort l'innocente victime ?

  263. 263

    Non, sans doute, et qu'il naisse, ou trop tôt ou trop tard,

  264. 264

    Je soutiens qu'en hymen il n'est point de bâtard.

  265. 265

    Quelques physiciens ont traité de chimère,

  266. 266

    Certains cris des fétus dans le sein de leur mère;

  267. 267

    Ce fait quoique étayé de vingt autorités,

  268. 268

    N'est point encore admis au rang des vérités.

  269. 269

    A l'y classer enfin ma Muse ose prétendre.

  270. 270

    Ces cris, je n'ai pas cru seulement les entendre,

  271. 271

    Je les ai bien ouïs; je dis plus : une fois

  272. 272

    J'entendis un fétus parler à haute voix.

  273. 273

    Monsieur Le Roi ( ceci n'est point une chimère ),

  274. 274

    Entendit des jumeaux dans le sein de leur mère,

  275. 275

    Se traiter de bâtards, et se prendre aux cheveux,

  276. 276

    Pour savoir qui serait ou non l'aîné des deux.

  277. 277

    C'est l'aîné des jumeaux, dit le Docteur Alphonse,

  278. 278

    Qui le premier se montre à la porte et l'enfonce.

  279. 279

    Lobb dit que le cadet des jumeaux, bien moins fort,

  280. 280

    Sert de bellier à l'autre, ouvre la porte, et sort.

  281. 281

    Pour moi, si sur un fait d'une telle importance

  282. 282

    J'osais de tels auteurs révoquer la sentence,

  283. 283

    ( M'en préserve le ciel ), je dirais en deux mots :

  284. 284

    Qu'il ne peut exister d'aîné chez les jumeaux,

  285. 285

    De ce fait , à mon sens la raison est sensible:

  286. 286

    Les jumeaux sont conçus au même instant physique,

  287. 287

    J'en ai la preuve en main. Au terme de neuf mois ,

  288. 288

    Ils ne peuvent sortir l'un et l'autre à la fois.

  289. 289

    Celui qui le premier se trouve à l'orifice ,

  290. 290

    A l'instant du _travail_ , de bellier fait l'office ,

  291. 291

    Mais n'est pas plus l'aîné , quoique né le premier ,

  292. 292

    Que celui qui des deux voit le jour le dernier.

  293. 293

    La génération est encore un problème.

  294. 294

    Chacun pour le résoudre imagine un système.

  295. 295

    L'an mil sept cent vingt-six , Saint-André , Chirurgien,

  296. 296

    A Londres , mit au jour et proclama le sien.

  297. 297

    Selon lui toute espèce et se croise et se mêle.

  298. 298

    Un coq peut féconder une carpe femelle ,

  299. 299

    La sole une grenouille , et l'huître un moucheron.

  300. 300

    Ce système allècha l'infâme Wocheron ,

  301. 301

    Qui fausse et sans pudeur au sein de l'infortune ,

  302. 302

    Osa fonder sur lui maint espoir de fortune ;

  303. 303

    Wocheron en secret va trouver Saint-André.

  304. 304

    Voici , dit-elle , un lièvre en mon sein engendré;

  305. 305

    Votre gloire exigeait de moi ce sacrifice ;

  306. 306

    Je l'ai fait , mais pour prix d'un si honteux office ,

  307. 307

    Daignez ensevelir dans un profond secret ,

  308. 308

    Cet aveu trop cruel que je fais à regret.

  309. 309

    Convaincu d'avoir pris sur le fait la Nature ,

  310. 310

    Saint-André va par-tout publiant l'aventure.

  311. 311

    L'amour-propre est , dit-on , le plus sot des amours ;

  312. 312

    Sourd , il croit tout entendre ; aveugle , il voit toujours ;

  313. 313

    Si l'on veut le guider , l'ingrat dit qu'on le blesse ,

  314. 314

    Et faible , il se croit fort de sa propre faiblesse.

  315. 315

    Wocheron se joua de sa crédulité ,

  316. 316

    Et tourna sa faiblesse à son utilité ;

  317. 317

    Pour la seconde fois elle feint d'être enceinte ;

  318. 318

    Deux témoins , gens de l'art , sont dupes de sa feinte.

  319. 319

    En *travail* tour-à-tour chacun d'eux la toucha ,

  320. 320

    Bref, d'un lapin vivant Saint-André l'accoucha.

  321. 321

    Tout homme sensé rit ; le sot crie au miracle ,

  322. 322

    Et le docte accoucheur passa pour un oracle ,

  323. 323

    Jusqu'au jour où Thémis , d'un œil plus attentif ,

  324. 324

    Epiant les ressorts d'un jeu si lucratif ,

  325. 325

    Surprit notre femelle usant d'un stratagème ,

  326. 326

    Qui du bon Saint-André renversa le système.

  327. 327

    La fourbe introduisait , je ne dirai pas où ,

  328. 328

    Un lapin en un lieu qui n'était pas son trou.

  329. 329

    Thémis qui n'aime point qu'on trompe ainsi le monde ,

  330. 330

    Détruisit à jamais cette garenne immonde ;

  331. 331

    Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris ,

  332. 332

    Saint-André , mais trop tard , vit qu'il s'était mépris.

  333. 333

    Je crois que la matrice est le cœur de la femme ,

  334. 334

    Que ses affections , ses passions , son ame ,

  335. 335

    Ses goûts , ses appétits , ses vices , ses vertus ,

  336. 336

    Ses désirs , ses besoins tiennent à l'uterus.

  337. 337

    L'immortel Hippocrate a dit que ce viscère ,

  338. 338

    Des six cents maux du sexe est la cause ordinaire.

  339. 339

    Platon qui du beau sexe a calculé le mal ,

  340. 340

    Nous dit que la matrice est un autre animal ,

  341. 341

    Dans le corps de la femme enté par la Nature ,

  342. 342

    Et doué de l'instinct de la progéniture.

  343. 343

    Plus fort de faits , je dis que la conception ,

  344. 344

    Peut souvent avoir lieu par la seule action

  345. 345

    De l'organe utérin. Or , en voici la preuve.

  346. 346

    Dans un Bourg d'Italie , au nord de Villeneuve ,

  347. 347

    Au sortir de Milan , guidé par le destin ,

  348. 348

    Au lever du soleil , j'arrive un beau matin.

  349. 349

    A l'aspect imposant de ces riches campagnes ,

  350. 350

    Dont l'horizon lointain , formé par les montagnes ,

  351. 351

    Commençait à briller des feux du Dieu du jour ,

  352. 352

    J'admirais à loisir ce magique séjour.

  353. 353

    Quel spectacle enchanteur ! Jamais de la Nature

  354. 354

    Mon œil n'avait fixé de plus riche peinture !

  355. 355

    Chantre heureux d'Ilion , que n'ai-je tes pinceaux !

  356. 356

    Pour tracer ces gazons , ces bosquets , ces ruisseaux ,

  357. 357

    M'écriai-je , en foulant de riantes prairies

  358. 358

    Où paissaient les troupeaux sortis des bergeries.

  359. 359

    Cependant près de moi je n'aperçevais pas

  360. 360

    Un habitant du Bourg qui marchait sur mes pas.

  361. 361

    Etranger , me dit-il , avec son doux langage ,

  362. 362

    Que le riant tableau de ce lieu vous engage

  363. 363

    A jouir avec nous de ces puissans attraits.

  364. 364

    Mais que vois-je ?... oui , c'est lui... Je reconnais vos traits ;

  365. 365

    A vos talens divers , heureux de rendre hommage ,

  366. 366

    Je conserve avec soin votre fidèle image.

  367. 367

    De la *Luciniade* en vous je vois l'auteur ,

  368. 368

    Et j'en suis convaincu , je le sens à mon cœur.

  369. 369

    Embrassez votre ami. Je le suis de l'étude ,

  370. 370

    Et vos chants ont souvent charmé ma solitude.

  371. 371

    Qu'il m'est doux , dis-je alors , de trouver un ami !

  372. 372

    — Je ne le serai point , cher Sacombe , à demi ,

  373. 373

    Reprit cet inconnu dans un transport de joie.

  374. 374

    Ce n'est point le hasard , c'est Dieu qui vous envoie ;

  375. 375

    Ce Dieu qui me combla de faveurs et de biens ,

  376. 376

    Ce Dieu qui m'attacha par les plus doux liens ,

  377. 377

    A deux êtres sortis des mains de la Nature ,

  378. 378

    Plus parfaits que ne l'est l'humaine créature ,

  379. 379

    Une épouse , une fille , heureux présens des cieux ,

  380. 380

    Et que le ciel combla de ses dons précieux.

  381. 381

    Ah ! venez, rassurez un père de famille,

  382. 382

    Une mère qui craint pour les jours de sa fille.

  383. 383

    Comme il disait ces mots, nous entrons au château

  384. 384

    La structure en est simple et le site en est beau.

  385. 385

    Tout respire à la fois et le goût et l'aisance.

  386. 386

    La Dame du logis, d'un air de complaisance,

  387. 387

    Demande à son époux, qui je suis ? d'où je viens ?

  388. 388

    Dans les épanchemens des plus doux entretiens,

  389. 389

    Paraît la jeune Agathe... Ah ! qu'elle était jolie !

  390. 390

    La Nature a tout fait pour l'heureuse Italie.

  391. 391

    L'Italie, ô Nature ! est ton enfant gâté.

  392. 392

    C'est là qu'est le Génie aux pieds de la Beauté.

  393. 393

    L'Italie, en un mot, n'a de rivale au monde,

  394. 394

    Que la France, en talens, en Beautés si féconde.

  395. 395

    Languedoc, mon berceau, de tes nobles cités,

  396. 396

    Le ciel pur, le sol riche, en tous lieux sont cités.

  397. 397

    Docteur, voilà ma fille. Elle embrasse son père,

  398. 398

    Qui me dit : cher Docteur, ce qui me désespère,

  399. 399

    C'est de voir chaque jour sa taille s'arrondir,

  400. 400

    Sa gorge se distendre et son ventre bondir.

  401. 401

    En effet, je me dis en la voyant paraître,

  402. 402

    Et sans avoir encor l'honneur de la connaître,

  403. 403

    Leur fille a de l'hymen payé le doux tribut,

  404. 404

    Et l'accueil qu'on me fait a l'intérêt pour but.

  405. 405

    Mais quelle est ma surprise, en ce moment, d'entendre

  406. 406

    De la bouche d'un père et d'un époux si tendre,

  407. 407

    Qu'Agathe a la candeur et l'ingénuité,

  408. 408

    Ornemens précieux de la virginité,

  409. 409

    Que nul désir encore n'altera l'innocence,

  410. 410

    Que l'onde salutaire imprime à la naissance.

  411. 411

    Enfin, que de l'hymen, objet de tous leurs vœux,

  412. 412

    Le cœur d'Agathe encore a dédaigné les nœuds.

  413. 413

    Jaloux de pénétrer un si profond mystère ,

  414. 414

    Aux parens inquiets j'offre mon ministère.

  415. 415

    On l'accepte , et soudain Agathe avec candeur ,

  416. 416

    Obéit , et mon art alarme sa pudeur.

  417. 417

    De huit mois , à peu près , Agathe était enceinte.

  418. 418

    Docteur , dit ce bon père , avouez nous sans feinte ,

  419. 419

    Ce que vous présagez des ressources de l'art.

  420. 420

    Je présage , Monsieur , qu'en un mois au plus tard ,

  421. 421

    Mademoiselle. — Eh bien ? — Votre fille chérie ,

  422. 422

    De cet engorgement , par moi , sera guérie.

  423. 423

    Vous nous comblez de joie , et j'avais bien raison

  424. 424

    De dire que le ciel vous guide en ma maison.

  425. 425

    La vertueuse Agathe , heureuse de leur joie ,

  426. 426

    Partage leurs transports. Son ame se déploie ;

  427. 427

    Elle me dit d'un ton noble et plein de gaieté :

  428. 428

    Puisque vous voulez bien me rendre à la santé ,

  429. 429

    Monsieur , vous verrez tout , mes ruches , mes abeilles ,

  430. 430

    Mes colombes , leurs œufs éclos dans mes corbeilles ;

  431. 431

    Venez , Monsieur , venez , je guiderai vos pas.

  432. 432

    Je me laisse entraîner , en me disant tout bas :

  433. 433

    Le danger des zéphirs n'est que trop véritable ,

  434. 434

    Et leurs baisers féconds ne sont point une fable.

  435. 435

    Non. Le vice n'a point cette naïveté.

  436. 436

    L'Italie à mon art offre une nouveauté ,

  437. 437

    Dont l'observation peut devenir utile ,

  438. 438

    Et que fit avant moi la Muse de Virgile.

  439. 439

    Le chantre de Mantoue a dit que des zéphirs ,

  440. 440

    La cavale reçoit les amoureux soupirs ;

  441. 441

    O prodige inoui ! Le zéphir la féconde.

  442. 442

    Soudain du haut des monts elle fuit vagabonde ,

  443. 443

    Non vers les lieux blanchis par les premiers rayons

  444. 444

    Du bel astre élancé de la cime des monts ,

  445. 445

    Mais vers les champs du nord, mais vers ces tristes plages,

  446. 446

    Ou l'Autan pluvieux entasse les orages.

  447. 447

    C'est alors qu'on la voit, dans l'ardeur de ses feux,

  448. 448

    Distiller en courant l'hyppomane amoureux,

  449. 449

    L'hyppomane filtré par la marâtre impie,

  450. 450

    Qui joint au noir poison l'infernale magie.

  451. 451

    Mais moi-même, où m'entraîne, où m'égare l'amour ?

  452. 452

    Revenons. Le temps presse et s'enfuit sans retour.

  453. 453

    Arrivés au jardin et seul avec Agathe :

  454. 454

    J'ai votre confiance ou du moins je m'en flatte,

  455. 455

    Ma belle enfant, lui dis-je. — Ah ! vous n'en doutez point,

  456. 456

    Reprit Agathe. — Eh bien, d'où vient votre embonpoint ?

  457. 457

    Du principe du mal vous savez quelque chose ;

  458. 458

    Pour le guérir, je dois en connaître la cause.

  459. 459

    — Jugez-en par l'effet, vous l'apercevez bien.

  460. 460

    — Sans doute, mais encor ; ne me déguisez rien.

  461. 461

    Rien n'échappe à mon doigt. Il a sondé votre ame ;

  462. 462

    Vous avez de l'amour senti la douce flamme,

  463. 463

    Et le traître abusant de vos divins attraits,

  464. 464

    A décoché sur vous quelques-uns de ses traits ;

  465. 465

    Car, enfin, de l'amour vous recélez un gage.

  466. 466

    Je n'entends rien, Monsieur, à votre obscur langage.

  467. 467

    Désirez-vous savoir quand ma taille a grossi,

  468. 468

    Et quelle en est la cause ? En deux mots la voici :

  469. 469

    Au printemps de mes jours, la Parque impitoyable,

  470. 470

    Durant les longs accès d'une fièvre effroyable,

  471. 471

    Dans la saison des fruits vint m'ouvrir le tombeau.

  472. 472

    De mes jours, la cruelle, éteignait le flambleau,

  473. 473

    Quand un fils d'Esculape, au gré de leur envie,

  474. 474

    Rendit à mes parens et leur fille et la vie.

  475. 475

    Grâce au secours de l'art, la fièvre et ses accès,

  476. 476

    Furent, par Lobelli, domptés avec succès.

  477. 477

    Durant près de huit jours je fus sans connaissance.

  478. 478

    Enfin, trois mois après, dans la convalescence,

  479. 479

    Ma taille swelte et fine a pris tant d'embonpoint,

  480. 480

    Que ma gorge et mes flancs sont grossis à ce point.

  481. 481

    Voilà ma maladie et ce qui la causée.

  482. 482

    Peut-être imprudemment aux zéphirs exposée....

  483. 483

    Mais qu'importe après tout d'en savoir la raison,

  484. 484

    Quand je me rends garant de votre guérison.

  485. 485

    A ces mots, nous voyons s'avancer un jeune homme.

  486. 486

    Il a le port, les traits de l'Apollon de Rome ;

  487. 487

    Il unit à la grâce une noble fierté.

  488. 488

    En regardant Agathe il est déconcerté,

  489. 489

    Il rougit. A sa vue, Agathe intimidée,

  490. 490

    Et de mes questions se retraçant l'idée,

  491. 491

    Me regarde et pâlit. O pouvoir de l'instinct !

  492. 492

    Lui seul mêla les lis aux roses de son teint.

  493. 493

    Cependant à sa vue, Agathe se retire.

  494. 494

    Quel motif, pardonnez, en ces lieux vous attire,

  495. 495

    Dis-je à cet étranger, dont l'œil baigné de pleurs

  496. 496

    Trahissait malgré lui l'excès de ses douleurs ?

  497. 497

    Je suis perdu, dit-il, l'Amour et l'Hymenée,

  498. 498

    Ont d'Agathe à jamais fixé la destinée ;

  499. 499

    Elle en porte le gage, un autre est son époux.

  500. 500

    Modérez vos transports, Monsieur, consolez-vous ;

  501. 501

    Maîtresse de son sort, Agathe est libre encore.

  502. 502

    Vous me rendez la vie. A l'objet que j'adore

  503. 503

    Je viens offrir ma main, ma fortune et mon cœur,

  504. 504

    Je viens tout déposer aux pieds de mon vainqueur.

  505. 505

    De votre amour pour elle, Agathe est-elle instruite ?

  506. 506

    Non, sans doute. A tel point le mal l'avait réduite,

  507. 507

    Le jour où je la vis pour la première fois,

  508. 508

    Qu'elle n'avait ni pouls, ni sentimens, ni voix.

  509. 509

    Novice Capucin au couvent Saint-Fidèle ,

  510. 510

    Je passai constamment quatre nuits auprès d'elle ,

  511. 511

    Pour tous les *Oremus* qu'on récite aux mourans.

  512. 512

    Fuyez , dérobez-vous aux yeux de ses parens.

  513. 513

    De sa grossesse enfin j'ai percé le mystère ;

  514. 514

    Dans un mois vous serez , Monsieur , époux et père.

  515. 515

    Je puis de votre cœur remplir ce double vœu ;

  516. 516

    Mais différons encor un trop honteux aveu.

  517. 517

    Je n'ai point à rougir. Elle me doit la vie ,

  518. 518

    A la faux du trépas l'Amour seul la ravie ,

  519. 519

    Et si pour la sauver j'outrageai son honneur ,

  520. 520

    Je viens par l'hymenée assurer son bonheur.

  521. 521

    Le jeune Fréderic avait de la naissance ,

  522. 522

    Du crédit à la cour , une fortune immense ,

  523. 523

    D'un aveugle transport pouvait-on le punir ,

  524. 524

    Alors qu'à sa victime il brûlait de s'unir ?

  525. 525

    Je crois avoir atteint le but où j'ai dû tendre ,

  526. 526

    Et j'en ai dit assez pour qui veut bien m'entendre.

  527. 527

    En prouvant par ce fait que la conception ,

  528. 528

    Ne tient qu'à la matrice , à sa seule action.

  529. 529

    Dans ce siècle étonnant , si fécond en miracles ,

  530. 530

    L'aigle des Pourfendeurs , et l'un de leurs oracles ,

  531. 531

    Auteur que le beau sexe aime avec volupté ,

  532. 532

    Millot fait procréer sexes à volonté.

  533. 533

    Sa baguette à la main parcourant les familles ,

  534. 534

    Millot dit : voulez-vous des garçons ou des filles ?

  535. 535

    A mon gré je fais faire ou filles ou garçons ;

  536. 536

    Amans , époux , venez écouter mes leçons ;

  537. 537

    D'Orléans mon disciple , époux fidèle et tendre ,

  538. 538

    Ah ! si des sombres bords tu peux encor m'entendre ,

  539. 539

    Réponds : à qui dois-tu les trois Princes tes fils ?

  540. 540

    Si ce n'est à ton maître , aux progrès que tu fis ?

  541. 541

    Dirai-je sa doctrine ? En vérité je n'ose,

  542. 542

    On ne dit pas en vers tout ce qu'on dit en prose.

  543. 543

    Et comment exprimer dans la langue des Dieux,

  544. 544

    Du moderne Arétin les secrets odieux ?

  545. 545

    Les cent positions et les mille attitudes,

  546. 546

    Dont l'Amour et l'Hymen chez lui font des études ?

  547. 547

    Attachons-nous plutôt à prouver que Millot

  548. 548

    N'écrit que pour écrire, et que feindre est son lot.

  549. 549

    Depuis que j'ai fourni vingt preuves érudites,

  550. 550

    Qu'il n'exista jamais d'êtres Hermaphrodites,

  551. 551

    On ne peut contester qu'en somme nous naissons,

  552. 552

    Ou d'un ou d'autre sexe, ou filles ou garçons.

  553. 553

    Or, le Devin Millot a pu sans sortilége,

  554. 554

    Sur la crédulité fonder son privilége

  555. 555

    Dans l'art de procréer un sexe à volonté.

  556. 556

    C'est jouer un contre un avec la Vérité,

  557. 557

    Et pour un charlatan est-il plus belle chance ?

  558. 558

    Un projet plus hardi, plus vaste en apparence,

  559. 559

    Bien digne d'illustrer l'auteur qui l'entreprit,

  560. 560

    Fut celui d'accoupler le Génie et l'esprit,

  561. 561

    Afin d'accroître ainsi le nombre des grands hommes,

  562. 562

    Assez rares, dit-on, dans le siècle où nous sommes.

  563. 563

    L'amour-propre accueillit ce système enchanteur,

  564. 564

    Dès lors, chaque savant conçut l'espoir flatteur

  565. 565

    De transmettre l'esprit ainsi que la matière,

  566. 566

    A sa Postérité, de son nom héritière.

  567. 567

    Pour moi qui de Robert n'ai point le noble orgueil,

  568. 568

    J'ai fait à son système un assez froid accueil,

  569. 569

    En songeant que Corneille, et Régnard et Molière,

  570. 570

    Descartes, Montesquieu, Fénélon la Bruyère,

  571. 571

    Buffon, Rousseau, Voltaire et tant d'autres auteurs,

  572. 572

    Des œuvres du Génie, immortels créateurs,

  573. 573

    De parens illétrés ont reçu la naissance ,

  574. 574

    Je dis plus, au Parnasse, on n’a point connaissance,

  575. 575

    Qu’un grand homme ait transmis à sa Postérité

  576. 576

    Le Génie et l’Esprit dont elle ait hérité.

  577. 577

    Cependant Jean Racine eut un fils né poète ;

  578. 578

    Mais sa mère, à tel point fut stupidement bête ,

  579. 579

    Qu’elle ne lut jamais les écrits immortels

  580. 580

    D’un époux à qui Rome eût dressé des autels.

  581. 581

    Robert ne savait point que le cerveau s’épuise ,

  582. 582

    Par les conceptions que le Génie y puise ,

  583. 583

    Et qu’au métier d’époux, un sot le plus souvent ,

  584. 584

    Quand il a bon visage, égale un lourd savant.

  585. 585

    La superstition , ce fier tyran du monde ,

  586. 586

    Si fertile en abus, en préjugés féconde ,

  587. 587

    Enfanta chez les Turcs un usage plaisant.

  588. 588

    Un époux, souvent même un voisin complaisant ,

  589. 589

    Qui voit que son épouse, ou sa voisine enceinte ,

  590. 590

    Est d’un *travail* fâcheux depuis long-temps atteinte ,

  591. 591

    Vole au Gymnase et croit qu’en obtenant congé

  592. 592

    Pour tous les écoliers , son mal est soulagé.

  593. 593

    Des Monarques de France , une fille publique

  594. 594

    Adopta cet usage et le mit en pratique.

  595. 595

    Cette fille à Paris a mille adorateurs ,

  596. 596

    Médecins , Avocats , gens d’Église et Rhéteurs.

  597. 597

    Ses faveurs, ses bontés sont le prix de son zèle ,

  598. 598

    Elle n’admit jamais que des hommes chez elle.

  599. 599

    Les jeunes gens sur-tout sont toujours bien venus ;

  600. 600

    Cette vieille coquette a de bons revenus ,

  601. 601

    Que quatre fois par an à la poste elle touche.

  602. 602

    Mais revenons au fait. Quand cette fille accouche ,

  603. 603

    D’un Recteur , d’un Sermon , d’une Confession ,

  604. 604

    D’un Landi solennel, d’une Procession ,

  605. 605

    Du grand Saint Nicolas, ou d'autres Cœlicoles,

  606. 606

    Par égard pour son sexe on ferme les écoles ;

  607. 607

    Ainsi de leurs devoirs les maîtres dégagés,

  608. 608

    Aux élèves, par an, accordent cent congés.

  609. 609

    Mais il faut être juste alors que l'on critique.

  610. 610

    Les vertus, les talens de cette fille antique,

  611. 611

    De ses pudiques mœurs la sainte austérité,

  612. 612

    Passeront d'âge en âge à la Postérité,

  613. 613

    Avec les noms chéris des savans, des grands hommes,

  614. 614

    Tant des siècles passés, que du siècle où nous sommes,

  615. 615

    Elevés dans son sein par Rollin, par Nollet,

  616. 616

    Par Le Beau, Le Batteux, par Delille et Binet,

  617. 617

    Par Rivard, Mazéas et Sélis, et tant d'autres,

  618. 618

    Du savoir, du bon goût vénérables apôtres.

  619. 619

    Cependant tout vieillit, et l'Université

  620. 620

    Gémissait sous le poids de sa caducité.

  621. 621

    Aux rayons du soleil qui ranima la France,

  622. 622

    Riche de souvenirs, plus riche en espérance,

  623. 623

    Ce corps antique et faible aux portes du tombeau,

  624. 624

    De ses cendres renaît plus illustre et plus beau.

  625. 625

    Tel cet oiseau célèbre, unique en son espèce,

  626. 626

    Dans les jours glorieux d'une longue vieillesse,

  627. 627

    Aux rayons du soleil allumant son bûcher,

  628. 628

    Meurt, et renaît plus beau, plus précieux, plus cher.

  629. 629

    Muse, est-il des climats où l'homme audacieux,

  630. 630

    Par la stérilité pense honorer les Dieux ?

  631. 631

    Ah ! sans doute ces bords, loin des pôles du monde,

  632. 632

    N'ont jamais du soleil vu la clarté féconde.

  633. 633

    Le Fanatisme seul, en un désert affreux,

  634. 634

    Peut changer à son gré le sol le plus heureux.

  635. 635

    Au sein de l'océan, vers le Chinois rivage,

  636. 636

    Est une île écartée où l'homme encor sauvage,

  637. 637

    Sourd à la voix du sang et de l'humanité ,

  638. 638

    Immole ses enfans à la Divinité.

  639. 639

    Avant trente-cinq ans , l'épouse infortunée ,

  640. 640

    Ne saurait conserver les doux fruits d'hymenée ,

  641. 641

    C'est commettre un péché par la pudeur proscrit ,

  642. 642

    Que d'oser être mère avant l'âge prescrit.

  643. 643

    A peine elle a conçu , qu'une infâme Prêtresse

  644. 644

    Vient lui faire avaler une liqueur traîtresse ,

  645. 645

    Lui fait honte , la traite avec emportement ,

  646. 646

    Enfin , la foule aux pieds jusqu'à l'avortement.

  647. 647

    Si d'un astre fécond l'influence céleste ,

  648. 648

    Pour ce peuple ignorant fut un présent funeste ,

  649. 649

    Combien d'autres , jaloux de ce don précieux ,

  650. 650

    Par des vœux assidus importunent les cieux.

  651. 651

    Que d'épouses , en butte à de folles chimères ,

  652. 652

    Ont soumis leur raison au besoin d'être mères.

  653. 653

    La Persanne , dit-on , invoque les pendus ,

  654. 654

    Et les scélérats morts sur la roue étendus.

  655. 655

    Une Turque à Marac , par la main d'une vierge ,

  656. 656

    Au divin Mahomet fait offrir un long cierge.

  657. 657

    Dans l'Inde une femme entre en un bain imprégné

  658. 658

    D'esprits flottans dans l'onde où l'homme s'est baigné ,

  659. 659

    Et croit de bonne foi que l'onde prolifique ,

  660. 660

    A sa stérilité devient un spécifique.

  661. 661

    Une juive stérile , avec dévotion ,

  662. 662

    D'un prépuce sanglant suce une portion.

  663. 663

    Une dame Romaine , à qui la destinée

  664. 664

    Refusait trop long-temps les doux fruits d'hymenée ,

  665. 665

    De la chaste Diane implorait le secours.

  666. 666

    Par des chemins secrets , le soir , en certains jours ,

  667. 667

    Elle arrivait au temple où seule et toute nue ,

  668. 668

    Humblement prosternée aux pieds de sa statue.

  669. 669

    Tandis qu'à la Déesse elle adressait ses vœux ,

  670. 670

    Un prêtre du Dieu Pan , un Luperque nerveux ,

  671. 671

    Le bras armé d'un fouet , dans cette humble posture ,

  672. 672

    Sur ses fesses d'albâtre appelait la Nature.

  673. 673

    De la stérilité c'est peu de triompher ,

  674. 674

    L'embrion est fragile , un rien peut l'étouffer.

  675. 675

    Un léger mouvement de colère ou de crainte ,

  676. 676

    Souvent devient funeste à toute femme enceinte ;

  677. 677

    Souvent dans ses écarts l'imagination

  678. 678

    Peut troubler du fétus l'organisation.

  679. 679

    Au pays Liégeois une femme eut envie

  680. 680

    D'apprendre quel serait le destin de sa vie ;

  681. 681

    Une vieille Sibille , oracle du canton ,

  682. 682

    Qu'elle alla consulter , lui présagea , dit-on ,

  683. 683

    Que le cinquième fruit d'un second hymenée ,

  684. 684

    Viendrait , en son printemps , trancher sa destinée ,

  685. 685

    Et qu'un fils de ses jours étaignant le flambeau ,

  686. 686

    Dans le sein maternel trouverait son tombeau.

  687. 687

    Cet obstacle qu'un autre eût traité de chimère ,

  688. 688

    Empoisonna les jours d'une crédule mère ,

  689. 689

    Et d'un cinquième enfant enceinte elle frémit.

  690. 690

    Que ne peut la frayeur sur un trop faible esprit !

  691. 691

    On veut la cousoler. Ah ! vos raisons sont vaines ,

  692. 692

    Je séns déjà le sang se glacer dans mes veines.

  693. 693

    L'oracle est sûr , dit-elle. Avant six mois , la mort ,

  694. 694

    Effet de la terreur , vint terminer son sort.

  695. 695

    Dans ces jours où Thémis, encore impitoyable ,

  696. 696

    Ordonnait de sang-froid , un supplice effroyable ,

  697. 697

    Et qu'un bourreau féroce , aux petits scélérats

  698. 698

    Qu'attaignait seuls la loi , coupait jambes et bras ;

  699. 699

    Soit curiosité , soit hasard , une femme

  700. 700

    Enceinte de trois mois , vit ce spectacle infâme ;

  701. 701

    Les cris du patient, ses soupirs, ses sanglots,

  702. 702

    Le sang qui de son corps ruisselait à grand flots,

  703. 703

    La Nature et la mort dans leurs crises funestes,

  704. 704

    D'un cadavre vivant se disputant les restes,

  705. 705

    Sur son esprit ému font tant d'impression,

  706. 706

    Que d'un cri déchirant la vive expression,

  707. 707

    Pour elle, en mille échos, se transformait sans cesse.

  708. 708

    Durant les tristes jours d'une affreuse grossesse,

  709. 709

    Le bourreau, le roué la suivent pas à pas.

  710. 710

    A toute heure elle attend, elle voit son trépas :

  711. 711

    Cependant en ces jours de douleur et de crainte,

  712. 712

    Elle accouche, et l'enfant porte l'horrible empreinte

  713. 713

    Des homicides coups dont le bras du bourreau

  714. 714

    Assena le roué sous le fatal barreau.

  715. 715

    Le nombre d'os cassés, dans un mode uniforme,

  716. 716

    Rend la copie en tout au modèle conforme.

  717. 717

    Par les maîtres de l'art ce deux faits attestés,

  718. 718

    Sont mis au rang de ceux qu'on n'a point contestés.

  719. 719

    Ce chef-d'œuvre des Cieux, cette divine essence,

  720. 720

    L'imagination a donc quelque influence

  721. 721

    Sur l'être renfermé dans le sein maternel !

  722. 722

    Je le pense et j'en fais un aveu solennel.

  723. 723

    Je sais que c'est passer pour un faible Génie,

  724. 724

    Que d'oser croire un fait que le grand Buffon nie.

  725. 725

    Des talens de Buffon, juste appréciateur,

  726. 726

    On ne m'en vit jamais l'aveugle admirateur.

  727. 727

    De la Nature entière embrasser le domaine,

  728. 728

    Est un effort si grand pour la faiblesse humaine,

  729. 729

    Qu'aisément je pardonne à sa témérité

  730. 730

    D'avoir mêlé l'erreur avec la vérité.

  731. 731

    Le Pline des Français vaut bien celui de Rome.

  732. 732

    Mais enfin, à mes yeux, Buffon n'est qu'un grand homme,

  733. 733

    Et contre son avis je crois ce que je vois ,

  734. 734

    Et ce que la raison me dit à haute voix.

  735. 735

    Le fils aîné du Ciel , Saturne aimait Phylire :

  736. 736

    Un jour dans les transports d'un amoureux délire ,

  737. 737

    Impatient de voir la Nymphe aux doux attraits ,

  738. 738

    D'un superbe coursier ce Dieu prend tous les traits.

  739. 739

    Du paisible océan soudain il fend les ondes ,

  740. 740

    Et va revoir Philyre en ses grottes profondes ;

  741. 741

    Philyre était enceinte. A l'aspect d'un amant ,

  742. 742

    Que son œil méconnaît sous ce déguisement ,

  743. 743

    La Nymphe avec effroi recule intimidée ;

  744. 744

    Mais d'un monstre chéri lui retraçant l'idée ,

  745. 745

    Sur le corps paternel , l'imagination

  746. 746

    Va calquer du fétus l'organisation ,

  747. 747

    Et Phylire , à neuf mois , accoucha d'un Centaure.

  748. 748

    Instituteur du Dieu que révère Epidaure ,

  749. 749

    Chiron qui des humains guéris les maux divers ,

  750. 750

    Ma Muse va tracer tes bienfaits dans mes vers.

  751. 751

    Au divin Esculape , à la chaste Lucine ,

  752. 752

    Chiron , son inventeur , apprit la Médecine.

  753. 753

    D'Hercule et de Jason , de Pollux , de Castor ,

  754. 754

    Et du fils de Thétis , Chiron fut le Mentor.

  755. 755

    Fils de Saturne , il eut pour céleste héritage ,

  756. 756

    Un don bien précieux , la sagesse en partage.

  757. 757

    Il apprit aux mortels à rendre un jugement ,

  758. 758

    A soumettre l'honneur à la foi du serment ,

  759. 759

    A révérer les Dieux , à rendre à leur image ,

  760. 760

    En des jours solennels un éclatant hommage ;

  761. 761

    Enfin , placé lui-même au rang des immortels ,

  762. 762

    Du sein du zodiaque il sourit aux mortels.

  763. 763

    Je sais que , profitant de l'état de grossesse ,

  764. 764

    Et d'un époux avare abusant la faiblesse ,

  765. 765

    Les cris du patient, ses soupirs, ses sanglots,

  766. 766

    Le sang qui de son corps ruisselait à grand flots,

  767. 767

    La Nature et la mort dans leurs crises funestes,

  768. 768

    D'un cadavre vivant se disputant les restes,

  769. 769

    Sur son esprit ému font tant d'impression,

  770. 770

    Que d'un cri déchirant la vive expression,

  771. 771

    Pour elle, en mille échos, se transformait sans cesse.

  772. 772

    Durant les tristes jours d'une affreuse grossesse,

  773. 773

    Le bourreau, le roué la suivent pas à pas.

  774. 774

    A toute heure elle attend, elle voit son trépas :

  775. 775

    Cependant en ces jours de douleur et de crainte,

  776. 776

    Elle accouche, et l'enfant porte l'horrible empreinte

  777. 777

    Des homicides coups dont le bras du bourreau

  778. 778

    Assena le roué sous le fatal barreau.

  779. 779

    Le nombre d'os cassés, dans un mode uniforme,

  780. 780

    Rend la copie en tout au modèle conforme.

  781. 781

    Par les maîtres de l'art ces deux faits attestés,

  782. 782

    Sont mis au rang de ceux qu'on n'a point contestés.

  783. 783

    Ce chef-d'œuvre des Cieux, cette divine essence,

  784. 784

    L'imagination a donc quelque influence

  785. 785

    Sur l'être renfermé dans le sein maternel ?

  786. 786

    Je le pense et j'en fais un aveu solennel.

  787. 787

    Je sais que c'est passer pour un faible Génie,

  788. 788

    Que d'oser croire un fait que le grand Buffon nie.

  789. 789

    Des talens de Buffon, juste appréciateur,

  790. 790

    On ne m'en vit jamais l'aveugle admirateur.

  791. 791

    De la Nature entière embrasser le domaine,

  792. 792

    Est un effort si grand pour la faiblesse humaine,

  793. 793

    Qu'aisément je pardonne à sa témérité

  794. 794

    D'avoir mêlé l'erreur avec la vérité.

  795. 795

    Le Pline des Français vaut bien celui de Rome.

  796. 796

    Mais enfin, à mes yeux, Buffon n'est qu'un grand homme,

  797. 797

    Et contre son avis je crois ce que je vois,

  798. 798

    Et ce que la raison me dit à haute voix.

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    Le fils aîné du Ciel, Saturne aimait Phylire :

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    Un jour dans les transports d'un amoureux délire,

  801. 801

    Impatient de voir la Nymphe aux doux attraits,

  802. 802

    D'un superbe coursier ce Dieu prend tous les traits.

  803. 803

    Du paisible océan soudaiu il fend les ondes,

  804. 804

    Et va revoir Philyre en ses grottes profondes ;

  805. 805

    Philyre était enceinte. A l'aspect d'un amant,

  806. 806

    Que son œil méconnaît sous ce déguisement,

  807. 807

    La Nymphe avec effroi recule intimidée ;

  808. 808

    Mais d'un monstre chéri lui retraçant l'idée,

  809. 809

    Sur le corps paternel, l'imagination

  810. 810

    Va calquer du fétus l'organisation,

  811. 811

    Et Phylire, à neuf mois, accoucha d'un Centaure.

  812. 812

    Instituteur du Dieu que révère Epidaure,

  813. 813

    Chiron qui des humains guéris les maux divers,

  814. 814

    Ma Muse va tracer tes bienfaits dans mes vers.

  815. 815

    Au divin Esculape, à la chaste Lucine,

  816. 816

    Chiron, son inventeur, apprit la Médecine.

  817. 817

    D'Hercule et de Jason, de Pollux, de Castor,

  818. 818

    Et du fils de Thétis, Chiron fut le Mentor.

  819. 819

    Fils de Saturne, il eut pour céleste héritage,

  820. 820

    Un don bien précieux, la sagesse en partage.

  821. 821

    Il apprit aux mortels à rendre un jugement,

  822. 822

    A soumettre l'honneur à la foi du serment,

  823. 823

    A révérer les Dieux, à rendre à leur image,

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    En des jours solennels un éclatant hommage ;

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    Enfin, placé lui-même au rang des immortels,

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    Du sein du zodiaque il sourit aux mortels.

  827. 827

    Je sais que, profitant de l'état de grossesse,

  828. 828

    Et d'un époux avare abusant la faiblesse,

  829. 829

    Les femmes , loin de mettre un frein à leurs désirs ,

  830. 830

    Se livrent à l'attrait du luxe et des plaisirs.

  831. 831

    Mais d'un sexe rusé l'innocent stratagème ,

  832. 832

    N'infirme poiut les faits , appuis de mon système.

  833. 833

    Je crois qu'un mouvement de haine ou de terreur ,

  834. 834

    Une frayeur soudaine , un spectacle d'horreur ,

  835. 835

    Peuvent nuire au fétus chez les femmes enceintes ;

  836. 836

    Mais je suis loin de croire aux bizarres empreintes ,

  837. 837

    Que le vulgaire impute à chaque impression ,

  838. 838

    Que transmet au fétus l'imagination.

  839. 839

    Je suis loin de penser qu'au péril de sa vie ,

  840. 840

    L'époux doive céder à la bizarre envie

  841. 841

    D'une épouse qui veut lui donner cent soufflets ,

  842. 842

    Ou qui met son bonheur à chanter des couplets ,

  843. 843

    En cassant un cent d'œufs bien durcis sur sa tête ,

  844. 844

    Pour métamorphoser un homme en omelette.

  845. 845

    Du reste je connais des époux complaisans

  846. 846

    Qui prendraient , comme on dit , la lune avec les dents ,

  847. 847

    De peur de voir peut-être un jour Diane empreinte

  848. 848

    Sur le front de l'enfant dont leur femme est enceinte.

  849. 849

    Femmes , puisse une erreur si propice à vos vœux ,

  850. 850

    Pour votre iutérêt seul passer à nos neveux !

  851. 851

    De plaisirs et de maux source noble et féconde ,

  852. 852

    Dont l'empire s'étend loin des bornes du monde ,

  853. 853

    Imagination , ame de l'Univers ,

  854. 854

    Quel poète osera te peindre dans ses vers ?

  855. 855

    Chantre heureux des jardins , émule de Virgile ,

  856. 856

    Noble enfant d'Apollon , mon cher maître , ô Délille !

  857. 857

    Toi seul as pu former un si hardi projet ,

  858. 858

    Toi seul pouvais traiter dignement un sujet ,

  859. 859

    Riche , heureux , noble et vaste ainsi que ton génie.

  860. 860

    Ta Muse a déjà fait hommage à Polymnie ,

  861. 861

    Des tableaux dont Phœbus doit embellir tes chants.

  862. 862

    J'ai vu Paris sensible à tes accords touchants,

  863. 863

    J'ai vu, nouvel Orphée, aux accords de ta lyre,

  864. 864

    Des rochers s'attendrir, partager ton délire.

  865. 865

    Par tes rares talens, cher à la nation,

  866. 866

    Comble ses vœux, peins nous l'Imagination,

  867. 867

    Souveraine des airs, de la terre et des ondes,

  868. 868

    Devant elle à son gré multiplier les mondes ;

  869. 869

    Peins nous la se livrant à ses élans heureux.

  870. 870

    Mais peins nous à la fois ses écarts dangereux ;

  871. 871

    Délille, apprends nous l'art d'enchaîner la pensée

  872. 872

    Dans ses égaremens, dans sa fougue insensée,

  873. 873

    Et ton nom cher aux arts, cher à l'humanité,

  874. 874

    Vivra marqué du sceau de l'immortalité.

  875. 875

    Aux murs de Montpellier, jeune et novice encore,

  876. 876

    Ma Muse osa combattre un monstre qu'elle abhorre,

  877. 877

    Qu'en ses honteux écarts l'imagination,

  878. 878

    En delire, enfanta.... la masturbation.

  879. 879

    Ce monstre est trop hideux pour tracer sa peinture,

  880. 880

    En horreur à lui-même, effroi de la Nature,

  881. 881

    Laissons-le se cacher dans l'antre ténébreux,

  882. 882

    Seul et muet témoin de ses accès nombreux.

  883. 883

    Préservons, s'il se peut, des cœurs encor novices,

  884. 884

    De la contagion du plus affreux des vices,

  885. 885

    En traçant le tableau des funestes effets

  886. 886

    Qu'entraînent après eux ses coupables excès.

  887. 887

    Tous les masturbateurs ont la face allongée,

  888. 888

    Les ennuis, les remords où leur ame est plongée,

  889. 889

    Se peignent dans leurs yeux nonchalamment agars ;

  890. 890

    Jamais le doux souris n'embellit leurs regards.

  891. 891

    La pâleur de la mort que la fièvre colore,

  892. 892

    Trahit seule au dehors le feu qui les dévore,

  893. 893

    Le cœur toujours en proie à de nouveaux désirs ,

  894. 894

    Ils sont sourds à la voix des jeux et des plaisirs ;

  895. 895

    L'amour en vain sur eux décocherait ses armes ,

  896. 896

    Vénus même à leurs yeux étalerait ses charmes ,

  897. 897

    Qu'ils verraient de sang froid ces célestes Beautés.

  898. 898

    Leur esprit se repaît de sales voluptés.

  899. 899

    Aliment éternel de l'impudique flamme ,

  900. 900

    Que l'Onanisme impur alluma dans leur ame ,

  901. 901

    Et qui de leur jeunesse éteignant le flambeau ,

  902. 902

    Les plonge , avant le temps , dans la nuit du tombeau.

  903. 903

    Tels ces foyers impurs , vils amas d'immondices ,

  904. 904

    Qui des masturbateurs nous retracent les vices ,

  905. 905

    Fermentent en un coin. Leur fermentation ,

  906. 906

    Au physique , est l'effet de la corruption.

  907. 907

    Mais détournons les yeux de ces images sombres ,

  908. 908

    Qui d'un tableau plus gai vont composer les ombres ,

  909. 909

    Pour charmer nos travaux l'Amour forma les Ris.

  910. 910

    Il n'est aucun de vous , mes disciples chéris ,

  911. 911

    Qui n'ait ouï parler de ce nouveau Zoïle ,

  912. 912

    Dont la plume outragea la logique et le style.

  913. 913

    Élève ingrat et faux qui , nourri de poisons ,

  914. 914

    Les distilla sur moi pour prix de mes leçons.

  915. 915

    Démangeon en un mot ce vaste et beau génie ,

  916. 916

    Qui célébra de Gall la Craninomanie.

  917. 917

    Moins sensible à la gloire , à l'honneur , qu'à l'argent ,

  918. 918

    Du Symphiseur Alphonse il fut le vil agent.

  919. 919

    Le pauvre Démangeon , un jour dans mon École ,

  920. 920

    D'un grand pronostiqueur voulut jouer le rôle.

  921. 921

    Il se disait profond dans l'art de tout prévoir :

  922. 922

    Un seul trait vous fera juger de son savoir.

  923. 923

    Le mardi gras , ce jour fertile en mascarades ,

  924. 924

    Du docte Démangeon les malins camarades ,

  925. 925

    Voulurent à ce fat donner une leçon.

  926. 926

    Attiré par l'appat , il mord à l'hameçon.

  927. 927

    Voici le fait. L'un d'eux , de mine assez gentille ,

  928. 928

    En femme enceinte , à terme , avec grand art s'habille ,

  929. 929

    Et dans sa chaise-longue en tapinois s'étend.

  930. 930

    On mande Démangeon. Il arrive à l'instant.

  931. 931

    Docteur , j'ai mis en vous toute ma confiance ,

  932. 932

    Dit le masque en *travail*. Avec impatience ,

  933. 933

    Depuis deux jours j'attends le bonheur de vous voir.

  934. 934

    Votre dextérité , votre profond savoir

  935. 935

    Ahi... Docteur , excusez , je souffre le martyre...

  936. 936

    Ahi... je sens quelque chose ici qui me déchire.

  937. 937

    — Tant mieux , dit Démangeon , vous allez accoucher.

  938. 938

    Permettez. — Ouf , Docteur. — Laissez-moi vous toucher.

  939. 939

    — A votre voix je sens que ma douleur s'appaise ;

  940. 940

    Ah ! mon sauveur ! souffrez , Docteur , que je vous baise.

  941. 941

    On voulait me contraindre à faire un autre choix ,

  942. 942

    Mais de la Renommée écoutant peu la voix ,

  943. 943

    Je vous ai préféré , le dirai-je ? à Sacombe.

  944. 944

    Au secours , cher Docteur , je me meurs , je succombe ;

  945. 945

    De la vulve à l'instant sort un corps étranger.

  946. 946

    Par pitié , mon Docteur , daignez me soulager.

  947. 947

    A ces mots , plus tremblant que n'est le verd feuillage

  948. 948

    Qu'agite un vent fougueux , précurseur de l'orage ,

  949. 949

    Du temple de Lucine ignorant le chemin ,

  950. 950

    Démangeon à tatons porte au hasard sa main

  951. 951

    Sur le serpent maudit qui tenta la bonne Eve ,

  952. 952

    Et dont la tête alors se roidit et se lève.

  953. 953

    Il pâlit. De sa voix les débiles accens

  954. 954

    Ont trahi malgré lui le trouble de ses sens.

  955. 955

    On l'interpelle en vain. Il se tait , il recule.

  956. 956

    Enfin , il dit ces mots qu'à peine il articule :

  957. 957

    Madame , excusez-moi , je reviens à l'instant.

  958. 958

    Et le voilà parti. De sueur haletant ,

  959. 959

    Il arrive au logis. Mon maître , ah ! mon cher Maître ,

  960. 960

    Me dit-il , accourez... Oui , daignez me permettre

  961. 961

    D'implorer à genoux votre puissant secours ,

  962. 962

    C'est à vous qu'au besoin vos enfans ont recours.

  963. 963

    Une Dame !... ah ! grands Dieux ! quel état pitoyable !

  964. 964

    Un enfant... qu'ai-je dit ?... c'est un monstre effroyable ,

  965. 965

    [illegible] tel accouchement ! venez , ne tardez pas ,

  966. 966

    Si vous voulez , Monsieur , l'arracher au trépas.

  967. 967

    — Calmez-vous , à vous suivre , ami , je me dispose ,

  968. 968

    Mais de tant de frayeur expliquez-moi la cause ;

  969. 969

    Calmez-vous , reprenez l'usage de la voix.

  970. 970

    Mandé par une femme enceinte de neuf mois ,

  971. 971

    Eprouvant du travail la crise la plus vive ,

  972. 972

    Au milieu de la nuit à son logis j'arrive ;

  973. 973

    Je la touche et je sens , non un fétus humain ,

  974. 974

    Non des extrémités , soit le pied , soit la main ,

  975. 975

    Mais un corps cylindrique ayant un quart de mètre ,

  976. 976

    Et quant à son volume , en effet , mon cher Maître ,

  977. 977

    Pour ne vous point mentir , je ne sais trop combien ;

  978. 978

    Quand on a peur , hélas ! on n'y voit pas si bien.

  979. 979

    Comme il disait ces mots , nous entrons chez la Dame :

  980. 980

    On eût dit , à la voir , qu'elle avait rendu l'ame.

  981. 981

    J'approche de son lit pour lui tâter le pouls ,

  982. 982

    Et dans cet attirail je reconnais Le Doux.

  983. 983

    Il me saisit la main , la presse , et ce langage

  984. 984

    A tout dit. Je me prête alors au badinage ;

  985. 985

    Et d'un air sérieux pratiquant le *toucher* ,

  986. 986

    Pour ne point éclater, je feins de me moucher.

  987. 987

    Et tirant à l'écart mon élève docile ,

  988. 988

    Devenu par vengeance et Judas et Zoïle ,

  989. 989

    Je lui dis , Démangeon , pour cet accouchement,

  990. 990

    J'ai besoin du *forceps* , revenez promptement.

  991. 991

    L'éclair n'est pas plus prompt. Il vole à ma demeure ,

  992. 992

    Prend l'instrument fatal et l'apporte sur l'heure.

  993. 993

    Madame , dis-je alors , m'adressant à Le Doux ,

  994. 994

    Je voudrais obtenir une grâce de vous ;

  995. 995

    Pour l'intérêt de l'art daignerez-vous permettre

  996. 996

    Que quelques jeunes gens aident ici leur Maître.

  997. 997

    Volontiers, dit Le Doux, l'œil en pleurs... Néanmoins,

  998. 998

    C'en est assez , je crois , de cinq à six temoins.

  999. 999

    Et soudain j'introduis , si j'ai bonne mémoire ,

  1000. 1000

    Vauvilliers , Pin , Durand , Blak , Duval et Grégoire.

  1001. 1001

    Daignez mettre le comble à toutes vos bontés ,

  1002. 1002

    Madame , dis-je alors. — Quoi, Monsieur? — Permettez

  1003. 1003

    Qu'à découvert ici Démangeon vous opère ;

  1004. 1004

    Un tel accouchement ne peut qu'être prospère.

  1005. 1005

    — Ah ! mon cher Démangeon, il faut que ce soit vous,

  1006. 1006

    Pour que j'outrage ainsi la Pudeur , dit Le Doux.

  1007. 1007

    Et soudain repoussant au loin sa couverture ,

  1008. 1008

    Il se montre sans voile , et tel que la Nature

  1009. 1009

    Le pétrit de ses mains quand sa mère le fit.

  1010. 1010

    Mais quoi ! sans le vouloir , je dis ce que l'on vit ;

  1011. 1011

    L'on vit de Démangeon l'impéritie extrême ,

  1012. 1012

    Et de son amour-propre il se punit lui-même.

  1013. 1013

    C'en est assez, Messieurs, goûtons quelques repos ,

  1014. 1014

    Et pour mieux travailler suspendons nos travaux.

English text

Alignment approximate; line numbers are not a verified source-to-translation map.

We have admired the structure of the pelvis,

And in her very temple adored Nature.

Let us follow her step by step, catch her in the act,

Seek to snatch from her some new benefaction,

And of art, if possible, fix the uncertainty;

But to charm the tedium of a painful study,

Vying with one another let us enliven our labors,

By the recounting of facts ancient and new.

True, happy talent, says an amiable poet,

Is to join at once the useful to the agreeable.

In the Gulf of Mozambique, between Madagascar,

And the African shore, is a secluded island,

Where women, always faithful to prejudices,

Are rare models of sincerity.

A husband, a few days after childbirth,

Orders his better half to confess frankly

What she has said or done; to declare without feigning,

If her soul was stricken by a fatal love;

If some happy Clitendre, to the honor of his brow

Attempted to make or made a too palpable affront?

On what day, at what hour he received this insult;

The place of the rendezvous, witness to the adventure,

The offense, and by whom this offense was committed?

In these cruel confessions nothing must be omitted.

The salutary terror of a fortunate prejudice,

Would in vain claim to penetrate this mystery,

But maternal love, which unites with remorse,

Forces her to confessions harder than a thousand deaths.

Long live the holy religion that the French profess,

At least once a year their Ladies go to confession;

It is a need for every sensitive heart in Paris.

They thus accuse themselves, not to their husbands,

But to discreet Directors, full of indulgence,

Who, as Ministers of Heaven, stay their vengeance,

And who, remembering that they sinned in times past,

Make them pass, with a word, from hell to paradise.

Thanks to this sacred restraint that heaven provides them,

An eternal peace reigns within the household,

The wife, finding a sweet path to repentance,

Unfaithful today, converts tomorrow.

O infinite clemency of the Roman Church,

Which leaves the weakness of the sinner unpunished,

And, able to crush mankind with its lightning,

Gives the priest the right to extinguish it in his hands!

But on that island, alas! shame and infamy

Closely followed the confession made with simplicity;

Other times, other customs. In these places, in our days,

Wives do not always tell their husbands

The secret of their heart, since one among them,

Who was not even, they say, of the most faithful,

Pregnant, lied brazenly to her husband,

And did not even die after childbirth.

O unfortunate sex! everything conspires against you,

Over you a thousand tyrants exercise their empire;

Prejudices, pride, superstition,

Sacrifice you every day to their ambition.

On the banks of the Seine, a woman is the slave

Of a husband who hates her, ruins her and defies her.

On the banks of the Ganges, they do her an honor,

Of going to share the happiness of a dead husband.

If a woman gives birth to twins in Guiana,

She has dishonored her husband's bed.

Relatives, friends, neighbors, without pity, without reason,

Then come in a crowd to besiege her house.

O Queen of mice! they tell her, notorious sow!

Descended in a direct line from that foul race,

And worthy of equaling those fecund animals,

You will soon bring forth some quadruplets.

Blush, if you can, at your infamous conduct,

Your husband deserved a more chaste wife.

That is not all. After a few days of rest,

The furious husband adds action to his words.

Come, mother of twins, he says in an angry tone,

Come receive the wages of your exploits;

Come serve as an example to the women of the district,

Who, imitating you, might wish to adopt this tone.

And you, constant husbands of an unfaithful wife,

Know in such a case to take me for a model:

At these words, a bundle of rods in his hand,

With great redoubled blows from his inhuman arm,

He makes the blood of his victim spurt far,

And believes that of the twins only one is legitimate:

Often to escape this harsh punishment,

Braving the sentiment of maternal love,

I shudder to think of it! a distraught wife,

Plunges into a secretly prepared pit,

The one of the twins who came first,

And to dry her tears reserves the last.

Superfetation, error so manifest,

You alone have consecrated this fatal prejudice!

Year Eight, in Messidor, three petty Professors,

Very worthy successors of the too famous Dubois,

Believing they could resurrect this absurd system,

Concocted at their leisure a little stratagem,

Which was not successful. Ask Gardien,

Roux, or Mansuï, who remember it well.

It is in my Elements that one reads of this adventure,

Which made, at their expense, Nature triumph.

In America, in Corsica and among the Iberians,

In France, even still among the Venarnians,

In the country of Navarre, when a woman gives birth,

The wife gets out of bed and the husband goes to bed,

And although he is very healthy in both mind and body,

Against an illness he does not have, art unites its efforts;

He is put on a diet, and our false invalid,

Cared for by the new mother, practices *couvade* in his bed.

They carefully close doors, shutters, curtains:

Motionless, he is obliged to sleep on his back,

To stifle his milk which, hindered in its course,

Could choke him by rising back toward its source.

A husband in his bed subject to the doctors,

Receives, in this state, relatives, neighbors, friends,

Who come to exhort him to have patience,

And offer prayers to heaven for his convalescence.

Piso says that in Brazil, a bedridden husband,

Nursed with care by his companion in childbed,

Rests for a few days from conjugal duty,

And that, no doubt, he is being disposed to fulfill it better.

Half of the human race, amiable, enchanting sex,

To your tribunal I denounce an author

Who maintains, but in vain (the thing is impossible),

Who maintains that this adorable and sensitive being,

Woman, a celestial spirit, an august angel on the outside,

Often has... shall I say it?... has, what? the devil in her body.

Here is how Le Duc, a man of proven honesty,

Administers the proof of this strange fact.

"I was delivering," said Le Duc, "in Paris, on the rue aux Ours,

A woman in *labor* for five or six days;

The fetus was dead and the corrupted waters,

Greenish, flowed from the ruptured membranes."

It is well to point out that our observer,

From what the story says, was a crotchet-wielder.

Le Duc, thanks to the crotchet, mutilates, tears out, and pulls

From the pelvis of the woman, a prey to this martyrdom,

The limbs of the dissolving fetus.

But hardly has he performed this operation,

When suddenly, through the vaginal route,

An infernal flame exhales in whirlwinds,

Whose force, brilliance, and fetid odor

Freeze the spectators with terror and horror.

If the fact is established, I conclude from it that the Devil

Wreaks frightful havoc upon the body of the woman;

But Le Duc, who offers fifteen witnesses to the fact,

Ought to have, for his honor, cited at least one.

This mephitic, phosphoric, inflammable spirit,

Was a son of Aeolus and not the son of the Devil.

Nature, to the inhabitants of this vast universe,

Gave different tastes and various gifts.

Thus by his talents or by his industry,

Every man is more or less useful to his country.

But often chance, a word, the occasion,

Determine the choice of his profession.

If I embraced by taste the art of Medicine,

Opportunity made me the pupil of Lucina.

In those days consecrated to pleasures by Bacchus,

I was sailing in autumn at the whim of my desires,

On this canal which, proud of the treasures of the two worlds,

Offers its waters in tribute to the Nymphs of the Garonne,

And respectfully bathes the bust of Riquet.

Two monks, three soldiers, a young fop,

Seven women, an abbé, twenty brats of every age,

The bizarre assemblage of men and animals,

Offered to my gaze, in this old water-coach,

The faithful tableau of Noah's Ark.

The Monks muttered their paternosters under their breath,

Our three soldiers swore in the faces of the good apostles;

For his part, the young and gallant fop,

Stimulated, sharpened the women's chatter;

Finally, the tears, the cries of joy of twenty brats

Mingled with the sharp cries of ducks and a goose,

Caused such a din, such a buzzing,

That thunder would have rumbled over us in vain.

Meanwhile in a corner the morose and quiet abbé,

Beneath his vast cloak appeared motionless.

At times he smiled, but with an affected air.

You seem agitated by some dark sorrow,

I said to him? Is your soul prey to pain?

— Ah! I take little part in the common joy;

I am experiencing at this moment the sharpest pains.

In his eyes, at these words, I see tears flowing.

Gods! I am dying, he said under his breath to his companion;

Let us go out, come breathe the pure country air.

— Dispose, I said then, of my feeble assistance,

I have followed the first courses of the healing art.

— Have pity, Sir, on my sad misfortune,

I am... But disperse this importunate crowd;

Monks, women, soldiers, each makes up his mind,

They crowd, they press, they go out, they are gone.

Left alone, on his back Monsieur the Abbé lies down,

And suddenly, shall I say it? O surprise! he gives birth

To a son who had the sweet charms of his mother,

Happy fruit of love, he had all its features.

A true Parisian of Paris, that is to say,

(And let no one think that I wish to slander)

One of those fattened, upstart shopkeepers,

Who, inscribed in the Grand Livre, have good incomes.

*Idem*, a few houses of five or six stories,

Whose total product adds to their soups,

Partridge with cabbage, pâtés, pies, and godivaux,

Who furnish cellar and vaults with excellent old wines,

In short, a Parisian one day committed the folly

Of taking a young and pretty wife at sixty years of age.

Undoubtedly over the eyes of this good old Badeau,

At the altar of Hymen, Love placed its blindfold.

After six full months of so beautiful a union,

The husband runs to my lodging. My Isabelle,

He says, feels the pains, not of childbirth,

For we count six months since the sacrament,

But the precursor pains of some *miscarriage*.

I rush over; smiling, Isabelle lies down,

And all examination done, I remain dumbfounded:

The old man wants to know what my finger has told me:

I had to answer, and certain of the adventure,

Console yourself, Papa, count on Nature,

I said to him; she has done more than you imagine.

What! is she going to give birth? Monsieur, you guess correctly.

— Ah! unhappy child! — The child although premature,

Is viable at five months. — Ah! heaven grants your prayer.

As he said these words, a big fat baby boy,

Crying, old fool, slips between two sheets.

I give him to the old man, who, eager to be a father,

Wept like a calf, so powerfully does Nature work.

However, these five months weighed upon his heart,

And this anachronism soured his mood.

When Alphonse Le Roi, Doctor of Medicine,

Proved before Themis, in spite of Lucina,

That a child is viable at five months as at nine,

Anyone else would have doubted a system so new,

But a husband believes everything, everything seems possible to him,

Especially when he is old, in love, and sensitive.

One easily adopts an error one cherishes.

To console fools, God made men of wit.

Ah! why do I not have a strong enough dose of wit

To dazzle the world and prove in this way,

With the great Petit, in spite of Bouvard,

That just as one is born too early, one can be born too late.

But for lack of wit, a simple story

Will consecrate late birth here.

Seven months after the death of her consumptive husband,

The charming Palmire, with a fresh complexion and sweet eyes,

And having barely reached her fifteenth spring,

For the first time took it into her head to be pregnant.

Already Master Arpagon, attorney by trade,

And inflexible heir to his deceased brother,

Knowing his code and custom thoroughly, moreover,

Prepares to litigate against a posthumous nephew.

The lanky rascal Arpagon on his ten crooked fingers,

First counted six elapsed months of widowhood,

Plus three when the sick man, alas! more dead than alive,

Had had no desire for conjugal duty.

In short, after about a fifteen-month sojourn

In the maternal womb, Posthumus saw the light of day.

Harpagon, holding the proof of the offense in hand,

Drags to the feet of Themis both the child and the widow.

Themis, whose wisdom equals her equity,

Calls to her counsel the learned Faculty,

Which, placing the old miser in one of the scales,

And in the other a child, plaything of a barbarous fate,

Tips the balance unanimously,

And proclaims the legitimacy of the son.

Indeed, can any child whom marriage legitimizes,

Be the innocent victim of fate?

No, without a doubt, and whether he be born too early or too late,

I maintain that in wedlock there is no bastard.

Some natural philosophers have treated as a chimera,

Certain cries of fetuses within their mother's womb;

This fact, although supported by twenty authorities,

Is not yet admitted to the rank of truths.

To classify it there at last my Muse dares to aspire.

These cries, I did not merely think I heard them,

I heard them well; I say more: once

I heard a fetus speak in a loud voice.

Monsieur Le Roi (this is no chimera),

Heard twins in the womb of their mother,

Calling each other bastards, and pulling each other's hair,

To know which would or would not be the elder of the two.

It is the elder of the twins, says Docteur Alphonse,

Who first presents himself at the door and breaks it down.

Lobb says that the younger of the twins, much less strong,

Serves as a battering ram to the other, opens the door, and exits.

As for me, if on a matter of such importance

I dared to revoke the sentence of such authors,

(Heaven preserve me from it), I would say in two words:

That there cannot exist an elder among twins,

The reason for this fact, to my mind, is obvious:

Twins are conceived at the same physical instant,

I have the proof in hand. At the end of nine months,

They cannot both emerge at the same time.

The one who first finds himself at the orifice,

At the moment of *labor*, acts as a battering ram,

But is no more the elder, though born first,

Than the one of the two who sees the light of day last.

Generation is still a problem.

Everyone imagines a system to solve it.

In the year seventeen hundred and twenty-six, Saint-André, a Surgeon,

In London, brought forth and proclaimed his own.

According to him, every species both crosses and intermingles.

A rooster can fertilize a female carp,

The sole a frog, and the oyster a gnat.

This system enticed the infamous Wocheron,

Who, false and shameless in the midst of misfortune,

Dared to base upon it many a hope of fortune;

Wocheron in secret goes to find Saint-André.

Here, she said, is a hare engendered in my womb;

Your glory required this sacrifice of me;

I have done it, but as the price for so shameful a service,

Deign to bury in a profound secret,

This all too cruel confession that I make with regret.

Convinced of having caught Nature in the act,

Saint-André goes everywhere publishing the adventure.

Self-love is, it is said, the most foolish of loves;

Deaf, it believes it hears everything; blind, it always sees;

If one wishes to guide it, the ingrate says it is wounded,

And weak, it believes itself strong from its own weakness.

Wocheron played upon his credulity,

And turned his weakness to her advantage;

For the second time she feigns to be pregnant;

Two witnesses, men of the art, are dupes of her feint.

In *labor* each of them in turn examined her,

In short, Saint-André delivered her of a living rabbit.

Every sensible man laughs; the fool cries a miracle,

And the learned accoucheur passed for an oracle,

Until the day when Themis, with a more attentive eye,

Spying on the mechanisms of so lucrative a game,

Caught our female using a stratagem,

Which overturned the system of the good Saint-André.

The cheat would introduce, I will not say where,

A rabbit in a place that was not its burrow.

Themis, who does not like the world to be thus deceived,

Destroyed forever this foul warren;

Ashamed as a fox that a hen might have caught,

Saint-André, but too late, saw that he had been mistaken.

I believe that the womb is the heart of woman,

That her affections, her passions, her soul,

Her tastes, her appetites, her vices, her virtues,

Her desires, her needs are tied to the uterus.

The immortal Hippocrates said that this viscus

Is the ordinary cause of the six hundred ills of the sex.

Plato, who calculated the ills of the fair sex,

Tells us that the womb is another animal,

Grafted into the body of woman by Nature,

And endowed with the instinct for progeny.

Stronger in facts, I say that conception

Can often take place by the sole action

Of the uterine organ. Now, here is the proof.

In a borough of Italy, north of Villeneuve,

Upon leaving Milan, guided by destiny,

At sunrise, I arrive one fine morning.

At the imposing sight of these rich countrysides,

Whose distant horizon, formed by the mountains,

Was beginning to shine with the fires of the God of day,

I admired at leisure this magical abode.

What an enchanting spectacle! Never of Nature

Had my eye fixed upon a richer painting!

Happy bard of Ilion, would that I had your brushes!

To trace these lawns, these groves, these streams,

I cried out, treading upon smiling meadows

Where grazed the flocks emerged from the sheepfolds.

However, near me I did not perceive

An inhabitant of the village who was walking in my footsteps.

Stranger, he said to me, with his sweet language,

May the smiling picture of this place engage you

To enjoy with us these powerful attractions.

But what do I see?... yes, it is he... I recognize your features;

To your diverse talents, happy to pay homage,

I carefully preserve your faithful image.

Of the *Luciniade* in you I see the author,

And I am convinced of it, I feel it in my heart.

Embrace your friend. I am a friend of study,

And your songs have often charmed my solitude.

How sweet it is for me, I said then, to find a friend!

— I shall not be one, dear Sacombe, by halves,

Replied this stranger in a transport of joy.

It is not chance, it is God who sends you;

This God who showered me with favors and goods,

This God who attached me by the sweetest ties,

To two beings sprung from the hands of Nature,

More perfect than the human creature is,

A wife, a daughter, happy gifts of the heavens,

And whom heaven showered with its precious gifts.

Ah! come, reassure a father of a family,

A mother who fears for the days of her daughter.

As he spoke these words, we enter the château.

Its structure is simple and the site is beautiful.

Everything exudes at once both taste and comfort.

The Lady of the house, with an obliging air,

Asks her husband, who am I? where do I come from?

Amidst the outpourings of the sweetest conversations,

Appears the young Agathe... Ah! how pretty she was!

Nature has done everything for happy Italy.

Italy, O Nature! is your spoiled child.

It is there that Genius sits at the feet of Beauty.

Italy, in a word, has no rival in the world,

Except France, so fertile in talents and in Beauties.

Languedoc, my cradle, of your noble cities,

The pure sky, the rich soil, are everywhere cited.

Doctor, here is my daughter. She embraces her father,

Who tells me: dear Doctor, what makes me despair,

Is to see her waistline growing round every day,

Her breasts distending and her belly leaping.

Indeed, I say to myself upon seeing her appear,

And without yet having the honor of knowing her,

Their daughter has paid the sweet tribute of Hymen,

And the welcome they give me has self-interest as its goal.

But what is my surprise, at this moment, to hear

From the mouth of a father and a husband so tender,

That Agathe has the candor and ingenuousness,

Precious ornaments of virginity,

That no desire has yet altered the innocence,

Which the salutary wave imprints at birth.

Finally, that of Hymen, object of all their wishes,

Agathe's heart has still disdained the knots.

Eager to penetrate so profound a mystery,

I offer my services to the anxious parents.

They accept it, and suddenly Agathe with candor,

Obeys, and my art alarms her modesty.

Agathe was pregnant by about eight months.

"Doctor," said this good father, "admit to us without pretense,

What you foresee from the resources of art."

"I foresee, Monsieur, that in a month at the latest,

Mademoiselle..." — "Well?" — "Your cherished daughter

Will be cured of this engorgement by me."

"You overwhelm us with joy, and I was quite right

To say that heaven guides you into my home."

The virtuous Agathe, happy in their joy,

Shares their raptures. Her soul unfolds;

She says to me in a noble tone and full of gaiety:

"Since you are willing to restore me to health,

Monsieur, you shall see everything, my hives, my bees,

My doves, their eggs hatched in my baskets;

Come, Monsieur, come, I shall guide your steps."

I let myself be led away, saying to myself softly:

The danger of the zephyrs is only too real,

And their fecund kisses are by no means a fable.

No. Vice does not possess such naivete.

Italy offers to my art a novelty,

The observation of which may become useful,

And which the Muse of Virgil made before me.

The bard of Mantua said that from the zephyrs,

The mare receives amorous sighs;

O unheard-of prodigy! The zephyr fecundates her.

Suddenly from the mountain heights she flees, a wanderer,

Not toward the places whitened by the first rays

Of the beautiful star soaring from the peak of the mountains,

But toward the fields of the north, but toward those sad shores,

Where the rainy Autan piles up storms.

It is then that she is seen, in the ardor of her fires,

Distilling as she runs the amorous hyppomane,

The hyppomane filtered by the impious stepmother,

Who joins infernal magic to the black poison.

But I myself, where does love carry me, where does it lead me astray?

Let us return. Time presses and flees without return.

Having arrived at the garden and alone with Agathe:

I have your trust, or at least I flatter myself so,

My beautiful child, I said to her. — Ah! you do not doubt it at all,

Replied Agathe. — Well then, whence comes your stoutness?

You know something of the principle of the malady;

To cure it, I must know its cause.

— Judge of it by the effect, you perceive it well.

— Undoubtedly, but still; disguise nothing from me.

Nothing escapes my finger. It has sounded your soul;

You have felt the sweet flame of love,

And the traitor, abusing your divine charms,

Has loosed upon you some of his arrows;

For, in short, you conceal a pledge of love.

I understand nothing, sir, of your obscure language.

Do you wish to know when my waist grew thick,

And what is the cause of it? In two words, here it is:

In the spring of my days, the pitiless Fate,

During the long fits of a frightful fever,

In the season of fruits came to open the tomb for me.

The cruel one was extinguishing the torch of my days,

When a son of Aesculapius, according to their wish,

Restored to my parents both their daughter and life.

Thanks to the help of art, the fever and its fits

Were successfully subdued by Lobelli.

For nearly eight days I was unconscious.

Finally, three months later, during my convalescence,

My slender and fine figure took on so much fullness,

That my bosom and my flanks are swollen to this point.

That is my illness and what caused it.

Perhaps imprudently exposed to the zephyrs....

But what does it matter after all to know the reason,

When I guarantee your cure.

At these words, we see a young man advance.

He has the bearing, the features of the Apollo of Rome;

He unites with grace a noble pride.

Looking at Agathe he is disconcerted,

He blushes. At the sight of him, Agathe, intimidated,

And retracing the thought of my questions,

Looks at me and turns pale. O power of instinct!

It alone mingled the lilies with the roses of her complexion.

Meanwhile, at the sight of him, Agathe withdraws.

What motive, forgive me, draws you to this place,

I say to this stranger, whose eye bathed in tears

Betrayed in spite of himself the excess of his sorrows?

I am lost, he said, Love and Hymen,

Have forever fixed the destiny of Agathe;

She bears the pledge of it, another is her husband.

Moderate your transports, Sir, console yourself;

Mistress of her fate, Agathe is still free.

You give me back my life. To the object I adore

I come to offer my hand, my fortune and my heart,

I come to lay everything at the feet of my conqueror.

Of your love for her, is Agathe informed?

No, without a doubt. To such a point the illness had reduced her,

The day when I saw her for the first time,

That she had neither pulse, nor senses, nor voice.

A Capuchin novice at the convent of Saint-Fidèle,

I constantly spent four nights by her side,

For all the *Oremus* that are recited for the dying.

Flee, steal away from the eyes of her parents.

I have finally pierced the mystery of her pregnancy;

In a month, Sir, you shall be a husband and a father.

I can fulfill this double vow of your heart;

But let us still defer an all too shameful confession.

I have no cause to blush. She owes me her life,

Love alone snatched her from the scythe of death,

And if to save her I outraged her honor,

I come through marriage to secure her happiness.

The young Fréderic had noble birth,

Credit at court, an immense fortune,

Could one punish him for a blind transport,

When he burned to unite himself with his victim?

I believe I have reached the goal I had to aim for,

And I have said enough for whoever wishes to hear me.

By proving through this fact that conception,

Depends solely upon the womb, upon its action alone.

In this astonishing century, so fruitful in miracles,

The eagle of the Slayers, and one of their oracles,

An author whom the fair sex loves with voluptuousness,

Millot causes sexes to be procreated at will.

His wand in hand, traversing through families,

Millot says: do you want boys or girls?

At my pleasure I cause either girls or boys to be made;

Lovers, husbands, come listen to my lessons;

D'Orléans my disciple, faithful and tender husband,

Ah! if from the dark shores you can still hear me,

Answer: to whom do you owe the three Princes your sons?

If not to your master, to the progress you made?

Shall I tell of his doctrine? In truth I dare not,

One does not say in verse all that one says in prose.

And how to express in the language of the Gods,

The odious secrets of the modern Aretino?

The hundred positions and the thousand attitudes,

Of which Love and Hymen make studies with him?

Let us apply ourselves rather to proving that Millot

Writes only to write, and that feigning is his lot.

Since I have provided twenty erudite proofs,

That Hermaphroditic beings never existed,

One cannot contest that in sum we are born,

Of one or the other sex, either girls or boys.

Now, the Diviner Millot was able without sorcery,

To found his privilege upon credulity

In the art of procreating a sex at will.

It is playing one against one with the Truth,

And for a charlatan is there a fairer chance?

A bolder project, vaster in appearance,

Well worthy of bringing renown to the author who undertook it,

Was that of coupling Genius and the mind,

In order thus to increase the number of great men,

Quite rare, it is said, in the century in which we are.

Self-love welcomed this enchanting system,

From then on, every savant conceived the flattering hope

Of transmitting the mind as well as matter,

To his Posterity, heiress to his name.

As for me, who have not the noble pride of Robert,

I gave his system a rather cold reception,

Upon considering that Corneille, and Régnard and Molière,

Descartes, Montesquieu, Fénélon la Bruyère,

Buffon, Rousseau, Voltaire and so many other authors,

Immortal creators of the works of Genius,

Received their birth from illiterate parents,

I say more, on Parnassus, there is no knowledge,

That a great man has transmitted to his Posterity

The Genius and the Wit which it has inherited.

However, Jean Racine had a son born a poet;

But his mother was to such a degree stupidly foolish,

That she never read the immortal writings

Of a husband to whom Rome would have raised altars.

Robert did not know that the brain exhausts itself,

By the conceptions that Genius draws from it,

And that in the husband's trade, a fool most often,

When he has a good face, equals a dull scholar.

Superstition, that proud tyrant of the world,

So fertile in abuses, in prejudices fecund,

Gave birth among the Turks to a comical custom.

A husband, often even an accommodating neighbor,

Who sees that his wife, or his pregnant neighbor,

Has long been afflicted by a difficult *labor*,

Flies to the Gymnasium and believes that by obtaining a holiday

For all the schoolchildren, her pain is relieved.

A public daughter of the Monarchs of France

Adopted this custom and put it into practice.

This girl in Paris has a thousand adorers,

Doctors, Lawyers, Churchmen and Rhetoricians.

Her favors, her kindnesses are the reward of his zeal,

She never admitted anyone but men to her house.

Young men above all are always welcome;

This old coquette has good revenues,

Which four times a year she collects at the post.

But let us return to the facts. When this girl gives birth,

To a Rector, a Sermon, a Confession,

To a solemn Landi, a Procession,

Of great Saint Nicholas, or of other Heavenly Beings,

Out of regard for her sex they close the schools;

Thus the masters, freed from their duties,

Grant the pupils a hundred holidays a year.

But one must be fair when criticizing.

The virtues, the talents of this ancient daughter,

The holy austerity of her modest morals,

Will pass from age to age to Posterity,

With the cherished names of scholars, of great men,

As much of past centuries, as of the century we are in,

Raised in her bosom by Rollin, by Nollet,

By Le Beau, Le Batteux, by Delille and Binet,

By Rivard, Mazéas and Sélis, and so many others,

Venerable apostles of learning and of good taste.

However everything ages, and the University

Groaned beneath the weight of its decrepitude.

In the rays of the sun that revived France,

Rich in memories, richer in hope,

This ancient and feeble body at the gates of the tomb,

Is reborn from its ashes more illustrious and more beautiful.

Like that famous bird, unique in its species,

In the glorious days of a long old age,

Kindling its pyre in the rays of the sun,

Dies, and is reborn more beautiful, more precious, more dear.

Muse, are there climes where audacious man

Thinks to honor the Gods through sterility?

Ah! no doubt those shores, far from the poles of the world,

Have never seen the fecund light of the sun.

Fanaticism alone, into a dreadful desert,

Can change at its whim the most blessed soil.

In the heart of the ocean, toward the Chinese shore,

There is a remote island where man, still savage,

Deaf to the voice of blood and humanity,

Sacrifices his children to the Divinity.

Before thirty-five years, the unfortunate wife,

Cannot keep the sweet fruits of marriage,

It is committing a sin proscribed by modesty,

To dare to be a mother before the prescribed age.

Scarcely has she conceived, than an infamous Priestess

Comes to make her swallow a treacherous liquor,

Shames her, treats her with fury,

Finally, tramples her underfoot until abortion.

If the celestial influence of a fecund star,

For this ignorant people was a fatal gift,

How many others, jealous of this precious gift,

With assiduous vows importune the heavens.

How many wives, prey to foolish chimeras,

Have submitted their reason to the need to be mothers.

The Persian woman, it is said, invokes the hanged,

And the dead scoundrels stretched out upon the wheel.

A Turkish woman in Marac, by the hand of a virgin,

To the divine Mahomet has a long candle offered.

In India a woman enters a bath impregnated

With floating spirits in the water where man has bathed,

And believes in good faith that the prolific water,

Becomes a specific for her sterility.

A sterile Jewish woman, with devotion,

Sucks a portion of a bloody foreskin.

A Roman lady, to whom destiny

Refused for too long the sweet fruits of marriage,

Implored the help of chaste Diana.

By secret paths, in the evening, on certain days,

She arrived at the temple where alone and completely naked,

Humbly prostrated at the feet of her statue.

While she addressed her vows to the Goddess,

A priest of the God Pan, a sinewy Lupercalian,

His arm armed with a whip, in this humble posture,

Summoned Nature upon her alabaster buttocks.

To triumph over sterility is but little,

The embryo is fragile, a mere nothing can smother it.

A slight movement of anger or of fear,

Often becomes fatal to any pregnant woman;

Often in its wanderings the imagination

Can disturb the organization of the fetus.

In the Liège region a woman had a desire

To learn what would be the destiny of her life;

An old Sibyl, oracle of the district,

Whom she went to consult, foretold her, it is said,

That the fifth fruit of a second marriage,

Would come, in its springtime, to cut short her destiny,

And that a son, extinguishing the torch of his days,

Would find his tomb in the maternal womb.

This obstacle that another would have treated as a chimera,

Poisoned the days of a credulous mother,

And pregnant with a fifth child she trembled.

What can fright not do upon a too feeble mind!

They wish to console her. Ah! your reasons are vain,

I already feel the blood freezing in my veins.

The oracle is certain, she said. Before six months, death,

An effect of terror, came to end her fate.

In those days when Themis, still pitiless,

Ordered in cold blood a frightful punishment,

And when a ferocious executioner, from the petty scoundrels

Whom alone the law struck, severed legs and arms;

Be it curiosity, or be it chance, a woman

Three months pregnant, saw this infamous spectacle;

The cries of the sufferer, his sighs, his sobs,

The blood that streamed from his body in great torrents,

Nature and death in their fatal crises,

Disputing the remains of a living corpse,

Make such an impression upon her moved spirit,

That the vivid expression of a heartrending cry,

For her, into a thousand echoes, was ceaselessly transformed.

During the sad days of a dreadful pregnancy,

The executioner, the broken man follow her step by step.

At every hour she awaits, she sees his death:

However, in these days of pain and fear,

She gives birth, and the child bears the horrible imprint

Of the homicidal blows with which the executioner's arm

Struck the broken man beneath the fatal bar.

The number of broken bones, in a uniform manner,

Makes the copy conform in every way to the model.

By the masters of the art these two attested facts,

Are placed in the rank of those that have not been contested.

This masterpiece of the Heavens, this divine essence,

Imagination therefore has some influence

Upon the being enclosed in the maternal womb!

I think so and I make a solemn avowal of it.

I know that it is to pass for a feeble Genius,

To dare believe a fact that the great Buffon denies.

A just appreciator of Buffon's talents,

I was never seen as his blind admirer.

To embrace the domain of all Nature,

Is an effort so great for human weakness,

That I easily forgive his temerity

For having mixed error with truth.

The Pliny of the French is well worth that of Rome.

But in the end, in my eyes, Buffon is only a great man,

And against his opinion I believe what I see,

And what reason tells me aloud.

The eldest son of Heaven, Saturn loved Philyra:

One day in the transports of amorous delirium,

Impatient to see the Nymph with sweet charms,

This God takes on all the features of a superb steed.

Suddenly he cleaves the waves of the peaceful ocean,

And goes to see Philyra again in her deep grottoes;

Philyra was pregnant. At the sight of a lover,

Whom her eye does not recognize under this disguise,

The Nymph with dread draws back intimidated;

But recalling to her the idea of a cherished monster,

Upon the paternal body, the imagination

Will trace the organization of the fetus,

And Philyra, at nine months, gave birth to a Centaur.

Instructor of the God whom Epidaurus reveres,

Chiron, who cure the diverse ills of humans,

My Muse will trace your benefactions in my verses.

To divine Aesculapius, to chaste Lucina,

Chiron, its inventor, taught Medicine.

Of Hercules and Jason, of Pollux, of Castor,

And of the son of Thetis, Chiron was the Mentor.

Son of Saturn, he had for his celestial inheritance,

A very precious gift, wisdom as his share.

He taught mortals to render a judgment,

To submit honor to the faith of an oath,

To revere the Gods, to render to their image,

On solemn days a shining homage;

Finally, himself placed in the rank of the immortals,

From the bosom of the zodiac he smiles upon mortals.

I know that, profiting from the state of pregnancy,

And abusing the weakness of a miserly husband,

The cries of the sufferer, his sighs, his sobs,

The blood which streamed from his body in great torrents,

Nature and death in their fatal crises,

Disputing over the remains of a living corpse,

Make such an impression on her troubled mind,

That the vivid expression of a heartrending cry,

For her, ceaselessly transformed itself into a thousand echoes.

During the sad days of a dreadful pregnancy,

The executioner, the man broken on the wheel follow her step by step.

At every hour she awaits, she sees her death:

Yet in these days of pain and fear,

She gives birth, and the child bears the horrible imprint

Of the murderous blows with which the executioner's arm

Struck the broken man beneath the fatal bar.

The number of broken bones, in a uniform manner,

Makes the copy entirely conform to the model.

These two facts, attested by the masters of the art,

Are placed among those which are not contested.

This masterpiece of the Heavens, this divine essence,

Does Imagination therefore have some influence

On the being enclosed within the maternal womb?

I believe so, and I make a solemn avowal of it.

I know that it is to pass for a feeble Genius,

To dare believe a fact that the great Buffon denies.

A just appreciator of Buffon's talents,

I was never seen as his blind admirer.

To embrace the domain of all Nature,

Is an effort so great for human weakness,

That I easily forgive his temerity

For having mingled error with truth.

The Pliny of the French is well worth that of Rome.

But ultimately, in my eyes, Buffon is but a great man,

And against his advice I believe what I see,

And what reason tells me aloud.

The eldest son of Heaven, Saturn loved Philyra:

One day in the transports of an amorous delirium,

Impatient to see the Nymph with sweet charms,

This God assumes all the features of a superb steed.

Suddenly he cleaves the waves of the peaceful ocean,

And goes to see Philyra again in her deep grottoes;

Philyra was pregnant. At the sight of a lover,

Whom her eye fails to recognize beneath this disguise,

The Nymph recoils in fright, intimidated;

But tracing for her the idea of a cherished monster,

Upon the paternal body, the imagination

Will model the organization of the fetus,

And Philyra, at nine months, gave birth to a Centaur.

Tutor of the God whom Epidaurus reveres,

Chiron who cures humans of various ills,

My Muse will trace your benefactions in my verses.

To the divine Aesculapius, to the chaste Lucina,

Chiron, its inventor, taught Medicine.

Of Hercules and Jason, of Pollux, of Castor,

And of the son of Thetis, Chiron was the Mentor.

Son of Saturn, he had for a celestial inheritance,

A most precious gift, wisdom as his portion.

He taught mortals to render a judgment,

To submit honor to the faith of an oath,

To revere the Gods, to render to their image,

On solemn days a brilliant homage;

Finally, placed himself in the ranks of the immortals,

From the heart of the zodiac he smiles upon mortals.

I know that, taking advantage of the state of pregnancy,

And abusing the weakness of a miserly husband,

Women, far from putting a brake on their desires,

Give themselves over to the lure of luxury and pleasures.

But the innocent stratagem of a cunning sex,

Does not invalidate the facts, the supports of my system.

I believe that a movement of hatred or of terror,

A sudden fright, a spectacle of horror,

Can harm the fetus in pregnant women;

But I am far from believing in the bizarre imprints,

That the common people attribute to every impression,

That the imagination transmits to the fetus.

I am far from thinking that at the peril of his life,

The husband must yield to the bizarre craving

Of a wife who wishes to give him a hundred slaps,

Or who places her happiness in singing couplets,

While breaking a hundred hard-boiled eggs on his head,

To metamorphose a man into an omelet.

Moreover I know complacent husbands

Who would catch, as they say, the moon with their teeth,

For fear of perhaps one day seeing Diana imprinted

On the forehead of the child with whom their wife is pregnant.

Women, may an error so propitious to your wishes,

For your interest alone pass down to our descendants!

Noble and fecund source of pleasures and of ills,

Whose empire extends far beyond the bounds of the world,

Imagination, soul of the Universe,

What poet will dare to paint you in his verses?

Happy singer of gardens, rival of Virgil,

Noble child of Apollo, my dear master, O Délille!

You alone could form so bold a project,

You alone could worthily treat a subject,

Rich, happy, noble, and vast as your genius.

Your Muse has already paid homage to Polyhymnia,

Of the scenes with which Phoebus must embellish your songs.

I have seen Paris moved by your touching chords,

I have seen, new Orpheus, to the chords of your lyre,

Rocks soften, sharing your delirium.

By your rare talents, dear to the nation,

Fulfill its wishes, paint for us Imagination,

Sovereign of the air, of the earth and the waves,

Multiplying worlds before her at her will;

Paint her giving herself over to her joyful flights.

But paint for us at the same time her dangerous deviations;

Délille, teach us the art of fettering thought

In its wanderings, in its senseless frenzy,

And your name, dear to the arts, dear to humanity,

Will live marked with the seal of immortality.

At the walls of Montpellier, young and still a novice,

My Muse dared to combat a monster she abhors,

Which in its shameful deviations the imagination,

In delirium, brought forth.... masturbation.

This monster is too hideous to paint its portrait,

A horror to itself, the dread of Nature,

Let us leave it to hide in the gloomy cavern,

Sole and mute witness of its numerous fits.

Let us preserve, if possible, hearts still novice,

From the contagion of the most frightful of vices,

By tracing the picture of the fatal effects

That its guilty excesses bring in their wake.

All masturbators have an elongated face,

The tedium, the remorse in which their soul is plunged,

Are painted in their listlessly haggard eyes;

Never does a sweet smile embellish their gaze.

The pallor of death, which fever colors,

Alone betrays outwardly the fire that devours them,

Their heart always prey to new desires,

They are deaf to the voice of games and pleasures;

Love would loose his weapons upon them in vain,

Venus herself would display her charms to their eyes,

Yet they would view these celestial Beauties in cold blood.

Their mind feeds on filthy voluptuousness.

Eternal fuel for the immodest flame,

That impure Onanism kindled in their soul,

And which, extinguishing the torch of their youth,

Plunges them, before their time, into the night of the tomb.

Like those impure hotbeds, vile heaps of filth,

Which retrace for us the vices of masturbators,

They ferment in a corner. Their fermentation,

Physically, is the effect of corruption.

But let us turn our eyes from these somber images,

Which will form the shadows of a more cheerful picture,

To charm our labors Love formed Smiles.

There is none among you, my cherished disciples,

Who has not heard of this new Zoilus,

Whose pen outraged logic and style.

An ungrateful and false pupil who, nourished on poisons,

Distilled them upon me as the price of my lessons.

Démangeon, in a word, this vast and fine genius,

Who celebrated Gall's Craninomanie.

Less sensitive to glory, to honor, than to money,

He was the vile agent of the Symphiseur Alphonse.

Poor Démangeon, one day in my School,

Wanted to play the role of a great prognosticator.

He claimed to be profound in the art of foreseeing everything:

A single instance will let you judge his knowledge.

On Mardi Gras, that day fertile in masquerades,

The mischievous comrades of the learned Démangeon

Wanted to teach this fop a lesson.

Attracted by the bait, he bites the hook.

Here is the fact. One of them, of rather pleasing appearance,

Dresses up with great art as a pregnant woman at term,

And stealthily stretches out in his chaise longue.

Démangeon is summoned. He arrives instantly.

Doctor, I have placed all my trust in you,

Says the masker in *labor*. With impatience,

For two days I have awaited the joy of seeing you.

Your dexterity, your profound knowledge

Ahi... Doctor, excuse me, I suffer martyrdom...

Ahi... I feel something here tearing me apart.

— So much the better, says Démangeon, you are about to give birth.

Allow me. — Oof, Doctor. — Let me examine you.

— At your voice I feel my pain abating;

Ah! my savior! permit me, Doctor, to kiss you.

They wanted to compel me to make another choice,

But listening little to the voice of Fame,

I preferred you, shall I say it? to Sacombe.

Help, dear Doctor, I am dying, I am succumbing;

From the vulva at this instant a foreign body is emerging.

Out of pity, my Doctor, deign to relieve me.

At these words, trembling more than the green foliage

Agitated by a fierce wind, precursor of the storm,

Ignorant of the path to the temple of Lucina,

Démangeon gropingly places his hand at random

Upon the accursed serpent that tempted good Eve,

And whose head then stiffens and rises.

He pales. The feeble accents of his voice

Betrayed in spite of himself the confusion of his senses.

They call out to him in vain. He falls silent, he steps back.

Finally, he says these words which he scarcely articulates:

Madam, excuse me, I will be right back.

And off he goes. Panting with sweat,

He arrives at the dwelling. My master, ah! my dear Master,

He tells me, hurry... Yes, deign to allow me

To implore on my knees your powerful help,

It is to you that your children have recourse in need.

A Lady!... ah! great Gods! what a pitiful state!

A child... what did I say?... it's a frightful monster,

[illegible] delivery! come, do not delay,

If you wish, Sir, to snatch her from death.

— Calm yourself, friend, I am getting ready to follow you,

But explain to me the cause of so much fright;

Calm yourself, regain the use of your voice.

Summoned by a woman nine months pregnant,

Experiencing the sharpest crisis of labor,

In the middle of the night I arrive at her dwelling;

I touch her and I feel, not a human fetus,

Not extremities, be it the foot or the hand,

But a cylindrical body measuring a quarter of a meter,

And as for its volume, indeed, my dear Master,

Not to lie to you, I do not really know how much;

When one is afraid, alas! one does not see so well.

As he was saying these words, we enter the Lady's home:

One would have said, seeing her, that she had given up the ghost.

I approach her bed to feel her pulse,

And in this get-up I recognize Le Doux.

He seizes my hand, presses it, and this language

Has said it all. I then lend myself to the banter;

And with a serious air practicing the *toucher*,

To keep from bursting out, I pretend to blow my nose.

And pulling my docile student aside,

Become by vengeance both a Judas and a Zoilus,

I say to him, Démangeon, for this delivery,

I need the *forceps*, return promptly.

Lightning is no swifter. He flies to my dwelling,

Takes the fatal instrument and brings it straightaway.

Madame, I then say, addressing Le Doux,

I should like to obtain a favor from you;

For the sake of the art, will you deign to permit

That a few young men assist their Master here.

Willingly, says Le Doux, with tearful eye... Nevertheless,

Five or six witnesses, I believe, are quite enough.

And suddenly I bring in, if my memory serves,

Vauvilliers, Pin, Durand, Blak, Duval, and Grégoire.

Deign to put the crowning touch to all your kindnesses,

Madame, I then say. — What, Monsieur? — Permit

Démangeon to operate upon you here uncovered;

Such a delivery can only be successful.

— Ah! my dear Démangeon, it must be you,

For me to outrage Modesty so, says Le Doux.

And suddenly thrusting his covers far aside,

He shows himself unveiled, and just as Nature

Molded him with her hands when his mother made him.

But what! unintentionally, I say what was seen;

One saw Démangeon's extreme incompetence,

And for his vanity he punished himself.

That is enough, Gentlemen, let us enjoy some rest,

And the better to work, let us suspend our labors.