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Historical poem record

CHANT DIXIÈME.

L'ORGUEILLEUSE Junon dans mes vers dédaignée ,

EnglishPROUD Juno, disdained in my verses, Furious and indignant against Lucina and me,

Language
French
Date
19th century
Meter
alexandrine
Editorial status
Source-attested
Text
Source and English

Unit 1 · poem · alexandrine · 543 lines

French

Source text

  1. 1

    L'ORGUEILLEUSE Junon dans mes vers dédaignée ,

  2. 2

    Contre Lucine et moi furieuse , indignée ,

  3. 3

    Jalouse de venger sa gloire et son crédit ,

  4. 4

    Va trouver Jupiter , le caresse et lui dit :

  5. 5

    Maître des Dieux , l'Auteur d'un Poëme à Lucine ,

  6. 6

    Que protège Apollon , Dieu de la Médecine ,

  7. 7

    Insultant à ma gloire , au séjour des mortels ,

  8. 8

    A profané mon culte et brisé mes autels.

  9. 9

    Son audace attentant à votre auguste épouse ,

  10. 10

    M'a dépeint dans ses vers orgueilleuse et jalouse ,

  11. 11

    Moi , qui jusqu'à Pâris , abaissant ma fierté ,

  12. 12

    N'enviais à Vénus le prix de la Beauté ,

  13. 13

    Que pour en faire hommage à l'époux que j'adore ,

  14. 14

    Dont le choix glorieux et me flatte et m'honore ;

  15. 15

    Moi , dont l'ambition , n'eut pour but en tout temps ,

  16. 16

    Que d'enchaîner l'ardeur de ses vœux inconstans ;

  17. 17

    Moi , dont le cœur toujours ouvert à l'indulgence ,

  18. 18

    Étouffa par amour , la voix de la vengeance ,

  19. 19

    Qui le sait mieux que vous ? La fille de Daunus ,

  20. 20

    Aimable et tendre sœur du malheureux Turnus ,

  21. 21

    Juturne avait souillé ma couche nuptiale ;

  22. 22

    Loin de persécuter ma coupable rivale ,

  23. 23

    Oubliant d'un époux l'Amour injurieux ,

  24. 24

    De mon lit profané , je l'admis dans les Cieux.

  25. 25

    De qui donc un Poète impie et sacrilège ,

  26. 26

    De me calomnier tient-il le privilége ?

  27. 27

    De notre fils Vulcain, assis au rang des Dieux,

  28. 28

    Il a fait dans ses chants un portrait odieux.

  29. 29

    Mon fils né d'une fleur, Mars, le Dieu de la guerre,

  30. 30

    N'est à ses yeux qu'un monstre en horreur à la Terre.

  31. 31

    A venger mon honneur le vôtre intéressé,

  32. 32

    De servir mon courroux est sans doute empressé ?

  33. 33

    Mais, je ne veux devoir qu'à votre amour extrême,

  34. 34

    Qui balance à mes yeux l'Autorité suprême,

  35. 35

    Cet acte de rigueur que j'implore aujourd'hui,

  36. 36

    D'un époux adoré, mon Maître et mon appui.

  37. 37

    Jupiter lui répond : le Maître du tonnerre,

  38. 38

    Révéré dans l'Olympe, aux Enfers, sur la Terre,

  39. 39

    Pour l'honneur de son nom, gardez-vous d'en douter,

  40. 40

    Des Dieux et des mortels n'a rien à redouter.

  41. 41

    On peut, sans m'outrager, dire à ma chaste épouse,

  42. 42

    Qu'elle est vindicative, orgueilleuse et jalouse.

  43. 43

    Vous avez protégé la fille de Daunus,

  44. 44

    Pour perdre les Troyens et le fils de Vénus.

  45. 45

    Oui, par vous Juturne, aurait été punie,

  46. 46

    Sans l'espoir de sauver son frère et Lavinie.

  47. 47

    N'est-ce pas à l'excès d'une brutale ardeur,

  48. 48

    Que je dois de Vulcain imputer la laideur !

  49. 49

    Mon fils chassé du Ciel et privé d'ambroisie,

  50. 50

    Est le fruit malheureux de votre jalousie.

  51. 51

    On peut donc, sans blesser ma gloire et mon honneur,

  52. 52

    Chanter que mon épouse a mis tout son bonheur,

  53. 53

    A livrer aux transports de sa rage inhumaine,

  54. 54

    Ino, Latone, Io, Tyrésias, Alcmène,

  55. 55

    Alcmène, dont le fils, par ses douze travaux,

  56. 56

    Mérita ses faveurs, et seul de mes rivaux,

  57. 57

    Fut admis à l'honneur de partager ma couche,

  58. 58

    En domptant, en héros, une vertu farouche.

  59. 59

    Il fallait un Hercule à la Reine des Cieux.....

  60. 60

    Cependant ce Poète impie, audacieux,

  61. 61

    Que déjà votre bras aurait réduit en poudre,

  62. 62

    Si, docile à vos vœux, j'eusse allumé la foudre,

  63. 63

    Par respect pour les Dieux, feint d'ignorer l'affront,

  64. 64

    Dont ma perfide épouse a fait rougir mon front,

  65. 65

    Et sa Muse discrète a fait croire à la Terre,

  66. 66

    Qu'une fleur a produit Mars, le Dieu de la guerre.

  67. 67

    Une fleur féconda ma pudique moitié,

  68. 68

    Ah ! si je n'écoutais un reste de pitié,

  69. 69

    Si je n'avais admis au sein de ma famille,

  70. 70

    Au rang des Dieux, Alcide, en lui donnant ma fille ;

  71. 71

    Si je n'aimais d'Hébé le digne et noble époux,

  72. 72

    Je vous ferais sentir le poids de mon courroux ;

  73. 73

    Mais sortez de l'Olympe, allez aux champs d'Olène

  74. 74

    Retrouver, de ma part, l'officieux Silène.

  75. 75

    Ce vieux Satyre un jour, par l'Amour aveuglé,

  76. 76

    Se vengera sur vous des malices d'Églé.

  77. 77

    A ces mots, d'un regard que Jupiter lui lance,

  78. 78

    Junon baisse les yeux et s'éloigne en silence.

  79. 79

    Quand par hasard, Thémis, le nouveau Code en main,

  80. 80

    Seul bienfait d'un Tyran, la rencontre en chemin.

  81. 81

    A son aimable aspect, Junon reprend courage,

  82. 82

    Et contre son époux fait éclater sa rage,

  83. 83

    En jurant par le Styx de punir un Auteur,

  84. 84

    Dont le Maître des Dieux s'est dit le protecteur.

  85. 85

    Thémis depuis long-temps de la France exilée,

  86. 86

    Au trône du Destin venait d'être appelée,

  87. 87

    Pour recevoir de lui ce Code précieux,

  88. 88

    Révéré sur la Terre et scellé dans les Cieux.

  89. 89

    De Junon furieuse, accompagnant les traces,

  90. 90

    Déplorant son malheur, sensible à ses disgraces,

  91. 91

    Offrant à sa vengeance un utile secours,

  92. 92

    A la Reine des Dieux, Thémis tint ce discours.

  93. 93

    La France a ressaisi le Pouvoir Monarchique,

  94. 94

    Mais se ressent encor de l'état anarchique,

  95. 95

    Règne affreux et sanglant des plus vils scélérats.

  96. 96

    Sans temples, sans autels, sans lois, sans magistrats,

  97. 97

    La Justice, ou plutôt son image factice,

  98. 98

    Qui règne en mon absence et tient lieu de justice,

  99. 99

    Est la Chicane, offrant ses vénales faveurs,

  100. 100

    Aux plus riches cliens, derniers enchérisseurs.

  101. 101

    Cette fille d'Enfer a choisi pour Ministres,

  102. 102

    Ces Vampires d'État, à figures sinistres,

  103. 103

    Que sous les Rois de France on nommait Procureurs,

  104. 104

    Mot synonime alors de brigands, de voleurs.

  105. 105

    Avant que je descende aux rives de la Seine,

  106. 106

    Livrez à cette horde ignare, avide, obscène,

  107. 107

    De vos secrets ennuis le téméraire Auteur,

  108. 108

    Et faites le punir en Calomniateur,

  109. 109

    Dans ce Palais Marchand où la Chicane exerce

  110. 110

    Un brigandage affreux, un infame commerce ;

  111. 111

    Sur tous ses vils suppôts, enfin, faites pleuvoir

  112. 112

    L'or, métal plus puissant sur eux que le devoir.

  113. 113

    Je rougis d'un conseil qui vous surprend sans doute,

  114. 114

    De ma part. Mais, enfin, je veux, quoi qu'il en coûte,

  115. 115

    Employer la Chicane, instrument odieux,

  116. 116

    A témoigner mon zèle à la Reine des Dieux.

  117. 117

    Thémis dit : et Junon dans son char élancée,

  118. 118

    Plus prompte que l'éclair, la foudre et la pensée,

  119. 119

    Au palais de Justice arrive avant le jour.

  120. 120

    L'antre de la Chicane est dans ce noir séjour.

  121. 121

    Ce monstre affreux cuvait le vin qu'il but la veille.

  122. 122

    La Chicane s'endort, mais la Justice veille,

  123. 123

    Nuit et jour, attentive au bonheur des humains.

  124. 124

    Junon frappe et l'on ouvre. Aux doigts de ses deux mains

  125. 125

    Brillaient huit diamans d'un prix inestimable.

  126. 126

    La Chicane paraît. Que vous êtes aimable !

  127. 127

    Lui dit en l'embrassant, l'humble Reine des Cieux.

  128. 128

    Recevez, ô Thémis ! ces anneaux précieux,

  129. 129

    Pour votre complaisance à dévancer l'Aurore,

  130. 130

    Sans moi, votre Grandeur reposerait encore.

  131. 131

    Mais daignez pardonner mon juste empressement

  132. 132

    Au besoin d'assouvir un vif ressentiment.

  133. 133

    Et soudain, en deux mots, elle expose l'affaire.

  134. 134

    Au gré de vos souhaits, je puis vous satisfaire,

  135. 135

    Et seconder en tout votre animosité,

  136. 136

    Dit le monstre, admirant sa générosité.

  137. 137

    Déjà dans nos filets nous tenons notre proie,

  138. 138

    Et tout notre arsenal contre lui se déploie.

  139. 139

    Les Dogues du Palais, à ma voix animés,

  140. 140

    L'Avoué Baudelocque et ses Clercs affamés,

  141. 141

    D'abord au Criminel vont pour chasser notre homme:

  142. 142

    Puis l'Aboyeur, voisin de la place Vendôme,

  143. 143

    Au tribunal civil viendra le relancer,

  144. 144

    S'il échappe au Jury qui paraît balancer.

  145. 145

    Le Dogue des enfers, l'effroyable Cerbère,

  146. 146

    N'est qu'un mouton au prix de ce Chien en colère;

  147. 147

    Sa gueule est un volcan, dont les éruptions,

  148. 148

    Flétriraient des vertus les nobles actions;

  149. 149

    De l'Auster Africain la dévorante haleine,

  150. 150

    Dessèche moins les fruits, les moissons dans la plaine.

  151. 151

    C'est l'Aigle du Barreau pour la rapacité,

  152. 152

    Le vol audacieux et la férocité.

  153. 153

    Du fameux Tullius la rapide éloquence,

  154. 154

    Serait même en défaut devant son arrogance;

  155. 155

    L'Auteur de la Lucine est seul et sans appui,

  156. 156

    Car la Vérité seule est en effet pour lui.

  157. 157

    Mais que peut, de nos jours, cette fille ingénue,

  158. 158

    Si malheureuse, hélas ! qu'on l'a dit toute nue.

  159. 159

    Jadis, elle était chère aux fameux Avocats.

  160. 160

    Patru, Cochin, le Maire adoraient ses appâts,

  161. 161

    D'Aguesseau, le Normand et Seguier, ses oracles,

  162. 162

    Guidés par la Justice, opéraient des miracles,

  163. 163

    Et jamais, nous dit-on, au Temple de Thémis,

  164. 164

    Le sordide Intérêt par eux ne fut admis.

  165. 165

    Ces beaux jours ne sont plus. Dans le siècle où nous sommes

  166. 166

    L'or est Dieu des humains, et les juges sont hommes.

  167. 167

    Le glaive et la balance, antiques attributs,

  168. 168

    Sont pour couper la bourse et peser les écus.

  169. 169

    Du reste, en brillans fins, j'ai quelque connaissance,

  170. 170

    Et vous pouvez compter sur ma reconnaissance.

  171. 171

    Déesse, dit Junon, que je vous donne encor,

  172. 172

    Pour prix de tant de soins, avec son urne d'or,

  173. 173

    De la Divine Hébé la coupe enchanteresse ;

  174. 174

    Le nectar qu'on y boit donne une douce ivresse,

  175. 175

    Et telle est sur les sens, son magique pouvoir,

  176. 176

    Qu'elle conduit tout Juge à l'oubli du devoir.

  177. 177

    La Vérité, Madame, est peinte en ce symbole :

  178. 178

    On endort la Justice avec l'eau du Pactole ;

  179. 179

    Et ce doux narcotique est plus puissant encor,

  180. 180

    Quand la Beauté l'épanche en une coupe d'or.

  181. 181

    Vos yeux et vos bijoux à la Justice même,

  182. 182

    Ont déjà fait sentir leur ascendant suprême.

  183. 183

    Il me reste un avis, Madame, à vous donner ;

  184. 184

    Le Jury doit demain absoudre ou condamner

  185. 185

    L'Auteur de la Lucine. Allez, volez, sur l'heure,

  186. 186

    Auprès du Directeur dont voici la demeure ;

  187. 187

    Je vais par un écrit , vous en frayer l'accès ,

  188. 188

    De l'or surtout , de l'or , je réponds du succès.

  189. 189

    Le Messager des Dieux , le Dieu de l'Eloquence ,

  190. 190

    Avait suivi Junon , pour servir sa vengeance ;

  191. 191

    Ce fils de Jupiter est le Dieu des voleurs ,

  192. 192

    Et nul ne connaît mieux les tours des Procureurs.

  193. 193

    Reine des Dieux , dit-il, Junon , laissez-moi faire ,

  194. 194

    Je veux seul me charger du soin de cette affaire :

  195. 195

    Comptez sur moi. Soudain l'heureux fils de Maïa ,

  196. 196

    Court chez le Directeur Dubois , et déploya

  197. 197

    D'un discours éloquent la magique ressource ,

  198. 198

    Dont la péroraison fut une énorme bourse.

  199. 199

    Le Magistrat répond : vous parlez comme un Dieu ;

  200. 200

    Mais d'un si beau discours , ce n'était pas le lieu.

  201. 201

    Car de quoi s'agit-il ? D'un fait de calomnie.

  202. 202

    L'Accusateur l'affirme , et l'Accusé le nie ;

  203. 203

    Cependant des témoins , qu'on ne peut récuser ,

  204. 204

    Contre l'Accusateur viennent de déposer.

  205. 205

    L'accusé , disent-ils , en tout est véridique ,

  206. 206

    Et j'ai des faits en main la preuve juridique.

  207. 207

    Baudelocque a commis le plus noir attentat

  208. 208

    Contre l'humanité , la Science et l'Etat.

  209. 209

    Si même en ce moment l'époux de sa victime ,

  210. 210

    Rédigeait une plainte , à mon sens légitime ,

  211. 211

    La loi dont Baudolocque invoque ici l'appui ,

  212. 212

    Au nom du bien public retomberait sur lui.

  213. 213

    Pour juger cette cause il faut peu de science ,

  214. 214

    Et je prononcerai, d'ailleurs , en conscience.

  215. 215

    Mais reprenez cet or , vous vous êtes mépris ,

  216. 216

    L'or, pour moi , fut toujours un objet de mépris ;

  217. 217

    Ce métal éblouit, mais souvent il éclaire ,

  218. 218

    Et le vôtre a produit cet effet salutaire.

  219. 219

    Il prouve évidemment, plus que votre oraison,

  220. 220

    Que Baudelocque a tort, que Sacombe a raison.

  221. 221

    Pardonnez, dit Mercure, en reprenant la somme,

  222. 222

    J'ignorais que la France eût un Juge honnête homme.

  223. 223

    *C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes adieux.*

  224. 224

    Il dit : et sur-le-champ le Messager des Dieux

  225. 225

    Va retrouver Junon. Mais déjà la Chicane

  226. 226

    Interjetait appel, et sa horde profane,

  227. 227

    Sur des mots, au civil, m'intentait un procès.

  228. 228

    Ne vous rebutez point de ce mauvais succès,

  229. 229

    Dit alors la Chicane à l'auguste Immortelle,

  230. 230

    Qu'elle était loin de croire et de soupçonner telle ;

  231. 231

    Je vais citer sur l'heure au tribunal civil,

  232. 232

    Cet auteur effronté, ce Poète incivil,

  233. 233

    Qui traite d'assassin un Docteur de Saint-Côme,

  234. 234

    Pour avoir fait d'un rustre un petit gentil homme ?

  235. 235

    La Lucine française a-t-elle donc le droit

  236. 236

    De venir aux Auteurs insulter de sang froid ?

  237. 237

    De critiquer les gens, soit en vers, soit en prose ?

  238. 238

    De venger le beau sexe, en défendant sa cause ?

  239. 239

    De semer en tous lieux le doute et la terreur ?

  240. 240

    D'aimer la Vérité, quand l'homme aime l'Erreur ?

  241. 241

    Ah ! son Auteur fut-il au sommet du Parnasse,

  242. 242

    J'irais l'en arracher pour punir son audace.

  243. 243

    Je suis intéressée à venger votre affront.

  244. 244

    S'il restait impuni, un autre aurait le front

  245. 245

    De braver la Justice et d'oser en médire ;

  246. 246

    Un autre plus hardi ne craindrait pas de dire,

  247. 247

    Que chaque nuit en tocque, en simarre, en collet,

  248. 248

    Je tiens lit de Justice, au lit de Nicolet.

  249. 249

    Ici bas, il est vrai, tout homme a sa faiblesse,

  250. 250

    Qu'il a soin de voiler. Mais la vérité blesse.

  251. 251

    Il faut un grand exemple, et je vais rédiger

  252. 252

    L'arrêt que vos bontés sont en droit d'exiger.

  253. 253

    Rendez-vous, cependant, tous vos juges propices ;

  254. 254

    Voyez-les, et sur-tout songez à leurs épices.

  255. 255

    A vos dons généreux, à vos divins appas,

  256. 256

    Mes fidèles sujets ne résisteront pas.

  257. 257

    La Chicane a dit vrai. Mais laissons à l'histoire

  258. 258

    Le soin de retracer la honteuse victoire

  259. 259

    Que remporta sur moi l'accoucheur de Tardieu,

  260. 260

    Grace à l'or corrupteur, son Génie et son Dieu.

  261. 261

    Quel bruit s'est fait entendre ? on crie, on vole aux armes.

  262. 262

    Quel Démon dans Paris a semé tant d'alarmes ?

  263. 263

    Des Arts, des Jeux, des Ris, délicieux séjour,

  264. 264

    L'Aurore a ramené pour toi le dernier jour,

  265. 265

    Trop coupable Cité ?..... Pour toi plus d'indulgence.

  266. 266

    Le Ciel a trop long-temps différé sa vengeance.

  267. 267

    Vengez-vous, juste Ciel, mais du moins vengez-nous

  268. 268

    D'un Tyran oppresseur. Les Français à genoux,

  269. 269

    Lassés de ses forfaits, vous livrent le coupable,

  270. 270

    Dont le joug odieux sous son poids les accable.

  271. 271

    FRÉDÉRIC, ALEXANDRE, augustes Alliés,

  272. 272

    Venez briser les fers dont nos bras sont liés.

  273. 273

    Un Corse ambitieux, d'une audace profonde,

  274. 274

    A régné trop long-temps, pour le malheur du Monde.

  275. 275

    Élevé par le crime

  276. 276

    au rang des Empereurs,

  277. 277

    Son règne d'un moment fut un siècle d'horreurs.

  278. 278

    Depuis le jour fatal

  279. 279

    où son bras parricide,

  280. 280

    Enfonça dans nos cœurs le poignard homicide,

  281. 281

    Jour de deuil qui devait nous le rendre odieux,

  282. 282

    Ce monstre, à chaque instant, devint plus furieux.

  283. 283

    Que de maux il a fait à ma triste Patrie !

  284. 284

    Il vous a bien punis de votre idolâtrie,

  285. 285

    Vous, Français énivrés de ses sanglans exploits ?

  286. 286

    Ce vil Usurpateur du sceptre de nos Rois,

  287. 287

    Vous promit le bonheur !.... Il combla vos misères.

  288. 288

    Il a fait massacrer vos enfans et vos frères.

  289. 289

    Le cruel a changé l'Empire le plus beau,

  290. 290

    En un champ de carnage, en un vaste tombeau.

  291. 291

    Nos hameaux désolés, nos campagnes désertes,

  292. 292

    Attesteront long-temps ses crimes et nos pertes.

  293. 293

    Sa rage immolant tout à son barbare orgueil,

  294. 294

    A mis la France en pleurs, et la Nature en deuil.

  295. 295

    O Reine des Cités, qu'abusait sa jactance !

  296. 296

    Toi, dont l'aveuglement fit toute sa puissance,

  297. 297

    Ouvre les yeux, enfin, et punis ses forfaits ;

  298. 298

    Le Monde attend de toi le repos et la Paix.

  299. 299

    Il ne saurait jouir de ce bonheur extrême,

  300. 300

    Tant que ton oppresseur aura le diadême.

  301. 301

    Ose te déclarer contre ton assassin,

  302. 302

    L'éternel ennemi de tout le genre humain.

  303. 303

    Rappelle dans tes murs ton Prince légitime,

  304. 304

    C'est à toi qui l'ouvris de refermer l'abîme.

  305. 305

    De mettre, enfin, un terme à de trop longs malheurs,

  306. 306

    Et de tarir ainsi la source de nos pleurs.

  307. 307

    De la France, à ces mots, soudain la fille aînée,

  308. 308

    De morts et de mourans, Lutèce environnée,

  309. 309

    Vole au camp d'ALEXANDRE et lui tient ce discours,

  310. 310

    Dont souvent ses sanglots interrompent le cours.

  311. 311

    Digne héritier des Czars ! ô Prince magnanime !

  312. 312

    Si l'amour de la Gloire en ce jour vous anime,

  313. 313

    Du cœur de mes enfans, généreux conquérant,

  314. 314

    Venez les délivrer d'un odieux Tyran,

  315. 315

    Qui, bourreau des Français, aux camps de Moscovie,

  316. 316

    Au prix de tout leur sang pense acheter sa vie.

  317. 317

    Trop lâche pour mourir les armes à la main,

  318. 318

    Quand du trépas, l'Honneur lui montrait le chemin.

  319. 319

    Qu'il vive assez pour voir son nom et sa mémoire,

  320. 320

    En horreur aux Français, dont il souilla la gloire.

  321. 321

    Qu'il vive, et que son cœur pétri d'ambition,

  322. 322

    Brûle en vain de la soif de cette passion.

  323. 323

    Qu'il vive assez pour voir la fin de nos alarmes,

  324. 324

    Pour voir tarir, enfin, la source de nos larmes ;

  325. 325

    Pour voir sous les BOURBONS, tous les Français heureux ;

  326. 326

    Quel supplice pour lui peut être plus affreux.

  327. 327

    Cependant, de nos Rois la fille infortunée,

  328. 328

    A l'exil, aux ennuis, aux larmes condamnée,

  329. 329

    Levait sans cesse au Ciel ses innocentes mains.

  330. 330

    Arbitre souverain des Rois et des humains,

  331. 331

    Qui donnes à ton gré, les sceptres, les couronnes,

  332. 332

    Qui frappes à la fois les peuples et les trônes,

  333. 333

    Après tant de malheurs, pardonne au repentir,

  334. 334

    Sois touché de mes pleurs et cesse de punir.

  335. 335

    Des Français égarés, pour expier les crimes,

  336. 336

    Tu laissas immoler d'innocentes victimes.

  337. 337

    On fit périr un Roi, mon père et mon appui.

  338. 338

    Ma mère à l'échafaud fut conduite après lui.

  339. 339

    Aux larmes, à l'exil on condamna sa fille,

  340. 340

    Seul reste infortuné d'une auguste famille.

  341. 341

    Au prix de tout mon sang rends les Français heureux.

  342. 342

    Tu divisas les flots pour sauver les Hébreux,

  343. 343

    Tu tiras Israël des mains de l'infidèle,

  344. 344

    Et ton bras engloutit le Pharaon rebelle ;

  345. 345

    Du trône de David chasse l'Usurpateur,

  346. 346

    Des malheurs d'un grand peuple, épouvantable auteur.

  347. 347

    LOUIS-LE-BIENHEUREUX, du haut de l'Empirée,

  348. 348

    Entend le noble vœu de sa fille éplorée,

  349. 349

    Et porte, à l'instant même, aux pieds de l'Éternel,

  350. 350

    Cet élan vertueux, cet accent solennel,

  351. 351

    Qui du Ciel irrité calma seul la colère.

  352. 352

    Dieu place auprès des Rois son Ange tutélaire ;

  353. 353

    Du Tyran destructeur il fascine les yeux,

  354. 354

    Et le livre aux conseils les plus fallacieux.

  355. 355

    L'Univers est sauvé. Lutèce est conservée.

  356. 356

    *L'Humanité triomphe et sa cause est gagnée*,

  357. 357

    Dit au Roi FRÉDÉRIC, ALEXANDRE-LE-GRAND.

  358. 358

    Des larmes de leurs yeux coulaient en s'embrassant.

  359. 359

    Entrez, nobles Héros, enfans de la Victoire,

  360. 360

    Que précède la Paix, qu'accompagne la Gloire ;

  361. 361

    Volez, Parisiens. A vos libérateurs,

  362. 362

    Offrez tous en tribut l'hommage de vos cœurs.

  363. 363

    Les voici dans vos murs, ces hordes de sauvages,

  364. 364

    Que devaient signaler les meurtres, les ravages.

  365. 365

    Féroces comme l'ours vomi des mers du Nord,

  366. 366

    Ils devaient de la Seine ensanglanter le bord,

  367. 367

    Incendier Paris et raser ses murailles,

  368. 368

    A la France égorgée arracher les entrailles.

  369. 369

    Leurs chefs foulant aux pieds les monumens des Arts,

  370. 370

    Venaient porter le fer, le feu dans nos remparts.

  371. 371

    Lâche imposteur, tu fuis devant l'artillerie,

  372. 372

    Devant les escadrons de leur Cavalerie,

  373. 373

    Et dans Fontainebleau ceint par les Alliés,

  374. 374

    Tes Aigles abattus vont être humiliés.

  375. 375

    Le Tyran est tombé. La France est triomphante,

  376. 376

    Et se livre à l'espoir que cette chute enfante.

  377. 377

    Cependant, quels concerts font retentir ces bords?

  378. 378

    O jour de l'alégresse ! ô bonheur, ô transports !

  379. 379

    Après vingt ans, quel cri vient de se faire entendre!

  380. 380

    Est-il vrai qu'à nos vœux, enfin, on va vous rendre,

  381. 381

    Petit-fils d'HENRI-QUATRE ? ô Louis ! ô mon Roi !

  382. 382

    Les Français pourront donc vous nommer sans effroi ?

  383. 383

    Vivent les ALLIÉS, FRÉDÉRIC, ALEXANDRE,

  384. 384

    Vive FRANÇOIS Second, qui rougit d'un tel Gendre.

  385. 385

    Le Sénat a déchu le Corse usurpateur,

  386. 386

    De la France aux abois, affreux dévastateur.

  387. 387

    *Il a*, dit le Décret, *causé notre ruine*,

  388. 388

    *Porté dans tous les rangs, la Mort et la Famine;*

  389. 389

    *Laissé sans nul secours les malheureux blessés,*

  390. 390

    *Ensevelis vivans, sous la neige glacés.*

  391. 391

    Et vous n'immolez point aux Manes des victimes,

  392. 392

    Un Monstre, dont la vie est un tissu de crimes?

  393. 393

    Quand l'Univers le voue à l'exécration,

  394. 394

    Que sert de recevoir son abdication?

  395. 395

    Ce n'est pas tout, au sein d'une terre étrangère,

  396. 396

    Des maux qu'il nous a faits, il reçoit le salaire,

  397. 397

    Et vous le gorgez d'or, au lieu de le punir?

  398. 398

    Lâche autant que barbare, il n'a pas su mourir.

  399. 399

    Tant qu'il vivra, Français, soyez dans les alarmes,

  400. 400

    En songeant qu'il ne vit que de sang et de larmes.

  401. 401

    Mais, déjà le Tyran a fui loin de nos bords,

  402. 402

    Puisse-t-il ne jamais descendre dans nos ports !

  403. 403

    De Louis, trop long-temps, le retour se diffère;

  404. 404

    Ah! loin de ses enfans qui donc retient un père?....

  405. 405

    Il franchit l'Océan sur les cœurs des Français;

  406. 406

    Les Bourbons à nos vœux sont rendus à jamais.

  407. 407

    Au-devant de leurs pas je vois un peuple immense,

  408. 408

    Qui dépose à leurs pieds l'hommage de la France.

  409. 409

    Et Calais, la première, est l'heureuse Cité,

  410. 410

    Qui leur peint les transports de sa félicité.

  411. 411

    Il est des sentimens qu'on ne saurait décrire.

  412. 412

    Au retour de son Roi, le Français en délire,

  413. 413

    Dans l'excès du plaisir ne saurait s'exprimer,

  414. 414

    Ivre d'un saint transport, il ne sait plus qu'aimer.

  415. 415

    Heureux Parisiens ! cessez de vous abattre,

  416. 416

    La fille de Louis, les neveux d'HENRI-QUATRE,

  417. 417

    Sont entrés dans vos murs. Hâtez-vous d'accourir ;

  418. 418

    Que l'amour sur vos fronts se mêle au repentir.

  419. 419

    Consolez, s'il se peut, votre auguste Princesse,

  420. 420

    L'aspect d'un peuple heureux calmera sa tristesse ;

  421. 421

    Vos respects, vos transports prévenant vos désirs,

  422. 422

    Lui permettront un jour de s'ouvrir aux plaisirs.

  423. 423

    De notre Roi chéri, c'est la tendre Antigone.

  424. 424

    Sa noble Piété, son double droit au trône,

  425. 425

    Son amour filial, et surtout ses malheurs,

  426. 426

    Français reconnaissans, que de droits sur vos cœurs !

  427. 427

    Du Midi, son époux a conquis les Provinces,

  428. 428

    Et Toulouse est soumise au parti de nos Princes.

  429. 429

    Des chefs et des soldats il a reçu la foi.

  430. 430

    Bordeaux fait éclater son amour pour son Roi.

  431. 431

    Venez revoir ces lieux si chers à votre enfance,

  432. 432

    Et dont votre valeur enviait la défense,

  433. 433

    Aimable Chevalier, noble fils de nos Rois,

  434. 434

    Au péril de nos jours nous défendrons vos droits.

  435. 435

    MONSIEUR reparaît tel qu'il fut dans sa jeunesse,

  436. 436

    La bonté dans ses traits se mêle à la noblesse ;

  437. 437

    Le beau sexe l'admire et voit encore en lui,

  438. 438

    Son aimable vainqueur et son plus cher appui.

  439. 439

    La Paix, sous les BOURBONS consolera la Terre,

  440. 440

    Mais, si les factieux voulaient encor la guerre,

  441. 441

    La Victoire à leur camp volerait à ce cri :

  442. 442

    *Vivent l'Honneur, d'ARTOIS, d'ANGOULÈME et BERRI.*

  443. 443

    Déjà depuis dix mois et la France et le Monde,

  444. 444

    Goûtaient, sous les BOURBONS, la Paix la plus profonde,

  445. 445

    Quand le Corse échappé des hauteurs de Saint-Cloud,

  446. 446

    Des déserts de l'Égypte et des murs de Moscow,

  447. 447

    Infidèle au traité qui lui sauva la vie,

  448. 448

    Que le héros dédaigne et que le lâche envie,

  449. 449

    S'échappe de son Isle en dépit des Anglais,

  450. 450

    Et mouille nuitamment au rivage Français.

  451. 451

    Chef d'esclaves séduits qu'il nourrit d'espérance,

  452. 452

    De Cannes à Paris, il traverse la France ;

  453. 453

    La Terreur le précède et la Honte le suit.

  454. 454

    La Paix, à son aspect, avec Louis s'enfuit.

  455. 455

    Le Lys majestueux se penche vers la Terre,

  456. 456

    Et l'Aigle annonce au loin la Discorde et la Guerre.

  457. 457

    Mais cet oiseau de proie, au vol ambitieux,

  458. 458

    Est tombé de si haut, en planant sous les Cieux,

  459. 459

    Que sa chute est mortelle, et l'éclat de la foudre,

  460. 460

    Qu'il lançait à son gré, va le réduire en poudre.

  461. 461

    Déjà les Alliés s'avancent à grands pas,

  462. 462

    Et l'Europe a sonné l'heure de ton trépas,

  463. 463

    Corse odieux.... Eh quoi ! tu ris de sa menace ?

  464. 464

    Loin de t'humilier, elle accroît ton audace ?.....

  465. 465

    Louis Seize innocent trouva trois cents Bourreaux,

  466. 466

    Et la France n'eût pas un seul homme, un héros,

  467. 467

    Pour frapper son Tyran, pour alléger la Terre

  468. 468

    Du fardeau de ce Monstre en proie à l'Angleterre,

  469. 469

    Qui l'enlève à mes yeux, sur son Bellérophon....

  470. 470

    Sans être en ce moment politique profond,

  471. 471

    Français, voici le sort que le Ciel vous destine :

  472. 472

    L'esclavage est le fruit de la guerre intestine.

  473. 473

    Désunis , tôt ou tard nous serons partagés.

  474. 474

    Réunis aux BOURBONS, nous serons bien vengés ;

  475. 475

    Mais de notre bonheur la Paix seule est le gage.

  476. 476

    Cependant , savez-vous qui vous tient ce langage ,

  477. 477

    Chers Nîmois ! C'est Sacombe, un des mille proscrits ,

  478. 478

    Qui naguère fuyait les remparts de Paris.

  479. 479

    Dans Saint-Gilles ( du Gard ) jeté par la tempête,

  480. 480

    Il crut à son Tyran avoir soustrait sa tête ,

  481. 481

    Quand à ses vils agens son nom devient suspect,

  482. 482

    Et pour ses cheveux blancs , sans égard, sans respect ,

  483. 483

    Fabrègues , et Guinard ; l'hypocrite Beaulieu ,

  484. 484

    Vrai Janus à deux fronts ; le traître Mérieu ,

  485. 485

    Bonapartiste alors , et couché sur la liste

  486. 486

    Des ennemis du Roi ; aujourd'hui Royaliste

  487. 487

    A trente six carats ; adroit Caméléon,

  488. 488

    Criant vive Louis , vive Napoléon ,

  489. 489

    Le livrent à Gilly , qui force son asile ,

  490. 490

    Contre toutes les lois. On l'arrête à saint-Gilles ,

  491. 491

    On lui fait endurer des tourmens inouis,

  492. 492

    Comme Conspirateur

  493. 493

    , comme agent de Louis.

  494. 494

    Deux cents bourreaux, effroi des Princes légitimes,

  495. 495

    Deux cents soldats urbains, engraissés de victimes,

  496. 496

    Malgré les saint-Gillois, Royalistes, humains,

  497. 497

    Vers l'antique Cité jadis chère aux Romains,

  498. 498

    L'entraînent sans pudeur, et le chargent de chaînes,

  499. 499

    Au fond d'un noir cachot creusé sous les Arènes,

  500. 500

    Repaire abominable, inaccessible au jour,

  501. 501

    Des Tygres, des Lions insalubre séjour

  502. 502

    .

  503. 503

    Cependant accourez, versez des pleurs de joie,

  504. 504

    Mères, à la douleur ne soyez plus en proie,

  505. 505

    Nos malheurs sont finis. Vos neveux, vos enfans,

  506. 506

    Avec les Alliés, sont rentrés triomphans.

  507. 507

    Et moi, des bons Français partageant le délire,

  508. 508

    Au Temple de la Paix j'ai suspendu ma Lyre ;

  509. 509

    Mes doigts voudraient en vain en tirer d'autres sons,

  510. 510

    Après avoir chanté le retour des BOURBONS.

  511. 511

    J'ai payé mon tribut à la littérature,

  512. 512

    Rendu ses droits au sexe et vengé la Nature ;

  513. 513

    MUSE, c'en est assez. Vole au sein de tes sœurs,

  514. 514

    D'un paisible repos savourer les douceurs.

  515. 515

    Accepte mon hommage et ma reconnaissance,

  516. 516

    Je n'impute qu'à moi l'esprit d'effervescence,

  517. 517

    Que le Temps, la Raison ont blâmé dans mes Chants.

  518. 518

    Laisse-moi seul répondre aux discours des méchans.

  519. 519

    D'être républicain, un peu tard on m'accuse.

  520. 520

    Je le fus à trente ans et voici mon excuse :

  521. 521

    J'aime la Liberté, je l'aimerai toujours.

  522. 522

    Sans elle, à mon avis, il n'est point d'heureux jours.

  523. 523

    Mais ne confondons point la Liberté permise,

  524. 524

    La Liberté sacrée, aux seules lois soumise,

  525. 525

    Avec cette licence, indomptable et sans frein,

  526. 526

    Qui ne veut, qui n'admet ni loi, ni Souverain ;

  527. 527

    Le pire des États est l'Etat Anarchique.

  528. 528

    Mais après lui, le pire est l'Etat Despotique,

  529. 529

    Où les Riches, les Grands sont au-dessus des lois,

  530. 530

    Où l'or tient lieu d'honneur, de vertus chez les Rois,

  531. 531

    Où sous un Roi pieux, un Prêtre fanatique

  532. 532

    Vient me prendre au collet, me dit d'un ton caustique :

  533. 533

    Sache qu'Hors de l'église il n'est point de salut ;

  534. 534

    Que mon culte est le seul dont le Ciel soit le but.

  535. 535

    En voyant expirer la Liberté publique,

  536. 536

    Jeune encor, je criais : *vive la République !*

  537. 537

    Qu'il *vive*

  538. 538

    , *mais qu'il soit le dernier de nos Rois*,

  539. 539

    Tout Prince qui de l'homme anéantit les droits.

  540. 540

    Un Prince philosophe est assis sur le Trône,

  541. 541

    Pour le bonheur de tous, il a ceint la couronne;

  542. 542

    Qu'il soit juste et sévère, autant qu'il est né bon,

  543. 543

    Et la France avec moi, crîra *Vive BOURBON !*

English text

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PROUD Juno, disdained in my verses,

Furious and indignant against Lucina and me,

Jealous to avenge her glory and her influence,

Goes to find Jupiter, caresses him, and says:

Master of the Gods, the Author of a Poem to Lucina,

Whom Apollo, God of Medicine, protects,

Insulting my glory in the abode of mortals,

Has profaned my worship and shattered my altars.

His audacity, attacking your august spouse,

Has depicted me in his verses as proud and jealous,

I, who even to Paris, humbling my pride,

Envied Venus the prize of Beauty,

Only to offer it in homage to the husband I adore,

Whose glorious choice both flatters and honors me;

I, whose ambition had no other goal at all times,

Than to enchain the ardor of his inconstant vows;

I, whose heart, always open to indulgence,

Stifled out of love the voice of vengeance,

Who knows it better than you? The daughter of Daunus,

Amiable and tender sister of the unfortunate Turnus,

Juturna had defiled my nuptial bed;

Far from persecuting my guilty rival,

Forgetting the injurious Love of a husband,

From my profaned bed, I admitted her into the Heavens.

From whom then does an impious and sacrilegious Poet

Hold the privilege to slander me?

Of our son Vulcan, seated in the ranks of the Gods,

He has made an odious portrait in his songs.

My son born of a flower, Mars, the God of war,

Is in his eyes but a monster, a horror to the Earth.

Your honor, invested in avenging mine,

Is doubtless eager to serve my wrath?

But, I wish to owe only to your extreme love,

Which in my eyes balances supreme Authority,

This act of rigor that I implore today,

From an adored husband, my Master and my support.

Jupiter replies to her: the Master of thunder,

Revered in Olympus, in the Underworld, on Earth,

For the honor of his name, beware of doubting it,

Has nothing to fear from Gods and mortals.

One may, without outraging me, tell my chaste wife,

That she is vindictive, proud and jealous.

You protected the daughter of Daunus,

To destroy the Trojans and the son of Venus.

Yes, by you Juturna would have been punished,

Without the hope of saving her brother and Lavinia.

Is it not to the excess of a brutal ardor,

That I must impute the ugliness of Vulcan!

My son driven from Heaven and deprived of ambrosia,

Is the unhappy fruit of your jealousy.

One may therefore, without wounding my glory and my honor,

Sing that my wife has placed all her happiness,

In delivering to the transports of her inhuman rage,

Ino, Latona, Io, Tiresias, Alcmena,

Alcmena, whose son, by his twelve labors,

Merited her favors, and alone of my rivals,

Was admitted to the honor of sharing my bed,

By subduing, as a hero, a fierce virtue.

The Queen of Heaven needed a Hercules.....

However, this impious, audacious Poet,

Whom your arm would already have reduced to dust,

If, docile to your wishes, I had ignited the thunderbolt,

Out of respect for the Gods, feigns to ignore the affront,

With which my perfidious spouse has made my brow blush,

And his discreet Muse has made the Earth believe,

That a flower produced Mars, the God of war.

A flower fecundated my modest better half,

Ah! if I did not heed a remnant of pity,

If I had not admitted into the bosom of my family,

To the rank of the Gods, Alcides, by giving him my daughter;

If I did not love Hebe's worthy and noble spouse,

I would make you feel the weight of my wrath;

But leave Olympus, go to the fields of Olenus

To find, on my behalf, the officious Silenus.

This old Satyr one day, blinded by Love,

Will take revenge on you for the pranks of Aegle.

At these words, with a glance that Jupiter shoots at her,

Juno lowers her eyes and walks away in silence.

When by chance, Themis, the new Code in hand,

Sole benefit of a Tyrant, meets her on the way.

At her amiable appearance, Juno regains courage,

And against her husband lets her rage burst forth,

Swearing by the Styx to punish an Author,

Of whom the Master of the Gods has called himself the protector.

Themis for a long time exiled from France,

Had just been called to the throne of Destiny,

To receive from him this precious Code,

Revered on Earth and sealed in the Heavens.

Accompanying the footsteps of furious Juno,

Deploring her misfortune, sensitive to her disgraces,

Offering a useful aid to her vengeance,

To the Queen of the Gods, Themis delivered this speech.

France has regained Monarchical Power,

But still feels the effects of the anarchic state,

Frightful and bloody reign of the vilest scoundrels.

Without temples, without altars, without laws, without magistrates,

Justice, or rather her artificial image,

Who reigns in my absence and takes the place of justice,

Is Chicanery, offering her venal favors,

To the richest clients, the highest bidders.

This daughter of Hell has chosen for Ministers,

These State Vampires, with sinister faces,

Who under the Kings of France were called Attorneys,

A word synonymous then with brigands, with thieves.

Before I descend to the banks of the Seine,

Deliver to this ignorant, greedy, obscene horde,

The rash Author of your secret troubles,

And have him punished as a Calumniator,

In this Merchant Palace where Chicanery exercises

A frightful brigandage, an infamous commerce;

Upon all her vile henchmen, finally, rain down

Gold, a metal more powerful over them than duty.

I blush at advice which doubtless surprises you,

Coming from me. But, finally, I want, whatever the cost,

To use Chicanery, an odious instrument,

To demonstrate my zeal to the Queen of the Gods.

Themis spoke: and Juno, leaping into her chariot,

Swifter than lightning, thunderbolts, and thought,

Arrives at the Palace of Justice before daybreak.

The lair of Chicanery is in this dark abode.

This frightful monster was sleeping off the wine it drank the night before.

Chicanery falls asleep, but Justice stays awake,

Night and day, attentive to the happiness of humans.

Juno knocks and it is opened. On the fingers of her two hands

Shone eight diamonds of inestimable price.

Chicane appears. How amiable you are!

Said the humble Queen of the Heavens to her, embracing her.

Receive, O Themis! these precious rings,

For your complaisance in anticipating the Dawn,

Without me, your Greatness would be resting still.

But deign to forgive my justified eagerness

For the need to sate a sharp resentment.

And suddenly, in two words, she lays out the affair.

According to your wishes, I can satisfy you,

And second your animosity in everything,

Said the monster, admiring her generosity.

Already in our nets we hold our prey,

And our whole arsenal is deployed against him.

The Mastiffs of the Palace, animated by my voice,

The Solicitor Baudelocque and his famished Clerks,

First go to the Criminal to hunt down our man:

Then the Barker, neighbor of the Place Vendôme,

Will come to flush him out at the civil tribunal,

If he escapes the Jury which appears to waver.

The Mastiff of hell, the frightful Cerberus,

Is but a sheep compared to this angry Dog;

His maw is a volcano, whose eruptions,

Would wither the noble actions of virtues;

The devouring breath of the African Auster,

Parches less the fruits, the harvests in the plain.

He is the Eagle of the Bar for rapacity,

Audacious theft and ferocity.

The rapid eloquence of the famous Tullius,

Would even fall short before his arrogance;

The Author of the Lucina is alone and without support,

For Truth alone is indeed on his side.

But what can this ingenuous girl do in our days,

So unfortunate, alas! that she is said to be entirely naked.

Formerly, she was dear to the famous Advocates.

Patru, Cochin, le Maire adored her charms,

D'Aguesseau, le Normand and Seguier, her oracles,

Guided by Justice, worked miracles,

And never, we are told, in the Temple of Themis,

Was sordid Interest admitted by them.

These fine days are no more. In the century in which we live

Gold is the God of humans, and judges are men.

The sword and the scales, ancient attributes,

Are for cutting the purse and weighing crowns.

Besides, in fine brilliants, I have some knowledge,

And you may count upon my gratitude.

Goddess, said Juno, let me give you further,

As a reward for so much care, with its golden urn,

The enchanting cup of the Divine Hebe;

The nectar one drinks from it gives a sweet intoxication,

And such is its magical power over the senses,

That it leads any Judge to forget his duty.

Truth, Madame, is depicted in this symbol:

Justice is put to sleep with the water of the Pactolus;

And this sweet narcotic is more powerful still,

When Beauty pours it into a cup of gold.

Your eyes and your jewels to Justice herself,

Have already made their supreme ascendancy felt.

There remains one piece of advice, Madame, for me to give you;

The Jury must tomorrow acquit or condemn

The Author of the Lucina. Go, fly, at once,

To the Director whose dwelling is here;

I will, by a note, pave the way for you,

Gold above all, gold, I guarantee success.

The Messenger of the Gods, the God of Eloquence,

Had followed Juno, to serve her vengeance;

This son of Jupiter is the God of thieves,

And no one knows better the tricks of Attorneys.

Queen of the Gods, said he, Juno, leave it to me,

I wish to take sole charge of this matter:

Count on me. Suddenly the happy son of Maia,

Runs to Director Dubois, and deployed

The magical resource of an eloquent speech,

Whose peroration was an enormous purse.

The Magistrate replies: you speak like a God;

But for such a fine speech, this was not the place.

For what is at issue? An act of calumny.

The Accuser affirms it, and the Accused denies it;

However, witnesses, whom one cannot challenge,

Have just testified against the Accuser.

The accused, they say, is truthful in everything,

And I have in hand the legal proof of the facts.

Baudelocque has committed the darkest attack

Against humanity, Science and the State.

If even at this moment the husband of his victim,

Were drafting a complaint, legitimate in my view,

The law whose support Baudolocque invokes here,

In the name of the public good would fall back on him.

To judge this case requires little science,

And I will pronounce, moreover, in good conscience.

But take back this gold, you are mistaken,

Gold, for me, was always an object of contempt;

This metal dazzles, but often it enlightens,

And yours has produced this salutary effect.

It proves clearly, more than your oration,

That Baudelocque is wrong, that Sacombe is right.

Forgive me, said Mercury, taking back the sum,

I did not know that France had an honest man for a Judge.

*It is thus that upon leaving I bid you my farewells.*

He spoke: and immediately the Messenger of the Gods

Goes to find Juno. But already Chicanery

Was filing an appeal, and her profane horde,

Over words, in civil court, was bringing a suit against me.

Do not be disheartened by this bad outcome,

Said Chicanery then to the august Immortal,

Whom she was far from believing and suspecting to be such;

I am going to summon forthwith to the civil tribunal,

This brazen author, this uncivil Poet,

Who treats a Doctor of Saint-Côme as an assassin,

For having made a little gentleman out of a rustic?

Does the French Lucina then have the right

To come and insult Authors in cold blood?

To criticize people, whether in verse or in prose?

To avenge the fair sex, by defending its cause?

To sow doubt and terror in all places?

To love Truth, when man loves Error?

Ah! were its Author at the summit of Parnassus,

I would go drag him from it to punish his audacity.

I am invested in avenging your affront.

If it remained unpunished, another would have the effrontery

To brave Justice and dare to speak ill of her;

Another more bold would not fear to say,

That every night in toque, in simar, in collar,

I hold a bed of Justice, in the bed of Nicolet.

Here below, it is true, every man has his weakness,

Which he takes care to veil. But the truth hurts.

A great example is needed, and I shall draft

The decree that your kindnesses have the right to demand.

Make all your judges propitious to you, however;

See them, and above all think of their fees.

To your generous gifts, to your divine charms,

My faithful subjects will not resist.

Chicanery spoke truly. But let us leave to history

The task of recounting the shameful victory

That the accoucheur of Tardieu won over me,

Thanks to corrupting gold, his Genius and his God.

What noise has been heard? They cry out, they fly to arms.

What Demon in Paris has sown so many alarms?

Delicious abode of Arts, of Games, of Laughter,

Has Dawn brought back for you your final day,

Too guilty City?..... For you, no more indulgence.

Heaven has too long deferred its vengeance.

Avenge yourself, just Heaven, but at least avenge us

On an oppressive Tyrant. The French upon their knees,

Weary of his crimes, deliver the culprit to you,

Whose odious yoke crushes them beneath its weight.

FREDERICK, ALEXANDER, august Allies,

Come break the irons with which our arms are bound.

An ambitious Corsican, of profound audacity,

Has reigned too long, to the misfortune of the World.

Elevated by crime

to the rank of Emperors,

His momentary reign was a century of horrors.

Since the fatal day

when his parricidal arm,

Plunged the homicidal dagger into our hearts,

Day of mourning that should have made him hateful to us,

This monster, at every moment, became more furious.

What evils he has wrought upon my sorrowful Fatherland!

He has indeed punished you for your idolatry,

You, Frenchmen intoxicated by his bloody exploits?

This vile Usurper of the scepter of our Kings,

Promised you happiness!.... He crowned your miseries.

He had your children and your brothers massacred.

The cruel man has changed the fairest Empire,

Into a field of carnage, into a vast tomb.

Our desolate hamlets, our deserted countrysides,

Will long attest to his crimes and our losses.

His rage, sacrificing everything to his barbarous pride,

Has put France in tears, and Nature in mourning.

O Queen of Cities, whom his boasting deceived!

You, whose blindness made all his power,

Open your eyes, at last, and punish his misdeeds;

The World awaits rest and Peace from you.

It cannot enjoy this extreme happiness,

So long as your oppressor holds the diadem.

Dare to declare yourself against your assassin,

The eternal enemy of the whole human race.

Recall your legitimate Prince within your walls,

It is for you, who opened it, to close the abyss.

To put, at last, an end to overly long misfortunes,

And thus to dry up the source of our tears.

At these words, suddenly the eldest daughter of France,

Lutetia, surrounded by the dead and the dying,

Flies to the camp of ALEXANDER and delivers this speech to him,

The course of which her sobs often interrupt.

Worthy heir of the Czars! O magnanimous Prince!

If the love of Glory animates you this day,

Generous conqueror of the hearts of my children,

Come deliver them from an odious Tyrant,

Who, executioner of the French, in the camps of Muscovy,

At the price of all their blood thinks to buy his life.

Too cowardly to die with weapons in hand,

When Honor showed him the path to death.

May he live long enough to see his name and his memory,

Abhorred by the French, whose glory he sullied.

Let him live, and let his heart, steeped in ambition,

Burn in vain with the thirst of this passion.

May he live long enough to see the end of our alarms,

To see the source of our tears finally run dry;

To see all the French happy under the BOURBONS;

What torment could be more frightful for him.

Meanwhile, the unfortunate daughter of our Kings,

Condemned to exile, to sorrows, to tears,

Unceasingly raised her innocent hands to Heaven.

Sovereign arbiter of Kings and of mortals,

Who givest scepters and crowns at thy pleasure,

Who strikest both peoples and thrones at once,

After so many misfortunes, forgive the repentant,

Be moved by my tears and cease to punish.

To expiate the crimes of the misguided French,

Thou didst let innocent victims be sacrificed.

A King, my father and my support, was put to death.

My mother was led to the scaffold after him.

To tears, to exile they condemned his daughter,

Sole unfortunate remnant of an august family.

At the price of all my blood, make the French happy.

Thou didst divide the waters to save the Hebrews,

Thou didst draw Israel from the hands of the infidel,

And thy arm engulfed the rebel Pharaoh;

Drive the Usurper from the throne of David,

Appalling author of the misfortunes of a great people.

LOUIS-THE-BLESSED, from the heights of the Empyrean,

Hears the noble vow of his weeping daughter,

And carries, at that very instant, to the feet of the Eternal,

This virtuous impulse, this solemn tone,

Which alone calmed the wrath of an irritated Heaven.

God places his tutelary Angel beside Kings;

He bewitches the eyes of the destructive Tyrant,

And delivers him to the most fallacious advice.

The Universe is saved. Lutetia is preserved.

*Humanity triumphs and its cause is won*,

Says ALEXANDER-THE-GREAT to King FREDERICK.

Tears flowed from their eyes as they embraced.

Enter, noble Heroes, children of Victory,

Preceded by Peace, accompanied by Glory;

Fly, Parisians. To your liberators,

Offer all in tribute the homage of your hearts.

Here they are within your walls, these hordes of savages,

Whom murders, ravages were to mark.

Fierce as the bear spewed from the Northern seas,

They were to bloody the banks of the Seine,

Burn Paris and raze its walls,

Tear the entrails from a slaughtered France.

Their leaders trampling the monuments of the Arts underfoot,

Were coming to bring the sword, the fire into our ramparts.

Cowardly impostor, you flee before the artillery,

Before the squadrons of their Cavalry,

And in Fontainebleau encircled by the Allies,

Your downed Eagles will be humiliated.

The Tyrant has fallen. France is triumphant,

And gives herself over to the hope that this fall engenders.

Yet, what concerts make these shores resound?

O day of joy! O happiness, O transports!

After twenty years, what cry has just been heard!

Is it true that to our wishes, at last, they will restore you,

Grandson of HENRI-QUATRE? O Louis! O my King!

The French will thus be able to name you without fear?

Long live the ALLIES, FREDERICK, ALEXANDER,

Long live FRANCIS the Second, who blushes at such a Son-in-law.

The Senate has deposed the Corsican usurper,

Dreadful devastator of France at bay.

*He has*, says the Decree, *caused our ruin*,

*Carried into all ranks, Death and Famine;*

*Left without any succor the unfortunate wounded,*

*Buried alive, frozen beneath the snow.*

And you do not sacrifice to the Manes of the victims,

A Monster, whose life is a tissue of crimes?

When the Universe vows him to execration,

What use is it to receive his abdication?

That is not all, in the heart of a foreign land,

For the evils he has done to us, he receives the wages,

And you gorge him with gold, instead of punishing him?

Cowardly as well as barbarous, he did not know how to die.

As long as he lives, Frenchmen, be in alarm,

Considering that he lives only on blood and tears.

But already the Tyrant has fled far from our shores,

May he never disembark in our ports!

Louis's return has been delayed too long;

Ah! far from his children, who then detains a father?....

He crosses the Ocean upon the hearts of the French;

The Bourbons to our wishes are restored forever.

Before their steps I see an immense people,

Who lay at their feet the homage of France.

And Calais, the first, is the happy City,

Which depicts for them the transports of its bliss.

There are feelings that one cannot describe.

At the return of his King, the delirious Frenchman,

In the excess of pleasure cannot express himself,

Intoxicated with a holy transport, he knows only how to love.

Happy Parisians! cease your despondency,

The daughter of Louis, the descendants of HENRI-QUATRE,

Have entered your walls. Hasten to rush forth;

Let love on your brows mingle with repentance.

Console, if possible, your august Princess,

The sight of a happy people will calm her sorrow;

Your respects, your transports anticipating your desires,

Will one day allow her to open herself to pleasures.

Of our cherished King, she is the tender Antigone.

Her noble Piety, her double right to the throne,

Her filial love, and above all her misfortunes,

Grateful Frenchmen, how many claims upon your hearts!

Her husband has conquered the Provinces of the South,

And Toulouse has submitted to the party of our Princes.

From commanders and soldiers he has received fealty.

Bordeaux bursts forth with its love for its King.

Come see again these places so dear to your childhood,

And whose defense your valor coveted,

Amiable Knight, noble son of our Kings,

At the peril of our lives we will defend your rights.

MONSIEUR reappears such as he was in his youth,

Goodness in his features mingles with nobility;

The fair sex admires him and still sees in him,

Its amiable conqueror and its dearest support.

Peace, under the BOURBONS will console the Earth,

But, if the factious should still desire war,

Victory would fly to their camp at this cry:

*Long live Honor, d'ARTOIS, d'ANGOULÈME and BERRI.*

Already for ten months both France and the World,

Were enjoying, under the BOURBONS, the most profound Peace,

When the Corsican, escaped from the heights of Saint-Cloud,

From the deserts of Egypt and the walls of Moscow,

Unfaithful to the treaty that saved his life,

Which the hero disdains and the coward envies,

Escapes from his Isle despite the English,

And anchors by night on the French shore.

Chief of seduced slaves whom he feeds with hope,

From Cannes to Paris, he crosses France;

Terror precedes him and Shame follows him.

Peace, at his appearance, flees with Louis.

The majestic Lily bends toward the Earth,

And the Eagle announces afar Discord and War.

But this bird of prey, in his ambitious flight,

Has fallen from so high, while soaring beneath the Heavens,

That his fall is fatal, and the blast of the thunderbolt,

Which he hurled at his will, will reduce him to dust.

Already the Allies advance with great strides,

And Europe has sounded the hour of your demise,

Odious Corsican.... What! do you laugh at her threat?

Far from humbling you, does it increase your audacity?.....

Innocent Louis the Sixteenth found three hundred Executioners,

And France did not have a single man, a hero,

To strike her Tyrant, to relieve the Earth

Of the burden of this Monster fallen prey to England,

Who carries him away from my eyes, on her Bellerophon....

Without being at this moment a profound politician,

Frenchmen, here is the fate that Heaven destines for you:

Slavery is the fruit of intestine war.

Disunited, sooner or later we shall be divided.

Reunited with the BOURBONS, we shall be well avenged;

But Peace alone is the pledge of our happiness.

Yet, do you know who speaks this language to you,

Dear Nîmois! It is Sacombe, one of a thousand exiles,

Who recently fled the ramparts of Paris.

Cast into Saint-Gilles (in the Gard) by the tempest,

He believed he had saved his head from his Tyrant,

When to his vile agents his name becomes suspect,

And for his white hair, without regard, without respect,

Fabrègues, and Guinard; the hypocrite Beaulieu,

A true two-faced Janus; the traitor Mérieu,

A Bonapartist then, and inscribed on the list

Of the King's enemies; today a Royalist

Of thirty-six carats; an adroit Chameleon,

Crying long live Louis, long live Napoleon,

Deliver him to Gilly, who forces his asylum,

Against all laws. He is arrested at Saint-Gilles,

They make him endure unheard-of torments,

As a Conspirator

, as an agent of Louis.

Two hundred executioners, terror of legitimate Princes,

Two hundred urban soldiers, fattened on victims,

Despite the people of Saint-Gilles, Royalists, humane,

Towards the ancient City formerly dear to the Romans,

Drag him without shame, and load him with chains,

At the bottom of a black dungeon dug beneath the Arenas,

Abominable den, inaccessible to daylight,

Unhealthy abode of Tigers and Lions

.

Yet hasten, shed tears of joy,

Mothers, be prey to sorrow no more,

Our misfortunes are ended. Your nephews, your children,

With the Allies, have returned triumphant.

And I, sharing the rapture of good Frenchmen,

In the Temple of Peace I have hung up my Lyre;

In vain would my fingers draw from it other sounds,

After having sung the return of the BOURBONS.

I have paid my tribute to literature,

Restored its rights to the sex and avenged Nature;

MUSE, it is enough. Fly to the bosom of your sisters,

To savor the sweets of peaceful rest.

Accept my homage and my gratitude,

I attribute only to myself the spirit of effervescence,

That Time and Reason have blamed in my Songs.

Leave me alone to answer the discourses of the wicked.

Of being a republican, they accuse me a little late.

I was one at thirty and here is my excuse:

I love Liberty, I shall love her always.

Without her, in my opinion, there are no happy days.

But let us not confuse permitted Liberty,

Sacred Liberty, subject to laws alone,

With that license, untamable and without restraint,

Which neither desires nor admits law or Sovereign;

The worst of States is the Anarchic State.

But after it, the worst is the Despotic State,

Where the Rich, the Great are above the laws,

Where gold takes the place of honor, of virtues among Kings,

Where beneath a pious King, a fanatical Priest

Comes to take me by the collar, tells me in a caustic tone:

Know that Outside the church there is no salvation;

That my religion is the only one whose goal is Heaven.

Seeing public Liberty expire,

Still young, I cried: *long live the Republic!*

Let him *live*

, *but let him be the last of our Kings*,

Any Prince who annihilates the rights of man.

A philosopher Prince is seated on the Throne,

For the happiness of all, he has donned the crown;

Let him be just and severe, as much as he is born good,

And France with me, will cry *Long live BOURBON!*