Unit 1 · poem · alexandrine · 543 lines
French
Source text
L'ORGUEILLEUSE Junon dans mes vers dédaignée ,
Contre Lucine et moi furieuse , indignée ,
Jalouse de venger sa gloire et son crédit ,
Va trouver Jupiter , le caresse et lui dit :
Maître des Dieux , l'Auteur d'un Poëme à Lucine ,
Que protège Apollon , Dieu de la Médecine ,
Insultant à ma gloire , au séjour des mortels ,
A profané mon culte et brisé mes autels.
Son audace attentant à votre auguste épouse ,
M'a dépeint dans ses vers orgueilleuse et jalouse ,
Moi , qui jusqu'à Pâris , abaissant ma fierté ,
N'enviais à Vénus le prix de la Beauté ,
Que pour en faire hommage à l'époux que j'adore ,
Dont le choix glorieux et me flatte et m'honore ;
Moi , dont l'ambition , n'eut pour but en tout temps ,
Que d'enchaîner l'ardeur de ses vœux inconstans ;
Moi , dont le cœur toujours ouvert à l'indulgence ,
Étouffa par amour , la voix de la vengeance ,
Qui le sait mieux que vous ? La fille de Daunus ,
Aimable et tendre sœur du malheureux Turnus ,
Juturne avait souillé ma couche nuptiale ;
Loin de persécuter ma coupable rivale ,
Oubliant d'un époux l'Amour injurieux ,
De mon lit profané , je l'admis dans les Cieux.
De qui donc un Poète impie et sacrilège ,
De me calomnier tient-il le privilége ?
De notre fils Vulcain, assis au rang des Dieux,
Il a fait dans ses chants un portrait odieux.
Mon fils né d'une fleur, Mars, le Dieu de la guerre,
N'est à ses yeux qu'un monstre en horreur à la Terre.
A venger mon honneur le vôtre intéressé,
De servir mon courroux est sans doute empressé ?
Mais, je ne veux devoir qu'à votre amour extrême,
Qui balance à mes yeux l'Autorité suprême,
Cet acte de rigueur que j'implore aujourd'hui,
D'un époux adoré, mon Maître et mon appui.
Jupiter lui répond : le Maître du tonnerre,
Révéré dans l'Olympe, aux Enfers, sur la Terre,
Pour l'honneur de son nom, gardez-vous d'en douter,
Des Dieux et des mortels n'a rien à redouter.
On peut, sans m'outrager, dire à ma chaste épouse,
Qu'elle est vindicative, orgueilleuse et jalouse.
Vous avez protégé la fille de Daunus,
Pour perdre les Troyens et le fils de Vénus.
Oui, par vous Juturne, aurait été punie,
Sans l'espoir de sauver son frère et Lavinie.
N'est-ce pas à l'excès d'une brutale ardeur,
Que je dois de Vulcain imputer la laideur !
Mon fils chassé du Ciel et privé d'ambroisie,
Est le fruit malheureux de votre jalousie.
On peut donc, sans blesser ma gloire et mon honneur,
Chanter que mon épouse a mis tout son bonheur,
A livrer aux transports de sa rage inhumaine,
Ino, Latone, Io, Tyrésias, Alcmène,
Alcmène, dont le fils, par ses douze travaux,
Mérita ses faveurs, et seul de mes rivaux,
Fut admis à l'honneur de partager ma couche,
En domptant, en héros, une vertu farouche.
Il fallait un Hercule à la Reine des Cieux.....
Cependant ce Poète impie, audacieux,
Que déjà votre bras aurait réduit en poudre,
Si, docile à vos vœux, j'eusse allumé la foudre,
Par respect pour les Dieux, feint d'ignorer l'affront,
Dont ma perfide épouse a fait rougir mon front,
Et sa Muse discrète a fait croire à la Terre,
Qu'une fleur a produit Mars, le Dieu de la guerre.
Une fleur féconda ma pudique moitié,
Ah ! si je n'écoutais un reste de pitié,
Si je n'avais admis au sein de ma famille,
Au rang des Dieux, Alcide, en lui donnant ma fille ;
Si je n'aimais d'Hébé le digne et noble époux,
Je vous ferais sentir le poids de mon courroux ;
Mais sortez de l'Olympe, allez aux champs d'Olène
Retrouver, de ma part, l'officieux Silène.
Ce vieux Satyre un jour, par l'Amour aveuglé,
Se vengera sur vous des malices d'Églé.
A ces mots, d'un regard que Jupiter lui lance,
Junon baisse les yeux et s'éloigne en silence.
Quand par hasard, Thémis, le nouveau Code en main,
Seul bienfait d'un Tyran, la rencontre en chemin.
A son aimable aspect, Junon reprend courage,
Et contre son époux fait éclater sa rage,
En jurant par le Styx de punir un Auteur,
Dont le Maître des Dieux s'est dit le protecteur.
Thémis depuis long-temps de la France exilée,
Au trône du Destin venait d'être appelée,
Pour recevoir de lui ce Code précieux,
Révéré sur la Terre et scellé dans les Cieux.
De Junon furieuse, accompagnant les traces,
Déplorant son malheur, sensible à ses disgraces,
Offrant à sa vengeance un utile secours,
A la Reine des Dieux, Thémis tint ce discours.
La France a ressaisi le Pouvoir Monarchique,
Mais se ressent encor de l'état anarchique,
Règne affreux et sanglant des plus vils scélérats.
Sans temples, sans autels, sans lois, sans magistrats,
La Justice, ou plutôt son image factice,
Qui règne en mon absence et tient lieu de justice,
Est la Chicane, offrant ses vénales faveurs,
Aux plus riches cliens, derniers enchérisseurs.
Cette fille d'Enfer a choisi pour Ministres,
Ces Vampires d'État, à figures sinistres,
Que sous les Rois de France on nommait Procureurs,
Mot synonime alors de brigands, de voleurs.
Avant que je descende aux rives de la Seine,
Livrez à cette horde ignare, avide, obscène,
De vos secrets ennuis le téméraire Auteur,
Et faites le punir en Calomniateur,
Dans ce Palais Marchand où la Chicane exerce
Un brigandage affreux, un infame commerce ;
Sur tous ses vils suppôts, enfin, faites pleuvoir
L'or, métal plus puissant sur eux que le devoir.
Je rougis d'un conseil qui vous surprend sans doute,
De ma part. Mais, enfin, je veux, quoi qu'il en coûte,
Employer la Chicane, instrument odieux,
A témoigner mon zèle à la Reine des Dieux.
Thémis dit : et Junon dans son char élancée,
Plus prompte que l'éclair, la foudre et la pensée,
Au palais de Justice arrive avant le jour.
L'antre de la Chicane est dans ce noir séjour.
Ce monstre affreux cuvait le vin qu'il but la veille.
La Chicane s'endort, mais la Justice veille,
Nuit et jour, attentive au bonheur des humains.
Junon frappe et l'on ouvre. Aux doigts de ses deux mains
Brillaient huit diamans d'un prix inestimable.
La Chicane paraît. Que vous êtes aimable !
Lui dit en l'embrassant, l'humble Reine des Cieux.
Recevez, ô Thémis ! ces anneaux précieux,
Pour votre complaisance à dévancer l'Aurore,
Sans moi, votre Grandeur reposerait encore.
Mais daignez pardonner mon juste empressement
Au besoin d'assouvir un vif ressentiment.
Et soudain, en deux mots, elle expose l'affaire.
Au gré de vos souhaits, je puis vous satisfaire,
Et seconder en tout votre animosité,
Dit le monstre, admirant sa générosité.
Déjà dans nos filets nous tenons notre proie,
Et tout notre arsenal contre lui se déploie.
Les Dogues du Palais, à ma voix animés,
L'Avoué Baudelocque et ses Clercs affamés,
D'abord au Criminel vont pour chasser notre homme:
Puis l'Aboyeur, voisin de la place Vendôme,
Au tribunal civil viendra le relancer,
S'il échappe au Jury qui paraît balancer.
Le Dogue des enfers, l'effroyable Cerbère,
N'est qu'un mouton au prix de ce Chien en colère;
Sa gueule est un volcan, dont les éruptions,
Flétriraient des vertus les nobles actions;
De l'Auster Africain la dévorante haleine,
Dessèche moins les fruits, les moissons dans la plaine.
C'est l'Aigle du Barreau pour la rapacité,
Le vol audacieux et la férocité.
Du fameux Tullius la rapide éloquence,
Serait même en défaut devant son arrogance;
L'Auteur de la Lucine est seul et sans appui,
Car la Vérité seule est en effet pour lui.
Mais que peut, de nos jours, cette fille ingénue,
Si malheureuse, hélas ! qu'on l'a dit toute nue.
Jadis, elle était chère aux fameux Avocats.
Patru, Cochin, le Maire adoraient ses appâts,
D'Aguesseau, le Normand et Seguier, ses oracles,
Guidés par la Justice, opéraient des miracles,
Et jamais, nous dit-on, au Temple de Thémis,
Le sordide Intérêt par eux ne fut admis.
Ces beaux jours ne sont plus. Dans le siècle où nous sommes
L'or est Dieu des humains, et les juges sont hommes.
Le glaive et la balance, antiques attributs,
Sont pour couper la bourse et peser les écus.
Du reste, en brillans fins, j'ai quelque connaissance,
Et vous pouvez compter sur ma reconnaissance.
Déesse, dit Junon, que je vous donne encor,
Pour prix de tant de soins, avec son urne d'or,
De la Divine Hébé la coupe enchanteresse ;
Le nectar qu'on y boit donne une douce ivresse,
Et telle est sur les sens, son magique pouvoir,
Qu'elle conduit tout Juge à l'oubli du devoir.
La Vérité, Madame, est peinte en ce symbole :
On endort la Justice avec l'eau du Pactole ;
Et ce doux narcotique est plus puissant encor,
Quand la Beauté l'épanche en une coupe d'or.
Vos yeux et vos bijoux à la Justice même,
Ont déjà fait sentir leur ascendant suprême.
Il me reste un avis, Madame, à vous donner ;
Le Jury doit demain absoudre ou condamner
L'Auteur de la Lucine. Allez, volez, sur l'heure,
Auprès du Directeur dont voici la demeure ;
Je vais par un écrit , vous en frayer l'accès ,
De l'or surtout , de l'or , je réponds du succès.
Le Messager des Dieux , le Dieu de l'Eloquence ,
Avait suivi Junon , pour servir sa vengeance ;
Ce fils de Jupiter est le Dieu des voleurs ,
Et nul ne connaît mieux les tours des Procureurs.
Reine des Dieux , dit-il, Junon , laissez-moi faire ,
Je veux seul me charger du soin de cette affaire :
Comptez sur moi. Soudain l'heureux fils de Maïa ,
Court chez le Directeur Dubois , et déploya
D'un discours éloquent la magique ressource ,
Dont la péroraison fut une énorme bourse.
Le Magistrat répond : vous parlez comme un Dieu ;
Mais d'un si beau discours , ce n'était pas le lieu.
Car de quoi s'agit-il ? D'un fait de calomnie.
L'Accusateur l'affirme , et l'Accusé le nie ;
Cependant des témoins , qu'on ne peut récuser ,
Contre l'Accusateur viennent de déposer.
L'accusé , disent-ils , en tout est véridique ,
Et j'ai des faits en main la preuve juridique.
Baudelocque a commis le plus noir attentat
Contre l'humanité , la Science et l'Etat.
Si même en ce moment l'époux de sa victime ,
Rédigeait une plainte , à mon sens légitime ,
La loi dont Baudolocque invoque ici l'appui ,
Au nom du bien public retomberait sur lui.
Pour juger cette cause il faut peu de science ,
Et je prononcerai, d'ailleurs , en conscience.
Mais reprenez cet or , vous vous êtes mépris ,
L'or, pour moi , fut toujours un objet de mépris ;
Ce métal éblouit, mais souvent il éclaire ,
Et le vôtre a produit cet effet salutaire.
Il prouve évidemment, plus que votre oraison,
Que Baudelocque a tort, que Sacombe a raison.
Pardonnez, dit Mercure, en reprenant la somme,
J'ignorais que la France eût un Juge honnête homme.
*C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes adieux.*
Il dit : et sur-le-champ le Messager des Dieux
Va retrouver Junon. Mais déjà la Chicane
Interjetait appel, et sa horde profane,
Sur des mots, au civil, m'intentait un procès.
Ne vous rebutez point de ce mauvais succès,
Dit alors la Chicane à l'auguste Immortelle,
Qu'elle était loin de croire et de soupçonner telle ;
Je vais citer sur l'heure au tribunal civil,
Cet auteur effronté, ce Poète incivil,
Qui traite d'assassin un Docteur de Saint-Côme,
Pour avoir fait d'un rustre un petit gentil homme ?
La Lucine française a-t-elle donc le droit
De venir aux Auteurs insulter de sang froid ?
De critiquer les gens, soit en vers, soit en prose ?
De venger le beau sexe, en défendant sa cause ?
De semer en tous lieux le doute et la terreur ?
D'aimer la Vérité, quand l'homme aime l'Erreur ?
Ah ! son Auteur fut-il au sommet du Parnasse,
J'irais l'en arracher pour punir son audace.
Je suis intéressée à venger votre affront.
S'il restait impuni, un autre aurait le front
De braver la Justice et d'oser en médire ;
Un autre plus hardi ne craindrait pas de dire,
Que chaque nuit en tocque, en simarre, en collet,
Je tiens lit de Justice, au lit de Nicolet.
Ici bas, il est vrai, tout homme a sa faiblesse,
Qu'il a soin de voiler. Mais la vérité blesse.
Il faut un grand exemple, et je vais rédiger
L'arrêt que vos bontés sont en droit d'exiger.
Rendez-vous, cependant, tous vos juges propices ;
Voyez-les, et sur-tout songez à leurs épices.
A vos dons généreux, à vos divins appas,
Mes fidèles sujets ne résisteront pas.
La Chicane a dit vrai. Mais laissons à l'histoire
Le soin de retracer la honteuse victoire
Que remporta sur moi l'accoucheur de Tardieu,
Grace à l'or corrupteur, son Génie et son Dieu.
Quel bruit s'est fait entendre ? on crie, on vole aux armes.
Quel Démon dans Paris a semé tant d'alarmes ?
Des Arts, des Jeux, des Ris, délicieux séjour,
L'Aurore a ramené pour toi le dernier jour,
Trop coupable Cité ?..... Pour toi plus d'indulgence.
Le Ciel a trop long-temps différé sa vengeance.
Vengez-vous, juste Ciel, mais du moins vengez-nous
D'un Tyran oppresseur. Les Français à genoux,
Lassés de ses forfaits, vous livrent le coupable,
Dont le joug odieux sous son poids les accable.
FRÉDÉRIC, ALEXANDRE, augustes Alliés,
Venez briser les fers dont nos bras sont liés.
Un Corse ambitieux, d'une audace profonde,
A régné trop long-temps, pour le malheur du Monde.
Élevé par le crime
au rang des Empereurs,
Son règne d'un moment fut un siècle d'horreurs.
Depuis le jour fatal
où son bras parricide,
Enfonça dans nos cœurs le poignard homicide,
Jour de deuil qui devait nous le rendre odieux,
Ce monstre, à chaque instant, devint plus furieux.
Que de maux il a fait à ma triste Patrie !
Il vous a bien punis de votre idolâtrie,
Vous, Français énivrés de ses sanglans exploits ?
Ce vil Usurpateur du sceptre de nos Rois,
Vous promit le bonheur !.... Il combla vos misères.
Il a fait massacrer vos enfans et vos frères.
Le cruel a changé l'Empire le plus beau,
En un champ de carnage, en un vaste tombeau.
Nos hameaux désolés, nos campagnes désertes,
Attesteront long-temps ses crimes et nos pertes.
Sa rage immolant tout à son barbare orgueil,
A mis la France en pleurs, et la Nature en deuil.
O Reine des Cités, qu'abusait sa jactance !
Toi, dont l'aveuglement fit toute sa puissance,
Ouvre les yeux, enfin, et punis ses forfaits ;
Le Monde attend de toi le repos et la Paix.
Il ne saurait jouir de ce bonheur extrême,
Tant que ton oppresseur aura le diadême.
Ose te déclarer contre ton assassin,
L'éternel ennemi de tout le genre humain.
Rappelle dans tes murs ton Prince légitime,
C'est à toi qui l'ouvris de refermer l'abîme.
De mettre, enfin, un terme à de trop longs malheurs,
Et de tarir ainsi la source de nos pleurs.
De la France, à ces mots, soudain la fille aînée,
De morts et de mourans, Lutèce environnée,
Vole au camp d'ALEXANDRE et lui tient ce discours,
Dont souvent ses sanglots interrompent le cours.
Digne héritier des Czars ! ô Prince magnanime !
Si l'amour de la Gloire en ce jour vous anime,
Du cœur de mes enfans, généreux conquérant,
Venez les délivrer d'un odieux Tyran,
Qui, bourreau des Français, aux camps de Moscovie,
Au prix de tout leur sang pense acheter sa vie.
Trop lâche pour mourir les armes à la main,
Quand du trépas, l'Honneur lui montrait le chemin.
Qu'il vive assez pour voir son nom et sa mémoire,
En horreur aux Français, dont il souilla la gloire.
Qu'il vive, et que son cœur pétri d'ambition,
Brûle en vain de la soif de cette passion.
Qu'il vive assez pour voir la fin de nos alarmes,
Pour voir tarir, enfin, la source de nos larmes ;
Pour voir sous les BOURBONS, tous les Français heureux ;
Quel supplice pour lui peut être plus affreux.
Cependant, de nos Rois la fille infortunée,
A l'exil, aux ennuis, aux larmes condamnée,
Levait sans cesse au Ciel ses innocentes mains.
Arbitre souverain des Rois et des humains,
Qui donnes à ton gré, les sceptres, les couronnes,
Qui frappes à la fois les peuples et les trônes,
Après tant de malheurs, pardonne au repentir,
Sois touché de mes pleurs et cesse de punir.
Des Français égarés, pour expier les crimes,
Tu laissas immoler d'innocentes victimes.
On fit périr un Roi, mon père et mon appui.
Ma mère à l'échafaud fut conduite après lui.
Aux larmes, à l'exil on condamna sa fille,
Seul reste infortuné d'une auguste famille.
Au prix de tout mon sang rends les Français heureux.
Tu divisas les flots pour sauver les Hébreux,
Tu tiras Israël des mains de l'infidèle,
Et ton bras engloutit le Pharaon rebelle ;
Du trône de David chasse l'Usurpateur,
Des malheurs d'un grand peuple, épouvantable auteur.
LOUIS-LE-BIENHEUREUX, du haut de l'Empirée,
Entend le noble vœu de sa fille éplorée,
Et porte, à l'instant même, aux pieds de l'Éternel,
Cet élan vertueux, cet accent solennel,
Qui du Ciel irrité calma seul la colère.
Dieu place auprès des Rois son Ange tutélaire ;
Du Tyran destructeur il fascine les yeux,
Et le livre aux conseils les plus fallacieux.
L'Univers est sauvé. Lutèce est conservée.
*L'Humanité triomphe et sa cause est gagnée*,
Dit au Roi FRÉDÉRIC, ALEXANDRE-LE-GRAND.
Des larmes de leurs yeux coulaient en s'embrassant.
Entrez, nobles Héros, enfans de la Victoire,
Que précède la Paix, qu'accompagne la Gloire ;
Volez, Parisiens. A vos libérateurs,
Offrez tous en tribut l'hommage de vos cœurs.
Les voici dans vos murs, ces hordes de sauvages,
Que devaient signaler les meurtres, les ravages.
Féroces comme l'ours vomi des mers du Nord,
Ils devaient de la Seine ensanglanter le bord,
Incendier Paris et raser ses murailles,
A la France égorgée arracher les entrailles.
Leurs chefs foulant aux pieds les monumens des Arts,
Venaient porter le fer, le feu dans nos remparts.
Lâche imposteur, tu fuis devant l'artillerie,
Devant les escadrons de leur Cavalerie,
Et dans Fontainebleau ceint par les Alliés,
Tes Aigles abattus vont être humiliés.
Le Tyran est tombé. La France est triomphante,
Et se livre à l'espoir que cette chute enfante.
Cependant, quels concerts font retentir ces bords?
O jour de l'alégresse ! ô bonheur, ô transports !
Après vingt ans, quel cri vient de se faire entendre!
Est-il vrai qu'à nos vœux, enfin, on va vous rendre,
Petit-fils d'HENRI-QUATRE ? ô Louis ! ô mon Roi !
Les Français pourront donc vous nommer sans effroi ?
Vivent les ALLIÉS, FRÉDÉRIC, ALEXANDRE,
Vive FRANÇOIS Second, qui rougit d'un tel Gendre.
Le Sénat a déchu le Corse usurpateur,
De la France aux abois, affreux dévastateur.
*Il a*, dit le Décret, *causé notre ruine*,
*Porté dans tous les rangs, la Mort et la Famine;*
*Laissé sans nul secours les malheureux blessés,*
*Ensevelis vivans, sous la neige glacés.*
Et vous n'immolez point aux Manes des victimes,
Un Monstre, dont la vie est un tissu de crimes?
Quand l'Univers le voue à l'exécration,
Que sert de recevoir son abdication?
Ce n'est pas tout, au sein d'une terre étrangère,
Des maux qu'il nous a faits, il reçoit le salaire,
Et vous le gorgez d'or, au lieu de le punir?
Lâche autant que barbare, il n'a pas su mourir.
Tant qu'il vivra, Français, soyez dans les alarmes,
En songeant qu'il ne vit que de sang et de larmes.
Mais, déjà le Tyran a fui loin de nos bords,
Puisse-t-il ne jamais descendre dans nos ports !
De Louis, trop long-temps, le retour se diffère;
Ah! loin de ses enfans qui donc retient un père?....
Il franchit l'Océan sur les cœurs des Français;
Les Bourbons à nos vœux sont rendus à jamais.
Au-devant de leurs pas je vois un peuple immense,
Qui dépose à leurs pieds l'hommage de la France.
Et Calais, la première, est l'heureuse Cité,
Qui leur peint les transports de sa félicité.
Il est des sentimens qu'on ne saurait décrire.
Au retour de son Roi, le Français en délire,
Dans l'excès du plaisir ne saurait s'exprimer,
Ivre d'un saint transport, il ne sait plus qu'aimer.
Heureux Parisiens ! cessez de vous abattre,
La fille de Louis, les neveux d'HENRI-QUATRE,
Sont entrés dans vos murs. Hâtez-vous d'accourir ;
Que l'amour sur vos fronts se mêle au repentir.
Consolez, s'il se peut, votre auguste Princesse,
L'aspect d'un peuple heureux calmera sa tristesse ;
Vos respects, vos transports prévenant vos désirs,
Lui permettront un jour de s'ouvrir aux plaisirs.
De notre Roi chéri, c'est la tendre Antigone.
Sa noble Piété, son double droit au trône,
Son amour filial, et surtout ses malheurs,
Français reconnaissans, que de droits sur vos cœurs !
Du Midi, son époux a conquis les Provinces,
Et Toulouse est soumise au parti de nos Princes.
Des chefs et des soldats il a reçu la foi.
Bordeaux fait éclater son amour pour son Roi.
Venez revoir ces lieux si chers à votre enfance,
Et dont votre valeur enviait la défense,
Aimable Chevalier, noble fils de nos Rois,
Au péril de nos jours nous défendrons vos droits.
MONSIEUR reparaît tel qu'il fut dans sa jeunesse,
La bonté dans ses traits se mêle à la noblesse ;
Le beau sexe l'admire et voit encore en lui,
Son aimable vainqueur et son plus cher appui.
La Paix, sous les BOURBONS consolera la Terre,
Mais, si les factieux voulaient encor la guerre,
La Victoire à leur camp volerait à ce cri :
*Vivent l'Honneur, d'ARTOIS, d'ANGOULÈME et BERRI.*
Déjà depuis dix mois et la France et le Monde,
Goûtaient, sous les BOURBONS, la Paix la plus profonde,
Quand le Corse échappé des hauteurs de Saint-Cloud,
Des déserts de l'Égypte et des murs de Moscow,
Infidèle au traité qui lui sauva la vie,
Que le héros dédaigne et que le lâche envie,
S'échappe de son Isle en dépit des Anglais,
Et mouille nuitamment au rivage Français.
Chef d'esclaves séduits qu'il nourrit d'espérance,
De Cannes à Paris, il traverse la France ;
La Terreur le précède et la Honte le suit.
La Paix, à son aspect, avec Louis s'enfuit.
Le Lys majestueux se penche vers la Terre,
Et l'Aigle annonce au loin la Discorde et la Guerre.
Mais cet oiseau de proie, au vol ambitieux,
Est tombé de si haut, en planant sous les Cieux,
Que sa chute est mortelle, et l'éclat de la foudre,
Qu'il lançait à son gré, va le réduire en poudre.
Déjà les Alliés s'avancent à grands pas,
Et l'Europe a sonné l'heure de ton trépas,
Corse odieux.... Eh quoi ! tu ris de sa menace ?
Loin de t'humilier, elle accroît ton audace ?.....
Louis Seize innocent trouva trois cents Bourreaux,
Et la France n'eût pas un seul homme, un héros,
Pour frapper son Tyran, pour alléger la Terre
Du fardeau de ce Monstre en proie à l'Angleterre,
Qui l'enlève à mes yeux, sur son Bellérophon....
Sans être en ce moment politique profond,
Français, voici le sort que le Ciel vous destine :
L'esclavage est le fruit de la guerre intestine.
Désunis , tôt ou tard nous serons partagés.
Réunis aux BOURBONS, nous serons bien vengés ;
Mais de notre bonheur la Paix seule est le gage.
Cependant , savez-vous qui vous tient ce langage ,
Chers Nîmois ! C'est Sacombe, un des mille proscrits ,
Qui naguère fuyait les remparts de Paris.
Dans Saint-Gilles ( du Gard ) jeté par la tempête,
Il crut à son Tyran avoir soustrait sa tête ,
Quand à ses vils agens son nom devient suspect,
Et pour ses cheveux blancs , sans égard, sans respect ,
Fabrègues , et Guinard ; l'hypocrite Beaulieu ,
Vrai Janus à deux fronts ; le traître Mérieu ,
Bonapartiste alors , et couché sur la liste
Des ennemis du Roi ; aujourd'hui Royaliste
A trente six carats ; adroit Caméléon,
Criant vive Louis , vive Napoléon ,
Le livrent à Gilly , qui force son asile ,
Contre toutes les lois. On l'arrête à saint-Gilles ,
On lui fait endurer des tourmens inouis,
Comme Conspirateur
, comme agent de Louis.
Deux cents bourreaux, effroi des Princes légitimes,
Deux cents soldats urbains, engraissés de victimes,
Malgré les saint-Gillois, Royalistes, humains,
Vers l'antique Cité jadis chère aux Romains,
L'entraînent sans pudeur, et le chargent de chaînes,
Au fond d'un noir cachot creusé sous les Arènes,
Repaire abominable, inaccessible au jour,
Des Tygres, des Lions insalubre séjour
.
Cependant accourez, versez des pleurs de joie,
Mères, à la douleur ne soyez plus en proie,
Nos malheurs sont finis. Vos neveux, vos enfans,
Avec les Alliés, sont rentrés triomphans.
Et moi, des bons Français partageant le délire,
Au Temple de la Paix j'ai suspendu ma Lyre ;
Mes doigts voudraient en vain en tirer d'autres sons,
Après avoir chanté le retour des BOURBONS.
J'ai payé mon tribut à la littérature,
Rendu ses droits au sexe et vengé la Nature ;
MUSE, c'en est assez. Vole au sein de tes sœurs,
D'un paisible repos savourer les douceurs.
Accepte mon hommage et ma reconnaissance,
Je n'impute qu'à moi l'esprit d'effervescence,
Que le Temps, la Raison ont blâmé dans mes Chants.
Laisse-moi seul répondre aux discours des méchans.
D'être républicain, un peu tard on m'accuse.
Je le fus à trente ans et voici mon excuse :
J'aime la Liberté, je l'aimerai toujours.
Sans elle, à mon avis, il n'est point d'heureux jours.
Mais ne confondons point la Liberté permise,
La Liberté sacrée, aux seules lois soumise,
Avec cette licence, indomptable et sans frein,
Qui ne veut, qui n'admet ni loi, ni Souverain ;
Le pire des États est l'Etat Anarchique.
Mais après lui, le pire est l'Etat Despotique,
Où les Riches, les Grands sont au-dessus des lois,
Où l'or tient lieu d'honneur, de vertus chez les Rois,
Où sous un Roi pieux, un Prêtre fanatique
Vient me prendre au collet, me dit d'un ton caustique :
Sache qu'Hors de l'église il n'est point de salut ;
Que mon culte est le seul dont le Ciel soit le but.
En voyant expirer la Liberté publique,
Jeune encor, je criais : *vive la République !*
Qu'il *vive*
, *mais qu'il soit le dernier de nos Rois*,
Tout Prince qui de l'homme anéantit les droits.
Un Prince philosophe est assis sur le Trône,
Pour le bonheur de tous, il a ceint la couronne;
Qu'il soit juste et sévère, autant qu'il est né bon,
Et la France avec moi, crîra *Vive BOURBON !*
English text
PROUD Juno, disdained in my verses,
Furious and indignant against Lucina and me,
Jealous to avenge her glory and her influence,
Goes to find Jupiter, caresses him, and says:
Master of the Gods, the Author of a Poem to Lucina,
Whom Apollo, God of Medicine, protects,
Insulting my glory in the abode of mortals,
Has profaned my worship and shattered my altars.
His audacity, attacking your august spouse,
Has depicted me in his verses as proud and jealous,
I, who even to Paris, humbling my pride,
Envied Venus the prize of Beauty,
Only to offer it in homage to the husband I adore,
Whose glorious choice both flatters and honors me;
I, whose ambition had no other goal at all times,
Than to enchain the ardor of his inconstant vows;
I, whose heart, always open to indulgence,
Stifled out of love the voice of vengeance,
Who knows it better than you? The daughter of Daunus,
Amiable and tender sister of the unfortunate Turnus,
Juturna had defiled my nuptial bed;
Far from persecuting my guilty rival,
Forgetting the injurious Love of a husband,
From my profaned bed, I admitted her into the Heavens.
From whom then does an impious and sacrilegious Poet
Hold the privilege to slander me?
Of our son Vulcan, seated in the ranks of the Gods,
He has made an odious portrait in his songs.
My son born of a flower, Mars, the God of war,
Is in his eyes but a monster, a horror to the Earth.
Your honor, invested in avenging mine,
Is doubtless eager to serve my wrath?
But, I wish to owe only to your extreme love,
Which in my eyes balances supreme Authority,
This act of rigor that I implore today,
From an adored husband, my Master and my support.
Jupiter replies to her: the Master of thunder,
Revered in Olympus, in the Underworld, on Earth,
For the honor of his name, beware of doubting it,
Has nothing to fear from Gods and mortals.
One may, without outraging me, tell my chaste wife,
That she is vindictive, proud and jealous.
You protected the daughter of Daunus,
To destroy the Trojans and the son of Venus.
Yes, by you Juturna would have been punished,
Without the hope of saving her brother and Lavinia.
Is it not to the excess of a brutal ardor,
That I must impute the ugliness of Vulcan!
My son driven from Heaven and deprived of ambrosia,
Is the unhappy fruit of your jealousy.
One may therefore, without wounding my glory and my honor,
Sing that my wife has placed all her happiness,
In delivering to the transports of her inhuman rage,
Ino, Latona, Io, Tiresias, Alcmena,
Alcmena, whose son, by his twelve labors,
Merited her favors, and alone of my rivals,
Was admitted to the honor of sharing my bed,
By subduing, as a hero, a fierce virtue.
The Queen of Heaven needed a Hercules.....
However, this impious, audacious Poet,
Whom your arm would already have reduced to dust,
If, docile to your wishes, I had ignited the thunderbolt,
Out of respect for the Gods, feigns to ignore the affront,
With which my perfidious spouse has made my brow blush,
And his discreet Muse has made the Earth believe,
That a flower produced Mars, the God of war.
A flower fecundated my modest better half,
Ah! if I did not heed a remnant of pity,
If I had not admitted into the bosom of my family,
To the rank of the Gods, Alcides, by giving him my daughter;
If I did not love Hebe's worthy and noble spouse,
I would make you feel the weight of my wrath;
But leave Olympus, go to the fields of Olenus
To find, on my behalf, the officious Silenus.
This old Satyr one day, blinded by Love,
Will take revenge on you for the pranks of Aegle.
At these words, with a glance that Jupiter shoots at her,
Juno lowers her eyes and walks away in silence.
When by chance, Themis, the new Code in hand,
Sole benefit of a Tyrant, meets her on the way.
At her amiable appearance, Juno regains courage,
And against her husband lets her rage burst forth,
Swearing by the Styx to punish an Author,
Of whom the Master of the Gods has called himself the protector.
Themis for a long time exiled from France,
Had just been called to the throne of Destiny,
To receive from him this precious Code,
Revered on Earth and sealed in the Heavens.
Accompanying the footsteps of furious Juno,
Deploring her misfortune, sensitive to her disgraces,
Offering a useful aid to her vengeance,
To the Queen of the Gods, Themis delivered this speech.
France has regained Monarchical Power,
But still feels the effects of the anarchic state,
Frightful and bloody reign of the vilest scoundrels.
Without temples, without altars, without laws, without magistrates,
Justice, or rather her artificial image,
Who reigns in my absence and takes the place of justice,
Is Chicanery, offering her venal favors,
To the richest clients, the highest bidders.
This daughter of Hell has chosen for Ministers,
These State Vampires, with sinister faces,
Who under the Kings of France were called Attorneys,
A word synonymous then with brigands, with thieves.
Before I descend to the banks of the Seine,
Deliver to this ignorant, greedy, obscene horde,
The rash Author of your secret troubles,
And have him punished as a Calumniator,
In this Merchant Palace where Chicanery exercises
A frightful brigandage, an infamous commerce;
Upon all her vile henchmen, finally, rain down
Gold, a metal more powerful over them than duty.
I blush at advice which doubtless surprises you,
Coming from me. But, finally, I want, whatever the cost,
To use Chicanery, an odious instrument,
To demonstrate my zeal to the Queen of the Gods.
Themis spoke: and Juno, leaping into her chariot,
Swifter than lightning, thunderbolts, and thought,
Arrives at the Palace of Justice before daybreak.
The lair of Chicanery is in this dark abode.
This frightful monster was sleeping off the wine it drank the night before.
Chicanery falls asleep, but Justice stays awake,
Night and day, attentive to the happiness of humans.
Juno knocks and it is opened. On the fingers of her two hands
Shone eight diamonds of inestimable price.
Chicane appears. How amiable you are!
Said the humble Queen of the Heavens to her, embracing her.
Receive, O Themis! these precious rings,
For your complaisance in anticipating the Dawn,
Without me, your Greatness would be resting still.
But deign to forgive my justified eagerness
For the need to sate a sharp resentment.
And suddenly, in two words, she lays out the affair.
According to your wishes, I can satisfy you,
And second your animosity in everything,
Said the monster, admiring her generosity.
Already in our nets we hold our prey,
And our whole arsenal is deployed against him.
The Mastiffs of the Palace, animated by my voice,
The Solicitor Baudelocque and his famished Clerks,
First go to the Criminal to hunt down our man:
Then the Barker, neighbor of the Place Vendôme,
Will come to flush him out at the civil tribunal,
If he escapes the Jury which appears to waver.
The Mastiff of hell, the frightful Cerberus,
Is but a sheep compared to this angry Dog;
His maw is a volcano, whose eruptions,
Would wither the noble actions of virtues;
The devouring breath of the African Auster,
Parches less the fruits, the harvests in the plain.
He is the Eagle of the Bar for rapacity,
Audacious theft and ferocity.
The rapid eloquence of the famous Tullius,
Would even fall short before his arrogance;
The Author of the Lucina is alone and without support,
For Truth alone is indeed on his side.
But what can this ingenuous girl do in our days,
So unfortunate, alas! that she is said to be entirely naked.
Formerly, she was dear to the famous Advocates.
Patru, Cochin, le Maire adored her charms,
D'Aguesseau, le Normand and Seguier, her oracles,
Guided by Justice, worked miracles,
And never, we are told, in the Temple of Themis,
Was sordid Interest admitted by them.
These fine days are no more. In the century in which we live
Gold is the God of humans, and judges are men.
The sword and the scales, ancient attributes,
Are for cutting the purse and weighing crowns.
Besides, in fine brilliants, I have some knowledge,
And you may count upon my gratitude.
Goddess, said Juno, let me give you further,
As a reward for so much care, with its golden urn,
The enchanting cup of the Divine Hebe;
The nectar one drinks from it gives a sweet intoxication,
And such is its magical power over the senses,
That it leads any Judge to forget his duty.
Truth, Madame, is depicted in this symbol:
Justice is put to sleep with the water of the Pactolus;
And this sweet narcotic is more powerful still,
When Beauty pours it into a cup of gold.
Your eyes and your jewels to Justice herself,
Have already made their supreme ascendancy felt.
There remains one piece of advice, Madame, for me to give you;
The Jury must tomorrow acquit or condemn
The Author of the Lucina. Go, fly, at once,
To the Director whose dwelling is here;
I will, by a note, pave the way for you,
Gold above all, gold, I guarantee success.
The Messenger of the Gods, the God of Eloquence,
Had followed Juno, to serve her vengeance;
This son of Jupiter is the God of thieves,
And no one knows better the tricks of Attorneys.
Queen of the Gods, said he, Juno, leave it to me,
I wish to take sole charge of this matter:
Count on me. Suddenly the happy son of Maia,
Runs to Director Dubois, and deployed
The magical resource of an eloquent speech,
Whose peroration was an enormous purse.
The Magistrate replies: you speak like a God;
But for such a fine speech, this was not the place.
For what is at issue? An act of calumny.
The Accuser affirms it, and the Accused denies it;
However, witnesses, whom one cannot challenge,
Have just testified against the Accuser.
The accused, they say, is truthful in everything,
And I have in hand the legal proof of the facts.
Baudelocque has committed the darkest attack
Against humanity, Science and the State.
If even at this moment the husband of his victim,
Were drafting a complaint, legitimate in my view,
The law whose support Baudolocque invokes here,
In the name of the public good would fall back on him.
To judge this case requires little science,
And I will pronounce, moreover, in good conscience.
But take back this gold, you are mistaken,
Gold, for me, was always an object of contempt;
This metal dazzles, but often it enlightens,
And yours has produced this salutary effect.
It proves clearly, more than your oration,
That Baudelocque is wrong, that Sacombe is right.
Forgive me, said Mercury, taking back the sum,
I did not know that France had an honest man for a Judge.
*It is thus that upon leaving I bid you my farewells.*
He spoke: and immediately the Messenger of the Gods
Goes to find Juno. But already Chicanery
Was filing an appeal, and her profane horde,
Over words, in civil court, was bringing a suit against me.
Do not be disheartened by this bad outcome,
Said Chicanery then to the august Immortal,
Whom she was far from believing and suspecting to be such;
I am going to summon forthwith to the civil tribunal,
This brazen author, this uncivil Poet,
Who treats a Doctor of Saint-Côme as an assassin,
For having made a little gentleman out of a rustic?
Does the French Lucina then have the right
To come and insult Authors in cold blood?
To criticize people, whether in verse or in prose?
To avenge the fair sex, by defending its cause?
To sow doubt and terror in all places?
To love Truth, when man loves Error?
Ah! were its Author at the summit of Parnassus,
I would go drag him from it to punish his audacity.
I am invested in avenging your affront.
If it remained unpunished, another would have the effrontery
To brave Justice and dare to speak ill of her;
Another more bold would not fear to say,
That every night in toque, in simar, in collar,
I hold a bed of Justice, in the bed of Nicolet.
Here below, it is true, every man has his weakness,
Which he takes care to veil. But the truth hurts.
A great example is needed, and I shall draft
The decree that your kindnesses have the right to demand.
Make all your judges propitious to you, however;
See them, and above all think of their fees.
To your generous gifts, to your divine charms,
My faithful subjects will not resist.
Chicanery spoke truly. But let us leave to history
The task of recounting the shameful victory
That the accoucheur of Tardieu won over me,
Thanks to corrupting gold, his Genius and his God.
What noise has been heard? They cry out, they fly to arms.
What Demon in Paris has sown so many alarms?
Delicious abode of Arts, of Games, of Laughter,
Has Dawn brought back for you your final day,
Too guilty City?..... For you, no more indulgence.
Heaven has too long deferred its vengeance.
Avenge yourself, just Heaven, but at least avenge us
On an oppressive Tyrant. The French upon their knees,
Weary of his crimes, deliver the culprit to you,
Whose odious yoke crushes them beneath its weight.
FREDERICK, ALEXANDER, august Allies,
Come break the irons with which our arms are bound.
An ambitious Corsican, of profound audacity,
Has reigned too long, to the misfortune of the World.
Elevated by crime
to the rank of Emperors,
His momentary reign was a century of horrors.
Since the fatal day
when his parricidal arm,
Plunged the homicidal dagger into our hearts,
Day of mourning that should have made him hateful to us,
This monster, at every moment, became more furious.
What evils he has wrought upon my sorrowful Fatherland!
He has indeed punished you for your idolatry,
You, Frenchmen intoxicated by his bloody exploits?
This vile Usurper of the scepter of our Kings,
Promised you happiness!.... He crowned your miseries.
He had your children and your brothers massacred.
The cruel man has changed the fairest Empire,
Into a field of carnage, into a vast tomb.
Our desolate hamlets, our deserted countrysides,
Will long attest to his crimes and our losses.
His rage, sacrificing everything to his barbarous pride,
Has put France in tears, and Nature in mourning.
O Queen of Cities, whom his boasting deceived!
You, whose blindness made all his power,
Open your eyes, at last, and punish his misdeeds;
The World awaits rest and Peace from you.
It cannot enjoy this extreme happiness,
So long as your oppressor holds the diadem.
Dare to declare yourself against your assassin,
The eternal enemy of the whole human race.
Recall your legitimate Prince within your walls,
It is for you, who opened it, to close the abyss.
To put, at last, an end to overly long misfortunes,
And thus to dry up the source of our tears.
At these words, suddenly the eldest daughter of France,
Lutetia, surrounded by the dead and the dying,
Flies to the camp of ALEXANDER and delivers this speech to him,
The course of which her sobs often interrupt.
Worthy heir of the Czars! O magnanimous Prince!
If the love of Glory animates you this day,
Generous conqueror of the hearts of my children,
Come deliver them from an odious Tyrant,
Who, executioner of the French, in the camps of Muscovy,
At the price of all their blood thinks to buy his life.
Too cowardly to die with weapons in hand,
When Honor showed him the path to death.
May he live long enough to see his name and his memory,
Abhorred by the French, whose glory he sullied.
Let him live, and let his heart, steeped in ambition,
Burn in vain with the thirst of this passion.
May he live long enough to see the end of our alarms,
To see the source of our tears finally run dry;
To see all the French happy under the BOURBONS;
What torment could be more frightful for him.
Meanwhile, the unfortunate daughter of our Kings,
Condemned to exile, to sorrows, to tears,
Unceasingly raised her innocent hands to Heaven.
Sovereign arbiter of Kings and of mortals,
Who givest scepters and crowns at thy pleasure,
Who strikest both peoples and thrones at once,
After so many misfortunes, forgive the repentant,
Be moved by my tears and cease to punish.
To expiate the crimes of the misguided French,
Thou didst let innocent victims be sacrificed.
A King, my father and my support, was put to death.
My mother was led to the scaffold after him.
To tears, to exile they condemned his daughter,
Sole unfortunate remnant of an august family.
At the price of all my blood, make the French happy.
Thou didst divide the waters to save the Hebrews,
Thou didst draw Israel from the hands of the infidel,
And thy arm engulfed the rebel Pharaoh;
Drive the Usurper from the throne of David,
Appalling author of the misfortunes of a great people.
LOUIS-THE-BLESSED, from the heights of the Empyrean,
Hears the noble vow of his weeping daughter,
And carries, at that very instant, to the feet of the Eternal,
This virtuous impulse, this solemn tone,
Which alone calmed the wrath of an irritated Heaven.
God places his tutelary Angel beside Kings;
He bewitches the eyes of the destructive Tyrant,
And delivers him to the most fallacious advice.
The Universe is saved. Lutetia is preserved.
*Humanity triumphs and its cause is won*,
Says ALEXANDER-THE-GREAT to King FREDERICK.
Tears flowed from their eyes as they embraced.
Enter, noble Heroes, children of Victory,
Preceded by Peace, accompanied by Glory;
Fly, Parisians. To your liberators,
Offer all in tribute the homage of your hearts.
Here they are within your walls, these hordes of savages,
Whom murders, ravages were to mark.
Fierce as the bear spewed from the Northern seas,
They were to bloody the banks of the Seine,
Burn Paris and raze its walls,
Tear the entrails from a slaughtered France.
Their leaders trampling the monuments of the Arts underfoot,
Were coming to bring the sword, the fire into our ramparts.
Cowardly impostor, you flee before the artillery,
Before the squadrons of their Cavalry,
And in Fontainebleau encircled by the Allies,
Your downed Eagles will be humiliated.
The Tyrant has fallen. France is triumphant,
And gives herself over to the hope that this fall engenders.
Yet, what concerts make these shores resound?
O day of joy! O happiness, O transports!
After twenty years, what cry has just been heard!
Is it true that to our wishes, at last, they will restore you,
Grandson of HENRI-QUATRE? O Louis! O my King!
The French will thus be able to name you without fear?
Long live the ALLIES, FREDERICK, ALEXANDER,
Long live FRANCIS the Second, who blushes at such a Son-in-law.
The Senate has deposed the Corsican usurper,
Dreadful devastator of France at bay.
*He has*, says the Decree, *caused our ruin*,
*Carried into all ranks, Death and Famine;*
*Left without any succor the unfortunate wounded,*
*Buried alive, frozen beneath the snow.*
And you do not sacrifice to the Manes of the victims,
A Monster, whose life is a tissue of crimes?
When the Universe vows him to execration,
What use is it to receive his abdication?
That is not all, in the heart of a foreign land,
For the evils he has done to us, he receives the wages,
And you gorge him with gold, instead of punishing him?
Cowardly as well as barbarous, he did not know how to die.
As long as he lives, Frenchmen, be in alarm,
Considering that he lives only on blood and tears.
But already the Tyrant has fled far from our shores,
May he never disembark in our ports!
Louis's return has been delayed too long;
Ah! far from his children, who then detains a father?....
He crosses the Ocean upon the hearts of the French;
The Bourbons to our wishes are restored forever.
Before their steps I see an immense people,
Who lay at their feet the homage of France.
And Calais, the first, is the happy City,
Which depicts for them the transports of its bliss.
There are feelings that one cannot describe.
At the return of his King, the delirious Frenchman,
In the excess of pleasure cannot express himself,
Intoxicated with a holy transport, he knows only how to love.
Happy Parisians! cease your despondency,
The daughter of Louis, the descendants of HENRI-QUATRE,
Have entered your walls. Hasten to rush forth;
Let love on your brows mingle with repentance.
Console, if possible, your august Princess,
The sight of a happy people will calm her sorrow;
Your respects, your transports anticipating your desires,
Will one day allow her to open herself to pleasures.
Of our cherished King, she is the tender Antigone.
Her noble Piety, her double right to the throne,
Her filial love, and above all her misfortunes,
Grateful Frenchmen, how many claims upon your hearts!
Her husband has conquered the Provinces of the South,
And Toulouse has submitted to the party of our Princes.
From commanders and soldiers he has received fealty.
Bordeaux bursts forth with its love for its King.
Come see again these places so dear to your childhood,
And whose defense your valor coveted,
Amiable Knight, noble son of our Kings,
At the peril of our lives we will defend your rights.
MONSIEUR reappears such as he was in his youth,
Goodness in his features mingles with nobility;
The fair sex admires him and still sees in him,
Its amiable conqueror and its dearest support.
Peace, under the BOURBONS will console the Earth,
But, if the factious should still desire war,
Victory would fly to their camp at this cry:
*Long live Honor, d'ARTOIS, d'ANGOULÈME and BERRI.*
Already for ten months both France and the World,
Were enjoying, under the BOURBONS, the most profound Peace,
When the Corsican, escaped from the heights of Saint-Cloud,
From the deserts of Egypt and the walls of Moscow,
Unfaithful to the treaty that saved his life,
Which the hero disdains and the coward envies,
Escapes from his Isle despite the English,
And anchors by night on the French shore.
Chief of seduced slaves whom he feeds with hope,
From Cannes to Paris, he crosses France;
Terror precedes him and Shame follows him.
Peace, at his appearance, flees with Louis.
The majestic Lily bends toward the Earth,
And the Eagle announces afar Discord and War.
But this bird of prey, in his ambitious flight,
Has fallen from so high, while soaring beneath the Heavens,
That his fall is fatal, and the blast of the thunderbolt,
Which he hurled at his will, will reduce him to dust.
Already the Allies advance with great strides,
And Europe has sounded the hour of your demise,
Odious Corsican.... What! do you laugh at her threat?
Far from humbling you, does it increase your audacity?.....
Innocent Louis the Sixteenth found three hundred Executioners,
And France did not have a single man, a hero,
To strike her Tyrant, to relieve the Earth
Of the burden of this Monster fallen prey to England,
Who carries him away from my eyes, on her Bellerophon....
Without being at this moment a profound politician,
Frenchmen, here is the fate that Heaven destines for you:
Slavery is the fruit of intestine war.
Disunited, sooner or later we shall be divided.
Reunited with the BOURBONS, we shall be well avenged;
But Peace alone is the pledge of our happiness.
Yet, do you know who speaks this language to you,
Dear Nîmois! It is Sacombe, one of a thousand exiles,
Who recently fled the ramparts of Paris.
Cast into Saint-Gilles (in the Gard) by the tempest,
He believed he had saved his head from his Tyrant,
When to his vile agents his name becomes suspect,
And for his white hair, without regard, without respect,
Fabrègues, and Guinard; the hypocrite Beaulieu,
A true two-faced Janus; the traitor Mérieu,
A Bonapartist then, and inscribed on the list
Of the King's enemies; today a Royalist
Of thirty-six carats; an adroit Chameleon,
Crying long live Louis, long live Napoleon,
Deliver him to Gilly, who forces his asylum,
Against all laws. He is arrested at Saint-Gilles,
They make him endure unheard-of torments,
As a Conspirator
, as an agent of Louis.
Two hundred executioners, terror of legitimate Princes,
Two hundred urban soldiers, fattened on victims,
Despite the people of Saint-Gilles, Royalists, humane,
Towards the ancient City formerly dear to the Romans,
Drag him without shame, and load him with chains,
At the bottom of a black dungeon dug beneath the Arenas,
Abominable den, inaccessible to daylight,
Unhealthy abode of Tigers and Lions
.
Yet hasten, shed tears of joy,
Mothers, be prey to sorrow no more,
Our misfortunes are ended. Your nephews, your children,
With the Allies, have returned triumphant.
And I, sharing the rapture of good Frenchmen,
In the Temple of Peace I have hung up my Lyre;
In vain would my fingers draw from it other sounds,
After having sung the return of the BOURBONS.
I have paid my tribute to literature,
Restored its rights to the sex and avenged Nature;
MUSE, it is enough. Fly to the bosom of your sisters,
To savor the sweets of peaceful rest.
Accept my homage and my gratitude,
I attribute only to myself the spirit of effervescence,
That Time and Reason have blamed in my Songs.
Leave me alone to answer the discourses of the wicked.
Of being a republican, they accuse me a little late.
I was one at thirty and here is my excuse:
I love Liberty, I shall love her always.
Without her, in my opinion, there are no happy days.
But let us not confuse permitted Liberty,
Sacred Liberty, subject to laws alone,
With that license, untamable and without restraint,
Which neither desires nor admits law or Sovereign;
The worst of States is the Anarchic State.
But after it, the worst is the Despotic State,
Where the Rich, the Great are above the laws,
Where gold takes the place of honor, of virtues among Kings,
Where beneath a pious King, a fanatical Priest
Comes to take me by the collar, tells me in a caustic tone:
Know that Outside the church there is no salvation;
That my religion is the only one whose goal is Heaven.
Seeing public Liberty expire,
Still young, I cried: *long live the Republic!*
Let him *live*
, *but let him be the last of our Kings*,
Any Prince who annihilates the rights of man.
A philosopher Prince is seated on the Throne,
For the happiness of all, he has donned the crown;
Let him be just and severe, as much as he is born good,
And France with me, will cry *Long live BOURBON!*