Unit 1 · poem · alexandrine · 890 lines
French
Source text
LE Dieu qui des amans unit la destinée ,
A deux Temples fameux pour les nœuds d'hymenée ,
L'un voisin d'Amathonte , est dans ces doux climats ,
Que l'hiver ne souilla jamais de ses frimats.
Sur les murs de ce Temple , Apelle , à la mémoire ,
Des époux fortunés a consacré l'histoire.
Ici , pour dérober un époux à son sort ,
Alceste , sans regret , se dévoue à la mort.
Là , l'aimable Artémise , épouse désolée ,
A l'amour conjugal élève un mausolée ,
Dont la magnificence atteste à l'Univers ,
Le vœu d'éterniser un sinistre revers.
Au tombeau de Mausole , hélas ! prête à descendre ,
D'un époux , à longs traits , elle avale la cendre ,
Et de sa propre vie éteignant le flambeau ,
Elle veut que son corps lui serve de tombeau.
Ici , près de la mer , non loin de Sycione ,
L'amante de Céyx , la plaintive Alcione ,
Ose braver Neptune et les flots en courroux ,
Pour leur ravir le corps du plus cher des époux.
Là , près du fier Hector , on voit Laodamie ,
Du plus hardi des Grecs et l'épouse et l'amie ,
Pleurant Protésilas , sur l'arène étendu ,
Au rivage Troyen le premier descendu.
Orphée ici paraît dans les royaumes sombres ,
Et demande Euridice aux infernales ombres.
Plus loin , c'est Hypermnestre , à ses tendres adieux ,
En faveur de Lyncée intéressant les Dieux.
Là , de riches atours , pompeusement parée ,
Évadné , par la mort , d'un époux séparée ,
Brave de son bûcher les tourmens et les feux ,
Pour s'unir en mourant à l'objet de ses vœux.
Ici , c'est Éponine , à l'échafaud conduite
Pour avoir d'un époux su dérober la fuite ,
Et cacher Sabinus aux regards du vainqueur ,
Au fond d'un souterrain , Temple du vrai bonheur.
Là , par Axiolin , Bassane assiégée
Se rend. De son amour , la Reine est outragée ;
Axiolin l'adore , il tombe à ses genoux ;
Blanche , à ses yeux , s'immole aux manes d'un époux.
Plautius , à la mort d'une épouse adorée ,
Se poignarde , et soudain sa famille éplorée
L'arrête. Vains efforts , il déchire son flanc ,
Et perd en dépit d'elle et sa vie et son sang.
Sous le fer d'un héros , vainqueur des Curiaces ,
Épouse infortunée et sœur des trois Horaces ,
Albine tombe et meurt en invoquant les Dieux ,
Vengeurs de l'hymenée et d'un crime odieux.
A de lâches époux par le Destin unies ,
Plus courageuses qu'eux , les femmes des Minies ,
Des habits de leur sexe osent les revêtir ,
Et des prisons ainsi les forcent de sortir.
Plus loin , le vieux Gracchus , époux de Cornélie ,
Par ses rares vertus , à ses yeux embellie ,
Meurt pour sauver les jours de sa tendre moitié ,
Dont l'âge et les attraits excitent la pitié.
La fille de Caton , digne épouse de l'homme ,
Qui , jeune encor , vengea la liberté de Rome ;
Honneur du nom Romain , l'illustre Porcia ,
Qu'à Brutus , son époux , la mort associa ,
Pour le suivre au tombeau hâtant ses funérailles ,
Boit des charbons ardens qui brûlent ses entrailles ;
Plus courageuse , hélas ! par ce genre de mort ,
Que Caton , dont le glaive a terminé le sort.
Enfin , dans le Parvis de cet auguste Temple ,
De l'Amour conjugal on voit l'illustre exemple.
Philémon et Baucis transformés en ormeaux ,
A l'envi l'un de l'autre enlacent leurs rameaux ;
Ils meurent , et malgré l'écorce qui les presse ,
Leurs cœurs semblent encor palpiter de tendresse.
Dans cet asile heureux consacrant leurs sermens ,
L'amour sert de témoin et de guide aux amans.
De leurs goûts mutuels les douces sympathies ,
Tiennent jusqu'au tombeau leurs ames assorties ,
Et l'hymen protecteur de la Postérité ,
Comble leurs chastes vœux par la fécondité.
Digne fille des Cieux , des mortels honorée ,
Aux rives du Jourdain jadis si révérée ,
Fécondité , tu nais de l'assemblage heureux
De deux tempéramens sains , divers , amoureux.
Arbitre souverain de tout ce qui respire ,
L'air , la terre et les eaux forment ton vaste empire ;
Nuit et jour attentive au bonheur des humains ,
Le monde à chaque instant sort plus pur de tes mains.
La mort moissonne tout sur la terre et sur l'onde ,
Et toi de ses malheurs tu consoles le monde.
Sur l'aride sommet d'un mont toujours glacé ,
De l'hymen , m'a-t-on dit , l'autre Temple est placé.
De nœuds mal assortis et d'époux infidèles ,
L'art d'Euxis y traça les plus affreux modèles.
Là , par l'Araxe , aux yeux d'un époux forcené ,
De Zénobie en pleurs le corps est entraîné.
Ici, d'Agamemnon, l'épouse criminelle,
Jure au coupable Egyste un amour plus fidèle.
Là, Phèdre, après la mort d'un fils trop vertueux,
Découvre à son époux ses feux incestueux.
Plus loin, Sémiramis suit Ninus dans la tombe,
Par Ninias frappée elle chancelle et tombe.
La veuve de Laïus, ici sur un tombeau,
D'un exécrable hymen allume le flambeau.
Des remparts d'Ilion, l'audacieuse Hélène,
Suit des yeux Ménélas, tandis que dans la plaine,
Achille, de courroux encore étincelant,
Traîne à son char, d'Hector le corps pâle et sanglant.
On voit, non sans frémir, de sang encor fumantes,
Des enfans d'Égyptus les perfides amantes,
Qui pour avoir souscrit à l'ordre paternel,
Subissent aux Enfers un supplice éternel.
Du Démon de la rage en secret possédée,
L'épouse de Jason, l'exécrable Médée,
Se livrant aux accès de ses transports jaloux,
Égorge ses enfans aux yeux de son époux.
Enfans infortunés ! innocentes victimes !
De nœuds mal assortis, ô fruits trop légitimes !
De votre sort du moins n'accusez pas Jason,
Mais un monstre infernal vomi dans sa maison.
D'un monstre plus affreux, plus cruel que Médée,
L'épouse de Jason me retrace l'idée,
Pour briser de l'hymen les nœuds mal assortis,
Riobon fit périr et sa fille et son fils.
Ce Temple où tout inspire et l'horreur et la crainte,
Du céleste courroux porte en tous lieux l'empreinte,
L'Ambition, l'Orgueil, l'Intérêt sont les Dieux
Qui sans cesse occupés de calculs odieux,
Y règlent le destin de mille infortunées,
Par de parens cruels à l'autel entraînées ;
L'Amour né sans fierté, l'Amour né généreux,
Qui sait que la grandeur, que l'or fait peu d'heureux,
Gémit tout bas assis à la porte du Temple.
Plus d'une jeune épouse en sortant le contemple,
Et lui sourit. L'Amour se glisse, et dans son cœur,
Aux yeux d'un vieil époux enfonce un trait vainqueur.
De concert avec lui, la Nature indignée
De se voir en esclave aux autels dédaignée,
Livre son cœur volage à l'infidélité,
Et son cœur jeune encore à la stérilité.
Oui, la stérilité, fléau si redoutable,
Est de nœuds mal tissus l'effet inévitable.
Comme tout sol fécond n'est pas propre à tout grain,
Et qu'un agriculteur doit savoir du terrain,
Avant d'ensemencer, distinguer la Nature,
La force, la couleur, les fruits et la culture,
Ainsi toujours l'hymen doit faire un heureux choix,
De tempéramens sains, au besoin chauds ou froids ;
Consultez donc les lois de la progéniture,
Avant d'ensemencer le champ de la Nature.
Il est un art heureux d'assortir les époux,
Que Lucine, en secret, ne confia qu'à nous.
Viens apprendre à choisir, digne chef de famille,
Une épouse à ton fils, un époux à ta fille ;
Sois docile, et le ciel, bientôt comblant tes vœux,
Daignera t'accorder d'innombrables neveux.
Veux-tu qu'après neuf mois ta fille enceinte engendre ?
Au gré de ses souhaits, adopte pour ton gendre
Un jeune homme au teint frais, un beau brun au long nez,
Dont les sourcils épais en double arc dessinés,
Ombragent deux yeux noirs, roulant sous la paupière,
Qui, rivaux du soleil, affrontent la lumière,
Dont la voix et l'air mâle attestent la vigueur.
Mais fuis ces Damoiseaux à l'œil plein de langueur,
Ces Lindors, si communs dans le siècle où nous sommes,
Dont l'air efféminé fait douter s'ils sont hommes ;
Qui, la guitare en main, sur des airs langoureux,
S'épuisent à chanter leur délire amoureux,
Et les feux dont leur ame est en vain consumée ;
Feux follets qui soudain s'exhalent en fumée,
Quand l'hymen trop crédule exauçant leurs désirs,
Rougit de leur faiblesse au sein des vrais plaisirs.
Cependant nous voyons au sein même des villes,
Moins d'époux impuissans, que d'épouses stériles ;
Ou trop de sécheresse, ou trop d'humidité,
Nuit souvent, chez le sexe, à la fécondité.
La chaleur excessive, ou l'humeur lymphatique,
Etouffent dans son sein la liqueur prolifique.
Le bain chaud, l'exercice et la sobriété,
Ont souvent triomphé de la stérilité.
Fais donc choix d'une Bru jeune, vive et gentille,
Que dans ses yeux brillans le feu d'amour pétille,
Qu'elle soit sobre, swelte et ne gémisse point,
Dans sa courte grosseur, sous l'excès d'embonpoint.
Surtout que chaque mois Diane et la Nature,
D'un sang pur et vermeil rougissent la ceinture,
Qui des charmes secrets voile la nudité.
Ce signe est le garant de la fécondité.
C'est peu pour deux époux de n'être point stériles,
Leurs approches souvent peuvent être inutiles ;
Alors de leurs humeurs rétablissant le cours,
L'art, peut à la Nature offrir d'heureux secours.
Une femme célèbre, entre les Rois illustres,
La Reine Médicis, pendant plus de deux lustres,
Ne put avoir d'enfans. Cependant le Dauphin
N'était pas impuissant. On le sait. Mais enfin,
D'avoir des rejetons perdant toute espérance,
Henri, d'un monstre impur, allait purger la France,
Quand le Docte Fernel, sur sa stérilité,
Par le couple Royal fut un jour consulté.
Docteur, lui dit Henri, commande à la Nature
D'accorder à nos vœux de la progéniture,
Et d'une Race auguste ayant quelque pitié,
Fais un petit Valois à ma tendre moitié.
Prince, reprit Fernel, c'est à vous de le faire,
Trop heureux si mon art a, pour vous satisfaire,
Un moyen efficace et propre à seconder
L'instant, le mode heureux qui doit la féconder.
Médicis à regret, jusqu'alors inféconde,
Grâce au Docte Fernel, mit cinq enfans au monde.
Charles neuf dut le jour à ce rare bienfait,
Qui pour l'humanité devait être un forfait.
Médicis, au Docteur, avec reconnaissance,
De chacun de ses fils acheta la naissance,
Dix bons mille écus d'or donnés sans nul regret.
Peut-on payer trop cher un si rare secret ?
Cependant chaque auteur, a sur cette aventure,
D'après ses préjugés, fondé sa conjecture.
L'un pense que Fernel, par de très-prompts secours,
De ses *Mois* supprimés sut rétablir le cours.
L'autre croit qu'au Dauphin un avis salutaire,
Apprit l'instant propice à l'amoureux mystère.
Enfin, quelques auteurs ont cru sans fondement,
Qu'Henri vit Médicis pendant l'écoulement.
Femmes , qui désirez de la progéniture ,
Durant le cours des _Mois_ respectez la Nature ;
Le fils de Jupiter , Vulcain ainsi conçu ,
Vint au monde impotent , cul de jatte et bossu.
Entre son dos saillant et sa poitrine informe ,
Sur son cou , court et gros , se meut sa tête énorme.
De ses yeux larmoyans , de cire environnés ,
Découlent deux ruisseaux qui , cotoyant le nez ,
Vont parallèlement se perdre dans la bouche.
Son nez toujours sifflant , plein d'humeur qui le bouche ,
S'allonge , et se courbant en bec de perroquet ,
Sur son menton fourchu tombe ainsi qu'un loquet.
De l'une à l'autre oreille , infernale caverne ,
Sa bouche offre en s'ouvrant l'image de l'Averne ,
Gouffre impur , dont l'épaisse et noire exhalaison ,
Change l'air qu'il respire en un mortel poison ;
A l'émail de ses dents donne une teinte jaune ,
Et peint en noir d'ébène une langue d'une aune.
A deux bras décharnés pendent dix doigts crochus.
Son tronc a pour soutien deux pieds plats et fourchus.
Du portrait de Vulcain c'est l'esquisse fidèle.
Jupiter , à l'aspect de cet affreux modèle ,
Fronce ses noirs sourcils. Fils indigne du jour ,
Ne déshonore plus le céleste séjour ,
Dit-il , et sans pitié , le Maître du tonnerre ,
Soudain du haut des cieux le lance sur la terre.
Ce malheureux enfant , perclus , estropié ,
Dans les flancs de l'Etna se traîne sur un pied.
Forgeron de l'Olympe , à Lemnos , à Lipare ,
Il vend à Jupiter les carreaux qu'il prépare ,
Et vend plus cher encor , aux malheureux humains ,
Les _Forceps_ , les crochets , ouvrages de ses mains ,
Que Levret a transmis à sa secte inhumaine ,
Pour peupler des enfers le vaste et noir domaine.
Cependant ce Vulcain , digne objet de mépris ,
Par sa difformité , fut l'époux de Cypris.
Vénus avait alors son empire à Cythère ,
Et seule y présidait à l'amoureux mystère ;
Le petit Dieu malin , Intendant de sa cour ,
Et Roi de l'Univers , n'avait pas vu le jour.
Les Plaisirs , les Attraits , les Jeux , les Ris , les Grâces ,
De la fille de l'onde accompagnaient les traces ,
Paris lui décerna le prix de la Beauté ;
Junon à la prière abaissant sa fierté ,
Pour plaire à Jupiter par sa riche parure ,
A sa rivale un jour emprunta la ceinture ;
A l'épouser les Dieux mettaient tous leur bonheur ,
Mais Vulcain seul obtint ce dangereux honneur.
Malheur à tout Vulcain , d'humeur sombre et jalouse
Assez fou , pour choisir la Beauté pour épouse.
Pour son mari Vénus eùt tant d'aversion ,
Qu'elle assouvit de Mars l'ardente passion.
De Vénus et du Dieu qui préside à la guerre
Naquit l'Amour , Tyran du ciel et de la terre ,
Et qui sur les Dieux même , établissant ses droits ,
Reconnaît pour sujets les bergers et les Rois.
Vulcain qui les surprit , eût fait mieux de se taire ,
Au lieu de publier cet amour adultère ,
Dont les Dieux satisfaits rirent à ses dépens ,
Ce qui rendit depuis les époux plus prudens.
Vulcains hargneux ! autant vous en pend à l'oreille ;
Ne soyez point jaloux , ou craignez la pareille.
Femmes , songez-y donc. Le plus grand des chagrins ,
Pour une mère tendre est d'avoir des Vulcains.
Eh ! quels droits avez-vous à la reconnaissance
D'un enfant qui maudit le jour de sa naissance ,
Et qui par sa faiblesse et ses infirmités ,
Ajoute encore au poids de nos calamités.
Ah ! craignez que du sang abjurant la tendresse ,
Ce fruit trop malheureux d'une amoureuse ivresse ,
De ses concitoyens jouet infortuné ,
Ne vous punisse un jour du malheur d'être né.
Ainsi , pour se venger d'un destin peu prospère ,
Vulcain osa servir le courroux de son père.
Des enfans de Titan , armés contre les Cieux ,
Vulcain avait flatté l'orgueil ambitieux.
Jupiter , des Géans extermina la race ,
Et voulant d'une épouse humilier l'audace ,
Les bras chargés de fers et sourd à la pitié ,
Il suspend dans les airs sa perfide moitié.
Vulcain , pour se venger de sa laideur extrême ,
Forgea ses chaînes d'or et les riva lui-même.
Les jours les plus heureux pour la conception ,
Sont les huit qui des *Mois* suivent l'éruption.
D'abord d'un sang impur la matrice allégée ,
A bien plus de ressort, d'un tel poids soulagée ;
De plus , dans cet état , l'embrion fécondé ,
Dans son accroissement est bien mieux secondé.
Cependant , gardez-vous de croire à l'Imposture ,
Qui prétend à ses lois asservir la Nature.
Enfans des préjugés , trop crédules esprits ,
Victimes d'une erreur digne de vos mépris ,
Loin d'outrager le Ciel par des vœux sacriléges ,
Riez des enchanteurs et de leurs sortiléges.
Des esprits infernaux les décrets rigoureux ,
Ne sauraient *enchanter* un époux vigoureux ,
Qui fier de sa conquête et plein de son image ,
Vient au Dieu d'hymenée offrir un pur hommage.
D'une jeune Beauté les charmes ravissans
Rendraient de Belzébut les charmes impuissans.
Un vieil époux sans force auprès de sa conquête ,
Inventa le premier les nœuds de l'aiguillette ,
Et par un vain détour à sa jeune moitié ,
Voulut en sa faveur inspirer la pitié.
Sensible à son malheur, sa crédule compagne ,
Va , de Millepertuis , dépouiller la campagne ,
En mêle avec la Rhue , et peint tout son manoir ,
Avec la graisse d'ours , de loup et de chien noir.
Aux quatre pieds du lit, en invoquant Hercule ,
Sa main , d'un jeune coq , suspend un testicule ,
Et prononce sept fois , quatorze mots écrits ,
Avec du sang de biche et de chauve-souris.
Mais honteux d'abuser de la foi conjugale ,
Le vieux Tithon consent qu'on le change en cigale.
Je reconnais , dit-il , trop tard , que la Beauté
Exige avec raison la force et la santé.
Respectables vieillards , si votre cœur recèle ,
De vos feux mal éteins quelque faible étincelle ,
N'allez pas de l'hymen rallumer le flambeau ,
Votre lit nuptial serait votre tombeau.
Et vous , de l'intérêt déplorables victimes ,
Rougissez de brûler de feux illégitimes.
La honte suit le crime , et toujours le mépris ,
Le remords , l'infortune en sont le digne prix.
Si du moins , dites-vous , contre toute apparence ,
D'être mères un jour la flatteuse espérance ..... !
Voulez-vous l'être ? Eh bien ! il ne tiendra qu'à vous.
Junon , sans le secours de son auguste époux ,
Mais non sans l'étonner, Junon, chaste et féconde,
A sa barbe, à son nez, mit le Dieu Mars au monde.
L'impartialité de l'histoire est la sœur.
Dans cet assaut d'enfans, Jupin fut l'aggresseur ;
Il faut en convenir, et mainte honnête épouse,
Peut-être en pareil cas eût été plus jalouse.
Jupin, par un prodige admirable et nouveau,
Avait tiré Pallas de son fécond cerveau.
Vulcain, d'un coup de hache, en cette conjoncture,
Du crâne paternel rompant chaque suture,
Des pubis, à Sigaud, plus rusé qu'inhumain,
Fraya, sans le vouloir, le dangereux chemin.
Junon qui savait comme et par où l'on accouche,
Pensa qu'une rivale avait souillé sa couche.
La vengeance, dit-on, est le plaisir des Dieux,
Maîs sans ternir l'éclat de son front radieux,
Comment de Jupiter ? Elle va trouver Flore.
Accordez à mes vœux la grâce que j'implore,
Déesse, lui dit-elle... Une grâce, ordonnez,
De fleurs sans nombre, ici, vos champs sont couronnés,
Chacune a ses vertus. En existe-t-il une
Dont la propriété, sans doute peu commune,
Pût sans autre secours me faire concevoir ?
Reine des cieux, dit Flore, il est en mon pouvoir
De remplir vos souhaits. Allez aux champs d'Olène,
Au coucher du soleil. Là, le bon vieux Silène,
A qui j'ai confié le soin de cette fleur,
Vous la fera toucher, et sa douce chaleur,
Par un charme inconnu, par un pouvoir magique,
Vous transmettra soudain sa vertu prolifique.
Junon part. Le soleil, dans le sein de Thétis,
Avait caché l'éclat de ses feux amortis.
Elle arrive. Silène en son champ la reçoit ;
Junon presse la fleur de ses doigts , et conçoit.
Ainsi pour se venger du Maître du tonnerre ,
Junon mit seule au jour , Mars , le Dieu de la guerre.
Monstre , qui te repais de carnage et de sang ,
Tigre , qui nous souris en nous perçant le flanc ,
Des Dilapidateurs Divinité chérie ,
Dis-moi donc quels forfaits a commis ma patrie,
Dont ton bras forcené , sous un glaive assassin ,
Se plaît depuis vingt ans à déchirer le sein ?
N'est-ce donc point assez que l'affreuse Anarchie ,
Sur les débris du trône et de la Monarchie ,
Organisant le meurtre avec impunité ,
Ait fait , au nom des lois , frémir l'humanité ?
Vois ces monstres gorgés de sang et de rapines ,
Insulter à la France , assis sur ses ruines ,
Et vouer au trépas tous ceux qui de Brutus ,
Refusent d'imiter les farouches vertus.
Veux-tu du sang ? Eh ! bien , digne appui de sa gloire,
Va seconder Carrier aux rives de la Loire.
Protecteur d'un bourreau , du front de nos guerriers ,
Détache en rougissant quelques faibles lauriers.
Je verrai pour l'honneur de ma triste Patrie ,
Renaître les Beaux-Arts dont la gloire est flétrie ,
Et la France en dépit de toi, de tes noirceurs ,
D'une éternelle paix goûtera les douceurs.
Mais que fais-je ? où m'égare , ô sexe que j'adore !
Ce trop juste transport contre un Dieu que j'abhorre ?
De la magique fleur qui féconda Junon ,
Femmes , en rougissant , vous demandez le nom ?
Au coucher du Soleil , allez aux champs d'Olène ,
Le demander tout bas au bon homme Silène ,
Pour moi, sans en savoir le nom, ni la couleur,
Je crois qu'un beau Narcisse est cette heureuse fleur.
Mais que dis-je? à quoi bon voler aux champs d'Olène,
Pour ravir son secret au bon homme Silène,
Quand le sexe fidèle à la virginité,
Peut cueillir les doux fruits de la maternité.
Le grand Thomas d'Aquin, céleste régnicole,
Cet aigle des Docteurs, cet Ange de l'école,
Si fécond en écrits, par l'Esprit saint dictés,
En sa *Somme* éternelle entr'autres vérités,
Nous dit ingénûment qu'en l'état d'innocence,
La femme concevait seule et par l'influence,
De l'esprit qu'enflammait l'imagination,
Mais, qu'après le péché, la génération
Exigea le concours des femmes et des hommes,
Que Dieu pour nous punir nous fit tels que nous sommes.
Cependant, à Grenoble, un arrêt solennel,
Donne à ce saint Docteur un démenti formel.
Par arrêt de la Cour, la Dame d'Aiguemère,
D'un légitime enfant fut bien et dûment mère,
Quoique son cher époux riche et féal Seigneur,
Absent depuis quatre ans n'en pût être l'auteur.
De ce fameux procès j'extraits, en pur sommaire,
La déposition de la Dame Aiguemère.
Au mois de juin, en proie à la chaleur du jour,
Je regagne à minuit mon champêtre séjour ;
D'un époux, tendre objet de ma sollicitude,
Le souvenir d'abord charme ma solitude,
Mais bientôt de l'absence éprouvant les tourmens,
La Vérité fait place à l'erreur d'un moment.
Je me couche. Un seul drap ma simple couverture,
Sur mes genoux errait, flottait à l'aventure.
Bientôt sur moi , Morphée agitant ses pavots ,
Je goûtai les douceurs d'un paisible repos.
Je rêvais d'Aiguemère. Un rêve est un mensonge ,
Cependant cette fois je fus heureuse en songe ,
Puisque rêve jamais n'eut un plus doux succès.
Ma fenêtre aux zéphirs laissait un libre accès ,
Par leur souffle amoureux en rêvant secondée ,
Dans les bras d'un époux je me sens fécondée.
La Dame paya cher un instant de bonheur ,
Deux monstres en justice attaquant son honneur ,
Et niant qu'on pût faire un enfant par pensée ,
La traitent à l'envi de Catin , d'insensée ;
Mais le Sénat vengeant sa réputation ,
Détruit par un arrêt cette imputation.
Les deux accusateurs sont déclarés infâmes ,
Et la Dame aux zéphirs la plus chaste des femmes.
Aux zéphirs amoureux , rivaux de vos maris ,
Fermez vos contrevents , Lucrèces de Paris ;
Les zéphirs libertins , au sein même des Grâces ,
De leurs folâtres jeux laissent souvent des traces ;
L'enfant tient de sa mère , et l'on sait que Cloris
Fut , dans les jeux d'Amour , l'émule de Cypris.
Cloris eut la Beauté , les Grâces en partage ,
Ce n'est pas tout encore , à ce double avantage ,
La fortune avait joint les trésors de Plutus ,
Et ces dons à Cloris tenaient lieu de vertus ,
Ornemens du beau sexe et garans de sa gloire.
Cependant le Sénat consacra sa mémoire ;
Héritier de ses biens et de ses revenus ,
Il mit au rang des Dieux la terrestre Vénus ,
Et sous le nom de Flore , amante de Zéphire ,
Cloris , Reine des fleurs , obtint un vaste empire ,
Tandis que ses enfans , en cent climats divers ,
Dans leurs folâtres jeux fécondent l'Univers.
Mais laissons les zéphirs et leurs amours futiles ,
Aux progrès de mon art mille fois moins utiles ,
Que tant d'autres objets curieux , importans ,
Auxquels déjà ma Muse a ravi trop d'instans.
Les Titans orgueilleux , fiers enfans de la terre ,
A Jupiter un jour déclarèrent la guerre.
Soudain ces scélérats , Géans audacieux ,
Entassant monts sur monts , escaladent les cieux.
Jupiter , comme un fou , rit , du haut de l'Olympe ,
De voir Cacus grimpant qui s'abat et regrimpe.
Ancelade , Egéon au combat acharnés ,
Qui font voler Ossa , Pélion à son nez.
Lorsqu'à travers les airs se frayant une route ,
Typhée , homme et serpent , fend la céleste voûte,
Et de sa tête énorme épouvante les Dieux ,
Qui , sans prendre congé , sans faire leurs adieux ,
Dans l'excès de leur crainte , hors d'état de combattre,
Laissent Typhée au ciel faire le diable à quatre ,
Et du vaillant Bacchus , indignes compagnons ,
Vont de l'heureuse Egypte habiter les oignons.
Jupin , dit Evohé , ta troupe déménage ,
Prends y garde , et ceci n'est plus un badinage ;
Fais voir à ces faquins , qu'à ta Divinité ,
On n'insulta jamais avec impunité.
Il dit : au même instant le Maître du tonnerre ,
Indigné du combat des enfans de la terre ,
Tonne , gronde , et sa foudre , au milieu des éclairs ,
Vole , atteint , frappe , abat les Géans dans les airs.
Ils roulent. Avec eux roulent dans les campagnes ,
Mille rochers fumans , mille énormes montagnes ,
Qui des Titans vaincus, l'un sur l'autre entassés,
Entraînent avec eux les membres dispersés.
Le Tout-Puissant, le Dieu que tout chrétien révère,
Pour les fils de Noë se montra moins sévère,
Quand d'un monde nouveau fortunés habitans,
On les vit follement imiter les Titans,
Et construire une Tour dont la cime orgueilleuse
Devait frayer du ciel la route périlleuse.
Dieu, qui voit des humains les projets insensés,
Rendit vains tout-à-coup leurs travaux commencés;
Chacun d'eux oubliant sa langue maternelle,
Parlait sans s'en douter une langue nouvelle,
Et malgré mille efforts, mille soins superflus,
Ils se nuisaient l'un l'autre et ne s'entendaient plus.
Ainsi Babel, objet de leur folle espérance,
Devint un monument d'orgueil et d'ignorance.
En ceci la Nature imite son Auteur,
Quand de l'art le plus simple élevant la hauteur,
D'accoucheurs ignorans une horde assassine,
Veut soumettre à ses lois le Génie et Lucine,
La Nature se venge en rendant leurs soins vains,
Et d'erreur en erreur conduit ces écrivains ;
Ils ne s'entendent plus, et leurs doctes mensonges,
Examinés de près, ne sont que d'heureux songes.
Apollon, qui jadis, sous leurs antres fumeux,
Engloutis ces Géans, ces Cyclopes fameux,
Forgerons de Vulcain, artisans de la foudre,
Dont les éclats vengeurs avaient réduit en poudre
Esculape, ce fils, si cher à ton amour,
Qui rendit Hippolyte à la clarté du jour,
Pour l'honneur de ton art, Dieu de la Médecine,
Apollon, venge enfin la Nature et Lucine,
Engloutis ces Vulcains, ces Cyclopes nouveaux,
Des fils de Polyphême audacieux rivaux ;
Et si pour t'en punir, le Maître du tonnerre,
Une seconde fois te bannit sur la terre,
Ne va plus te cacher aux bords Théssaliens,
Viens m'aider à dompter les fiers Césariens,
Dans l'antique Lutèce, exerçant leurs ravages,
De ces tigres cruels purge enfin ces rivages ;
Viens du commerce heureux des neuf savantes sœurs,
Nous apprendre à goûter les paisibles douceurs,
Et consoler enfin les enfans du Génie,
Qui des arts et des mœurs maintiennent l'harmonie.
Amis de la Nature et de la Vérité,
Vous, dont les noms transmis à la Postérité,
Seront avec respect consacrés par l'histoire,
Nous venons dans ce temple, asile de la gloire,
Méditer à vos pieds vos sublimes écrits ;
Puisse votre génie embraser nos esprits !
Adorez Hippocrate, élèves de Lucine.
Oracle en Chirurgie, oracle en Médecine,
Il posa de votre art les premiers fondemens,
Et tira du cahos l'art des accouchemens.
Il est vrai qu'il commit une erreur capitale,
Qui fut à la science, au sexe bien fatale.
Hippocrate n'admet qu'un seul accouchement
Naturel. Quand la tête, avant l'enfantement,
Nous dit-il, se présente au col de la matrice,
Et que le sinciput dilate l'orifice.
C'est une erreur ; et Celse apprend que sans danger,
Les enfans par les pieds peuvent se dégager.
Toujours de la Nature interprète fidèle,
Paul-d'Egyne, après lui, surpassa son modèle.
Prudent , judicieux , savant observateur ;
Il déchira le masque au front de l'imposteur ;
Bannit des instrumens l'appareil formidable ,
Et remit le travail aux mains d'un sexe aimable :
Il eut des ennemis , mais le profond savoir ,
La vertu , les talens sont faits pour en avoir.
Rhodion à son tour imita Paul-d'Egyne.
Ce Médecin célèbre , Allemand d'origine ,
Connut , pratiqua l'art , l'enrichit d'un Traité
Plein de précision et d'ordre et de clarté.
Le spasme , le travail , la perte , le délivre ,
Le fétus mort à fond sont traités dans son livre.
Moschion plus exact dans ses descriptions ,
De la femme en travail peint les positions ;
Du reste , en méditant sa sublime doctrine ,
On croit lire à la fois Rhodion , Paul-d'Egine.
Albucasis.... Ah ! Dieux , je sens mon cœur frémir ;
J'entends à son nom seul l'humanité gémir.
Celse , en Maître de l'art , en dirigea l'étude ;
Des femmes en travail , il fixe l'attitude.
Du crochet déjà né partisan malheureux ,
Au moins il en défend l'abus trop dangereux.
Il apprend à porter d'une main protectrice ,
Le perfide instrument au fond de la matrice ,
A respecter ses bords , inévitable écueil ,
En saisissant l'enfant par la bouche ou par l'œil.
Avicenne au fétus fit une ligature ,
Et le forceps en main tourmenta la Nature.
Mauriceau mérita sa réputation ,
A force de forger il devint forgeron ;
En filou très-adroit il fit la Médecine ,
Et ses heureux larcins ont enrichi Lucine.
Mais la Postérité ne lui pardonne pas
D'avoir livré sans honte, à la faux du trépas,
Une femme en travail pour punir Chamberleyne,
De s'être cru plus fin qu'un renard de la Seine.
Ses œuvres à mes yeux n'en ont pas moins de prix,
Mais j'ai pour leur auteur un souverain mépris ;
Mauriceau tout couvert du sang de sa victime,
M'épouvante, et jamais n'obtiendra mon estime.
Paul-Portal, vrai, naïf et sans prétentions,
N'a point enrichi l'Art par ses inventions.
Mais j'estime un Auteur qui, modeste et sincère,
Me dit ce qu'il a fait et non ce qu'il faut faire.
Peän suivit la Nature, et vrai praticien,
Ne traita point Lucine en mécanicien.
Attendons, disait-il, ses ordres en silence,
Attendons, car plus fait douceur que violence.
Amand, par ses erreurs, vend cher la vérité,
Mais pourquoi le juger avec sévérité ?
L'astre le plus brillant a toujours quelque tache,
Toujours au fond du puits la vérité se cache.
Il brisa les crochets de ses puissantes mains,
Et n'employa jamais des moyens inhumains.
Deventer vit partout une matrice oblique,
Et son fantôme vain fut son obstacle unique.
On dirait qu'il a fait son ouvrage en rêvant.
C'est don-Quichotte armé contre un moulin à vent.
Viardel fit un livre, et sans vouloir médire,
Aux élèves de l'Art il faudrait l'interdire ;
C'est pour eux en effet un dangereux Auteur.
Le Docteur Ranchéri n'est pas plus radoteur ;
Ah ! qu'il connaissait bien les sottises vulgaires,
Cet impayable Auteur des Erreurs Populaires.
Aussi parmi les sots tient-il un riche rang,
De l'Immortalité ce chef-d'œuvre est garant.
Trop heureux si toujours amoureux de lui-même,
Narcisse, il n'eût pas fait une imprudence extrême,
D'attaquer méchamment qui ne lui disait rien,
Et qui se rit de lui l'ANTI-CÉSARIEN.
Viardel dit qu'un monstre est un effet funeste,
Des forfaits des mortels et du courroux céleste.
Il a fixé l'époque, où de secrets ressorts,
Par d'invisibles nœuds unissent l'ame au corps.
Accoucheur peu galant il pense et dit que l'ame
Est plus lente à germer dans le corps de la femme.
Suivant l'opinion de ce Docteur instruit,
L'enfant vit à sept mois, et ne peut vivre à huit.
A l'en croire, avec art, de sa main protectrice,
Sans nul danger, du corps, il extrait la matrice.
En lisant son ouvrage on n'est pas peu surpris,
Que cet homme ait été célèbre dans Paris....
Pourquoi s'en étonner ? est-ce un si grand miracle ?
Baudelocque, à Paris, fut jadis un Oracle.
Que fit-il ? bien du mal. Que savait-il ? rien, rien.
Mais il fut intrigant, riche et Césarien.
Lamotte, habile, adroit, doué d'intelligence,
A rédiger les faits, mit trop de négligence,
Ou peut-être le temps ne lui permit-il pas
De peindre la Nature avec tous ses appas.
Ould, savant dans son art, avec l'œil du Génie,
Porta sur le bassin le compas d'Uranie,
En fixa l'étendue, et ce premier pas fait,
Fut pour l'Art un prodige et pour l'homme un bienfait.
Mesnard, des accoucheurs guide sage et fidèle,
N'est pas des Ecrivains le plus parfait modèle.
Astruc, astre brillant paraît sur l'horizon,
Et ramène avec lui, le jour de la raison,
Protecteur du beau sexe, il l'instruit, l'encourage,
Et cherche à le venger d'un sexe qui l'outrage.
Clément dût au hasard sa vogue et son crédit,
Il enrichit moins l'art, que l'art ne l'enrichit.
Accoucheur des Laïs, en dépit de Lucine,
Clément fit fortune où..... maint amant se ruine.
Puzos, par Morizot, avec soin rédigé,
Nous offre de son art un utile abrégé.
Smellie aidé par Ould, décrit, demontre en maître,
Les détroits du bassin et chaque diamètre,
Mais Jouhson son disciple, à travers le bassin,
Suit en vain le fétus dans sa route hors du sein ;
Et cependant Smellie eut peu de renommée ;
Des accoucheurs savans sa pratique estimée,
Dans sa patrie ingrate eut peu de partisans.
Les mécaniciens sans génie, artisans,
De ses talens jaloux, redoutant pour modèle,
De la simple Nature, une esclave fidèle,
Rabaissaient sa pratique aux yeux des ignorans,
Et lui fermaient ainsi tout accès chez les grands.
Tes rivaux ne sont plus, ô Smellie! et l'histoire,
Qui grava tes écrits au Temple de mémoire
N'a pas daigné trausmettre, aux siécles à venir,
Le nom de ces Intrus que l'oubli doit punir.
Levret né sans talens dût tout à la fortune,
Que l'aspect d'un savant, déconcerte, importune,
Et qui par un caprice ordinaire à Paris,
Parmi les ignorans choisit ses favoris.
De quel droit dans la tombe où repose sa cendre,
Pour la troubler aiusi, cherchez-vous à descendre ?
De quel droit ? De celui qu'a la Postérité,
De venger les affronts faits à la Vérité.
Voulez-vous des Intrus , multiplier le nombre ?
Payez les bien vivans ; morts, respectez leur ombre:
De l'Égypte adoptons l'utile préjugé,
Qu'au jour de son trépas chaque auteur soit jugé ,
Et si dans ses écrits il brava la Nature ,
Que son nom soit l'effroi de la race future.
Quand de mes jours la Parque éteindra le flambeau,
Jeunes praticiens , venez sur mon tombeau,
Venez , et si l'orgueil, l'Intérêt, l'imposture ,
M'ont fait donner à l'art , bien plus qu'à la Nature,
Si j'ai trompé mon siècle et la Postérité,
Qu'on me voue au mépris que j'aurai mérité.
Mais si j'ai terrassé la horde infanticide ,
Si la massue en main , à l'exemple d'Alcide ,
Des brigands de mon art, j'ai purgé l'Univers ,
Qu'on honore ma tombe en y gravant ce vers ,
_Sacombe à la Nature a consacré sa vie._
Cet éloge flatteur et le seul que j'envie.
De Levret aujourd'hui je m'érige en censeur ,
Et serai peu surpris , qu'il trouve un défenseur.
Je n'ai nul intérêt à flétrir sa mémoire ,
D'autres en ont peut-être à défendre sa gloire.
Si dans l'art didactique une noble clarté ,
Doit caracteriser l'auguste Vérité ,
Ou j'ai peu vu des cieux , cette fille ingénue ,
Ou Levret à coup sûr , ne l'a jamais connue:
De nuages épais sans cesse enveloppé ,
De ce qu'il ne dit point, on le croit occupé,
Il ignore , ou mesure, en mauvais géomètre ,
Du détroit supérieur le double diamètre.
De la culbute antique , heureux Restaurateur ,
Du fétus à sept mois , il fait un grand sauteur ;
Au centre du bassin , il place la matrice ,
Et du corps vers son fond , met sa force expultrice ,
Sur des riens tour-à-tour , ou prolixe ou diffus ,
Tous ses écrits , de mots , sont un amas confus.
La pratique en ses mains ne fut pas moins fatale.
Dans Mauriceau , puisant une erreur capitale ,
De l'enfant sans motifs , il va chercher les pieds.
S'il nous eût dit combien d'enfans estropiés ,
Dûrent à sa méthode une fin malheureuse ,
Sa pratique aujourd'hui serait moins dangereuse.
Mais la terre discrète en son sein ténébreux ,
Dit Smellie , a caché ses essais trop nombreux.
De ses fils le plus jeune , heureux fruit du Génie ,
Qui de son père un jour eût servi la manie ,
Qui sans doute à sa gloire eût mis le dernier sceau ,
Son tire-téte helas ! mourut presque au berceau ,
Mais le crochet à gaîne et le forceps son frère ,
Surent le consoler d'une perte si chère ;
Aussi jusqu'à la rage il les aima tous deux ,
La Nature , à ses yeux , ne fut rien au prix d'eux ;
Enfin , la Parque errait sur ses lèvres mourantes ,
Qu'il les pressait encor de ses mains défaillantes.
Le grand Levret n'est plus , exempte de remords ,
Puisse son ame en paix reposer chez les morts !
Mais parmi les vivans , son nom toujours sinistre ,
Dira que de la Mort Levret fut le ministre.
Cependant , ce Levret , charlatan avéré ,
Était un Dieu puissant du sexe révéré ;
La Nature aux abois , expirait sous sa plume.
Nouveau Vulcain , son bras faisait gémir l'enclume ,
Des Cyclopes sans nombre allumaient ses fournaux.
Déjà Lucine en France avait mille arsenaux ;
Enfin l'Art triomphait, lorsqu'un heureux Génie,
De nos instrumenteurs vint guérir la manie.
Génie observateur, esprit vaste et fécond ,
Lumineux, méthodique, élégant et profond ,
Petit parle, on se tait. Oracle en Médecine ,
Il triomphe, et ses droits sont rendus à Lucine.
Art heureux, si Petit, bienfaiteur des humains ,
Eût daigné consacrer ses leçons par ses mains.
Le fameux Rœderer , oracle en Germanie ,
Des leviers , des crochets propageait la manie ,
Avec peu de talens , il parcourt l'Univers ;
Adoptant des auteurs les sentimens Divers,
D'Edimbourg à Madrid et de Paris à Rome ,
Il ne trouve , il n'admire, il ne voit qu'un grand homme
Le grand Levret. Levret est la divinité,
Qu'il adore et surpasse en inhumanité.
Sigault l'une avec l'autre , a fait battre deux femmes ,
Deux sœurs , qui se sont dit mille injures infames ,
De dures vérités. Pourquoi ? Pour deux pubis.
Qu'en est-il résulté? L'Europe a crié bis.
White , Hunter , Younc , Cowper, hommes illustres ,
L'art des accouchemens , fut, en moins de cinq lustres,
Porté par vos talens vers la perfection ,
Quand Paris, de tout temps , émule d'Albion ,
Voit encor ses Docteurs , sous l'orgueilleuse Hermine ,
Rougir de se vouër au culte de Lucine.
Insensés !.... Trop heureux qui sert l'humanité ,
Et d'un devoir si doux, sait tirer vanité.
Cependant, du Génie usurpant le domaine ,
Le charlatan en paix , détruit l'espèce humaine ,
Met du noir sur du blanc et par des songes vains ,
Pense obtenir un rang parmi les écrivains.
Bartholo, d'une adresse, à nulle autre seconde ,
Ayant fait par état , la barbe à tout le monde ,
S'imagina la faire aux Docteurs de Madrid.
Il quitte le rasoir , part de Valladolid.
Avec de grands talens , un art, de l'industrie ,
On n'est jamais , dit-il, prophète en sa patrie.
Du Génie et du Goût , Madrid est le séjour ,
C'est mon pays , j'y vole, et vingt cités un jour,
Se disputant l'honneur , d'avoir vu ma naissance ,
Me paîeront le tribut de leur reconnaissance.
Chemin faisant , l'esprit rempli de son objet,
*L'art de marcher*, dit-il , me paraît un sujet ,
Neuf, heureux, et bien fait sous ma fertile plume ,
Pour produire en un mois , un énorme volume ;
Écrivons. Il écrit un livre en six traités ,
Pour le style et le fond divinement traités.
Bientot *l'Art de marcher*, fut le livre à la mode,
Chacun se l'enviait , chacun trouvait commode ,
D'apprendre à peu de frais , les six façons d'aller ,
D'abord sur les deux mains , pieds et jambes en l'air :
Sur quatre extrémités. Sur l'anus. La poitrine.
Sur les genoux. Enfin , cette heureuse doctrine ,
Exposait clairement, l'art d'apprendre aux enfans ,
A marcher sans lisière, avant quinze ou seize ans.
Un franc Cochinchinois , voyant que l'Ignorance ,
De l'homme dans Madrid , éternisait l'enfance ,
Aveugles Castillans , ne voyez-vous donc pas ,
Dit-il, qu'un charlatan , enchaîne ici vos pas ?
Étouffe la Raison et pousse l'Imposture ,
Jusqu'à donner à l'art le pas sur la Nature ?
Votre crédulité fait tout son vain savoir,
En dessillant vos yeux, je remplis mon devoir.
Le bon Cochinchinois, chez un peuple qui pense,
Eût pour un tel bienfait reçu sa récompense,
En Espagne, on le livre à l'inquisition,
Le bûcher fut le prix d'une bonne action.
*Mutato nomine*, de ton Traité barroque,
*Narratur fabula*, Jean Louis Baudelocque.
Rival de Bartholo, dans son *art de marcher*,
Ta plume a degradé, *l'art heureux d'accoucher*.
Grâce au Dieu des beaux-arts la horde fanatique,
N'exerce plus en France, un pouvoir despotique ;
Mais Lucine à Paris a ses Inquisiteurs,
Et son *Auto-da-Fé* pour tous les bons auteurs.
L'*Auto-da-Fé* n'est plus. Mais sous la tyrannie,
De Maximilien, un infernal Génie,
Des débris de Saint-Côme et de la Faculté,
Sous le titre insolent d'*École de santé*,
Parmi les échafauds et sous la guillotine,
Un de nos Décemvirs, fonda la Médecine,
Digne de son auteur, ce tribunal de sang,
Fit ouvrir sans pitié quatorze fois le flanc,
Dans le cours de quatre ans à quatorze victimes ;
Consacra vingt plus sept meurtres illégitimes,
Et de l'humanité ces tyrans ennemis,
N'ont point été frappés du glaive de Thémis !
Louis, je vais tout dire, il n'est rien que je craigne,
Cette école homicide, effroi de votre règne,
Assemblage odieux, de fourbes, de méchans,
Qui de vos mains sans doute arracheront mes chants,
De Maximilien est l'exécrable ouvrage ;
A sa fille, en mourant, il a légué sa rage,
Et pour digne Tuteur, il lui choisit Fourcroi,
Des savans de son siècle et l'opprobre et l'effroi.
La Postérité donc impartiale et juste
N'imputera qu'à lui, non à vous, Prince Auguste,
Les attentats passés que le Ciel va punir ;
Mais vous répondrez seul, aux siècles à venir,
Des attentats nouveaux qu'une Ecole barbare,
Dans la nuit du silence, au nom de l'Art prépare,
Pour prolonger encor le règne d'une erreur,
Qui doit son existence aux siècles de terreur.
Voyez-là repousser, par haine et par vengeance,
Corvisard et Boyer de l'Institut de France,
Après avoir jadis éloigné de son sein,
Bichat l'honneur de l'Art, immortel médecin.
Philistins orgueilleux, le ratelier de Suë
Dans nos combats divers, me tient lieu de massue ;
Plus de trois cents renards, ont ravagé vos champs,
En y portant les feux allumés dans mes chants.
Vengez-vous, Philistins, voici votre victime.
La force en moi renaît. Ce sentiment intime,
Du Géant des Hébreux, dont j'ai subi le sort,
Me fait briguer enfin et la gloire et la mort.
Aux colonnes d'airain, soutiens du beau portique,
Monument précieux d'architecture antique,
Dont Louis a fait don à vos derniers neveux,
Charlatans déhontés, attachez mes cheveux.
Déjà vous pâlissez. C'est sur votre ruine,
Que le Samson Français basera sa doctrine,
En vous écrasant tous, sous ce temple odieux,
Il vengera son Roi, le beau Sexe et les Dieux.
English text
The God who unites the destiny of lovers,
Has two famous Temples for the bonds of Hymen,
One close to Amathus, is in those gentle climes,
That winter never sullied with its frosts.
Upon the walls of this Temple, Apelles, to the memory
Of fortunate spouses has consecrated the history.
Here, to snatch a husband from his fate,
Alcestis, without regret, devotes herself to death.
There, lovely Artemisia, a desolate wife,
Raises a mausoleum to conjugal love,
Whose magnificence attests to the Universe,
The vow to immortalize a tragic misfortune.
To the tomb of Mausolus, alas! ready to descend,
She swallows the ashes of a husband in deep draughts,
And extinguishing the torch of her own life,
She wishes her body to serve as his tomb.
Here, near the sea, not far from Sicyon,
The lover of Ceyx, the plaintive Alcyone,
Dares to brave Neptune and the wrathful waves,
To wrest from them the body of the dearest of husbands.
There, near proud Hector, one sees Laodamia,
Both wife and friend of the boldest of the Greeks,
Weeping for Protesilaus, stretched upon the sand,
The first to disembark upon the Trojan shore.
Orpheus appears here in the dark realms,
And demands Eurydice from the infernal shades.
Further on, it is Hypermnestra, at her tender farewells,
Appealing to the Gods in favor of Lynceus.
There, pompously adorned in rich attire,
Evadne, separated by death from a husband,
Braves the torments and flames of his pyre,
To unite in dying with the object of her vows.
Here is Eponina, led to the scaffold
For having managed to conceal a husband's flight,
And hide Sabinus from the conqueror's gaze,
Deep in a subterranean vault, Temple of true happiness.
There, besieged by Axiolin, Bassane
Surrenders. The Queen is outraged by his love;
Axiolin adores her, he falls at her knees;
Blanche, before his eyes, sacrifices herself to the manes of a husband.
Plautius, upon the death of an adored wife,
Stabs himself, and suddenly his tearful family
Stops him. Vain efforts, he tears open his side,
And loses, despite them, both his life and his blood.
Beneath the blade of a hero, conqueror of the Curiatii,
Unfortunate wife and sister of the three Horatii,
Albina falls and dies, invoking the Gods,
Avengers of marriage and of an odious crime.
United by Destiny to cowardly husbands,
More courageous than they, the wives of the Minyans,
Dare to clothe them in the garments of their sex,
And thus force them to leave the prisons.
Further on, the aged Gracchus, husband of Cornelia,
Embellished in his eyes by her rare virtues,
Dies to save the life of his tender half,
Whose age and charms arouse pity.
The daughter of Cato, worthy wife of the man
Who, still young, avenged the liberty of Rome;
Honor of the Roman name, the illustrious Porcia,
Whom death joined to Brutus, her husband,
To follow him to the tomb, hastening her funeral,
Drinks burning coals that consume her entrails;
More courageous, alas! by this kind of death,
Than Cato, whose sword ended his fate.
Finally, in the Forecourt of this august Temple,
One sees the illustrious example of conjugal Love.
Philemon and Baucis, transformed into elms,
Vie with each other to intertwine their branches;
They die, and despite the bark that presses them,
Their hearts seem still to palpitate with tenderness.
Consecrating their oaths in this happy asylum,
Love serves as witness and guide to the lovers.
The sweet sympathies of their mutual tastes,
Keep their souls matched unto the tomb,
And hymen, protector of Posterity,
Fulfills their chaste vows through fecundity.
Worthy daughter of the Heavens, honored by mortals,
On the banks of the Jordan formerly so revered,
Fecundity, you are born from the happy union
Of two healthy, diverse, loving temperaments.
Sovereign arbiter of all that breathes,
The air, the earth and the waters form your vast empire;
Night and day attentive to the happiness of humans,
The world at every instant emerges purer from your hands.
Death reaps everything on the earth and on the wave,
And you console the world for its misfortunes.
On the arid summit of a perpetually frozen mount,
The other Temple of hymen, I am told, is placed.
Of ill-matched bonds and unfaithful spouses,
The art of Euxis traced the most frightful models there.
There, by the Araxes, before the eyes of a frenzied husband,
The body of weeping Zenobia is swept away.
Here, the criminal wife of Agamemnon,
Swears to the guilty Aegisthus a more faithful love.
There, Phaedra, after the death of a too virtuous son,
Reveals to her husband her incestuous fires.
Further on, Semiramis follows Ninus to the tomb,
Struck by Ninyas she staggers and falls.
The widow of Laius, here upon a tomb,
Lights the torch of an execrable marriage.
From the ramparts of Ilion, the audacious Helen,
Follows Menelaus with her eyes, while on the plain,
Achilles, still sparkling with wrath,
Drags behind his chariot, the pale and bleeding body of Hector.
One sees, not without shuddering, still smoking with blood,
The perfidious lovers of the children of Aegyptus,
Who for having subscribed to the paternal command,
Suffer an eternal torment in Hell.
Secretly possessed by the Demon of rage,
The wife of Jason, the execrable Medea,
Yielding to the fits of her jealous transports,
Slaughters her children before the eyes of her husband.
Unfortunate children! Innocent victims!
Of ill-matched bonds, O too legitimate fruits!
For your fate at least do not accuse Jason,
But an infernal monster vomited into his house.
Of a monster more hideous, more cruel than Medea,
The wife of Jason brings back to my mind the idea,
To break the ill-matched bonds of marriage,
Riobon caused both her daughter and her son to perish.
This Temple where everything inspires both horror and fear,
Bears in all places the imprint of heavenly wrath,
Ambition, Pride, Interest are the Gods
Who, ceaselessly occupied with odious calculations,
There regulate the destiny of a thousand unfortunate women,
Dragged to the altar by cruel parents;
Love born without pride, Love born generous,
Who knows that greatness, that gold makes few happy,
Moans softly, seated at the door of the Temple.
More than one young bride on leaving contemplates him,
And smiles at him. Love slips by, and into her heart,
Before the eyes of an old husband, drives a conquering dart.
In concert with him, indignant Nature
At seeing herself disdained as a slave at the altars,
Abandons her fickle heart to infidelity,
And her still young heart to sterility.
Yes, sterility, so formidable a scourge,
Is the inevitable effect of poorly woven bonds.
As not every fertile soil is suited to every grain,
And as a farmer must know of the terrain,
Before sowing, how to distinguish the Nature,
The strength, the color, the fruits and the cultivation,
Thus marriage must always make a fortunate choice,
Of healthy temperaments, hot or cold as needed;
Consult therefore the laws of progeny,
Before sowing the field of Nature.
There is a fortunate art of matching spouses,
Which Lucina, in secret, confided only to us.
Come learn to choose, worthy head of the family,
A wife for your son, a husband for your daughter;
Be docile, and heaven, soon fulfilling your wishes,
Will deign to grant you countless descendants.
Do you wish your pregnant daughter to give birth after nine months?
According to her wishes, adopt for your son-in-law
A young man with a fresh complexion, a handsome dark-haired man with a long nose,
Whose thick eyebrows drawn in a double arch,
Shadow two black eyes, rolling beneath the eyelid,
Which, rivals of the sun, confront the light,
Whose voice and manly air attest to vigor.
But flee these Fops with eyes full of languor,
These Lindors, so common in the century in which we live,
Whose effeminate air makes one doubt if they are men;
Who, guitar in hand, to languorous tunes,
Exhaust themselves singing their amorous delirium,
And the fires by which their soul is in vain consumed;
Will-o'-the-wisps which suddenly exhale into smoke,
When too credulous hymen, granting their desires,
Blushes at their weakness in the bosom of true pleasures.
Yet we see within the very heart of cities,
Fewer impotent husbands, than sterile wives;
Either too much dryness, or too much humidity,
Often harms, in the sex, fecundity.
Excessive heat, or lymphatic humor,
Stifle in her womb the prolific liquor.
The hot bath, exercise and sobriety,
Have often triumphed over sterility.
Make choice therefore of a Daughter-in-law young, lively and pretty,
Let the fire of love sparkle in her brilliant eyes,
Let her be sober, svelte and groan not,
In her short bulk, under the excess of stoutness.
Especially that every month Diana and Nature,
With pure and vermilion blood redden the belt,
Which veils the nudity of the secret charms.
This sign is the guarantor of fecundity.
It is little for two spouses not to be sterile,
Their approaches often can be useless;
Then, restoring the course of their humors,
Art, can offer to Nature happy succor.
A famous woman, among illustrious Kings,
Queen Médicis, for more than two lustrums,
Could not have children. However, the Dauphin
Was not impotent. This is known. But finally,
Losing all hope of having offspring,
Henri was about to purge France of an impure monster,
When the Learned Fernel, regarding her sterility,
Was consulted one day by the Royal couple.
Doctor, Henri said to him, command Nature
To grant offspring to our wishes,
And taking some pity on an august Race,
Make a little Valois for my tender half.
Prince, replied Fernel, it is up to you to do it,
Too happy if my art has, to satisfy you,
An effective means suited to assist
The instant, the happy method that must fecundate her.
Médicis to her regret, until then unfruitful,
Thanks to the Learned Fernel, brought five children into the world.
Charles the Ninth owed his birth to this rare blessing,
Which for humanity was to be a crime.
Médicis, to the Doctor, with gratitude,
Bought the birth of each of her sons,
Ten good thousand gold crowns given without any regret.
Can one pay too dearly for so rare a secret?
However, each author has, regarding this adventure,
Founded his conjecture according to his prejudices.
One thinks that Fernel, through very prompt assistance,
Managed to reestablish the course of her suppressed *Menses*.
Another believes that a salutary piece of advice to the Dauphin,
Taught the propitious instant for the amorous mystery.
Finally, some authors have believed without foundation,
That Henri saw Médicis during the flow.
Women, who desire offspring,
During the course of the *Mois* respect Nature;
The son of Jupiter, Vulcan, thus conceived,
Came into the world impotent, legless, and hunchbacked.
Between his protruding back and his shapeless chest,
Upon his short and thick neck, moves his enormous head.
From his weeping eyes, surrounded by wax,
Flow two streams which, skirting the nose,
Run parallel to lose themselves in the mouth.
His ever-whistling nose, full of humor that blocks it,
Elongates, and curving into a parrot's beak,
Falls upon his cleft chin like a latch.
From one ear to the other, an infernal cavern,
His mouth upon opening offers the image of Avernus,
An impure gulf, whose thick and black exhalation
Changes the air he breathes into a mortal poison;
Gives the enamel of his teeth a yellow tint,
And paints in ebony black a tongue an ell long.
From two emaciated arms hang ten hooked fingers.
His trunk has for support two flat and cloven feet.
Of Vulcan's portrait this is the faithful sketch.
Jupiter, at the sight of this hideous model,
Knits his black brows. Son unworthy of the day,
Dishonor the celestial abode no longer,
He says, and without pity, the Master of thunder,
Suddenly from the heights of heaven hurls him to the earth.
This unfortunate child, crippled, maimed,
Within the flanks of Etna drags himself upon one foot.
Blacksmith of Olympus, at Lemnos, at Lipari,
He sells to Jupiter the thunderbolts he prepares,
And sells yet dearer, to unfortunate humans,
The *Forceps*, the hooks, works of his hands,
That Levret transmitted to his inhuman sect,
To populate the vast and black domain of the underworld.
However, this Vulcan, a worthy object of contempt,
By his deformity, was the husband of Cypris.
Venus then held her empire in Cythera,
And alone presided there over the amorous mystery;
The mischievous little God, Intendant of her court,
And King of the Universe, had not yet seen the light of day.
The Pleasures, the Attractions, the Games, the Laughters, the Graces,
Accompanied the footsteps of the daughter of the wave,
Paris awarded her the prize of Beauty;
Juno, lowering her pride to entreaty,
To please Jupiter by her rich attire,
One day borrowed the girdle from her rival;
All the Gods placed their happiness in marrying her,
But Vulcan alone obtained this dangerous honor.
Woe to any Vulcan, of a somber and jealous mood
Foolish enough to choose Beauty for a wife.
For her husband Venus had so much aversion,
That she satisfied the ardent passion of Mars.
From Venus and the God who presides over war
Was born Love, Tyrant of heaven and earth,
And who, establishing his rights even over the Gods,
Recognizes shepherds and Kings as subjects.
Vulcan, who surprised them, would have done better to keep silent,
Instead of publishing this adulterous love,
At which the satisfied Gods laughed at his expense,
Which since has made husbands more prudent.
Surly Vulcans! the same is in store for you;
Do not be jealous, or fear the like.
Women, consider it then. The greatest of sorrows,
For a tender mother is to have Vulcans.
Ah! what rights do you have to the gratitude
Of a child who curses the day of his birth,
And who, by his weakness and his infirmities,
Adds still more to the weight of our calamities.
Ah! fear lest, abjuring the tenderness of blood,
This too unfortunate fruit of an amorous intoxication,
The unfortunate plaything of his fellow citizens,
Should one day punish you for the misfortune of being born.
Thus, to avenge himself for a far from prosperous fate,
Vulcan dared to serve the wrath of his father.
Of the children of Titan, armed against the Heavens,
Vulcan had flattered the ambitious pride.
Jupiter exterminated the race of Giants,
And wishing to humiliate the audacity of a wife,
Her arms laden with irons and deaf to pity,
He suspends his perfidious half in the air.
Vulcan, to avenge himself for his extreme ugliness,
Forged her golden chains and riveted them himself.
The most propitious days for conception,
Are the eight that follow the eruption of the *Menses*.
First, the womb, lightened of impure blood,
Has much more resilience, relieved of such a weight;
Furthermore, in this state, the fecundated embryo,
Is much better supported in its growth.
However, beware of believing in the Imposture,
That claims to subject Nature to its laws.
Children of prejudice, overly credulous minds,
Victims of an error worthy of your contempt,
Far from outraging Heaven with sacrilegious vows,
Laugh at enchanters and their spells.
The rigorous decrees of infernal spirits,
Cannot *enchant* a vigorous husband,
Who, proud of his conquest and full of her image,
Comes to the God of Hymen to offer a pure homage.
The ravishing charms of a young Beauty
Would render the charms of Beelzebub powerless.
An old husband, without strength beside his conquest,
First invented the knots of the aiguillette,
And by a vain subterfuge toward his young half,
Wished to inspire pity in his favor.
Sensitive to his misfortune, his credulous companion
Goes to strip the countryside of Saint John's wort,
Mixes it with Rue, and paints her whole manor,
With the fat of bear, wolf, and black dog.
At the four feet of the bed, invoking Hercules,
Her hand hangs a young rooster's testicle,
And pronounces seven times, fourteen words written,
With the blood of a doe and a bat.
But ashamed to abuse conjugal faith,
Old Tithonus consents to be changed into a cicada.
I recognize, he says, too late, that Beauty
Rightly demands strength and health.
Respectable old men, if your heart harbors,
Some faint spark of your poorly extinguished fires,
Do not go to relight the torch of Hymen,
Your nuptial bed would be your tomb.
And you, deplorable victims of self-interest,
Blush to burn with illegitimate fires.
Shame follows crime, and always contempt,
Remorse, misfortune are its worthy price.
If at least, you say, against all appearances,
The flattering hope of one day being mothers.....!
Do you wish to be? Well then! it will depend only on you.
Juno, without the help of her august husband,
But not without astonishing him, Juno, chaste and fertile,
To his beard, to his nose, brought the God Mars into the world.
Impartiality is the sister of history.
In this contest of children, Jove was the aggressor;
It must be admitted, and many an honest wife,
Perhaps in such a case would have been more jealous.
Jove, by an admirable and novel prodigy,
Had drawn Pallas from his fertile brain.
Vulcan, with a blow of an axe, in this conjuncture,
Breaking every suture of the paternal skull,
Of the pubes, for Sigaud, more cunning than inhuman,
Unwittingly opened the dangerous path.
Juno, who knew how and where one gives birth,
Thought that a rival had defiled her bed.
Vengeance, they say, is the pleasure of the Gods,
But without tarnishing the brilliance of her radiant brow,
How to take vengeance on Jupiter? She goes to find Flora.
Grant to my wishes the favor that I implore,
Goddess, she said to her... A favor, just command,
With countless flowers, here, your fields are crowned,
Each has its virtues. Does there exist one
Whose property, doubtless uncommon,
Could without other help make me conceive?
Queen of the skies, said Flora, it is in my power
To fulfill your wishes. Go to the fields of Olenus,
At sunset. There, good old Silenus,
To whom I have entrusted the care of this flower,
Will have you touch it, and its gentle heat,
By an unknown charm, by a magic power,
Will suddenly transmit to you its prolific virtue.
Juno departs. The sun, into the bosom of Thetis,
Had hidden the brilliance of his dampened fires.
She arrives. Silenus receives her in his field;
Juno presses the flower with her fingers, and conceives.
Thus to avenge herself upon the Master of Thunder,
Juno single-handedly brought forth Mars, the God of War.
Monster, who feast on carnage and blood,
Tiger, who smile at us while piercing our flank,
Cherished Divinity of the Plunderers,
Tell me then what crimes my country has committed,
That your frenzied arm, beneath an assassin's sword,
Takes pleasure for twenty years in tearing its breast?
Is it then not enough that frightful Anarchy,
Upon the ruins of the throne and the Monarchy,
Organizing murder with impunity,
Has made, in the name of the laws, humanity shudder?
See these monsters gorged with blood and plunder,
Insult France, seated upon her ruins,
And doom to death all those who, of Brutus,
Refuse to imitate the fierce virtues.
Do you want blood? Ah! well, worthy prop of his glory,
Go second Carrier on the banks of the Loire.
Protector of an executioner, from the brow of our warriors,
Detach, blushing, some feeble laurels.
I will see, for the honor of my sad Country,
The Fine Arts reborn, whose glory is withered,
And France, in spite of you, of your dark deeds,
Will taste the sweets of eternal peace.
But what am I doing? Where does it lead me astray, O sex that I adore!
This too just outburst against a God whom I abhor?
Of the magical flower that fecundated Juno,
Women, blushing, do you ask the name?
At sunset, go to the fields of Olenus,
To ask it in a whisper of the good man Silenus,
As for me, without knowing its name, or its color,
I believe that a beautiful Narcissus is this happy flower.
But what am I saying? what good is flying to the fields of Olena,
To steal his secret from the good fellow Silenus,
When the sex faithful to virginity,
Can gather the sweet fruits of maternity.
The great Thomas Aquinas, celestial denizen,
That eagle of the Doctors, that Angel of the school,
So fruitful in writings, dictated by the Holy Spirit,
In his eternal *Summa* among other truths,
Tells us ingenuously that in the state of innocence,
Woman conceived alone and by the influence,
Of the spirit which the imagination inflamed,
But, that after the sin, generation
Required the concurrence of women and men,
That God to punish us made us as we are.
However, at Grenoble, a solemn decree,
Gives this holy Doctor a formal contradiction.
By decree of the Court, the Lady of Aiguemère,
Of a legitimate child was well and duly mother,
Although her dear husband, a rich and loyal Lord,
Absent for four years could not be its author.
From this famous trial I extract, in pure summary,
The deposition of the Lady Aiguemère.
In the month of June, prey to the heat of the day,
I return at midnight to my rustic abode;
Of a husband, tender object of my solicitude,
The memory at first charms my solitude,
But soon experiencing the torments of absence,
Truth gives way to the error of a moment.
I go to bed. A single sheet my simple covering,
Wandered over my knees, floated at random.
Soon Morpheus, shaking his poppies over me,
I tasted the sweetness of a peaceful rest.
I dreamed of Aiguemère. A dream is a lie,
Yet this time I was happy in a dream,
Since a dream never had a sweeter outcome.
My window left free access to the zephyrs,
Assisted in my dreaming by their amorous breath,
In the arms of a husband I feel myself impregnated.
The Lady paid dearly for a moment of happiness,
Two monsters in court attacking her honor,
And denying that one could make a child by thought,
Vie in treating her as a whore, as a madwoman;
But the Senate, avenging her reputation,
Destroys this imputation by a decree.
The two accusers are declared infamous,
And the Lady of the zephyrs the most chaste of women.
To the amorous zephyrs, rivals of your husbands,
Close your shutters, Lucretias of Paris;
The libertine zephyrs, in the very bosom of the Graces,
Often leave traces of their playful games;
The child takes after its mother, and it is known that Chloris
Was, in the games of Love, the rival of Cypris.
Chloris had Beauty and the Graces as her portion,
That is not all; to this double advantage,
Fortune had joined the treasures of Plutus,
And these gifts served Chloris in lieu of virtues,
Ornaments of the fair sex and guarantors of its glory.
Yet the Senate consecrated her memory;
Heir to her wealth and her revenues,
It placed the earthly Venus in the ranks of the Gods,
And under the name of Flora, lover of Zephyr,
Chloris, Queen of flowers, obtained a vast empire,
While her children, in a hundred diverse climes,
In their playful games fecundate the Universe.
But let us leave the zephyrs and their futile loves,
A thousand times less useful to the progress of my art,
Than so many other curious, important objects,
From which my Muse has already stolen too many moments.
The proud Titans, fierce children of the earth,
One day declared war on Jupiter.
Suddenly these scoundrels, audacious Giants,
Piling mountains upon mountains, scale the heavens.
Jupiter, like a madman, laughs from the heights of Olympus,
To see Cacus climbing, who falls down and climbs anew.
Anceladus, Aegaeon, fierce in combat,
Who make Ossa and Pelion fly in his face.
When, forcing a path through the air,
Typhoeus, man and serpent, cleaves the celestial vault,
And with his enormous head terrifies the Gods,
Who, without taking leave, without making their farewells,
In the excess of their fear, incapable of fighting,
Leave Typhoeus in heaven to wreak havoc,
And of the valiant Bacchus, unworthy companions,
Go to inhabit the onions of happy Egypt.
Jove, says Evohe, your troupe is moving out,
Take heed, and this is no longer a joke;
Show these scoundrels that your Divinity
Is never insulted with impunity.
He speaks: at the same instant the Master of thunder,
Indignant at the combat of the children of the earth,
Thunders, rumbles, and his thunderbolt, amidst the flashes,
Flies, reaches, strikes, fells the Giants in the air.
They roll. With them roll into the countryside,
A thousand smoking rocks, a thousand enormous mountains,
Which of the vanquished Titans, piled one upon another,
Drag with them the scattered limbs.
The Almighty, the God whom every Christian reveres,
Showed himself less severe toward the sons of Noah,
When, fortunate inhabitants of a new world,
They were seen foolishly imitating the Titans,
And building a Tower whose proud summit
Was meant to forge the perilous path to heaven.
God, who sees the senseless projects of humans,
Suddenly rendered their commenced labors vain;
Each of them forgetting his mother tongue,
Spoke without suspecting it a new language,
And despite a thousand efforts, a thousand superfluous cares,
They harmed one another and no longer understood each other.
Thus Babel, object of their foolish hope,
Became a monument of pride and ignorance.
In this Nature imitates her Author,
When, elevating the height of the simplest art,
A murderous horde of ignorant accoucheurs,
Wishes to subject Genius and Lucine to its laws,
Nature takes her revenge by rendering their cares vain,
And leads these writers from error to error;
They no longer understand one another, and their learned lies,
Examined closely, are but happy dreams.
Apollo, who formerly, beneath their smoky caverns,
Swallowed up those Giants, those famous Cyclopes,
Blacksmiths of Vulcan, artisans of the thunderbolt,
Whose vengeful bursts had reduced to dust
Aesculapius, that son, so dear to your love,
Who restored Hippolytus to the light of day,
For the honor of your art, God of Medicine,
Apollo, avenge at last Nature and Lucine,
Swallow up these Vulcans, these new Cyclopes,
Audacious rivals of the sons of Polyphemus;
And if to punish you for it, the Master of thunder,
Banishes you a second time to earth,
Do not go hiding anymore on Thessalian shores,
Come help me tame the proud Césariens,
In ancient Lutetia, wreaking their havoc,
Purge these shores at last of these cruel tigers;
Come from the happy company of the nine learned sisters,
To teach us to taste the peaceful delights,
And console at last the children of Genius,
Who maintain the harmony of arts and morals.
Friends of Nature and of Truth,
You, whose names passed down to Posterity,
Will be respectfully consecrated by history,
We come into this temple, haven of glory,
To meditate at your feet on your sublime writings;
May your genius set our minds ablaze!
Adore Hippocrates, pupils of Lucina.
Oracle in Surgery, oracle in Medicine,
He laid the first foundations of your art,
And drew from chaos the art of childbirth.
It is true that he committed a capital error,
Which was to science, to the sex very fatal.
Hippocrates admits only a single childbirth
As natural. When the head, before birth,
He tells us, presents itself at the neck of the womb,
And the sinciput dilates the orifice.
It is an error; and Celsus teaches that without danger,
Children can be delivered by the feet.
Always a faithful interpreter of Nature,
Paul-d'Egyne, after him, surpassed his model.
Prudent, judicious, learned observer;
He tore the mask from the impostor's brow;
Banished the formidable apparatus of instruments,
And returned *labor* to the hands of an amiable sex:
He had enemies, but profound knowledge,
Virtue, talents are made to have them.
Rhodion in turn imitated Paul-d'Egyne.
This celebrated Physician, German by origin,
Knew, practiced the art, enriched it with a Treatise
Full of precision and order and clarity.
Spasm, *labor*, hemorrhage, the afterbirth,
The dead fétus are thoroughly treated in his book.
Moschion more exact in his descriptions,
Depicts the positions of the woman in *labor*;
Moreover, meditating on his sublime doctrine,
One believes one is reading at once Rhodion, Paul-d'Egine.
Albucasis.... Ah! Gods, I feel my heart shudder;
I hear humanity groan at his name alone.
Celsus, as Master of the art, directed its study;
He fixes the attitude of women in *labor*.
Already a born unfortunate partisan of the hook,
At least he forbids its too dangerous abuse.
He teaches to carry with a protective hand,
The perfidious instrument to the bottom of the womb,
To respect its edges, an inevitable reef,
By seizing the child by the mouth or by the eye.
Avicenna applied a ligature to the fétus,
And *forceps* in hand tormented Nature.
Mauriceau deserved his reputation,
By dint of forging he became a blacksmith;
As a very adroit rogue he practiced Medicine,
And his fortunate thefts enriched Lucine.
But Posterity does not forgive him
For having delivered without shame, to the scythe of death,
A woman in labor to punish Chamberleyne,
For having believed himself more cunning than a fox of the Seine.
His works in my eyes have no less value for it,
But I have for their author a sovereign contempt;
Mauriceau all covered with the blood of his victim,
Terrifies me, and will never obtain my esteem.
Paul-Portal, true, naive, and without pretensions,
Has not enriched the Art by his inventions.
But I esteem an Author who, modest and sincere,
Tells me what he has done and not what must be done.
Peän followed Nature, and a true practitioner,
Did not treat Lucina like a mechanic.
Let us await, he said, her orders in silence,
Let us await, for gentleness accomplishes more than violence.
Amand, by his errors, sells the truth dearly,
But why judge him with severity?
The brightest star always has some blemish,
Truth always hides at the bottom of the well.
He broke the hooks with his powerful hands,
And never employed inhuman means.
Deventer saw everywhere an oblique womb,
And his vain phantom was his sole obstacle.
One might say he wrote his work while dreaming.
He is Don Quixote armed against a windmill.
Viardel wrote a book, and without wishing to speak ill,
To the students of the Art it should be forbidden;
He is indeed a dangerous Author for them.
Doctor Ranchéri is no greater a dotard;
Ah! how well he knew vulgar foolishness,
This priceless Author of *Erreurs Populaires*.
Thus among fools he holds a high rank,
Of Immortality this masterpiece is the guarantor.
Too happy if, always in love with himself,
Narcissus, he had not committed an extreme imprudence,
Of maliciously attacking one who said nothing to him,
And who laughs at him, the ANTI-CÉSARIEN.
Viardel says that a monster is a fatal effect,
Of the crimes of mortals and of celestial wrath.
He fixed the epoch when secret springs,
By invisible knots, unite the soul to the body.
An unchivalrous Accoucheur, he thinks and says that the soul
Is slower to germinate in the body of the woman.
According to the opinion of this learned Doctor,
The child lives at seven months, and cannot live at eight.
If he is to be believed, with art, by his protective hand,
Without any danger, from the body, he extracts the womb.
In reading his work one is not a little surprised,
That this man was celebrated in Paris....
Why be astonished by it? is it such a great miracle?
Baudelocque, in Paris, was once an Oracle.
What did he do? much harm. What did he know? nothing, nothing.
But he was scheming, rich, and a Césarien.
Lamotte, skillful, adroit, endowed with intelligence,
In compiling the facts, showed too much negligence,
Or perhaps time did not permit him
To paint Nature with all her charms.
Ould, learned in his art, with the eye of Genius,
Applied the compass of Urania to the pelvis,
Fixed its extent, and this first step taken,
Was for Art a prodigy and for man a boon.
Mesnard, wise and faithful guide of accoucheurs,
Is not of Writers the most perfect model.
Astruc, a brilliant star, appears on the horizon,
And brings back with him the day of reason,
Protector of the fair sex, he instructs and encourages it,
And seeks to avenge it against a sex that outrages it.
Clément owed to chance his popularity and his standing,
He enriched the art less than the art enriched him.
Accoucheur of the Laïses, in spite of Lucina,
Clément made a fortune where..... many a lover is ruined.
Puzos, carefully edited by Morizot,
Offers us a useful abridgment of his art.
Smellie, aided by Ould, describes and demonstrates as a master,
The straits of the pelvis and each diameter,
But Jouhson his disciple, across the pelvis,
Follows the fétus in vain on its path out of the womb;
And yet Smellie had little renown;
His practice, esteemed by learned accoucheurs,
Had few supporters in his ungrateful homeland.
The mechanics without genius, artisans,
Jealous of his talents, dreading as a model
A faithful slave of simple Nature,
Belittled his practice in the eyes of the ignorant,
And thus closed off to him all access to the great.
Your rivals are no more, O Smellie! and history,
Which engraved your writings in the Temple of Memory,
Has not deigned to transmit, to the centuries to come,
The name of those Intruders whom oblivion must punish.
Levret, born without talents, owed everything to fortune,
Whom the sight of a scholar disconcerts and annoys,
And who, by a caprice common in Paris,
Chooses her favorites among the ignorant.
By what right, into the tomb where his ashes rest,
Do you seek to descend, to disturb it thus?
By what right? By that which Posterity possesses,
To avenge the affronts dealt to Truth.
Do you wish to multiply the number of Intruders?
Reward them well while living; dead, respect their shade:
Let us adopt the useful custom of Egypt,
That on the day of his passing each author be judged,
And if in his writings he defied Nature,
May his name be the terror of the future race.
When the Fate extinguishes the torch of my days,
Young practitioners, come to my tomb,
Come, and if pride, Interest, or imposture,
Have made me concede to art, much more than to Nature,
If I have deceived my century and Posterity,
Let me be consigned to the contempt I shall have deserved.
But if I have struck down the infanticidal horde,
If, club in hand, following the example of Alcides,
I have purged the Universe of the brigands of my art,
Let my tomb be honored by engraving upon it this verse,
_Sacombe to Nature consecrated his life._
This flattering eulogy is the only one I envy.
Of Levret today I set myself up as censor,
And shall be little surprised, should he find a defender.
I have no interest in tarnishing his memory,
Others, perhaps, have some in defending his glory.
If in the didactic art a noble clarity,
Must characterize august Truth,
Either I have scarcely seen that ingenuous daughter of the heavens,
Or Levret, to be sure, never knew her:
Constantly enveloped by thick clouds,
He is thought to be occupied with what he does not say,
He is ignorant of, or measures, like a poor geometer,
The double diameter of the superior strait.
Happy Restorer of the ancient somersault,
Of the seven-month fétus, he makes a great jumper;
In the center of the pelvis, he places the womb,
And from the body toward its fundus, sets its expulsive force,
On trifles in turn, either prolix or diffuse,
All his writings are a confused mass of words.
The practice in his hands was no less fatal.
Drawing a capital error from Mauriceau,
Without reason, he goes searching for the infant's feet.
If he had told us how many crippled children
Owed a wretched end to his method,
His practice today would be less dangerous.
But the discreet earth in its dark bosom,
Says Smellie, has hidden his too numerous trials.
The youngest of his sons, happy fruit of Genius,
Who one day would have served his father's mania,
Who undoubtedly would have put the final seal on his glory,
His tire-téte, alas! died almost in the cradle,
But the sheathed hook and the forceps its brother,
Managed to console him for so dear a loss;
Thus to the point of madness he loved them both,
Nature, in his eyes, was nothing compared to them;
Finally, as Fate hovered on his dying lips,
He still pressed them in his failing hands.
The great Levret is no more; free from remorse,
May his soul rest in peace among the dead!
But among the living, his ever-sinister name,
Will say that Levret was the minister of Death.
However, this Levret, a proven charlatan,
Was a powerful God revered by the sex;
Nature at bay, expired beneath his pen.
A new Vulcan, his arm made the anvil groan,
Countless Cyclopes were lighting his furnaces.
Already Lucine had a thousand arsenals in France;
At last Art triumphed, when a happy Genius,
Came to cure the mania of our instrument-wielders.
Observant genius, vast and fertile mind,
Luminous, methodical, elegant and profound,
Petit speaks, one falls silent. Oracle in Medicine,
He triumphs, and her rights are restored to Lucine.
Happy art, if Petit, benefactor of humans,
Had deigned to consecrate his lessons with his hands.
The famous Rœderer, oracle in Germania,
Propagated the mania for levers and hooks;
With few talents, he travels the Universe;
Adopting the Diverse sentiments of authors,
From Edinburgh to Madrid and from Paris to Rome,
He finds, he admires, he sees but one great man
The great Levret. Levret is the divinity,
Whom he worships and surpasses in inhumanity.
Sigault made two women fight with each other,
Two sisters, who exchanged a thousand infamous insults,
Harsh truths. Why? Over two pubes.
What resulted from it? Europe cried encore.
White, Hunter, Younc, Cowper, illustrious men,
The art of childbirth was, in less than five lustrums,
Carried by your talents toward perfection,
When Paris, at all times emulator of Albion,
Still sees its Doctors, beneath the proud Ermine,
Blush to devote themselves to the cult of Lucine.
Fools!.... Too happy is he who serves humanity,
And from so sweet a duty, knows how to derive vanity.
Meanwhile, usurping the domain of Genius,
The charlatan in peace destroys the human species,
Puts black on white and through vain dreams,
Thinks to obtain a rank among writers.
Bartholo, of a skill second to none,
Having by his trade shaved everyone,
Imagined shaving the Doctors of Madrid.
He leaves the razor, departs from Valladolid.
With great talents, an art, industry,
One is never, he says, a prophet in his own country.
Madrid is the abode of Genius and Taste,
It is my country, I fly there, and twenty cities one day,
Disputing the honor of having seen my birth,
Will pay me the tribute of their gratitude.
Along the way, his mind filled with his object,
*The art of walking*, he says, seems to me a subject,
New, fortunate, and well-suited under my fertile pen,
To produce in a month an enormous volume;
Let us write. He writes a book in six treatises,
Divinely treated as to style and substance.
Soon *the Art of walking* was the fashionable book,
Everyone coveted it, everyone found it convenient,
To learn at little cost the six ways of moving,
First on the two hands, feet and legs in the air:
On four extremities. On the anus. The chest.
On the knees. Finally, this happy doctrine,
Clearly expounded the art of teaching children,
To walk without leading-strings, before fifteen or sixteen years of age.
A frank Cochinchinese, seeing that Ignorance,
Of man in Madrid, was eternalizing childhood,
Blind Castilians, do you not see then,
He said, that a charlatan here chains your steps?
Stifles Reason and pushes Imposture,
To the point of giving art precedence over Nature?
Your credulity makes up all his vain knowledge,
In opening your eyes, I fulfill my duty.
The good Cochinchinese, among a thinking people,
Would have received his reward for such a benefaction,
In Spain, he is handed over to the Inquisition,
The stake was the price of a good deed.
*Mutato nomine*, of your baroque Treatise,
*Narratur fabula*, Jean Louis Baudelocque.
Rival of Bartholo, in his *art of walking*,
Your pen has degraded, *the happy art of childbirth*.
Thanks to the God of the fine arts the fanatical horde,
No longer exercises in France, a despotic power;
But Lucina in Paris has her Inquisitors,
And her *Auto-da-Fé* for all the good authors.
The *Auto-da-Fé* is no more. But under the tyranny,
Of Maximilien, an infernal Genius,
From the ruins of Saint-Côme and of the Faculty,
Under the insolent title of *École de santé*,
Among the scaffolds and beneath the guillotine,
One of our Decemvirs, founded Medicine,
Worthy of its author, this tribunal of blood,
Had the flank opened without pity fourteen times,
In the course of four years upon fourteen victims;
Consecrated twenty plus seven illegitimate murders,
And these tyrants, enemies of humanity,
Have not been struck by the sword of Themis!
Louis, I shall tell all, there is nothing I fear,
This homicidal school, the terror of your reign,
Odious assemblage, of rogues, of wicked men,
Who will doubtless snatch my songs from your hands,
Is the execrable work of Maximilien;
To his daughter, in dying, he bequeathed his rage,
And for a worthy Guardian, he chose Fourcroi for her,
Both the disgrace and the terror of the scholars of his century.
Posterity, therefore, impartial and just,
Will impute only to him, not to you, August Prince,
The past outrages that Heaven will punish;
But you alone will answer, to the centuries to come,
For the new outrages that a barbarous School,
In the night of silence, in the name of the Art, prepares,
To prolong once more the reign of an error,
Which owes its existence to the centuries of terror.
See it repel, through hatred and vengeance,
Corvisard and Boyer from the Institut de France,
After having formerly alienated from its bosom,
Bichat, the honor of the Art, immortal physician.
Proud Philistines, the jawbone of Suë
In our various combats, serves me as a club;
More than three hundred foxes have ravaged your fields,
By carrying there the fires lit in my songs.
Avenge yourselves, Philistines, here is your victim.
Strength is reborn in me. This intimate feeling,
Of the Giant of the Hebrews, whose fate I have suffered,
Makes me seek at last both glory and death.
To the brazen columns, supports of the beautiful portico,
Precious monument of ancient architecture,
Which Louis donated to your latest descendants,
Shameless charlatans, tie my hair.
Already you turn pale. It is upon your ruin,
That the French Samson will base his doctrine,
By crushing you all, under this odious temple,
He will avenge his King, the fair Sex, and the Gods.