Unit 1 · poem · alexandrine · 796 lines
French
Source text
A cet âge voisin de l'enfance du monde
Où regnait l'innocence, une femme féconde,
Toujours après neuf mois, avec impunité,
Payait l'heureux tribut de la maternité.
Sur un lit de gazon au bord d'une onde pure,
Seul et sans autre appui que la simple Nature,
Qui toujours à ses vœux prodiguait ses secours,
Le sexe déposait le fruit de ses amours,
Et jamais dans l'excès de sa douleur amère,
Ne payait de ses pleurs, le doux titre de mère.
Siècle heureux ! âge d'or en vertus si fécond !
Le nom de mère alors n'était pas un vain nom.
D'un enfant nouveau-né chaque épouse idolâtre,
Déployait à ses yeux ses deux globes d'albâtre,
Emblême ingénieux de la fécondité,
D'où par flots jaillissaient la vie et la santé.
Que les temps sont changés ! depuis qu'au sein des villes,
Esclaves malheureux, mille usages serviles,
Le luxe et la mollesse ont corrompu les mœurs,
Les mères, avec art, ont endurci leurs cœurs,
Et souffrent sans rougir que l'horrible tigresse,
Leur donne en allaitant des leçons de tendresse,
Ah ! puisque vous traitez un fils en ennemi,
Ne soyez pas du moins barbares à demi,
Et sans couvrir vos cœurs d'un voile d'imposture,
Fermez, fermez l'oreille au cris de la Nature.
Détournez vos regards de ce fils innocent,
Par pitié, dans vos bras étouffez-le en naissant;
Qu'il vous rende le sang qu'il puisa dans vos veines.
Vous frémissez d'horreur et quelques larmes vaines,
Nécessaire tribut d'un humide cerveau,
De ce nouvel Œdipe inondent le berceau.
L'arrêt est prononcé, victime déplorable,
Enfant infortuné, ta mère inexorable,
En de plus sûres mains a remis ton trépas;
Mais ton ombre plaintive, attachée à ses pas,
Ainsi que le Vautour au cœur de Prométhée,
Va livrer aux remords son ame épouvantée.
Ce lait que la cruelle étouffa dans son sein,
Germe affreux et fécond, va produire un essaim
De tumeurs, de dépôts et d'horribles ulcères,
Dont l'humeur corrosive, altérant les viscères,
Viendra mettre le comble à l'horreur de son sort,
Et sans la lui donner multiplîra la mort.
A ce tableau hideux, mais hélas ! trop fidèle,
Hâtons-nous d'opposer un plus digne modèle.
Iphis aimait Hortense, Hortense avait quinze ans,
Quand l'hymen en époux transforma ces amans.
Parmi les doux transports d'une amoureuse ivresse,
Le Ciel qui les unit couronna leur tendresse.
Comme on voit se faner la rose du matin,
Hortense ainsi perdit la fraîcheur de son teint;
Son œil semblait s'ouvrir à peine à la lumière,
Iris, de ses couleurs ombrageait sa paupière.
Du sang, dont la Nature emprunta le secours,
Phébé depuis trois mois ne réglait plus le cours.
Hortense, dit Iphis, si j'en crois l'apparence,
Nos cœurs peuvent enfin s'ouvrir à l'espérance
De recueillir bientôt un doux fruit de l'Amour...
Mais, Hortense, faut-il te parler sans détour ?
Je désire à la fois et je crains d'être père,
Je redoute ce jour et fatal et prospère,
Ce jour, où cet enfant..... Je ne puis le cacher.....
Car, enfin, de tes bras il faudra l'arracher.
L'arracher ! Et c'est toi qui me tiens ce langage ?
Qui donc de ton Amour me ravira le gage ?
Moi, chère Hortense, moi qui ne souffrirai pas
Qu'une épouse adorée affronte le trépas,
S'immole à la Nature, et dans l'âge des grâces,
Chasse les Jeux, les Ris, qui volent sur ses traces,
Pour nourrir ses enfans, pour remplir un devoir,
Dont l'immense étendue excède son pouvoir.
Ainsi parlait Iphis, quand Dorimond son maître,
S'écrie : ah ! cher disciple, Iphis daigne permettre
Que j'épanche mon cœur au sein de l'amitié.
Pourquoi ne pas vouloir que ta digne moitié,
Hortense, goûte en paix, le bonheur qu'elle envie,
D'allaiter un enfant, qui tient de toi la vie ?
Peut-elle sans danger, sans inhumanité,
Se jouer des devoirs de la maternité ?
Peut-elle, indifférente au cri de la Nature,
Repousser de son sein la faible créature,
Dont les pleurs éloquens et l'innocente voix
Réclament, en naissant, sa tendresse et ses droits ?
Des mères, ou plutôt d'infernales furies,
Dans les flancs d'un rocher, de couleuvres nourries,
Immolant la Nature à leurs frêles appas,
Du fétus, dans leur sein, provoquent le trépas.
Tu frémis au récit des manœuvres infâmes,
De ces monstres l'opprobre et la honte des femmes ;
Ces affreux attentats, ces forfaits odieux,
Si dignes du courroux des mortels et des Dieux,
Glacent d'effroi ton ame, au vice inaccessible ;
Mais crois-tu donc avoir un cœur moins insensible,
Moins féroce, en privant un faible nourrisson,
Ton propre fils, d'un lait, son seul mets, sa boisson,
Tandis que tu ravis au fils de l'étrangère,
Un lait que te vendit le vice ou la misère.
Qu'importe que mon fils suce tel ou tel sein,
Diras-tu, si d'ailleurs, le lait est pur et sain ?
Père dénaturé, dis aussi que m'importe,
Et le sang de mon fils et le sein qui le porte ;
Sais-tu que ce nectar, cette douce liqueur,
Le lait, tel que le sang, prend sa source du cœur ?
Je dis plus. Cette humeur à ton enfant ravie,
Est le sang maternel, seul soutien de sa vie,
Et qui par la Nature, à lui seul destiné,
Blanchi par la chaleur, nourrit le nouveau-né.
Vois ces deux arbrisseaux, que dans les champs de Flore,
De deux germes communs la terre à fait éclore,
Nourris de sucs féconds, pour eux seuls destinés,
Sur le sein maternel, ils croissaient fortunés ;
Mais l'un d'eux arraché par une main barbare,
Est transplanté soudain sur une terre avare :
Combien est différent le sort de ces jumeaux ;
L'un étale à nos yeux l'orgueil de ses rameaux,
De fleurs, son front auguste au printemps se couronne,
Et sous le poids des fruits, il se courbe en automne.
L'autre est penché sans force, au sein d'un beau verger,
Et végette à regret sur un sol étranger ;
Il n'a ni fruits, ni fleurs, et sa triste verdure
Semble dire aux passans les tourmens qu'il endure.
Tel sera, j'en frémis, le sort du nouveau-né ;
Mais à qui livres-tu cet être infortuné ?
Aux soins intéressés d'une femme servile,
Méchante ou libertine, en un mot assez vile,
Pour avoir mis le lait de son enfant à prix.
Sans doute, après ce choix, tu seras peu surpris
De voir ton fils tomber en langueur, en faiblesse,
Ou de ses sentimens dégradant la noblesse,
Indigne rejeton de parens vertueux,
Être faux, dur, ingrat, lâche et voluptueux.
L'enfant, tel que la cire, entre les doigts flexible,
Aux plus heureux penchans offre une ame accessible,
Mais la nourrice en butte à quelque passion,
En transmet à l'enfant la vive impression ;
Ainsi du nourrisson le cœur tendre et novice,
Puise au sein maternel les vertus et le vice.
Tel fut le sentiment de vingt peuples divers.
Domitius Néron, l'horreur de l'Univers,
Tigre, de sang humain toujours insatiable,
Tenait de sa nourrice un penchant exécrable.
A ce Prince, au berceau, sa nourrice, dit-on,
Dix fois le jour, de sang humectait son têton,
Qu'avidement alors il pressait dans sa bouche ;
De là, Néron cruel, sanguinaire et farouche.
Claude, qui de buveur mérita le surnom,
Du vin avec le lait suça la passion.
Rémus et Romulus eurent une ame atroce :
On les crut nourrissons d'une louve féroce.
Pour préparer Didon à ses derniers adieux,
Énée, ingrat et faux, feint un ordre des Dieux.
Didon, le cœur en proie à sa douleur mortelle,
Cesse de m'abuser, perfide, lui dit-elle,
Non, tu n'est point issu du sang de Dardanus ,
Tu te flattes en vain d'être fils de Vénus ;
Insensible à mes pleurs , et sourd à ma tendresse ,
Tu suças , en naissant , le lait d'une tigresse.
Mères , en gémissant , vous demandez pourquoi
Vos enfans sans pudeur , sans mœurs , sans bonne foi ,
Sans amour filial et sans reconnaissance ,
Vous forcent d'abhorrer le jour de leur naissance ?
Avant de vous répondre, écoutez un moment ,
Et tremblez au recit d'un triste événement.
Aux murs de Montpellier , l'aimable Éléonore ,
A la taille d'Hébé joignait le teint de Flore ,
De l'Amour, à quinze ans , ses yeux lançaient les traits ;
Mais que fais-je ? Et pourquoi peindre ici ses attraits ?
La moderne Épidaure est le séjour des Grâces.
De mille adorateurs qui volaient sur ses traces ,
Un seul a su trouver le chemin de son cœur ;
De ses nombreux rivaux Wander est le vainqueur.
Ah ! malheureux Wander ! Les fastes de l'histoire
Ont peint , en traits de sang , ta funeste victoire.
Wander ( c'était le nom de l'amant fortuné ) ,
D'un cercle d'amateurs , d'amis environné ,
Du Dieu de l'Harmonie , empruntant le langage ,
De l'Amour le plus chaste offrait le premier gage ;
Le nom d'Eléonore aux accens de sa voix ,
Rendait plus doux les sons du luth et du hautbois ;
Sensible à son hommage , heureuse de l'entendre ,
L'amante applaudissait à l'amant le plus tendre.
Cependant , un rival au désespoir livré ,
Melcour, d'un fol Amour est encore énivré.
Un concert d'instrumens a frappé son oreille ,
Son cœur frémit de rage. Il écoute , il s'éveille.
Aveugle Eléonore, on te fête en ce jour,
Ce jour verra Wander dans l'infernal séjour.
Il dit, et d'un Mentor trompant la vigilance,
Du logis paternel, il s'échappe en silence.
Sous un manteau perfide, avec art déguisé,
Il cache un long poignard par la rage aiguisé.
La nuit semble assurer le succès de son crime.
Furieux, il s'élance, il fond sur sa victime,
Aux yeux d'Eléonore il lui perce le sein.
Melcour à quatorze ans est un lâche assassin.
Enfant dénaturé de la plus tendre mère,
Fils lâche et criminel du plus vertueux père,
Au sentier de l'honneur il marchait sous ses yeux,
Lorsqu'un seul jour en fit un tigre furieux.
Où puisa donc Melcour cette humeur sanguinaire ?
Mères, n'en doutez point, dans un cœur mercenaire.
Le chien même, le chien par la louve allaité,
De sa mère nourrice a la férocité.
D'une épouse adorée Iphis sèche les larmes,
Et de son cœur timide écarte les alarmes.
Trop de prévention contre l'allaitement,
D'un état naturel te fait un vain tourment.
N'écoute point de l'Art la brillante imposture,
Il n'est point de danger pour qui suit la Nature ;
Mère tendre et commune, elle veille toujours,
Sur la mère nourrice et protége ses jours,
Tandis que sous mes yeux, le Ciel lançant la foudre,
Dans son juste courroux, a réduit, mis en poudre
Ces mères, qui trompant son auguste dessein,
Repoussaient sans pitié leurs enfans de leur sein.
S ton épouse un jour mère dénaturée,
Ou subit une mort prompte et prématurée,
Ou traîne un corps débile et des jours languissans ,
N'accuse point de l'Art les secours impuissans ;
N'impute point au Ciel , sa triste destinée ,
Je te dirai : c'est toi qui l'as assassinée.
Qu'entends-je ? Ah! Dorimont, je me rends à vos vœux,
Oui , nourris Hortense , oui , j'y consens , je le veux.
Vainement , dit Iphis , le préjugé murmure ,
Que sa voix cède enfin au cri de la Nature.
Des devoirs que le Ciel impose à deux époux ,
Dit alors Dorimont , c'est le plus saint de tous ;
De plaisirs vrais et purs quelle source féconde !
Une mère nourrice est Reine en ce bas monde.
Il va naître ce fils , si long-temps attendu ;
Déjà je crois le voir à son sein suspendu ,
Et sa mère épiant les traits de son visage ,
De ton vivant portrait tirer un doux présage.
Bientôt sur son berceau , l'un et l'autre penchés ,
Au milieu des transports par vos cœurs épanchés ,
Tandis que dans ses yeux vous chercherez à lire ,
Pour la première fois tu le verras sourire ,
Pour la première fois il begayera ton nom.
Entendrez-vous sa voix , sans être émus ? non.
Son sourire enchanteur , ses accens pleins de charmes
De vos yeux attendris feront couler des larmes ,
Et cet être innocent , digne objet de vos vœux ?
D'un hymen fortuné va resserrer les nœuds.
Alors , dans un accès d'humeur sombre et jalouse ,
Garde-toi d'insulter à la foi d'une épouse ;
La mère dont le sein allaite un nourrisson ,
Est , par ce soin pieux , à l'abri du soupçon :
Son cœur est des vertus et le trône et le temple.
Avec un saint respect l'Univers la contemple.
Des plus vils séducteurs , le plus audacieux ,
La regarde , et honteux , fuit en baissant les yeux.
Nourri dans la débauche , il sait que l'imposture ,
Ne peut rien sur un cœur docile à la Nature.
Par tout , en lettres d'or , ce vers doit être écrit ,
_La véritable mère est celle qui nourrit._
Le chantre d'_Ilion_ , l'incomparable Homère ,
Atteste que d'Hector la digne et tendre mère ,
Hécube de son sein allaita ce cher fils ,
Si lâchement traîné par le fils de Thétis.
Andromaque , fidèle au vœu de la Nature ,
Ne frustra point son fils du lait sa nourriture ;
Sur le sein maternel il s'abreuvait encor ,
Le jour où son époux , le malheureux Hector ,
L'ame de noirs chagrins et d'ennui dévorée ,
Reçut les derniers vœux d'une épouse adorée.
Le jeune Astianax agitait de sa main ,
Le panache flottant sur son casque d'airain ,
Insensible aux adieux d'Hector et d'Andromaque.
Pénélope à son fils le sage Télémaque ,
Transmit avec le lait ces nobles sentimens ,
Garans de sa sagesse , en dépit des amans.
Cornelie à l'hymen , à ses devoirs fidèle ,
De la mère nourrice est l'illustre modèle.
Mes enfans , disait-elle , images d'un époux ,
Sont mes vrais diamans , mes trésors , mes bijoux.
Mon épouse à quinze ans me tenait ce langage ,
Quand ses bras , de l'hymen pressant le premier gage ,
Sur son sein maternel le tenait suspendu ;
Ce langage du cœur je l'ai bien entendu.
Du Dieu qui nous créa la justice éternelle ,
Donna des droits sacrés à l'amour maternelle.
Et la mère nourrice au nom de ce devoir ,
Toujours sur ses enfans conserva son pouvoir.
Le jeune Machabée , à son heure dernière ,
De sa mère nourrice exauça la prière ;
Six frères , à ses yeux , égorgés sans pitié ,
La voix du sang , le cri perçant de l'amitié ,
Des bourreaux furieux l'insatiable rage ,
Les apprêts du supplice ont glacé son courage.
Mon fils , lui dit sa mère , es-tu digne de moi ?
A l'aspect du trépas , bannis un lâche effroi.
Tes frères ne sont plus , c'est à nous de les suivre ,
Et de les imiter ? Voudrais-tu leur survivre ?
Voudrais-tu , peu sensible à la voix de l'honneur ,
Renoncer à la gloire , à l'éternel bonheur ?
Au nom du Dieu vivant , mon fils , je t'en conjure ,
Epargne un tel affront , ne fais pas cette injure ,
A celle qui neuf mois te porta dans son sein ;
A celle qui du Ciel remplissant le dessein ,
Te berça dans ses bras , les nuits et les journées ,
Qui de son propre sang te nourrit trois années.
A ces mots le jeune homme ordonne à ses bourreaux
De hâter son supplice et meurt en vrai Héros.
D'une mère toujours dangereuse rivale ,
La nourrice a ses droits à l'amour filiale.
Tite-Live a transmis à la postérité
Un exemple éclatant de cette vérité.
Gracchus victorieux rentrait un jour dans Rome !
Le peuple impatient de revoir ce grand homme ,
Au bruit de son approche , accourt de toutes parts ,
Sa nourrice et sa mère étaient hors des remparts ;
Gracchus les aperçoit et la reconnaissance ,
Balançant dans son cœur l'auteur de sa naissance ,
Aux bras de sa nourrice , il s'élance d'abord,
Et lui donne en présent un riche collier d'or ;
La Nature eut son tour , Gracchus offre à sa mère
Un simple anneau d'argent, ornement du Vulgaire.
Mères , qui repoussez vos enfans de vos bras,
Daignez souffrir du moins qu'ils ne soient point ingrats.
De l'empire des Lys illustre souveraine ,
Plus fière d'être mère encor que d'être Reine,
Blanche , de la Nature admirant le dessein ,
Prodiguait à son fils les trésors de son sein.
Le soin des malheureux , chers à sa bienfaisance ,
Loin du Palais, un jour, exigeait sa présence ;
Elle sort, et Louis fut jusqu'à son retour,
Confié par sa mère aux Dames de la Cour.
Les mortels bienfaisans , humbles dans la fortune ,
Qui séchent nuit et jour les pleurs de l'infortune ,
Savent qu'il est si doux , aux cœurs nés généreux,
De s'oublier soi-même en faisant des heureux :
Blanche oublia son fils, privé de nourriture ,
L'auguste enfant semblait implorer la Nature ;
Ses pleurs , ses cris aigus , le besoin très-pressant ,
Tout parlait en faveur de cet être innocent ;
Une Dame à Louis donna son sein. Sa mère
Entre. Immobile , en proie à sa douleur amère ,
J'ai donc perdu , dit-elle , un titre précieux ,
Que m'avaient accordé la Nature et les Cieux !
J'étais mère. A présent une autre à l'avantage ,
Non , non. Ne souffrons point un indigne partage ;
Elle dit ; et son fils par son doigt secondé ,
Vomit , et d'un lait pur le marbre est inondé.
De l'amour maternel auguste et beau délire ,
J'ai dû te consacrer aux accords de ma lyre.
Bienheureux Saint Louis , émule de Titus ,
De ta mère en naissant tu suças les vertus.
Épouses du haut ton , qui traitez de chimères ,
L'allaitement , les soins et les devoirs des mères ,
Daignez lire ces vers et frémissez du moins ,
Au récit d'un seul fait dont j'offre vingt témoins.
Enceinte de neuf mois , la sensible Emilie
Etait mère à seize ans. Jeune , aimable et jolie ,
Son époux l'adorait par caprice et pour lui.
Damis , semblable en tout aux époux d'aujourd'hui ,
Avait, dit-il, un cœur trop sensible et trop tendre ,
Pour voir souffrir son fils. Or , pour ne pas l'entendre
Nuit et jour tourmenter , fatiguer sa moitié ,
Du logis paternel il bannit sans pitié
Ce doux fruit de l'hymen , objet de tant d'alarmes ,
Cet enfant qu'Emilie arrose de ses larmes.
Elle a beau supplier , faire toucher du doigt ,
Témoigner qu'elle veut , qu'elle peut , qu'elle doit ,
Mère tendre, accomplir le vœu de la Nature ,
En donnant à son fils son lait pour nourriture ,
Inutiles discours , il a pris son parti ,
La nourrice est payée et l'enfant est parti.
Bonne mère , Emilie en était désolée ,
L'Hymen, le Temps , l'Amour ne l'ont point consolée ,
Lorsque de la barrière infernale ou d'Enfer ,
Séjour de la nourrice , Antoinette de Fer ,
Je reçois ce billet d'Emilie éperdue :
Courez , volez Docteur , sans vous je suis perdue ;
De mon fils au berceau les jours sont menacés ,
Vous connaissez mon cœur, c'est vous en dire assez.
J'arrive. Quel spectacle ! Ici gémit le père ,
Plus loin la jeune épouse en pleurs se désespère ,
L'enfant ne criait point , le malheureux heurlait ,
Son visage était noir. La vendeuse de lait ,
De sang-froid et l'œil sec , nous regarde et babille.
Qu'on se taise , lui dis-je , et qu'on le déshabille ;
Ses cris sont arrachés par d'atroces douleurs ,
Ses accens me l'ont dit , je le vois à ses pleurs :
Taisez-vous ; nous allons en pénétrer la cause :
La nourrice parlait. Je ne veux pas qu'on cause ,
Lui dis-je avec aigreur , faites ce que j'ai dit ,
Vous jaserez après. Mon ton sec l'interdit.
Hors du maillot déjà l'enfant plus à son aise ,
Respire librement et bientôt il s'appaise ;
Aux cris les plus aigus succèdent les sanglots ,
Il pleure, mais ses pleurs ne coulent plus par flots.
Enfin , le voilà nud.... Que vois-je ! le dirai-je ?
De deux trous sur un corps aussi blanc que la neige ,
Le sang jaillait du dos, de cet enfant si cher ,
La nourrice avait pris et la couche et la chair ,
Qu'une épingle assez forte attachait l'une à l'autre.
Est-ce , après tout , Monsieur , ou ma faute ou la vôtre ,
Dis-je alors à Damis, si cet être innocent ,
Victime de l'hymen est martyr en naissant ?
En vain dans votre cœur vous cherchez une excuse.
Moi, l'enfant, Emilie, ici tout vous accuse ,
Ici , tout vous démontre à n'en pouvoir douter ,
Que le cœur d'un bon père a tout à redouter
D'un être faux et vil qu'un vil or intéresse ,
Qui ne vend que son lait et jamais sa tendresse ;
Ouvrez les yeux, Damis ; bien plus qu'en mes écrits ,
Sur ces langes sanglans , vos devoirs sont écrits :
Il en est temps encor. Mon art a des ressources ,
Qui du lait à l'enfant peuvent rouvrir le sources ,
Un seul mois de sa vie embrasse tout le cours.
La mère applaudissait tout bas à ce discours ,
Son geste, ses regards, tout me disait, courage ;
Le moment est propice, achevez votre ouvrage.
Damis s'en aperçoit et d'un air triomphant ,
Aux mains de la nourrice, il va saisir l'enfant ,
Et vient le déposer dans les bras d'Emilie.
Que ce nœud si sacré l'un à l'autre nous lie ,
Dit Damis attendri..... Moment délicieux ,
Lui répond Emilie, en rendant grâce aux Cieux ,
Je suis mère à présent et je n'étais qu'épouse.
De ce double devoir mon ame était jalouse ,
Mon époux de mon cœur sonda trop les replis ,
Pour douter que par moi ses vœux ne soient remplis.
Elle dit : et soudain en un plus doux langage ,
De l'amour maternel son fils suce le gage.
Emilie en pleurant sortit de ce séjour ,
Heureuse d'avoir pu du plus sinistre jour ,
Au gré de ses désirs, faire un jour de délices ,
Et de l'allaitement savourer les prémices.
Sexe aimant, profitez d'une utile leçon ;
Que ce récit trop vrai, ne soit pas un vain son ,
Qui sans passer au cœur, s'arrête à votre oreille ;
Allaitez vos enfans, ou craignez la pareille.
Dans ces beaux jours où Rome avait encor des mœurs ,
Le devoir maternel, embrasait tous les cœurs.
Autrefois, dit Tacite, abjurant sa chimère ,
En allaitant ses fils, chaque épouse était mère ,
Toute épouse eût rougi d'avoir à prix d'argent ,
Un lait ravi par elle au fils de l'indigent.
Autres temps, autres mœurs. Mères trop inhumaines ,
Disait Jules-César, en parlant aux Romaines ,
Qui portez dans vos bras des singes et des chiens ;
Avez-vous donc du sang brisé les doux liens ?
Avez-vous étouffé la voix de la Nature ?
A de vils animaux vous donnez la pâture ,
Et vous privez de lait des être innocens ,
Que vous osez , sans honte , appeler vos enfans ?
Ne méritez-vous point un si sanglant reproche ,
Mères françaises , vous..... Mais non , le jour approche ,
Où dans vos cœurs , déjà de remords combattus ,
Des femmes des Gaulois renaîtront les vertus ;
Déjà de leurs enfans dignes institutrices ,
Paris voit dans ses murs bien des mères nourrices.
Puisse un si bel exemple enfin se propager !
Illustre Genevois , généreux étranger ,
Dont la mâle éloquence égala le courage ,
Cet heureux changement , Rousseau fut ton ouvrage.
Ami de la Nature et de l'humanité ,
Tu triomphas du luxe et de la vanité ;
Ton génie , en portant le trouble au fond de l'ame ,
De l'Amour maternel y ranima la flamme.
Mères tendres , venez à l'ombre du berceau ,
Où reposent en paix les manes de Rousseau.
Là , l'Emile à la main , contemplant son image ,
A son illustre auteur rendez un pur hommage.
De nos Césariens , Routiniers , ignorans ,
J'ai peint les préjugés , leurs Dieux et leurs tyrans ,
Je vais sonder le cœur des vénales nourrices ,
Chanter leurs préjugés , leurs talens , leurs caprices.
De l'allaiteuse ici la misère est l'agent ,
Et dans son nourrisson , ce qu'elle aime est l'argent.
Loin de vous étonner que son ame soit telle ,
Demandez-vous plutôt : comment aimerait-elle
Un enfant qui ravit son lait, son propre sang,
A celui que l'Amour féconda dans son flanc ;
A celui qui du sein chassé par la Fortune,
Reçut d'elle en naissant le joug de l'infortune ?
Comment peut-elle aimer un enfant étranger,
Dont l'allaitement seul met le sien en danger ?
Comment peut-elle aimer un enfant dont l'approche,
Les caresses, les jeux sont pour elle un reproche ?
N'exigez donc pas d'elle un tendre attachement,
On ne vend pas son cœur, mais ses soins seulement.
Trop heureux, si toujours à ses devoirs fidèle,
Elle acquitte les soins que vous exigez d'elle ;
Mais après tout, ces soins toujours défectueux,
Remplacent-ils jamais les soins affectueux,
D'une mère au berceau généreuse captive,
Aux besoins d'un enfant, nuit et jour attentive ?
Gardez-vous de le croire. Il est de mon devoir
De frapper des abus que l'Art seul a dû voir.
Je vais en dévoiler cinq à six entre mille.
Je n'ose après l'auteur d'Héloïse et d'Emile,
Démontrer du maillot les dangereux effets.
Rousseau par ses écrits, ainsi que par les faits,
A déjà combattu ces préjugés funestes,
Le Temps et la Raison achèveront le reste.
Souvent le Philosophe au séjour des humains,
Sème la vérité de ses savantes mains ;
Mais d'une terre ingrate, aux talens infertile,
Les préjugés rendant leur culture inutile,
Leurs fruits lents et tardifs, en dépit de ses vœux,
Sont souvent recueillis par ses derniers neveux.
Dis-moi, fille du jour, dis-nous, chaste Lucine,
Des vendeuses de lait la honteuse origine,
Comment un être vil sevrant son propre fils,
De son sang, de son lait calcula les profits.
Comment l'or corrupteur, en dégradant la femme,
Du plus saint des devoirs fit un métier infame,
Métier, qui chez les Grecs toujours fait à vil prix,
Vouait toute allaiteuse au plus profond mépris.
Une Dame Troyenne, à la misère en proie,
Dit Euripide, après l'embrasement de Troie,
Esclave et sans ressource, abaissa son grand cœur
A nourrir de son lait, le fils de son vainqueur ;
La prostitution, état vil, exécrable,
Au métier d'allaiteuse était seul comparable,
Elle eut un nourrisson, et le prix de ses soins,
Pouvait suffire à peine à ses pressans besoins.
L'immortel Orateur et l'Oracle d'Athènes,
Le Dieu de l'éloquence, en un mot, Démosthènes,
Cite, entr'autres, un fait qui prouve évidemment,
A quel point était vil l'art de l'allaitement.
Au métier d'allaiteuse, une femme réduite,
Par sa famille, un jour, au Sénat est traduite ;
De la déshonorer on ose l'accuser.
L'allaiteuse en deux mots répond pour s'excuser :
De l'état que je fais j'ai senti la bassesse ;
Mais si de votre sang je démens la noblesse,
Du moins ne l'imputez qu'à la nécessité.
Malheureuse et réduite à la mendicité,
J'ai fait choix d'un état qui répugne à mon ame,
Pour ne pas exercer un métier plus infame.
Que les temps sont changés ! De nos jours, à Paris,
Des vendeuses de lait le commerce est sans prix.
Mais c'est trop m'arrêter ; toute allaiteuse est mère,
Et l'amour maternel n'est point une chimère ;
Vous achetez son lait, tout son lait ; mais souvent
Ce n'est que la moitié de son lait qu'elle vend,
Et pour mieux vous tromper, en vengeant la Nature,
Elle emprunte de l'Art une autre nourriture.
La bouillie est le nom de ce fade aliment,
Composé d'eau, de sel, de seigle, ou de froment ;
Cette colle insipide, inodore, étrangère,
Qu'un estomac débile avec peine digère,
Plonge dans la stupeur les enfans nouveaux-nés ;
Ce qui fait croire à tort, qu'à ces infortunés,
La bouillie est toujours un calmant salutaire ;
Tandis que le Carreau, vice du mésentaire
La Charte ou Rachitis, le vice scrophuleux,
La faiblesse, ou défaut du ressort glanduleux,
Et l'épaississement de leur humeur muqueuse,
Sont les tristes effets d'une colle visqueuse.
La bouillie au besoin doit être, le biscuit,
La semouille, le ris et la crême au pain cuit.
Surveillez la nourrice, aux préjugés en butte,
Dont la malpropreté dégoûtante rebute.
Quel spectacle en effet plus propre à dégoûter,
Que de la voir souffler de sa bouche, et goûter
La funeste bouillie à l'enfant destinée,
Et la lui redonner de salive imprégnée.
Des cris du nourrisson pour se débarrasser,
L'allaiteuse à toute heure a soin de le bercer ;
Mais sous son bras nerveux, les berceaux qui bondissent,
Fatiguent le cerveau, dont les nerfs s'engourdissent,
Et l'on doit s'attrister, loin de se réjouir
De ce calme trompeur dont il semble jouir.
Ainsi la jeune poule à son gîte arrachée,
Dont la tête, avec soin, sous son aile est cachée,
Qu'on agite avec force, a l'air de s'endormir,
Mais ces longs bercemens ne font que l'engourdir.
Quand l'amour maternel, pour égayer l'enfance,
Inventa les hochets, l'Art, dit-on, fit défense
A tout fabricateur de ces nouveaux joujous,
D'ajouter un suçoir à ces charmans bijoux ;
Mais quand l'appât du gain, à cet objet futile,
Agréable à l'enfant, eût joint le mot utile,
L'art eut beau des hochets démontrer le danger,
On ne l'écouta plus. Moi je vais le venger :
Ma Muse avec l'Erreur ne fit jamais de pacte.
Tous les hochets sont faits de matière compacte ;
Ils sont d'or ou d'argent, d'ivoire ou de cristal,
Mais qu'ils soient composés d'ivoire ou de métal,
Ce joujou dur et froid, introduit dans la bouche,
Meurtrit, gêne à la fois les pores, et les bouche.
Le bord alvéolaire, au lieu de s'amincir,
Par l'effet du hochet ne fait plus que durcir.
Ainsi la dent naissante irritant les gencives,
Procure au nourrisson des crises convulsives.
Le meilleur des hochets, le plus propice aux dents,
Est le miel de Narbonne, en y plongeant dedans
La guimauve en bâton, que le nourrisson mâche ;
La guimauve adoucit, et le bon miel relâche.
Dans l'orage effrayant de la dentition,
Prévenez avec soin la constipation.
O vous qui nourrissez, vertueuses épouses,
Du fruit de vos amours montrez-vous plus jalouses !
Des baisers innocens si vous sentez le prix,
Jamais sans votre aveu qu'un baiser ne soit pris
Sur la joue, et surtout sur les lèvres mi-closes
D'un nourrisson, au teint et de lys et de roses :
Pour lui , d'un corps mal sain l'impure exhalaison ,
Dans un âge aussi tendre est un mortel poison.
Telle et moins délicate en l'Empire de Flore ,
La plus belle des fleurs , la rose , vient d'éclore.
Des zéphirs caressans les baisers du matin ,
N'ont point terni l'éclat , la fraîcheur de son teint.
Mais du vent du midi déchaîné dans la plaine ,
Le souffle meurtrier , la dévorante haleine ,
Ont flétri la plus belle et la Reine des fleurs ,
Dans les bras des zéphirs qui la baignaient de pleurs.
Ainsi du vice impur la corrosive haleine ,
Fit périr sous mes yeux un nourrisson d'Hélène.
Mère à quinze ans , Hélène était nourrice. Un jour
Qu'elle était seule aux champs , des vertus vrai séjour ,
Des scélérats couverts de l'habit militaire ,
Symbole de l'honneur , dans ce lieu solitaire ,
Par un heureux hasard feignant d'être conduits ,
Arrivent chez Hélène et sans être introduits ;
L'un , d'un ami prenant le ton et le langage ,
D'un baiser à l'hôtesse offrait déjà le gage ;
L'autre , moins téméraire , et non moins criminel ,
En portant ses regards sur le sein maternel ,
Imprime un long baiser sur la bouche vermeille
De cet être innocent , qui dans ses bras sommeille.
L'époux absent arrive et se montre à propos.
Ici la scène change , on change de propos.
Hélène oppose alors le mépris du silence ,
Tire un cordon. Soudain ses gens de confiance
Volent , et d'un coup d'œil ses ordres sont donnés.
Pardon , Madame si..... Vous êtes pardonnés ,
Dit Hélène indignée , et de cette demeure ,
Pour n'y jamais rentrer , éloignez-vous sur l'heure.
Mais, ô scélératesse ! un infernal poison,
Dans les bras du sommeil atteint le nourrison,
Et de la bouche au cœur passe de veine en veine.
De l'Art même impuissant toute ressource est vaine,
De symptômes affreux son corps est affecté,
Dans sa source en un mot son sang est infecté.
Le venin que répand le dard de la vipère,
Est moins prompt que le mal qu'un tel baiser opère.
Pardonnez...... Mais la plume échappe de mes mains :
Que des serpens cachés sous les traits des humains !
Quand du lait maternel l'âge a tari la source,
Le lait des animaux est-il une ressource ?
Je ne réponds qu'un mot. Cet usage odieux
Est proscrit aux humains par l'exemple des Dieux.
Du Messager céleste une Nymphe adorée,
Mais du désir de plaire en secret dévorée,
Au plus saint des devoirs préférant la beauté,
A la chèvre légère avait livré Myrthé.
D'un rejeton des Dieux une chèvre est nourrice !
Inhumaine Dryope, à ta noire injustice
La Nature et les Dieux doivent un châtiment.
Une mère n'est point barbare impunément.
Un jour que cette Nymphe, au sein d'une prairie,
Arrachait pour sa fille une branche fleurie
De Lotos, arbre auguste, à Bacchus consacré ;
Elle veut, mais en vain, se mouvoir à son gré.
Soudain ses pieds, changés en racines profondes,
Du fleuve, en serpentant, se plongent dans les ondes.
Son corps n'est plus qu'un tronc d'écorce recouvert,
Son cœur dur, aux remords, mais trop tard, s'est ouvert ;
Ses bras levés, du Ciel implorent l'indulgence,
Mais le Ciel et terrible et juste en sa vengeance,
Les retient suspendus, en branches transformés ;
De ses cheveux épais cent rameaux sont formés.
Dryope, enfin, est l'arbre où la mère nourrice,
Est sûre de trouver une ombre protectrice ,
Mais qui des Dieux vengeurs atteste le pouvoir ,
A la mère insensible et sourde à son devoir.
Cependant, dira-t-on, Cybèle épouvantée ,
Fit nourrir Jupiter par la chèvre Amalthée.
Le fait est faux. Cybèle en proie à la douleur ,
Exila son cher fils. Le reste est une erreur.
L'épouse de Saturne , à regret trop féconde ,
Mit à la fois Junon et Jupiter au monde.
Tremblante pour les jours de ce fils précieux ,
Que le sort destinait à l'Empire des Cieux ,
De nuit , à la faveur d'un nuage prospère ,
Cybèle en frémissant le dérobe à son père ,
Et dans l'île de Crête on élève en secret ,
Un fils que de son sein elle arrache à regret.
C'est là qu'une nourrice, au teint frais , jeune et belle ,
Amalthée , allaita le Dieu , fils de Cybèle.
O divine Amalthée ! Il est temps que mes vers ,
De sa trop longue erreur détrompent l'Univers.
J'ai dit assez , je crois , des vénales nourrices
Les préjugés nombreux , les funestes caprices ,
Pour qu'il me soit permis de tracer dans ce Chant ,
D'une vierge nourrice un trait rare et touchant.
Aux bords de Mincio , dans sa plaine fertile ,
Je cherchais , en pleurant , les traces de Virgile ,
Quand sous des chênes verds , au penchant d'un coteau,
Je vois une bergère et son nombreux troupeau ,
Qui fuyant du midi la dévorante haleine ,
Pour respirer le frais avait quitté la plaine.
La bergère endormie étalait à dix ans,
D'une gorge de Lys les trésors ravissans.
Dans ses bras un enfant, de sa bouche mi-close,
Suçait le lait vermeil de son bouton de rose.
Ce spectacle à la fois m'étonne et me ravit :
Laure en sursaut s'éveille. A peine elle me vit,
Que couvrant d'une main sa gorge à demi nue,
La rougeur sur le front, d'une voix ingénue :
Contemplez mon Amour, voyez comme il est beau
Mon frère, me dit-elle. En entrant au tombeau,
Ma mère l'allaitait, je l'allaite comme elle.
Sa bouche a refusé de saisir la mamelle
De la vache féconde ; et du lait de sa sœur,
Nuit et jour il savoure, à long traits, la douceur.
Telle et plus tendre encore une jeune Romaine,
Bravant d'un fier Tyran la colère inhumaine,
A son père expirant au fond d'une prison,
De son sein virginal fit sucer la boisson.
Trop heureuse à ce prix de prolonger la vie
D'un père, à qui la faim l'aurait déjà ravie,
Et d'épancher son sang, pour donner à son tour,
L'existence à celui qui lui donna le jour.
Ah ! mille fois heureux, ô père de famille !
Qui, dans les fers, regnas sur le cœur de ta fille.
D'un père infortuné nourrice et vierge encor !
O prodige d'amour!..... Où trouver ce trésor ?
Piété filiale, êtes-vous donc éteinte ?
Le Ciel loin de mon cœur a banni cette crainte.
Caroline a promis de me chérir toujours,
D'être l'honneur, l'espoir, l'appui de mes vieux jours.
Ses soins ont de ma vie embelli la carrière,
Et sa main à ma mort fermera ma paupière.
Combien ce seul espoir a pour moi de douceur !
Garde bien mon trésor. Mais un jour, ô ma Sœur !
J'irai le réclamer dans les murs de Narbonne,
Aux genoux d'une Tante, aussi juste que bonne.
Funestes préjugés ! dans la nuit du tombeau,
Quel Génie, ou quel Dieu portera son flambeau,
Pour dissiper l'horreur des profondes ténèbres
Où la Mort se voila de ses crêpes funèbres ?
Quel Génie, ou quel Dieu, de ses puissantes mains,
Du joug des préjugés sauvera les humains ?
Est-ce vous, Apollon, Dieu de la Médecine,
Qui vengerez enfin Esculape et Lucine ?
Pour soutenir leurs droits, j'ai fait de vains efforts,
Par tout les intrigans sont toujours les plus forts.
Le stupide Vulgaire à genoux les contemple,
Et la Vérité gît seule au fond de son Temple.
Auguste Vérité ! Je laisse aux Immortels
L'honneur de protéger ton culte et tes autels.
Mais je te vengerai d'une secte insensée,
Je rendrai son éclat à ta gloire offensée ;
Je veux épouvanter quiconque aurait le front
De faire à tes appas quelque nouvel affront.
J'en ai fait le serment, je le tiendrai sans doute.
L'Intrigue et ses agens n'ont rien que je redoute,
Je veux que mon nom seul les glace tous d'effroi,
Sous le Decemvirat j'osai braver Fourcroi.
Et vous, fils de Paré, désertez ces Ecoles
Où vous attire en foule, au son de ses paroles,
Un éternel Bavard, qui plein de vanité,
Croit par de longs discours servir l'humanité ;
Pour le malheur du siècle et de l'espèce humaine,
L'orgueil a de votre art agrandi le domaine ;
D'un Chirurgien prudent la noble ambition,
Doit être d'éviter une opération.
Dédaignez de votre art les vaines théories,
Et sans vous amuser de doctes rêveries,
Moins prodigues du temps, volez à l'Hôtel-Dieu.
Là Desault parle en maître, opère en demi-Dieu ;
Chaque mot de sa bouche est un nouvel oracle,
Chaque acte de sa main est un nouveau miracle ;
A mille infortunés souffrant sur leurs grabats,
Et d'une voix plaintive invoquant le trépas.
Desault par ses talens sait faire aimer la vie,
Son nom seul fait pâlir et la Mort et l'Envie.
Puisse la Vérité qui me dicta ces vers,
Le venger d'un Zoïle, aux yeux de l'Univers.
Cependant j'ai perdu mon illustre Mecène.
Entendez-vous gémir les Nymphes de la Seine ?
Pleurez, amis des Arts et de l'humanité,
Pleurez, Desault n'est plus. Un peu d'aménité
Manquait, dit-on, aux mœurs de ce savant austère,
Dont l'excès de travail aigrit le caractère.
La Fontaine l'a dit : *Chacun a son défaut*,
Et c'est le seul du moins qu'on reproche à Desault.
Mais la dextérité, cette heureuse aptitude,
Fruit rare et précieux d'une pénible étude,
Qui toujours au Génie assujettit la main
Dans les nombreux détours du labyrinthe humain,
Qui pourrait à Desault contester ce mérite ?
Qui, dites-vous ? Ce Fat que tout talent irrite,
Ce Narcisse imprudent, qui de lui-même épris,
Honore ses pareils d'un souverain mépris.
Mais l'écho de la Seine, attristé de ta perte,
Aux Élèves de l'Art, aux humains si funeste,
Desault, à ton rival a répété souvent
La terrible leçon de la lime au serpent.
English text
In that age close to the infancy of the world
Where innocence reigned, a fertile woman,
Always after nine months, with impunity,
Paid the happy tribute of maternity.
Upon a bed of turf beside a pure stream,
Alone and with no other support than simple Nature,
Who always lavished her aid upon her wishes,
The female sex laid down the fruit of its loves,
And never in the excess of its bitter pain,
Paid with its tears for the sweet title of mother.
Happy century! golden age so fruitful in virtues!
The name of mother then was not an empty name.
Each wife, idolizing her newborn child,
Unveiled to its eyes her two alabaster globes,
Ingenious emblem of fecundity,
From whence in streams gushed forth life and health.
How times have changed! since within the cities,
Unhappy slaves, a thousand servile customs,
Luxury and indolence have corrupted morals,
Mothers, with artifice, have hardened their hearts,
And suffer without blushing that the horrible tigress,
Should give them, by nursing, lessons in tenderness.
Ah! since you treat a son as an enemy,
Do not be, at least, but half-barbarous,
And without covering your hearts with a veil of imposture,
Close, close your ears to the cries of Nature.
Turn your gaze from this innocent son,
Out of pity, smother him in your arms at birth;
Let him return the blood he drew from your veins.
You shudder with horror, and a few vain tears,
The necessary tribute of a humid brain,
Flood the cradle of this new Oedipus.
The sentence is pronounced, deplorable victim,
Unfortunate child, your inexorable mother,
Has entrusted your demise to surer hands;
But your plaintive shade, bound to her steps,
Like the Vulture at the heart of Prometheus,
Will surrender her terrified soul to remorse.
This milk that the cruel woman stifled in her breast,
A frightful and fertile germ, will produce a swarm
Of tumors, of deposits, and of horrible ulcers,
Whose corrosive humor, corrupting the viscera,
Will come to crown the horror of her fate,
And without granting it to her, will multiply death.
To this hideous picture, but alas! too faithful,
Let us hasten to oppose a worthier model.
Iphis loved Hortense, Hortense was fifteen,
When Hymen transformed these lovers into spouses.
Amidst the sweet transports of amorous rapture,
Heaven, which united them, crowned their tenderness.
As one sees the morning rose wither,
So Hortense lost the freshness of her complexion;
Her eye seemed barely to open to the light,
Iris, with her colors, shaded her eyelid.
Of the blood, whose aid Nature borrowed,
Phoebe for three months no longer regulated the course.
Hortense, said Iphis, if I may trust appearances,
Our hearts may at last open to hope
To soon gather a sweet fruit of Love.....
But, Hortense, must I speak to you plainly?
I both desire and fear to be a father,
I dread this day, both fatal and prosperous,
This day, when this child..... I cannot hide it.....
For, ultimately, he must be torn from your arms.
Tear him away! And it is you who speak this language to me?
Who then will rob me of the pledge of your Love?
I, dear Hortense, I who will not suffer
That an adored wife should face death,
Sacrifice herself to Nature, and in the age of graces,
Drive away the Games, the Laughter, which fly in her wake,
To nourish her children, to fulfill a duty,
Whose immense extent exceeds her power.
Thus spoke Iphis, when Dorimond his master,
Cries out: ah! dear disciple, Iphis deign to permit
That I pour out my heart in the bosom of friendship.
Why not wish that your worthy half,
Hortense, taste in peace, the happiness she envies,
Of nursing a child, who draws its life from you?
Can she without danger, without inhumanity,
Trifle with the duties of maternity?
Can she, indifferent to the cry of Nature,
Repel from her breast the feeble creature,
Whose eloquent tears and innocent voice
Claim, at birth, her tenderness and its rights?
Mothers, or rather infernal furies,
In the flanks of a rock, nourished by snakes,
Sacrificing Nature to their frail charms,
Provoke the death of the fetus in their womb.
You shudder at the tale of infamous maneuvers,
Of these monsters, the opprobrium and the shame of women;
These frightful outrages, these odious crimes,
So worthy of the wrath of mortals and of the Gods,
Freeze with terror your soul, inaccessible to vice;
But do you then believe you have a heart less unfeeling,
Less ferocious, in depriving a feeble infant,
Your own son, of milk, his only food, his drink,
While you steal from the stranger's son,
A milk that vice or misery sold to you.
What does it matter if my son suckles this or that breast,
You will say, if moreover, the milk is pure and healthy?
Unnatural father, say also, what does it matter to me,
Both the blood of my son and the womb that bears him;
Do you know that this nectar, this sweet liquor,
Milk, just like blood, takes its source from the heart?
I say more. This humor stolen from your child,
Is the maternal blood, the sole support of his life,
And which, by Nature, destined for him alone,
Whitened by heat, nourishes the newborn.
See these two shrubs, which in the fields of Flora,
The earth has brought forth from two common seeds,
Nourished by fertile juices, destined for them alone,
On the maternal breast, they grew happily;
But one of them, torn away by a barbarous hand,
Is suddenly transplanted onto ungenerous soil:
How different is the fate of these twins;
One displays to our eyes the pride of its branches,
With flowers, its august brow is crowned in spring,
And under the weight of fruits, it bends in autumn.
The other is bent without strength, in the heart of a beautiful orchard,
And vegetates reluctantly on foreign soil;
It has neither fruits, nor flowers, and its sad greenery
Seems to tell passersby the torments it endures.
Such will be, I shudder at it, the fate of the newborn;
But to whom do you deliver this unfortunate being?
To the self-interested care of a servile woman,
Wicked or libertine, in a word vile enough,
To have put a price on her child's milk.
No doubt, after this choice, you will be little surprised
To see your son fall into languor, into weakness,
Or, degrading the nobility of his sentiments,
Unworthy offspring of virtuous parents,
Be false, harsh, ungrateful, cowardly, and voluptuous.
The child, like wax, flexible between the fingers,
Offers a soul accessible to the happiest inclinations,
But the wet nurse, prey to some passion,
Transmits its vivid impression to the child;
Thus the tender and novice heart of the nursling,
Draws virtues and vice from the maternal breast.
Such was the sentiment of twenty diverse peoples.
Domitius Nero, the horror of the Universe,
Tiger, always insatiable for human blood,
Derived from his wet nurse an execrable inclination.
To this Prince, in the cradle, his wet nurse, it is said,
Ten times a day, moistened her nipple with blood,
Which he then avidly pressed in his mouth;
Hence, Nero, cruel, bloodthirsty, and fierce.
Claudius, who earned the surname of drinker,
Sucked the passion for wine along with his milk.
Remus and Romulus had an atrocious soul:
They were believed to be the nurslings of a ferocious she-wolf.
To prepare Dido for his final farewells,
Aeneas, ungrateful and false, feigns an order from the Gods.
Dido, her heart prey to her mortal grief,
Cease to deceive me, perfidious one, she tells him,
No, you are not descended from the blood of Dardanus,
You flatter yourself in vain to be the son of Venus;
Insensible to my tears, and deaf to my tenderness,
You sucked, at birth, the milk of a tigress.
Mothers, groaning, you ask why
Your children, without modesty, without morals, without good faith,
Without filial love and without gratitude,
Force you to abhor the day of their birth?
Before answering you, listen for a moment,
And tremble at the account of a sad event.
Within the walls of Montpellier, the lovely Éléonore,
Joined the figure of Hebe to the complexion of Flora,
At fifteen years, her eyes launched the darts of Love;
But what am I doing? And why paint her charms here?
The modern Epidaurus is the abode of the Graces.
Of a thousand adorers who flew in her footsteps,
Only one knew how to find the path to her heart;
Of his numerous rivals Wander is the victor.
Ah! unfortunate Wander! The annals of history
Have painted, in strokes of blood, your fatal victory.
Wander (that was the name of the fortunate lover),
Surrounded by a circle of amateurs, of friends,
Borrowing the language of the God of Harmony,
Offered the first pledge of the most chaste Love;
The name of Eléonore in the accents of his voice,
Made the sounds of the lute and the oboe sweeter;
Sensitive to his homage, happy to hear him,
The beloved applauded the most tender lover.
Meanwhile, a rival given over to despair,
Melcour, is still intoxicated by a mad Love.
A concert of instruments has struck his ear,
His heart quivers with rage. He listens, he awakes.
Blind Éléonore, they celebrate you this day,
This day will see Wander in the infernal abode.
He speaks, and deceiving a Mentor's vigilance,
From the paternal home, he escapes in silence.
Beneath a treacherous cloak, artfully disguised,
He hides a long dagger sharpened by rage.
The night seems to ensure the success of his crime.
Furious, he springs forward, he falls upon his victim,
Before Éléonore's eyes he pierces his breast.
Melcour at fourteen years of age is a cowardly assassin.
Unnatural child of the most tender mother,
Cowardly and criminal son of the most virtuous father,
On the path of honor he walked beneath his eyes,
When a single day made him a furious tiger.
Where then did Melcour draw this bloodthirsty humor?
Mothers, do not doubt it, from a mercenary heart.
The dog itself, the dog suckled by the she-wolf,
Has the ferocity of its nursing mother.
Iphis dries the tears of an adored wife,
And dispels the alarms of her timid heart.
Too much prejudice against breastfeeding,
Turns a natural state into a vain torment for you.
Listen not to the brilliant imposture of Art,
There is no danger for one who follows Nature;
Tender and common mother, she watches always,
Over the nursing mother and protects her days,
While before my eyes, Heaven hurling thunderbolts,
In its just wrath, has reduced, turned to dust
Those mothers, who deceiving its august design,
Pitilessly repulsed their children from their breast.
If your wife one day, an unnatural mother,
Either suffers a swift and premature death,
Or drags a feeble body and languishing days,
Accuse not the powerless aids of Art;
Impute not to Heaven her sad destiny,
I shall tell you: it is you who have murdered her.
What do I hear? Ah! Dorimont, I yield to your wishes,
Yes, nurse, Hortense, yes, I consent to it, I wish it.
In vain, says Iphis, prejudice murmurs,
Let its voice yield at last to the cry of Nature.
Of the duties that Heaven imposes on two spouses,
Said Dorimont then, it is the holiest of all;
What a fertile source of true and pure pleasures!
A nursing mother is Queen in this lower world.
He is about to be born, this son so long awaited;
Already I believe I see him suspended at her breast,
And his mother, watching the features of his face,
Drawing a sweet presage from your living portrait.
Soon over his cradle, both of you leaning,
Amidst the raptures poured forth by your hearts,
While in his eyes you will seek to read,
For the first time you will see him smile,
For the first time he will stammer your name.
Will you hear his voice, without being moved? no.
His enchanting smile, his accents full of charms
Will cause tears to flow from your softened eyes,
And this innocent being, worthy object of your vows?
Will tighten the bonds of a fortunate marriage.
Then, in a fit of dark and jealous mood,
Beware of insulting a wife's fidelity;
The mother whose breast nurses an infant,
Is, by this pious care, shielded from suspicion:
Her heart is both the throne and the temple of virtues.
With a holy respect the Universe contemplates her.
Of the vilest seducers, the most audacious,
Looks at her, and ashamed, flees with lowered eyes.
Nurtured in debauchery, he knows that deceit,
Has no power over a heart obedient to Nature.
Everywhere, in letters of gold, this verse should be written,
*The true mother is she who nurses.*
The bard of *Ilion*, the incomparable Homer,
Attests that Hector's worthy and tender mother,
Hecuba from her breast nursed this dear son,
So cowardly dragged by the son of Thetis.
Andromache, faithful to the vow of Nature,
Did not deprive her son of milk, his nourishment;
At the maternal breast he was drinking still,
The day when her husband, the unfortunate Hector,
His soul devoured by dark sorrows and grief,
Received the last vows of an adored wife.
The young Astyanax waved with his hand,
The floating plume upon his bronze helmet,
Insensible to the farewells of Hector and Andromache.
Penelope to her son, the wise Telemachus,
Transmitted with her milk those noble sentiments,
Guarantors of her wisdom, in spite of the suitors.
Cornelia, to marriage, to her duties faithful,
Of the nursing mother is the illustrious model.
My children, she used to say, images of a husband,
Are my true diamonds, my treasures, my jewels.
My wife at fifteen spoke this language to me,
When her arms, clasping the first pledge of marriage,
Held him suspended upon her maternal breast;
This language of the heart I heard well.
The eternal justice of the God who created us,
Granted sacred rights to maternal love.
And the nursing mother, in the name of this duty,
Always retained her power over her children.
The young Maccabee, at his final hour,
Granted the prayer of his nursing mother;
Six brothers, slaughtered without pity before his eyes,
The voice of blood, the piercing cry of friendship,
The insatiable rage of furious executioners,
The preparations for torture froze his courage.
My son, his mother said to him, are you worthy of me?
At the sight of death, banish cowardly dread.
Your brothers are no more, it is up to us to follow them,
And to imitate them? Would you wish to outlive them?
Would you, little moved by the voice of honor,
Renounce glory, and eternal happiness?
In the name of the living God, my son, I beseech you,
Spare such an affront, do not do this injury,
To her who bore you in her womb for nine months;
To her who, fulfilling the design of Heaven,
Rocked you in her arms, nights and days,
Who with her own blood nourished you for three years.
At these words the young man orders his executioners
To hasten his torture and dies a true Hero.
Always a dangerous rival to a mother,
The wet nurse has her rights to filial love.
Livy has transmitted to posterity
A striking example of this truth.
The victorious Gracchus was returning one day to Rome!
The people, impatient to see this great man again,
At the noise of his approach, hasten from all sides,
His wet nurse and his mother were outside the ramparts;
Gracchus perceives them, and gratitude,
Weighing in his heart against the author of his birth,
Into the arms of his wet-nurse, he rushes first,
And gives her as a present a rich gold necklace;
Nature had her turn, Gracchus offers to his mother
A simple silver ring, an ornament of the Vulgar.
Mothers, who push your children from your arms,
Deign to suffer at least that they be not ungrateful.
Illustrious sovereign of the empire of the Lilies,
Prouder of being a mother even than of being Queen,
Blanche, admiring the design of Nature,
Lavished upon her son the treasures of her breast.
The care of the unfortunate, dear to her beneficence,
Far from the Palace, one day, required her presence;
She goes out, and Louis was, until her return,
Entrusted by his mother to the Ladies of the Court.
Beneficent mortals, humble in fortune,
Who dry night and day the tears of misfortune,
Know that it is so sweet, to hearts born generous,
To forget oneself in making others happy:
Blanche forgot her son, deprived of nourishment,
The august child seemed to implore Nature;
His tears, his sharp cries, his very pressing need,
Everything spoke in favor of this innocent being;
A Lady gave Louis her breast. His mother
Enters. Motionless, prey to her bitter grief,
I have thus lost, she said, a precious title,
That Nature and the Heavens had granted me!
I was a mother. Now another has the advantage,
No, no. Let us not suffer an unworthy sharing;
She speaks; and her son, assisted by her finger,
Vomits, and the marble is flooded with pure milk.
August and beautiful delirium of maternal love,
I had to consecrate you to the chords of my lyre.
Blessed Saint Louis, emulator of Titus,
From your mother at birth you suckled virtues.
High-society wives, who treat as chimeras
Breastfeeding, the care, and the duties of mothers,
Deign to read these verses and shudder at least,
At the account of a single fact for which I offer twenty witnesses.
Nine months pregnant, the sensitive Emilie
Was a mother at sixteen. Young, amiable, and pretty,
Her husband adored her out of caprice and for his own sake.
Damis, similar in every way to the husbands of today,
Had, he said, a heart too sensitive and too tender,
To see his son suffer. Now, so as not to hear him
Night and day torment, fatigue his other half,
From the paternal dwelling he banished without pity
This sweet fruit of Hymen, object of so many alarms,
This child that Emilie bathes with her tears.
In vain she pleads, makes it plain,
Testifies that she wants to, that she can, that she must,
As a tender mother, fulfill the vow of Nature,
By giving her son her milk for nourishment;
Useless speeches, his mind is made up,
The wet-nurse is paid and the child is gone.
A good mother, Emilie was devastated by it,
Hymen, Time, Love have not consoled her at all,
When from the infernal barrier or the Barrière d'Enfer,
The abode of the wet-nurse, Antoinette de Fer,
I receive this note from the distraught Emilie:
Run, fly, Doctor, without you I am lost;
The days of my son in his cradle are threatened,
You know my heart, that is to tell you enough.
I arrive. What a spectacle! Here groans the father,
Further away the young wife in tears despairs,
The child did not cry, the poor wretch howled,
His face was black. The seller of milk,
In cold blood and dry-eyed, looks at us and babbles.
"Be quiet," I tell her, "and let him be undressed;
His cries are wrung from him by atrocious pains,
His accents have told me so, I see it in his tears:
Be quiet; we are going to fathom the cause:"
The wet-nurse was speaking. "I want no chattering,"
I tell her sharply, "do what I said,
You can prattle later." My sharp tone silences her.
Out of the swaddling clothes already the child, more at ease,
Breathes freely and soon he calms down;
To the sharpest cries succeed sobs,
He weeps, but his tears no longer flow in floods.
Finally, there he is naked.... What do I see! Shall I say it?
From two holes on a body as white as snow,
Blood spurted from the back of this child so dear,
The wet-nurse had caught both the diaper and the flesh,
Which a rather strong pin fastened one to the other.
"Is it, after all, Sir, either my fault or yours,"
I say then to Damis, "if this innocent being,
Victim of marriage, is a martyr at birth?
In vain do you seek an excuse in your heart.
I, the child, Emilie, here everything accuses you,
Here, everything proves to you beyond any doubt,
That a good father's heart has everything to fear
From a false and vile being whom vile gold interests,
Who sells only her milk and never her tenderness;
Open your eyes, Damis; far more than in my writings,
Upon these bloody swaddling clothes, your duties are written:
There is still time. My art has resources,
Which can reopen the sources of milk to the child,
A single month of his life encompasses its entire course.
The mother softly applauded this speech,
Her gesture, her looks, everything told me, courage;
The moment is propitious, finish your work.
Damis notices it and with a triumphant air,
From the hands of the wet-nurse, he goes to take the child,
And comes to place him in Emilie's arms.
May this knot so sacred bind us to one another,
Said the tender Damis..... Delicious moment,
Emilie replies to him, giving thanks to the Heavens,
I am a mother now and I was but a wife.
Of this double duty my soul was jealous,
My husband probed the recesses of my heart too deeply,
To doubt that by me his wishes would be fulfilled.
She spoke: and suddenly in a sweeter language,
Her son suckles the pledge of maternal love.
Emilie, weeping, left this place,
Happy to have been able from the most sinister day,
According to her desires, to make a day of delights,
And to savor the first fruits of nursing.
Loving sex, profit from a useful lesson;
Let this all too true tale not be an empty sound,
Which without passing to the heart, stops at your ear;
Nurse your children, or fear the like.
In those fine days when Rome still had morals,
Maternal duty inflamed all hearts.
Formerly, said Tacitus, abjuring his chimera,
By nursing her sons, every wife was a mother,
Every wife would have blushed to have, for the price of money,
Milk stolen by her from the indigent's son.
Other times, other customs. Mothers too inhuman,
Said Julius Caesar, speaking to the Roman women,
Who carry monkeys and dogs in your arms;
Have you then broken the sweet bonds of blood?
Have you stifled the voice of Nature?
To vile animals you give nourishment,
And you deprive innocent beings of milk,
Whom you dare, without shame, to call your children?
Do you not deserve such a cutting reproach,
French mothers, you..... But no, the day approaches,
When in your hearts, already assailed by remorse,
The virtues of the women of the Gauls will be reborn;
Already worthy instructresses of their children,
Paris sees within its walls many nursing mothers.
May such a beautiful example spread at last!
Illustrious Genevan, generous stranger,
Whose manly eloquence equaled your courage,
This happy change, Rousseau, was your work.
Friend of Nature and of humanity,
You triumphed over luxury and vanity;
Your genius, by bringing turmoil to the depths of the soul,
Revived there the flame of maternal Love.
Tender mothers, come to the shade of the cradle,
Where the manes of Rousseau rest in peace.
There, Emile in hand, contemplating his image,
Render a pure homage to its illustrious author.
Of our Césariens, Routiniers, ignorant men,
I have painted the prejudices, their Gods and their tyrants,
I am going to plumb the heart of venal wet-nurses,
Sing of their prejudices, their talents, their caprices.
Of the wet-nurse here misery is the agent,
And in her nursling, what she loves is money.
Far from being astonished that her soul is such,
Ask yourselves rather: how would she love
A child who steals her milk, her own blood,
From the one whom Love engendered in her womb;
From the one who, driven from the breast by Fortune,
Received from her at birth the yoke of misfortune?
How can she love a stranger's child,
Whose very nursing puts her own in danger?
How can she love a child whose approach,
Caresses, and games are a reproach to her?
Do not demand from her, then, a tender attachment,
One does not sell one's heart, but only one's care.
Too fortunate, if always faithful to her duties,
She discharges the care that you demand of her;
But after all, does this care, always defective,
Ever replace the affectionate care,
Of a mother, generous captive at the cradle,
Attentive night and day to the needs of a child?
Beware of believing it. It is my duty
To strike at abuses that Art alone has had to see.
I will unveil five or six among a thousand.
I dare not, after the author of Héloïse and Emile,
Demonstrate the dangerous effects of swaddling clothes.
Rousseau, by his writings as well as by facts,
Has already fought these dismal prejudices,
Time and Reason will finish the rest.
Often the Philosopher in the dwelling place of humans,
Sows truth with his learned hands;
But from an ungrateful earth, infertile to talent,
Prejudices rendering their cultivation useless,
Their slow and tardy fruits, in spite of his vows,
Are often gathered by his latest descendants.
Tell me, daughter of the day, tell us, chaste Lucine,
The shameful origin of the sellers of milk,
How a vile being, weaning her own son,
Calculated the profits of her blood, of her milk.
How corrupting gold, by degrading woman,
Made an infamous trade of the holiest of duties,
A trade, which among the Greeks, always done at a vile price,
Doomed every wet-nurse to the profoundest contempt.
A Trojan Lady, prey to misery,
Says Euripides, after the burning of Troy,
A slave and without resource, lowered her great heart
To nourish with her milk, the son of her conqueror;
Prostitution, a vile, execrable state,
Was alone comparable to the trade of wet-nurse,
She had a nursling, and the price of her care,
Could barely suffice for her pressing needs.
The immortal Orator and Oracle of Athens,
The God of eloquence, in a word, Demosthenes,
Cites, among others, a fact that clearly proves,
To what extent the art of nursing was vile.
A woman reduced to the trade of wet-nurse,
By her family, one day, is brought before the Senate;
They dare to accuse her of dishonoring it.
The wet-nurse answers in two words to excuse herself:
I have felt the baseness of the profession I practice;
But if I belie the nobility of your blood,
At least impute it only to necessity.
Wretched and reduced to beggary,
I chose a profession that is repugnant to my soul,
So as not to practice a more infamous trade.
How times have changed! In our days, in Paris,
The commerce of milk-sellers is beyond price.
But I dwell on this too long; every wet-nurse is a mother,
And maternal love is no chimera;
You buy her milk, all her milk; but often
It is only half her milk that she sells,
And to better deceive you, avenging Nature,
She borrows from Art another nourishment.
Pap is the name of this bland food,
Composed of water, salt, rye, or wheat;
This insipid, odorless, foreign paste,
That a weak stomach digests with difficulty,
Plunges newborn infants into a stupor;
Which leads to the false belief that, for these unfortunate ones,
Pap is always a salutary calming agent;
Whereas Carreau, disease of the mesentery,
Charte or Rachitis, the scrofulous disease,
Weakness, or failure of the glandular action,
And the thickening of their mucous humor,
Are the sad effects of a viscous paste.
Pap, if needed, should be biscuit,
Semolina, rice, and cream with baked bread.
Watch the wet-nurse, beset by prejudices,
Whose disgusting uncleanliness repels.
What spectacle, indeed, is more calculated to disgust,
Than to see her blow from her mouth, and taste
The deadly pap destined for the child,
And give it back to him impregnated with saliva.
To rid herself of the infant's cries,
The wet-nurse takes care to rock him at all hours;
But under her vigorous arm, the bouncing cradles,
Fatigue the brain, whose nerves become numbed,
And one ought to be saddened, far from rejoicing
At this deceptive calm he seems to enjoy.
Thus the young hen, snatched from her roost,
Whose head is carefully hidden under her wing,
Which is forcefully shaken, seems to fall asleep,
But these long rockings do nothing but numb it.
When maternal love, to brighten childhood,
Invented rattles, Art, it is said, forbade
Every maker of these new toys
To add a sucker to these charming trinkets;
But when the lure of gain, to this futile object,
Pleasing to the child, had joined the word useful,
In vain did Art demonstrate the danger of rattles,
It was heeded no more. I am going to avenge it:
My Muse never made a pact with Error.
All rattles are made of compact material;
They are of gold or silver, of ivory or crystal,
But whether they are composed of ivory or metal,
This hard and cold toy, introduced into the mouth,
Bruises, at once hinders the pores, and blocks them.
The alveolar ridge, instead of thinning,
By the effect of the rattle does nothing but harden.
Thus the nascent tooth irritating the gums,
Brings upon the infant convulsive crises.
The best of rattles, the most propitious for the teeth,
Is Narbonne honey, by plunging into it
A stick of marshmallow, which the infant chews;
Marshmallow soothes, and good honey relaxes.
In the frightening storm of dentition,
Carefully prevent constipation.
O you who nurse, virtuous wives,
Show yourselves more jealous of the fruit of your loves!
If you feel the worth of innocent kisses,
Never let a kiss be taken without your consent
On the cheek, and especially on the half-closed lips
Of an infant, with a complexion of lilies and roses:
For him, the impure exhalation of an unhealthy body,
At such a tender age, is a mortal poison.
Such, and less delicate in the Empire of Flora,
The most beautiful of flowers, the rose, has just bloomed.
The morning kisses of caressing zephyrs
Have not tarnished the brilliance, the freshness of its complexion.
But from the south wind unleashed upon the plain,
The murderous breath, the devouring exhalation,
Have withered the most beautiful and the Queen of flowers,
In the arms of the zephyrs who bathed her in tears.
Thus the corrosive breath of impure vice
Caused a nursling of Hélène to perish before my eyes.
A mother at fifteen, Hélène was a wet-nurse. One day
When she was alone in the fields, true abode of virtues,
Scoundrels clad in military garb,
Symbol of honor, in this solitary place,
Feigning to be led by a happy chance,
Arrive at Hélène's home, and without being introduced;
One, taking the tone and language of a friend,
Already offered to the hostess the pledge of a kiss;
The other, less bold, and no less criminal,
Casting his gaze upon the maternal breast,
Imprints a long kiss upon the ruddy mouth
Of this innocent being, who slumbers in her arms.
The absent husband arrives and appears just in time.
Here the scene changes, the conversation changes.
Hélène then counters with the contempt of silence,
Pulls a cord. Suddenly her trusted servants
Rush in, and with a glance her orders are given.
Pardon, Madame if..... You are pardoned,
Says indignant Hélène, and from this dwelling,
Never to re-enter, depart at once.
But, O wickedness! an infernal poison,
Strikes the nursling in the arms of sleep,
And from the mouth to the heart passes from vein to vein.
Art itself being powerless, every resource is vain,
His body is afflicted with dreadful symptoms,
In a word, his blood is infected at its source.
The venom spread by the viper's dart,
Is less swift than the evil such a kiss works.
Forgive me...... But the pen slips from my hands:
How many serpents hidden beneath human features!
When age has dried the source of maternal milk,
Is the milk of animals a recourse?
I answer but a word. This odious custom
Is proscribed to humans by the example of the Gods.
A Nymph adored by the celestial Messenger,
But secretly devoured by the desire to please,
Preferring beauty to the holiest of duties,
Had given Myrthé over to the nimble goat.
A goat is wet-nurse to an offspring of the Gods!
Inhuman Dryope, for your dark injustice
Nature and the Gods owe a punishment.
A mother is not barbarous with impunity.
One day as this Nymph, in the midst of a meadow,
Was plucking a flowering branch for her daughter
From the Lotus, an august tree consecrated to Bacchus;
She wishes, but in vain, to move at will.
Suddenly her feet, changed into deep roots,
Plunge winding into the river's waves.
Her body is no more than a trunk covered in bark,
Her hard heart has opened to remorse, but too late;
Her raised arms implore the indulgence of Heaven,
But Heaven, both terrible and just in its vengeance,
Holds them suspended, transformed into branches;
From her thick hair a hundred boughs are formed.
Dryope, finally, is the tree where the nursing mother,
Is sure to find a protective shade,
But which attests to the power of the avenging Gods,
To the mother insensible and deaf to her duty.
However, one will say, a terrified Cybele,
Had Jupiter nursed by the goat Amalthea.
The fact is false. Cybele, a prey to grief,
Exiled her dear son. The rest is an error.
The spouse of Saturn, to her regret too fecund,
Brought Juno and Jupiter into the world at the same time.
Trembling for the days of this precious son,
Whom fate destined for the Empire of the Heavens,
By night, under the cover of a favorable cloud,
Cybele, shuddering, steals him away from his father,
And on the island of Crete they raise in secret,
A son whom from her breast she tears away with regret.
It is there that a wet-nurse, with a fresh complexion, young and beautiful,
Amalthea, nursed the God, son of Cybele.
O divine Amalthea! It is time that my verses,
Disabuse the Universe of its too-long error.
I have said enough, I believe, of venal wet-nurses,
Their numerous prejudices, their fatal caprices,
For me to be permitted to trace in this Canto,
A rare and touching act of a virgin wet-nurse.
On the banks of the Mincio, in its fertile plain,
I was seeking, weeping, the traces of Virgil,
When under green oaks, on the slope of a hill,
I see a shepherdess and her numerous flock,
Who, fleeing the devouring breath of noon,
To breathe the cool air had left the plain.
The sleeping shepherdess displayed, at ten years old,
The ravishing treasures of a breast of lilies.
In her arms a child, with his half-closed mouth,
Sucked the rosy milk from her rosebud.
This sight at once astonishes and delights me:
Laure wakes with a start. Scarcely did she see me,
When, covering with one hand her half-bare breast,
A blush upon her brow, in an ingenuous voice:
Behold my Love, see how handsome he is,
My brother, she said to me. Upon entering the tomb,
My mother nursed him, I nurse him as she did.
His mouth refused to take the udder
Of the fertile cow; and the milk of his sister,
Night and day he savors, in long draughts, the sweetness.
Such and more tender still, a young Roman girl,
Braving the inhuman wrath of a proud Tyrant,
To her father dying in the depths of a prison,
Let him suck the drink of her virginal breast.
Too happy at this price to prolong the life
Of a father, from whom hunger would have already snatched it,
And to pour out her blood, to give in her turn,
Existence to him who gave her life.
Ah! a thousand times happy, O father of a family!
Who, in chains, reigned over the heart of your daughter.
Nurse to an unfortunate father and virgin still!
O prodigy of love!..... Where to find this treasure?
Filial piety, are you then extinguished?
Heaven has banished this fear far from my heart.
Caroline has promised to cherish me always,
To be the honor, the hope, the support of my old age.
Her cares have embellished the course of my life,
And her hand at my death will close my eyelids.
How much sweetness this single hope holds for me!
Guard my treasure well. But one day, O my Sister!
I shall go and reclaim it within the walls of Narbonne,
At the knees of an Aunt, as just as she is good.
Fatal prejudices! in the night of the tomb,
What Genius, or what God will bear his torch,
To dispel the horror of the profound darkness
Where Death veiled itself in its funereal crape?
What Genius, or what God, with his powerful hands,
Will save humanity from the yoke of prejudices?
Is it you, Apollo, God of Medicine,
Who will avenge at last Aesculapius and Lucina?
To uphold their rights, I have made vain efforts,
Everywhere schemers are always the strongest.
The stupid Vulgar contemplate them upon their knees,
And Truth lies alone deep within her Temple.
August Truth! I leave to the Immortals
The honor of protecting your cult and your altars.
But I will avenge you against a senseless sect,
I will restore the brilliance to your offended glory;
I want to terrify whoever would have the audacity
To deal some new affront to your charms.
I have sworn an oath to it, I will doubtless keep it.
Intrigue and its agents have nothing I fear,
I want my name alone to freeze them all with terror,
Under the Decemvirate I dared to brave Fourcroi.
And you, sons of Paré, desert these Schools
Where you are drawn in crowds, by the sound of his words,
An eternal Babbler, who, full of vanity,
Believes he serves humanity through long discourses;
To the misfortune of the century and of the human species,
Pride has enlarged the domain of your art;
The noble ambition of a prudent Surgeon,
Should be to avoid an operation.
Disdain the vain theories of your art,
And without amusing yourselves with learned reveries,
Less prodigal of time, fly to the Hôtel-Dieu.
There Desault speaks as a master, operates as a demigod;
Every word from his mouth is a new oracle,
Every act of his hand is a new miracle;
To a thousand unfortunates suffering on their pallets,
And with a plaintive voice invoking death.
Desault by his talents knows how to make life beloved,
His name alone makes both Death and Envy pale.
May the Truth that dictated these verses to me,
Avenge him upon a Zoilus, in the eyes of the Universe.
Yet I have lost my illustrious Maecenas.
Do you hear the Nymphs of the Seine groan?
Weep, friends of the Arts and of humanity,
Weep, Desault is no more. A little amenity
Was lacking, it is said, in the manners of this austere savant,
Whose excess of work soured his character.
La Fontaine said it: *Everyone has his fault*,
And it is at least the only one held against Desault.
But dexterity, that happy aptitude,
Rare and precious fruit of a painstaking study,
Which always subjects the hand to Genius
In the numerous windings of the human labyrinth,
Who could contest this merit in Desault?
Who, you say? That Fop whom all talent irritates,
That imprudent Narcissus, who, enamored of himself,
Honors his peers with a sovereign contempt.
But the echo of the Seine, saddened by your loss,
So fatal to the Students of the Art, to mankind,
Desault, has often repeated to your rival
The terrible lesson of the file to the serpent.