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Historical poem record

CHANT NEUVIÈME.

A cet âge voisin de l'enfance du monde

EnglishIn that age close to the infancy of the world Where innocence reigned, a fertile woman,

Language
French
Date
19th century
Meter
alexandrine
Editorial status
Source-attested
Text
Source and English

Unit 1 · poem · alexandrine · 796 lines

French

Source text

  1. 1

    A cet âge voisin de l'enfance du monde

  2. 2

    Où regnait l'innocence, une femme féconde,

  3. 3

    Toujours après neuf mois, avec impunité,

  4. 4

    Payait l'heureux tribut de la maternité.

  5. 5

    Sur un lit de gazon au bord d'une onde pure,

  6. 6

    Seul et sans autre appui que la simple Nature,

  7. 7

    Qui toujours à ses vœux prodiguait ses secours,

  8. 8

    Le sexe déposait le fruit de ses amours,

  9. 9

    Et jamais dans l'excès de sa douleur amère,

  10. 10

    Ne payait de ses pleurs, le doux titre de mère.

  11. 11

    Siècle heureux ! âge d'or en vertus si fécond !

  12. 12

    Le nom de mère alors n'était pas un vain nom.

  13. 13

    D'un enfant nouveau-né chaque épouse idolâtre,

  14. 14

    Déployait à ses yeux ses deux globes d'albâtre,

  15. 15

    Emblême ingénieux de la fécondité,

  16. 16

    D'où par flots jaillissaient la vie et la santé.

  17. 17

    Que les temps sont changés ! depuis qu'au sein des villes,

  18. 18

    Esclaves malheureux, mille usages serviles,

  19. 19

    Le luxe et la mollesse ont corrompu les mœurs,

  20. 20

    Les mères, avec art, ont endurci leurs cœurs,

  21. 21

    Et souffrent sans rougir que l'horrible tigresse,

  22. 22

    Leur donne en allaitant des leçons de tendresse,

  23. 23

    Ah ! puisque vous traitez un fils en ennemi,

  24. 24

    Ne soyez pas du moins barbares à demi,

  25. 25

    Et sans couvrir vos cœurs d'un voile d'imposture,

  26. 26

    Fermez, fermez l'oreille au cris de la Nature.

  27. 27

    Détournez vos regards de ce fils innocent,

  28. 28

    Par pitié, dans vos bras étouffez-le en naissant;

  29. 29

    Qu'il vous rende le sang qu'il puisa dans vos veines.

  30. 30

    Vous frémissez d'horreur et quelques larmes vaines,

  31. 31

    Nécessaire tribut d'un humide cerveau,

  32. 32

    De ce nouvel Œdipe inondent le berceau.

  33. 33

    L'arrêt est prononcé, victime déplorable,

  34. 34

    Enfant infortuné, ta mère inexorable,

  35. 35

    En de plus sûres mains a remis ton trépas;

  36. 36

    Mais ton ombre plaintive, attachée à ses pas,

  37. 37

    Ainsi que le Vautour au cœur de Prométhée,

  38. 38

    Va livrer aux remords son ame épouvantée.

  39. 39

    Ce lait que la cruelle étouffa dans son sein,

  40. 40

    Germe affreux et fécond, va produire un essaim

  41. 41

    De tumeurs, de dépôts et d'horribles ulcères,

  42. 42

    Dont l'humeur corrosive, altérant les viscères,

  43. 43

    Viendra mettre le comble à l'horreur de son sort,

  44. 44

    Et sans la lui donner multiplîra la mort.

  45. 45

    A ce tableau hideux, mais hélas ! trop fidèle,

  46. 46

    Hâtons-nous d'opposer un plus digne modèle.

  47. 47

    Iphis aimait Hortense, Hortense avait quinze ans,

  48. 48

    Quand l'hymen en époux transforma ces amans.

  49. 49

    Parmi les doux transports d'une amoureuse ivresse,

  50. 50

    Le Ciel qui les unit couronna leur tendresse.

  51. 51

    Comme on voit se faner la rose du matin,

  52. 52

    Hortense ainsi perdit la fraîcheur de son teint;

  53. 53

    Son œil semblait s'ouvrir à peine à la lumière,

  54. 54

    Iris, de ses couleurs ombrageait sa paupière.

  55. 55

    Du sang, dont la Nature emprunta le secours,

  56. 56

    Phébé depuis trois mois ne réglait plus le cours.

  57. 57

    Hortense, dit Iphis, si j'en crois l'apparence,

  58. 58

    Nos cœurs peuvent enfin s'ouvrir à l'espérance

  59. 59

    De recueillir bientôt un doux fruit de l'Amour...

  60. 60

    Mais, Hortense, faut-il te parler sans détour ?

  61. 61

    Je désire à la fois et je crains d'être père,

  62. 62

    Je redoute ce jour et fatal et prospère,

  63. 63

    Ce jour, où cet enfant..... Je ne puis le cacher.....

  64. 64

    Car, enfin, de tes bras il faudra l'arracher.

  65. 65

    L'arracher ! Et c'est toi qui me tiens ce langage ?

  66. 66

    Qui donc de ton Amour me ravira le gage ?

  67. 67

    Moi, chère Hortense, moi qui ne souffrirai pas

  68. 68

    Qu'une épouse adorée affronte le trépas,

  69. 69

    S'immole à la Nature, et dans l'âge des grâces,

  70. 70

    Chasse les Jeux, les Ris, qui volent sur ses traces,

  71. 71

    Pour nourrir ses enfans, pour remplir un devoir,

  72. 72

    Dont l'immense étendue excède son pouvoir.

  73. 73

    Ainsi parlait Iphis, quand Dorimond son maître,

  74. 74

    S'écrie : ah ! cher disciple, Iphis daigne permettre

  75. 75

    Que j'épanche mon cœur au sein de l'amitié.

  76. 76

    Pourquoi ne pas vouloir que ta digne moitié,

  77. 77

    Hortense, goûte en paix, le bonheur qu'elle envie,

  78. 78

    D'allaiter un enfant, qui tient de toi la vie ?

  79. 79

    Peut-elle sans danger, sans inhumanité,

  80. 80

    Se jouer des devoirs de la maternité ?

  81. 81

    Peut-elle, indifférente au cri de la Nature,

  82. 82

    Repousser de son sein la faible créature,

  83. 83

    Dont les pleurs éloquens et l'innocente voix

  84. 84

    Réclament, en naissant, sa tendresse et ses droits ?

  85. 85

    Des mères, ou plutôt d'infernales furies,

  86. 86

    Dans les flancs d'un rocher, de couleuvres nourries,

  87. 87

    Immolant la Nature à leurs frêles appas,

  88. 88

    Du fétus, dans leur sein, provoquent le trépas.

  89. 89

    Tu frémis au récit des manœuvres infâmes,

  90. 90

    De ces monstres l'opprobre et la honte des femmes ;

  91. 91

    Ces affreux attentats, ces forfaits odieux,

  92. 92

    Si dignes du courroux des mortels et des Dieux,

  93. 93

    Glacent d'effroi ton ame, au vice inaccessible ;

  94. 94

    Mais crois-tu donc avoir un cœur moins insensible,

  95. 95

    Moins féroce, en privant un faible nourrisson,

  96. 96

    Ton propre fils, d'un lait, son seul mets, sa boisson,

  97. 97

    Tandis que tu ravis au fils de l'étrangère,

  98. 98

    Un lait que te vendit le vice ou la misère.

  99. 99

    Qu'importe que mon fils suce tel ou tel sein,

  100. 100

    Diras-tu, si d'ailleurs, le lait est pur et sain ?

  101. 101

    Père dénaturé, dis aussi que m'importe,

  102. 102

    Et le sang de mon fils et le sein qui le porte ;

  103. 103

    Sais-tu que ce nectar, cette douce liqueur,

  104. 104

    Le lait, tel que le sang, prend sa source du cœur ?

  105. 105

    Je dis plus. Cette humeur à ton enfant ravie,

  106. 106

    Est le sang maternel, seul soutien de sa vie,

  107. 107

    Et qui par la Nature, à lui seul destiné,

  108. 108

    Blanchi par la chaleur, nourrit le nouveau-né.

  109. 109

    Vois ces deux arbrisseaux, que dans les champs de Flore,

  110. 110

    De deux germes communs la terre à fait éclore,

  111. 111

    Nourris de sucs féconds, pour eux seuls destinés,

  112. 112

    Sur le sein maternel, ils croissaient fortunés ;

  113. 113

    Mais l'un d'eux arraché par une main barbare,

  114. 114

    Est transplanté soudain sur une terre avare :

  115. 115

    Combien est différent le sort de ces jumeaux ;

  116. 116

    L'un étale à nos yeux l'orgueil de ses rameaux,

  117. 117

    De fleurs, son front auguste au printemps se couronne,

  118. 118

    Et sous le poids des fruits, il se courbe en automne.

  119. 119

    L'autre est penché sans force, au sein d'un beau verger,

  120. 120

    Et végette à regret sur un sol étranger ;

  121. 121

    Il n'a ni fruits, ni fleurs, et sa triste verdure

  122. 122

    Semble dire aux passans les tourmens qu'il endure.

  123. 123

    Tel sera, j'en frémis, le sort du nouveau-né ;

  124. 124

    Mais à qui livres-tu cet être infortuné ?

  125. 125

    Aux soins intéressés d'une femme servile,

  126. 126

    Méchante ou libertine, en un mot assez vile,

  127. 127

    Pour avoir mis le lait de son enfant à prix.

  128. 128

    Sans doute, après ce choix, tu seras peu surpris

  129. 129

    De voir ton fils tomber en langueur, en faiblesse,

  130. 130

    Ou de ses sentimens dégradant la noblesse,

  131. 131

    Indigne rejeton de parens vertueux,

  132. 132

    Être faux, dur, ingrat, lâche et voluptueux.

  133. 133

    L'enfant, tel que la cire, entre les doigts flexible,

  134. 134

    Aux plus heureux penchans offre une ame accessible,

  135. 135

    Mais la nourrice en butte à quelque passion,

  136. 136

    En transmet à l'enfant la vive impression ;

  137. 137

    Ainsi du nourrisson le cœur tendre et novice,

  138. 138

    Puise au sein maternel les vertus et le vice.

  139. 139

    Tel fut le sentiment de vingt peuples divers.

  140. 140

    Domitius Néron, l'horreur de l'Univers,

  141. 141

    Tigre, de sang humain toujours insatiable,

  142. 142

    Tenait de sa nourrice un penchant exécrable.

  143. 143

    A ce Prince, au berceau, sa nourrice, dit-on,

  144. 144

    Dix fois le jour, de sang humectait son têton,

  145. 145

    Qu'avidement alors il pressait dans sa bouche ;

  146. 146

    De là, Néron cruel, sanguinaire et farouche.

  147. 147

    Claude, qui de buveur mérita le surnom,

  148. 148

    Du vin avec le lait suça la passion.

  149. 149

    Rémus et Romulus eurent une ame atroce :

  150. 150

    On les crut nourrissons d'une louve féroce.

  151. 151

    Pour préparer Didon à ses derniers adieux,

  152. 152

    Énée, ingrat et faux, feint un ordre des Dieux.

  153. 153

    Didon, le cœur en proie à sa douleur mortelle,

  154. 154

    Cesse de m'abuser, perfide, lui dit-elle,

  155. 155

    Non, tu n'est point issu du sang de Dardanus ,

  156. 156

    Tu te flattes en vain d'être fils de Vénus ;

  157. 157

    Insensible à mes pleurs , et sourd à ma tendresse ,

  158. 158

    Tu suças , en naissant , le lait d'une tigresse.

  159. 159

    Mères , en gémissant , vous demandez pourquoi

  160. 160

    Vos enfans sans pudeur , sans mœurs , sans bonne foi ,

  161. 161

    Sans amour filial et sans reconnaissance ,

  162. 162

    Vous forcent d'abhorrer le jour de leur naissance ?

  163. 163

    Avant de vous répondre, écoutez un moment ,

  164. 164

    Et tremblez au recit d'un triste événement.

  165. 165

    Aux murs de Montpellier , l'aimable Éléonore ,

  166. 166

    A la taille d'Hébé joignait le teint de Flore ,

  167. 167

    De l'Amour, à quinze ans , ses yeux lançaient les traits ;

  168. 168

    Mais que fais-je ? Et pourquoi peindre ici ses attraits ?

  169. 169

    La moderne Épidaure est le séjour des Grâces.

  170. 170

    De mille adorateurs qui volaient sur ses traces ,

  171. 171

    Un seul a su trouver le chemin de son cœur ;

  172. 172

    De ses nombreux rivaux Wander est le vainqueur.

  173. 173

    Ah ! malheureux Wander ! Les fastes de l'histoire

  174. 174

    Ont peint , en traits de sang , ta funeste victoire.

  175. 175

    Wander ( c'était le nom de l'amant fortuné ) ,

  176. 176

    D'un cercle d'amateurs , d'amis environné ,

  177. 177

    Du Dieu de l'Harmonie , empruntant le langage ,

  178. 178

    De l'Amour le plus chaste offrait le premier gage ;

  179. 179

    Le nom d'Eléonore aux accens de sa voix ,

  180. 180

    Rendait plus doux les sons du luth et du hautbois ;

  181. 181

    Sensible à son hommage , heureuse de l'entendre ,

  182. 182

    L'amante applaudissait à l'amant le plus tendre.

  183. 183

    Cependant , un rival au désespoir livré ,

  184. 184

    Melcour, d'un fol Amour est encore énivré.

  185. 185

    Un concert d'instrumens a frappé son oreille ,

  186. 186

    Son cœur frémit de rage. Il écoute , il s'éveille.

  187. 187

    Aveugle Eléonore, on te fête en ce jour,

  188. 188

    Ce jour verra Wander dans l'infernal séjour.

  189. 189

    Il dit, et d'un Mentor trompant la vigilance,

  190. 190

    Du logis paternel, il s'échappe en silence.

  191. 191

    Sous un manteau perfide, avec art déguisé,

  192. 192

    Il cache un long poignard par la rage aiguisé.

  193. 193

    La nuit semble assurer le succès de son crime.

  194. 194

    Furieux, il s'élance, il fond sur sa victime,

  195. 195

    Aux yeux d'Eléonore il lui perce le sein.

  196. 196

    Melcour à quatorze ans est un lâche assassin.

  197. 197

    Enfant dénaturé de la plus tendre mère,

  198. 198

    Fils lâche et criminel du plus vertueux père,

  199. 199

    Au sentier de l'honneur il marchait sous ses yeux,

  200. 200

    Lorsqu'un seul jour en fit un tigre furieux.

  201. 201

    Où puisa donc Melcour cette humeur sanguinaire ?

  202. 202

    Mères, n'en doutez point, dans un cœur mercenaire.

  203. 203

    Le chien même, le chien par la louve allaité,

  204. 204

    De sa mère nourrice a la férocité.

  205. 205

    D'une épouse adorée Iphis sèche les larmes,

  206. 206

    Et de son cœur timide écarte les alarmes.

  207. 207

    Trop de prévention contre l'allaitement,

  208. 208

    D'un état naturel te fait un vain tourment.

  209. 209

    N'écoute point de l'Art la brillante imposture,

  210. 210

    Il n'est point de danger pour qui suit la Nature ;

  211. 211

    Mère tendre et commune, elle veille toujours,

  212. 212

    Sur la mère nourrice et protége ses jours,

  213. 213

    Tandis que sous mes yeux, le Ciel lançant la foudre,

  214. 214

    Dans son juste courroux, a réduit, mis en poudre

  215. 215

    Ces mères, qui trompant son auguste dessein,

  216. 216

    Repoussaient sans pitié leurs enfans de leur sein.

  217. 217

    S ton épouse un jour mère dénaturée,

  218. 218

    Ou subit une mort prompte et prématurée,

  219. 219

    Ou traîne un corps débile et des jours languissans ,

  220. 220

    N'accuse point de l'Art les secours impuissans ;

  221. 221

    N'impute point au Ciel , sa triste destinée ,

  222. 222

    Je te dirai : c'est toi qui l'as assassinée.

  223. 223

    Qu'entends-je ? Ah! Dorimont, je me rends à vos vœux,

  224. 224

    Oui , nourris Hortense , oui , j'y consens , je le veux.

  225. 225

    Vainement , dit Iphis , le préjugé murmure ,

  226. 226

    Que sa voix cède enfin au cri de la Nature.

  227. 227

    Des devoirs que le Ciel impose à deux époux ,

  228. 228

    Dit alors Dorimont , c'est le plus saint de tous ;

  229. 229

    De plaisirs vrais et purs quelle source féconde !

  230. 230

    Une mère nourrice est Reine en ce bas monde.

  231. 231

    Il va naître ce fils , si long-temps attendu ;

  232. 232

    Déjà je crois le voir à son sein suspendu ,

  233. 233

    Et sa mère épiant les traits de son visage ,

  234. 234

    De ton vivant portrait tirer un doux présage.

  235. 235

    Bientôt sur son berceau , l'un et l'autre penchés ,

  236. 236

    Au milieu des transports par vos cœurs épanchés ,

  237. 237

    Tandis que dans ses yeux vous chercherez à lire ,

  238. 238

    Pour la première fois tu le verras sourire ,

  239. 239

    Pour la première fois il begayera ton nom.

  240. 240

    Entendrez-vous sa voix , sans être émus ? non.

  241. 241

    Son sourire enchanteur , ses accens pleins de charmes

  242. 242

    De vos yeux attendris feront couler des larmes ,

  243. 243

    Et cet être innocent , digne objet de vos vœux ?

  244. 244

    D'un hymen fortuné va resserrer les nœuds.

  245. 245

    Alors , dans un accès d'humeur sombre et jalouse ,

  246. 246

    Garde-toi d'insulter à la foi d'une épouse ;

  247. 247

    La mère dont le sein allaite un nourrisson ,

  248. 248

    Est , par ce soin pieux , à l'abri du soupçon :

  249. 249

    Son cœur est des vertus et le trône et le temple.

  250. 250

    Avec un saint respect l'Univers la contemple.

  251. 251

    Des plus vils séducteurs , le plus audacieux ,

  252. 252

    La regarde , et honteux , fuit en baissant les yeux.

  253. 253

    Nourri dans la débauche , il sait que l'imposture ,

  254. 254

    Ne peut rien sur un cœur docile à la Nature.

  255. 255

    Par tout , en lettres d'or , ce vers doit être écrit ,

  256. 256

    _La véritable mère est celle qui nourrit._

  257. 257

    Le chantre d'_Ilion_ , l'incomparable Homère ,

  258. 258

    Atteste que d'Hector la digne et tendre mère ,

  259. 259

    Hécube de son sein allaita ce cher fils ,

  260. 260

    Si lâchement traîné par le fils de Thétis.

  261. 261

    Andromaque , fidèle au vœu de la Nature ,

  262. 262

    Ne frustra point son fils du lait sa nourriture ;

  263. 263

    Sur le sein maternel il s'abreuvait encor ,

  264. 264

    Le jour où son époux , le malheureux Hector ,

  265. 265

    L'ame de noirs chagrins et d'ennui dévorée ,

  266. 266

    Reçut les derniers vœux d'une épouse adorée.

  267. 267

    Le jeune Astianax agitait de sa main ,

  268. 268

    Le panache flottant sur son casque d'airain ,

  269. 269

    Insensible aux adieux d'Hector et d'Andromaque.

  270. 270

    Pénélope à son fils le sage Télémaque ,

  271. 271

    Transmit avec le lait ces nobles sentimens ,

  272. 272

    Garans de sa sagesse , en dépit des amans.

  273. 273

    Cornelie à l'hymen , à ses devoirs fidèle ,

  274. 274

    De la mère nourrice est l'illustre modèle.

  275. 275

    Mes enfans , disait-elle , images d'un époux ,

  276. 276

    Sont mes vrais diamans , mes trésors , mes bijoux.

  277. 277

    Mon épouse à quinze ans me tenait ce langage ,

  278. 278

    Quand ses bras , de l'hymen pressant le premier gage ,

  279. 279

    Sur son sein maternel le tenait suspendu ;

  280. 280

    Ce langage du cœur je l'ai bien entendu.

  281. 281

    Du Dieu qui nous créa la justice éternelle ,

  282. 282

    Donna des droits sacrés à l'amour maternelle.

  283. 283

    Et la mère nourrice au nom de ce devoir ,

  284. 284

    Toujours sur ses enfans conserva son pouvoir.

  285. 285

    Le jeune Machabée , à son heure dernière ,

  286. 286

    De sa mère nourrice exauça la prière ;

  287. 287

    Six frères , à ses yeux , égorgés sans pitié ,

  288. 288

    La voix du sang , le cri perçant de l'amitié ,

  289. 289

    Des bourreaux furieux l'insatiable rage ,

  290. 290

    Les apprêts du supplice ont glacé son courage.

  291. 291

    Mon fils , lui dit sa mère , es-tu digne de moi ?

  292. 292

    A l'aspect du trépas , bannis un lâche effroi.

  293. 293

    Tes frères ne sont plus , c'est à nous de les suivre ,

  294. 294

    Et de les imiter ? Voudrais-tu leur survivre ?

  295. 295

    Voudrais-tu , peu sensible à la voix de l'honneur ,

  296. 296

    Renoncer à la gloire , à l'éternel bonheur ?

  297. 297

    Au nom du Dieu vivant , mon fils , je t'en conjure ,

  298. 298

    Epargne un tel affront , ne fais pas cette injure ,

  299. 299

    A celle qui neuf mois te porta dans son sein ;

  300. 300

    A celle qui du Ciel remplissant le dessein ,

  301. 301

    Te berça dans ses bras , les nuits et les journées ,

  302. 302

    Qui de son propre sang te nourrit trois années.

  303. 303

    A ces mots le jeune homme ordonne à ses bourreaux

  304. 304

    De hâter son supplice et meurt en vrai Héros.

  305. 305

    D'une mère toujours dangereuse rivale ,

  306. 306

    La nourrice a ses droits à l'amour filiale.

  307. 307

    Tite-Live a transmis à la postérité

  308. 308

    Un exemple éclatant de cette vérité.

  309. 309

    Gracchus victorieux rentrait un jour dans Rome !

  310. 310

    Le peuple impatient de revoir ce grand homme ,

  311. 311

    Au bruit de son approche , accourt de toutes parts ,

  312. 312

    Sa nourrice et sa mère étaient hors des remparts ;

  313. 313

    Gracchus les aperçoit et la reconnaissance ,

  314. 314

    Balançant dans son cœur l'auteur de sa naissance ,

  315. 315

    Aux bras de sa nourrice , il s'élance d'abord,

  316. 316

    Et lui donne en présent un riche collier d'or ;

  317. 317

    La Nature eut son tour , Gracchus offre à sa mère

  318. 318

    Un simple anneau d'argent, ornement du Vulgaire.

  319. 319

    Mères , qui repoussez vos enfans de vos bras,

  320. 320

    Daignez souffrir du moins qu'ils ne soient point ingrats.

  321. 321

    De l'empire des Lys illustre souveraine ,

  322. 322

    Plus fière d'être mère encor que d'être Reine,

  323. 323

    Blanche , de la Nature admirant le dessein ,

  324. 324

    Prodiguait à son fils les trésors de son sein.

  325. 325

    Le soin des malheureux , chers à sa bienfaisance ,

  326. 326

    Loin du Palais, un jour, exigeait sa présence ;

  327. 327

    Elle sort, et Louis fut jusqu'à son retour,

  328. 328

    Confié par sa mère aux Dames de la Cour.

  329. 329

    Les mortels bienfaisans , humbles dans la fortune ,

  330. 330

    Qui séchent nuit et jour les pleurs de l'infortune ,

  331. 331

    Savent qu'il est si doux , aux cœurs nés généreux,

  332. 332

    De s'oublier soi-même en faisant des heureux :

  333. 333

    Blanche oublia son fils, privé de nourriture ,

  334. 334

    L'auguste enfant semblait implorer la Nature ;

  335. 335

    Ses pleurs , ses cris aigus , le besoin très-pressant ,

  336. 336

    Tout parlait en faveur de cet être innocent ;

  337. 337

    Une Dame à Louis donna son sein. Sa mère

  338. 338

    Entre. Immobile , en proie à sa douleur amère ,

  339. 339

    J'ai donc perdu , dit-elle , un titre précieux ,

  340. 340

    Que m'avaient accordé la Nature et les Cieux !

  341. 341

    J'étais mère. A présent une autre à l'avantage ,

  342. 342

    Non , non. Ne souffrons point un indigne partage ;

  343. 343

    Elle dit ; et son fils par son doigt secondé ,

  344. 344

    Vomit , et d'un lait pur le marbre est inondé.

  345. 345

    De l'amour maternel auguste et beau délire ,

  346. 346

    J'ai dû te consacrer aux accords de ma lyre.

  347. 347

    Bienheureux Saint Louis , émule de Titus ,

  348. 348

    De ta mère en naissant tu suças les vertus.

  349. 349

    Épouses du haut ton , qui traitez de chimères ,

  350. 350

    L'allaitement , les soins et les devoirs des mères ,

  351. 351

    Daignez lire ces vers et frémissez du moins ,

  352. 352

    Au récit d'un seul fait dont j'offre vingt témoins.

  353. 353

    Enceinte de neuf mois , la sensible Emilie

  354. 354

    Etait mère à seize ans. Jeune , aimable et jolie ,

  355. 355

    Son époux l'adorait par caprice et pour lui.

  356. 356

    Damis , semblable en tout aux époux d'aujourd'hui ,

  357. 357

    Avait, dit-il, un cœur trop sensible et trop tendre ,

  358. 358

    Pour voir souffrir son fils. Or , pour ne pas l'entendre

  359. 359

    Nuit et jour tourmenter , fatiguer sa moitié ,

  360. 360

    Du logis paternel il bannit sans pitié

  361. 361

    Ce doux fruit de l'hymen , objet de tant d'alarmes ,

  362. 362

    Cet enfant qu'Emilie arrose de ses larmes.

  363. 363

    Elle a beau supplier , faire toucher du doigt ,

  364. 364

    Témoigner qu'elle veut , qu'elle peut , qu'elle doit ,

  365. 365

    Mère tendre, accomplir le vœu de la Nature ,

  366. 366

    En donnant à son fils son lait pour nourriture ,

  367. 367

    Inutiles discours , il a pris son parti ,

  368. 368

    La nourrice est payée et l'enfant est parti.

  369. 369

    Bonne mère , Emilie en était désolée ,

  370. 370

    L'Hymen, le Temps , l'Amour ne l'ont point consolée ,

  371. 371

    Lorsque de la barrière infernale ou d'Enfer ,

  372. 372

    Séjour de la nourrice , Antoinette de Fer ,

  373. 373

    Je reçois ce billet d'Emilie éperdue :

  374. 374

    Courez , volez Docteur , sans vous je suis perdue ;

  375. 375

    De mon fils au berceau les jours sont menacés ,

  376. 376

    Vous connaissez mon cœur, c'est vous en dire assez.

  377. 377

    J'arrive. Quel spectacle ! Ici gémit le père ,

  378. 378

    Plus loin la jeune épouse en pleurs se désespère ,

  379. 379

    L'enfant ne criait point , le malheureux heurlait ,

  380. 380

    Son visage était noir. La vendeuse de lait ,

  381. 381

    De sang-froid et l'œil sec , nous regarde et babille.

  382. 382

    Qu'on se taise , lui dis-je , et qu'on le déshabille ;

  383. 383

    Ses cris sont arrachés par d'atroces douleurs ,

  384. 384

    Ses accens me l'ont dit , je le vois à ses pleurs :

  385. 385

    Taisez-vous ; nous allons en pénétrer la cause :

  386. 386

    La nourrice parlait. Je ne veux pas qu'on cause ,

  387. 387

    Lui dis-je avec aigreur , faites ce que j'ai dit ,

  388. 388

    Vous jaserez après. Mon ton sec l'interdit.

  389. 389

    Hors du maillot déjà l'enfant plus à son aise ,

  390. 390

    Respire librement et bientôt il s'appaise ;

  391. 391

    Aux cris les plus aigus succèdent les sanglots ,

  392. 392

    Il pleure, mais ses pleurs ne coulent plus par flots.

  393. 393

    Enfin , le voilà nud.... Que vois-je ! le dirai-je ?

  394. 394

    De deux trous sur un corps aussi blanc que la neige ,

  395. 395

    Le sang jaillait du dos, de cet enfant si cher ,

  396. 396

    La nourrice avait pris et la couche et la chair ,

  397. 397

    Qu'une épingle assez forte attachait l'une à l'autre.

  398. 398

    Est-ce , après tout , Monsieur , ou ma faute ou la vôtre ,

  399. 399

    Dis-je alors à Damis, si cet être innocent ,

  400. 400

    Victime de l'hymen est martyr en naissant ?

  401. 401

    En vain dans votre cœur vous cherchez une excuse.

  402. 402

    Moi, l'enfant, Emilie, ici tout vous accuse ,

  403. 403

    Ici , tout vous démontre à n'en pouvoir douter ,

  404. 404

    Que le cœur d'un bon père a tout à redouter

  405. 405

    D'un être faux et vil qu'un vil or intéresse ,

  406. 406

    Qui ne vend que son lait et jamais sa tendresse ;

  407. 407

    Ouvrez les yeux, Damis ; bien plus qu'en mes écrits ,

  408. 408

    Sur ces langes sanglans , vos devoirs sont écrits :

  409. 409

    Il en est temps encor. Mon art a des ressources ,

  410. 410

    Qui du lait à l'enfant peuvent rouvrir le sources ,

  411. 411

    Un seul mois de sa vie embrasse tout le cours.

  412. 412

    La mère applaudissait tout bas à ce discours ,

  413. 413

    Son geste, ses regards, tout me disait, courage ;

  414. 414

    Le moment est propice, achevez votre ouvrage.

  415. 415

    Damis s'en aperçoit et d'un air triomphant ,

  416. 416

    Aux mains de la nourrice, il va saisir l'enfant ,

  417. 417

    Et vient le déposer dans les bras d'Emilie.

  418. 418

    Que ce nœud si sacré l'un à l'autre nous lie ,

  419. 419

    Dit Damis attendri..... Moment délicieux ,

  420. 420

    Lui répond Emilie, en rendant grâce aux Cieux ,

  421. 421

    Je suis mère à présent et je n'étais qu'épouse.

  422. 422

    De ce double devoir mon ame était jalouse ,

  423. 423

    Mon époux de mon cœur sonda trop les replis ,

  424. 424

    Pour douter que par moi ses vœux ne soient remplis.

  425. 425

    Elle dit : et soudain en un plus doux langage ,

  426. 426

    De l'amour maternel son fils suce le gage.

  427. 427

    Emilie en pleurant sortit de ce séjour ,

  428. 428

    Heureuse d'avoir pu du plus sinistre jour ,

  429. 429

    Au gré de ses désirs, faire un jour de délices ,

  430. 430

    Et de l'allaitement savourer les prémices.

  431. 431

    Sexe aimant, profitez d'une utile leçon ;

  432. 432

    Que ce récit trop vrai, ne soit pas un vain son ,

  433. 433

    Qui sans passer au cœur, s'arrête à votre oreille ;

  434. 434

    Allaitez vos enfans, ou craignez la pareille.

  435. 435

    Dans ces beaux jours où Rome avait encor des mœurs ,

  436. 436

    Le devoir maternel, embrasait tous les cœurs.

  437. 437

    Autrefois, dit Tacite, abjurant sa chimère ,

  438. 438

    En allaitant ses fils, chaque épouse était mère ,

  439. 439

    Toute épouse eût rougi d'avoir à prix d'argent ,

  440. 440

    Un lait ravi par elle au fils de l'indigent.

  441. 441

    Autres temps, autres mœurs. Mères trop inhumaines ,

  442. 442

    Disait Jules-César, en parlant aux Romaines ,

  443. 443

    Qui portez dans vos bras des singes et des chiens ;

  444. 444

    Avez-vous donc du sang brisé les doux liens ?

  445. 445

    Avez-vous étouffé la voix de la Nature ?

  446. 446

    A de vils animaux vous donnez la pâture ,

  447. 447

    Et vous privez de lait des être innocens ,

  448. 448

    Que vous osez , sans honte , appeler vos enfans ?

  449. 449

    Ne méritez-vous point un si sanglant reproche ,

  450. 450

    Mères françaises , vous..... Mais non , le jour approche ,

  451. 451

    Où dans vos cœurs , déjà de remords combattus ,

  452. 452

    Des femmes des Gaulois renaîtront les vertus ;

  453. 453

    Déjà de leurs enfans dignes institutrices ,

  454. 454

    Paris voit dans ses murs bien des mères nourrices.

  455. 455

    Puisse un si bel exemple enfin se propager !

  456. 456

    Illustre Genevois , généreux étranger ,

  457. 457

    Dont la mâle éloquence égala le courage ,

  458. 458

    Cet heureux changement , Rousseau fut ton ouvrage.

  459. 459

    Ami de la Nature et de l'humanité ,

  460. 460

    Tu triomphas du luxe et de la vanité ;

  461. 461

    Ton génie , en portant le trouble au fond de l'ame ,

  462. 462

    De l'Amour maternel y ranima la flamme.

  463. 463

    Mères tendres , venez à l'ombre du berceau ,

  464. 464

    Où reposent en paix les manes de Rousseau.

  465. 465

    Là , l'Emile à la main , contemplant son image ,

  466. 466

    A son illustre auteur rendez un pur hommage.

  467. 467

    De nos Césariens , Routiniers , ignorans ,

  468. 468

    J'ai peint les préjugés , leurs Dieux et leurs tyrans ,

  469. 469

    Je vais sonder le cœur des vénales nourrices ,

  470. 470

    Chanter leurs préjugés , leurs talens , leurs caprices.

  471. 471

    De l'allaiteuse ici la misère est l'agent ,

  472. 472

    Et dans son nourrisson , ce qu'elle aime est l'argent.

  473. 473

    Loin de vous étonner que son ame soit telle ,

  474. 474

    Demandez-vous plutôt : comment aimerait-elle

  475. 475

    Un enfant qui ravit son lait, son propre sang,

  476. 476

    A celui que l'Amour féconda dans son flanc ;

  477. 477

    A celui qui du sein chassé par la Fortune,

  478. 478

    Reçut d'elle en naissant le joug de l'infortune ?

  479. 479

    Comment peut-elle aimer un enfant étranger,

  480. 480

    Dont l'allaitement seul met le sien en danger ?

  481. 481

    Comment peut-elle aimer un enfant dont l'approche,

  482. 482

    Les caresses, les jeux sont pour elle un reproche ?

  483. 483

    N'exigez donc pas d'elle un tendre attachement,

  484. 484

    On ne vend pas son cœur, mais ses soins seulement.

  485. 485

    Trop heureux, si toujours à ses devoirs fidèle,

  486. 486

    Elle acquitte les soins que vous exigez d'elle ;

  487. 487

    Mais après tout, ces soins toujours défectueux,

  488. 488

    Remplacent-ils jamais les soins affectueux,

  489. 489

    D'une mère au berceau généreuse captive,

  490. 490

    Aux besoins d'un enfant, nuit et jour attentive ?

  491. 491

    Gardez-vous de le croire. Il est de mon devoir

  492. 492

    De frapper des abus que l'Art seul a dû voir.

  493. 493

    Je vais en dévoiler cinq à six entre mille.

  494. 494

    Je n'ose après l'auteur d'Héloïse et d'Emile,

  495. 495

    Démontrer du maillot les dangereux effets.

  496. 496

    Rousseau par ses écrits, ainsi que par les faits,

  497. 497

    A déjà combattu ces préjugés funestes,

  498. 498

    Le Temps et la Raison achèveront le reste.

  499. 499

    Souvent le Philosophe au séjour des humains,

  500. 500

    Sème la vérité de ses savantes mains ;

  501. 501

    Mais d'une terre ingrate, aux talens infertile,

  502. 502

    Les préjugés rendant leur culture inutile,

  503. 503

    Leurs fruits lents et tardifs, en dépit de ses vœux,

  504. 504

    Sont souvent recueillis par ses derniers neveux.

  505. 505

    Dis-moi, fille du jour, dis-nous, chaste Lucine,

  506. 506

    Des vendeuses de lait la honteuse origine,

  507. 507

    Comment un être vil sevrant son propre fils,

  508. 508

    De son sang, de son lait calcula les profits.

  509. 509

    Comment l'or corrupteur, en dégradant la femme,

  510. 510

    Du plus saint des devoirs fit un métier infame,

  511. 511

    Métier, qui chez les Grecs toujours fait à vil prix,

  512. 512

    Vouait toute allaiteuse au plus profond mépris.

  513. 513

    Une Dame Troyenne, à la misère en proie,

  514. 514

    Dit Euripide, après l'embrasement de Troie,

  515. 515

    Esclave et sans ressource, abaissa son grand cœur

  516. 516

    A nourrir de son lait, le fils de son vainqueur ;

  517. 517

    La prostitution, état vil, exécrable,

  518. 518

    Au métier d'allaiteuse était seul comparable,

  519. 519

    Elle eut un nourrisson, et le prix de ses soins,

  520. 520

    Pouvait suffire à peine à ses pressans besoins.

  521. 521

    L'immortel Orateur et l'Oracle d'Athènes,

  522. 522

    Le Dieu de l'éloquence, en un mot, Démosthènes,

  523. 523

    Cite, entr'autres, un fait qui prouve évidemment,

  524. 524

    A quel point était vil l'art de l'allaitement.

  525. 525

    Au métier d'allaiteuse, une femme réduite,

  526. 526

    Par sa famille, un jour, au Sénat est traduite ;

  527. 527

    De la déshonorer on ose l'accuser.

  528. 528

    L'allaiteuse en deux mots répond pour s'excuser :

  529. 529

    De l'état que je fais j'ai senti la bassesse ;

  530. 530

    Mais si de votre sang je démens la noblesse,

  531. 531

    Du moins ne l'imputez qu'à la nécessité.

  532. 532

    Malheureuse et réduite à la mendicité,

  533. 533

    J'ai fait choix d'un état qui répugne à mon ame,

  534. 534

    Pour ne pas exercer un métier plus infame.

  535. 535

    Que les temps sont changés ! De nos jours, à Paris,

  536. 536

    Des vendeuses de lait le commerce est sans prix.

  537. 537

    Mais c'est trop m'arrêter ; toute allaiteuse est mère,

  538. 538

    Et l'amour maternel n'est point une chimère ;

  539. 539

    Vous achetez son lait, tout son lait ; mais souvent

  540. 540

    Ce n'est que la moitié de son lait qu'elle vend,

  541. 541

    Et pour mieux vous tromper, en vengeant la Nature,

  542. 542

    Elle emprunte de l'Art une autre nourriture.

  543. 543

    La bouillie est le nom de ce fade aliment,

  544. 544

    Composé d'eau, de sel, de seigle, ou de froment ;

  545. 545

    Cette colle insipide, inodore, étrangère,

  546. 546

    Qu'un estomac débile avec peine digère,

  547. 547

    Plonge dans la stupeur les enfans nouveaux-nés ;

  548. 548

    Ce qui fait croire à tort, qu'à ces infortunés,

  549. 549

    La bouillie est toujours un calmant salutaire ;

  550. 550

    Tandis que le Carreau, vice du mésentaire

  551. 551

    La Charte ou Rachitis, le vice scrophuleux,

  552. 552

    La faiblesse, ou défaut du ressort glanduleux,

  553. 553

    Et l'épaississement de leur humeur muqueuse,

  554. 554

    Sont les tristes effets d'une colle visqueuse.

  555. 555

    La bouillie au besoin doit être, le biscuit,

  556. 556

    La semouille, le ris et la crême au pain cuit.

  557. 557

    Surveillez la nourrice, aux préjugés en butte,

  558. 558

    Dont la malpropreté dégoûtante rebute.

  559. 559

    Quel spectacle en effet plus propre à dégoûter,

  560. 560

    Que de la voir souffler de sa bouche, et goûter

  561. 561

    La funeste bouillie à l'enfant destinée,

  562. 562

    Et la lui redonner de salive imprégnée.

  563. 563

    Des cris du nourrisson pour se débarrasser,

  564. 564

    L'allaiteuse à toute heure a soin de le bercer ;

  565. 565

    Mais sous son bras nerveux, les berceaux qui bondissent,

  566. 566

    Fatiguent le cerveau, dont les nerfs s'engourdissent,

  567. 567

    Et l'on doit s'attrister, loin de se réjouir

  568. 568

    De ce calme trompeur dont il semble jouir.

  569. 569

    Ainsi la jeune poule à son gîte arrachée,

  570. 570

    Dont la tête, avec soin, sous son aile est cachée,

  571. 571

    Qu'on agite avec force, a l'air de s'endormir,

  572. 572

    Mais ces longs bercemens ne font que l'engourdir.

  573. 573

    Quand l'amour maternel, pour égayer l'enfance,

  574. 574

    Inventa les hochets, l'Art, dit-on, fit défense

  575. 575

    A tout fabricateur de ces nouveaux joujous,

  576. 576

    D'ajouter un suçoir à ces charmans bijoux ;

  577. 577

    Mais quand l'appât du gain, à cet objet futile,

  578. 578

    Agréable à l'enfant, eût joint le mot utile,

  579. 579

    L'art eut beau des hochets démontrer le danger,

  580. 580

    On ne l'écouta plus. Moi je vais le venger :

  581. 581

    Ma Muse avec l'Erreur ne fit jamais de pacte.

  582. 582

    Tous les hochets sont faits de matière compacte ;

  583. 583

    Ils sont d'or ou d'argent, d'ivoire ou de cristal,

  584. 584

    Mais qu'ils soient composés d'ivoire ou de métal,

  585. 585

    Ce joujou dur et froid, introduit dans la bouche,

  586. 586

    Meurtrit, gêne à la fois les pores, et les bouche.

  587. 587

    Le bord alvéolaire, au lieu de s'amincir,

  588. 588

    Par l'effet du hochet ne fait plus que durcir.

  589. 589

    Ainsi la dent naissante irritant les gencives,

  590. 590

    Procure au nourrisson des crises convulsives.

  591. 591

    Le meilleur des hochets, le plus propice aux dents,

  592. 592

    Est le miel de Narbonne, en y plongeant dedans

  593. 593

    La guimauve en bâton, que le nourrisson mâche ;

  594. 594

    La guimauve adoucit, et le bon miel relâche.

  595. 595

    Dans l'orage effrayant de la dentition,

  596. 596

    Prévenez avec soin la constipation.

  597. 597

    O vous qui nourrissez, vertueuses épouses,

  598. 598

    Du fruit de vos amours montrez-vous plus jalouses !

  599. 599

    Des baisers innocens si vous sentez le prix,

  600. 600

    Jamais sans votre aveu qu'un baiser ne soit pris

  601. 601

    Sur la joue, et surtout sur les lèvres mi-closes

  602. 602

    D'un nourrisson, au teint et de lys et de roses :

  603. 603

    Pour lui , d'un corps mal sain l'impure exhalaison ,

  604. 604

    Dans un âge aussi tendre est un mortel poison.

  605. 605

    Telle et moins délicate en l'Empire de Flore ,

  606. 606

    La plus belle des fleurs , la rose , vient d'éclore.

  607. 607

    Des zéphirs caressans les baisers du matin ,

  608. 608

    N'ont point terni l'éclat , la fraîcheur de son teint.

  609. 609

    Mais du vent du midi déchaîné dans la plaine ,

  610. 610

    Le souffle meurtrier , la dévorante haleine ,

  611. 611

    Ont flétri la plus belle et la Reine des fleurs ,

  612. 612

    Dans les bras des zéphirs qui la baignaient de pleurs.

  613. 613

    Ainsi du vice impur la corrosive haleine ,

  614. 614

    Fit périr sous mes yeux un nourrisson d'Hélène.

  615. 615

    Mère à quinze ans , Hélène était nourrice. Un jour

  616. 616

    Qu'elle était seule aux champs , des vertus vrai séjour ,

  617. 617

    Des scélérats couverts de l'habit militaire ,

  618. 618

    Symbole de l'honneur , dans ce lieu solitaire ,

  619. 619

    Par un heureux hasard feignant d'être conduits ,

  620. 620

    Arrivent chez Hélène et sans être introduits ;

  621. 621

    L'un , d'un ami prenant le ton et le langage ,

  622. 622

    D'un baiser à l'hôtesse offrait déjà le gage ;

  623. 623

    L'autre , moins téméraire , et non moins criminel ,

  624. 624

    En portant ses regards sur le sein maternel ,

  625. 625

    Imprime un long baiser sur la bouche vermeille

  626. 626

    De cet être innocent , qui dans ses bras sommeille.

  627. 627

    L'époux absent arrive et se montre à propos.

  628. 628

    Ici la scène change , on change de propos.

  629. 629

    Hélène oppose alors le mépris du silence ,

  630. 630

    Tire un cordon. Soudain ses gens de confiance

  631. 631

    Volent , et d'un coup d'œil ses ordres sont donnés.

  632. 632

    Pardon , Madame si..... Vous êtes pardonnés ,

  633. 633

    Dit Hélène indignée , et de cette demeure ,

  634. 634

    Pour n'y jamais rentrer , éloignez-vous sur l'heure.

  635. 635

    Mais, ô scélératesse ! un infernal poison,

  636. 636

    Dans les bras du sommeil atteint le nourrison,

  637. 637

    Et de la bouche au cœur passe de veine en veine.

  638. 638

    De l'Art même impuissant toute ressource est vaine,

  639. 639

    De symptômes affreux son corps est affecté,

  640. 640

    Dans sa source en un mot son sang est infecté.

  641. 641

    Le venin que répand le dard de la vipère,

  642. 642

    Est moins prompt que le mal qu'un tel baiser opère.

  643. 643

    Pardonnez...... Mais la plume échappe de mes mains :

  644. 644

    Que des serpens cachés sous les traits des humains !

  645. 645

    Quand du lait maternel l'âge a tari la source,

  646. 646

    Le lait des animaux est-il une ressource ?

  647. 647

    Je ne réponds qu'un mot. Cet usage odieux

  648. 648

    Est proscrit aux humains par l'exemple des Dieux.

  649. 649

    Du Messager céleste une Nymphe adorée,

  650. 650

    Mais du désir de plaire en secret dévorée,

  651. 651

    Au plus saint des devoirs préférant la beauté,

  652. 652

    A la chèvre légère avait livré Myrthé.

  653. 653

    D'un rejeton des Dieux une chèvre est nourrice !

  654. 654

    Inhumaine Dryope, à ta noire injustice

  655. 655

    La Nature et les Dieux doivent un châtiment.

  656. 656

    Une mère n'est point barbare impunément.

  657. 657

    Un jour que cette Nymphe, au sein d'une prairie,

  658. 658

    Arrachait pour sa fille une branche fleurie

  659. 659

    De Lotos, arbre auguste, à Bacchus consacré ;

  660. 660

    Elle veut, mais en vain, se mouvoir à son gré.

  661. 661

    Soudain ses pieds, changés en racines profondes,

  662. 662

    Du fleuve, en serpentant, se plongent dans les ondes.

  663. 663

    Son corps n'est plus qu'un tronc d'écorce recouvert,

  664. 664

    Son cœur dur, aux remords, mais trop tard, s'est ouvert ;

  665. 665

    Ses bras levés, du Ciel implorent l'indulgence,

  666. 666

    Mais le Ciel et terrible et juste en sa vengeance,

  667. 667

    Les retient suspendus, en branches transformés ;

  668. 668

    De ses cheveux épais cent rameaux sont formés.

  669. 669

    Dryope, enfin, est l'arbre où la mère nourrice,

  670. 670

    Est sûre de trouver une ombre protectrice ,

  671. 671

    Mais qui des Dieux vengeurs atteste le pouvoir ,

  672. 672

    A la mère insensible et sourde à son devoir.

  673. 673

    Cependant, dira-t-on, Cybèle épouvantée ,

  674. 674

    Fit nourrir Jupiter par la chèvre Amalthée.

  675. 675

    Le fait est faux. Cybèle en proie à la douleur ,

  676. 676

    Exila son cher fils. Le reste est une erreur.

  677. 677

    L'épouse de Saturne , à regret trop féconde ,

  678. 678

    Mit à la fois Junon et Jupiter au monde.

  679. 679

    Tremblante pour les jours de ce fils précieux ,

  680. 680

    Que le sort destinait à l'Empire des Cieux ,

  681. 681

    De nuit , à la faveur d'un nuage prospère ,

  682. 682

    Cybèle en frémissant le dérobe à son père ,

  683. 683

    Et dans l'île de Crête on élève en secret ,

  684. 684

    Un fils que de son sein elle arrache à regret.

  685. 685

    C'est là qu'une nourrice, au teint frais , jeune et belle ,

  686. 686

    Amalthée , allaita le Dieu , fils de Cybèle.

  687. 687

    O divine Amalthée ! Il est temps que mes vers ,

  688. 688

    De sa trop longue erreur détrompent l'Univers.

  689. 689

    J'ai dit assez , je crois , des vénales nourrices

  690. 690

    Les préjugés nombreux , les funestes caprices ,

  691. 691

    Pour qu'il me soit permis de tracer dans ce Chant ,

  692. 692

    D'une vierge nourrice un trait rare et touchant.

  693. 693

    Aux bords de Mincio , dans sa plaine fertile ,

  694. 694

    Je cherchais , en pleurant , les traces de Virgile ,

  695. 695

    Quand sous des chênes verds , au penchant d'un coteau,

  696. 696

    Je vois une bergère et son nombreux troupeau ,

  697. 697

    Qui fuyant du midi la dévorante haleine ,

  698. 698

    Pour respirer le frais avait quitté la plaine.

  699. 699

    La bergère endormie étalait à dix ans,

  700. 700

    D'une gorge de Lys les trésors ravissans.

  701. 701

    Dans ses bras un enfant, de sa bouche mi-close,

  702. 702

    Suçait le lait vermeil de son bouton de rose.

  703. 703

    Ce spectacle à la fois m'étonne et me ravit :

  704. 704

    Laure en sursaut s'éveille. A peine elle me vit,

  705. 705

    Que couvrant d'une main sa gorge à demi nue,

  706. 706

    La rougeur sur le front, d'une voix ingénue :

  707. 707

    Contemplez mon Amour, voyez comme il est beau

  708. 708

    Mon frère, me dit-elle. En entrant au tombeau,

  709. 709

    Ma mère l'allaitait, je l'allaite comme elle.

  710. 710

    Sa bouche a refusé de saisir la mamelle

  711. 711

    De la vache féconde ; et du lait de sa sœur,

  712. 712

    Nuit et jour il savoure, à long traits, la douceur.

  713. 713

    Telle et plus tendre encore une jeune Romaine,

  714. 714

    Bravant d'un fier Tyran la colère inhumaine,

  715. 715

    A son père expirant au fond d'une prison,

  716. 716

    De son sein virginal fit sucer la boisson.

  717. 717

    Trop heureuse à ce prix de prolonger la vie

  718. 718

    D'un père, à qui la faim l'aurait déjà ravie,

  719. 719

    Et d'épancher son sang, pour donner à son tour,

  720. 720

    L'existence à celui qui lui donna le jour.

  721. 721

    Ah ! mille fois heureux, ô père de famille !

  722. 722

    Qui, dans les fers, regnas sur le cœur de ta fille.

  723. 723

    D'un père infortuné nourrice et vierge encor !

  724. 724

    O prodige d'amour!..... Où trouver ce trésor ?

  725. 725

    Piété filiale, êtes-vous donc éteinte ?

  726. 726

    Le Ciel loin de mon cœur a banni cette crainte.

  727. 727

    Caroline a promis de me chérir toujours,

  728. 728

    D'être l'honneur, l'espoir, l'appui de mes vieux jours.

  729. 729

    Ses soins ont de ma vie embelli la carrière,

  730. 730

    Et sa main à ma mort fermera ma paupière.

  731. 731

    Combien ce seul espoir a pour moi de douceur !

  732. 732

    Garde bien mon trésor. Mais un jour, ô ma Sœur !

  733. 733

    J'irai le réclamer dans les murs de Narbonne,

  734. 734

    Aux genoux d'une Tante, aussi juste que bonne.

  735. 735

    Funestes préjugés ! dans la nuit du tombeau,

  736. 736

    Quel Génie, ou quel Dieu portera son flambeau,

  737. 737

    Pour dissiper l'horreur des profondes ténèbres

  738. 738

    Où la Mort se voila de ses crêpes funèbres ?

  739. 739

    Quel Génie, ou quel Dieu, de ses puissantes mains,

  740. 740

    Du joug des préjugés sauvera les humains ?

  741. 741

    Est-ce vous, Apollon, Dieu de la Médecine,

  742. 742

    Qui vengerez enfin Esculape et Lucine ?

  743. 743

    Pour soutenir leurs droits, j'ai fait de vains efforts,

  744. 744

    Par tout les intrigans sont toujours les plus forts.

  745. 745

    Le stupide Vulgaire à genoux les contemple,

  746. 746

    Et la Vérité gît seule au fond de son Temple.

  747. 747

    Auguste Vérité ! Je laisse aux Immortels

  748. 748

    L'honneur de protéger ton culte et tes autels.

  749. 749

    Mais je te vengerai d'une secte insensée,

  750. 750

    Je rendrai son éclat à ta gloire offensée ;

  751. 751

    Je veux épouvanter quiconque aurait le front

  752. 752

    De faire à tes appas quelque nouvel affront.

  753. 753

    J'en ai fait le serment, je le tiendrai sans doute.

  754. 754

    L'Intrigue et ses agens n'ont rien que je redoute,

  755. 755

    Je veux que mon nom seul les glace tous d'effroi,

  756. 756

    Sous le Decemvirat j'osai braver Fourcroi.

  757. 757

    Et vous, fils de Paré, désertez ces Ecoles

  758. 758

    Où vous attire en foule, au son de ses paroles,

  759. 759

    Un éternel Bavard, qui plein de vanité,

  760. 760

    Croit par de longs discours servir l'humanité ;

  761. 761

    Pour le malheur du siècle et de l'espèce humaine,

  762. 762

    L'orgueil a de votre art agrandi le domaine ;

  763. 763

    D'un Chirurgien prudent la noble ambition,

  764. 764

    Doit être d'éviter une opération.

  765. 765

    Dédaignez de votre art les vaines théories,

  766. 766

    Et sans vous amuser de doctes rêveries,

  767. 767

    Moins prodigues du temps, volez à l'Hôtel-Dieu.

  768. 768

    Là Desault parle en maître, opère en demi-Dieu ;

  769. 769

    Chaque mot de sa bouche est un nouvel oracle,

  770. 770

    Chaque acte de sa main est un nouveau miracle ;

  771. 771

    A mille infortunés souffrant sur leurs grabats,

  772. 772

    Et d'une voix plaintive invoquant le trépas.

  773. 773

    Desault par ses talens sait faire aimer la vie,

  774. 774

    Son nom seul fait pâlir et la Mort et l'Envie.

  775. 775

    Puisse la Vérité qui me dicta ces vers,

  776. 776

    Le venger d'un Zoïle, aux yeux de l'Univers.

  777. 777

    Cependant j'ai perdu mon illustre Mecène.

  778. 778

    Entendez-vous gémir les Nymphes de la Seine ?

  779. 779

    Pleurez, amis des Arts et de l'humanité,

  780. 780

    Pleurez, Desault n'est plus. Un peu d'aménité

  781. 781

    Manquait, dit-on, aux mœurs de ce savant austère,

  782. 782

    Dont l'excès de travail aigrit le caractère.

  783. 783

    La Fontaine l'a dit : *Chacun a son défaut*,

  784. 784

    Et c'est le seul du moins qu'on reproche à Desault.

  785. 785

    Mais la dextérité, cette heureuse aptitude,

  786. 786

    Fruit rare et précieux d'une pénible étude,

  787. 787

    Qui toujours au Génie assujettit la main

  788. 788

    Dans les nombreux détours du labyrinthe humain,

  789. 789

    Qui pourrait à Desault contester ce mérite ?

  790. 790

    Qui, dites-vous ? Ce Fat que tout talent irrite,

  791. 791

    Ce Narcisse imprudent, qui de lui-même épris,

  792. 792

    Honore ses pareils d'un souverain mépris.

  793. 793

    Mais l'écho de la Seine, attristé de ta perte,

  794. 794

    Aux Élèves de l'Art, aux humains si funeste,

  795. 795

    Desault, à ton rival a répété souvent

  796. 796

    La terrible leçon de la lime au serpent.

English text

Alignment approximate; line numbers are not a verified source-to-translation map.

In that age close to the infancy of the world

Where innocence reigned, a fertile woman,

Always after nine months, with impunity,

Paid the happy tribute of maternity.

Upon a bed of turf beside a pure stream,

Alone and with no other support than simple Nature,

Who always lavished her aid upon her wishes,

The female sex laid down the fruit of its loves,

And never in the excess of its bitter pain,

Paid with its tears for the sweet title of mother.

Happy century! golden age so fruitful in virtues!

The name of mother then was not an empty name.

Each wife, idolizing her newborn child,

Unveiled to its eyes her two alabaster globes,

Ingenious emblem of fecundity,

From whence in streams gushed forth life and health.

How times have changed! since within the cities,

Unhappy slaves, a thousand servile customs,

Luxury and indolence have corrupted morals,

Mothers, with artifice, have hardened their hearts,

And suffer without blushing that the horrible tigress,

Should give them, by nursing, lessons in tenderness.

Ah! since you treat a son as an enemy,

Do not be, at least, but half-barbarous,

And without covering your hearts with a veil of imposture,

Close, close your ears to the cries of Nature.

Turn your gaze from this innocent son,

Out of pity, smother him in your arms at birth;

Let him return the blood he drew from your veins.

You shudder with horror, and a few vain tears,

The necessary tribute of a humid brain,

Flood the cradle of this new Oedipus.

The sentence is pronounced, deplorable victim,

Unfortunate child, your inexorable mother,

Has entrusted your demise to surer hands;

But your plaintive shade, bound to her steps,

Like the Vulture at the heart of Prometheus,

Will surrender her terrified soul to remorse.

This milk that the cruel woman stifled in her breast,

A frightful and fertile germ, will produce a swarm

Of tumors, of deposits, and of horrible ulcers,

Whose corrosive humor, corrupting the viscera,

Will come to crown the horror of her fate,

And without granting it to her, will multiply death.

To this hideous picture, but alas! too faithful,

Let us hasten to oppose a worthier model.

Iphis loved Hortense, Hortense was fifteen,

When Hymen transformed these lovers into spouses.

Amidst the sweet transports of amorous rapture,

Heaven, which united them, crowned their tenderness.

As one sees the morning rose wither,

So Hortense lost the freshness of her complexion;

Her eye seemed barely to open to the light,

Iris, with her colors, shaded her eyelid.

Of the blood, whose aid Nature borrowed,

Phoebe for three months no longer regulated the course.

Hortense, said Iphis, if I may trust appearances,

Our hearts may at last open to hope

To soon gather a sweet fruit of Love.....

But, Hortense, must I speak to you plainly?

I both desire and fear to be a father,

I dread this day, both fatal and prosperous,

This day, when this child..... I cannot hide it.....

For, ultimately, he must be torn from your arms.

Tear him away! And it is you who speak this language to me?

Who then will rob me of the pledge of your Love?

I, dear Hortense, I who will not suffer

That an adored wife should face death,

Sacrifice herself to Nature, and in the age of graces,

Drive away the Games, the Laughter, which fly in her wake,

To nourish her children, to fulfill a duty,

Whose immense extent exceeds her power.

Thus spoke Iphis, when Dorimond his master,

Cries out: ah! dear disciple, Iphis deign to permit

That I pour out my heart in the bosom of friendship.

Why not wish that your worthy half,

Hortense, taste in peace, the happiness she envies,

Of nursing a child, who draws its life from you?

Can she without danger, without inhumanity,

Trifle with the duties of maternity?

Can she, indifferent to the cry of Nature,

Repel from her breast the feeble creature,

Whose eloquent tears and innocent voice

Claim, at birth, her tenderness and its rights?

Mothers, or rather infernal furies,

In the flanks of a rock, nourished by snakes,

Sacrificing Nature to their frail charms,

Provoke the death of the fetus in their womb.

You shudder at the tale of infamous maneuvers,

Of these monsters, the opprobrium and the shame of women;

These frightful outrages, these odious crimes,

So worthy of the wrath of mortals and of the Gods,

Freeze with terror your soul, inaccessible to vice;

But do you then believe you have a heart less unfeeling,

Less ferocious, in depriving a feeble infant,

Your own son, of milk, his only food, his drink,

While you steal from the stranger's son,

A milk that vice or misery sold to you.

What does it matter if my son suckles this or that breast,

You will say, if moreover, the milk is pure and healthy?

Unnatural father, say also, what does it matter to me,

Both the blood of my son and the womb that bears him;

Do you know that this nectar, this sweet liquor,

Milk, just like blood, takes its source from the heart?

I say more. This humor stolen from your child,

Is the maternal blood, the sole support of his life,

And which, by Nature, destined for him alone,

Whitened by heat, nourishes the newborn.

See these two shrubs, which in the fields of Flora,

The earth has brought forth from two common seeds,

Nourished by fertile juices, destined for them alone,

On the maternal breast, they grew happily;

But one of them, torn away by a barbarous hand,

Is suddenly transplanted onto ungenerous soil:

How different is the fate of these twins;

One displays to our eyes the pride of its branches,

With flowers, its august brow is crowned in spring,

And under the weight of fruits, it bends in autumn.

The other is bent without strength, in the heart of a beautiful orchard,

And vegetates reluctantly on foreign soil;

It has neither fruits, nor flowers, and its sad greenery

Seems to tell passersby the torments it endures.

Such will be, I shudder at it, the fate of the newborn;

But to whom do you deliver this unfortunate being?

To the self-interested care of a servile woman,

Wicked or libertine, in a word vile enough,

To have put a price on her child's milk.

No doubt, after this choice, you will be little surprised

To see your son fall into languor, into weakness,

Or, degrading the nobility of his sentiments,

Unworthy offspring of virtuous parents,

Be false, harsh, ungrateful, cowardly, and voluptuous.

The child, like wax, flexible between the fingers,

Offers a soul accessible to the happiest inclinations,

But the wet nurse, prey to some passion,

Transmits its vivid impression to the child;

Thus the tender and novice heart of the nursling,

Draws virtues and vice from the maternal breast.

Such was the sentiment of twenty diverse peoples.

Domitius Nero, the horror of the Universe,

Tiger, always insatiable for human blood,

Derived from his wet nurse an execrable inclination.

To this Prince, in the cradle, his wet nurse, it is said,

Ten times a day, moistened her nipple with blood,

Which he then avidly pressed in his mouth;

Hence, Nero, cruel, bloodthirsty, and fierce.

Claudius, who earned the surname of drinker,

Sucked the passion for wine along with his milk.

Remus and Romulus had an atrocious soul:

They were believed to be the nurslings of a ferocious she-wolf.

To prepare Dido for his final farewells,

Aeneas, ungrateful and false, feigns an order from the Gods.

Dido, her heart prey to her mortal grief,

Cease to deceive me, perfidious one, she tells him,

No, you are not descended from the blood of Dardanus,

You flatter yourself in vain to be the son of Venus;

Insensible to my tears, and deaf to my tenderness,

You sucked, at birth, the milk of a tigress.

Mothers, groaning, you ask why

Your children, without modesty, without morals, without good faith,

Without filial love and without gratitude,

Force you to abhor the day of their birth?

Before answering you, listen for a moment,

And tremble at the account of a sad event.

Within the walls of Montpellier, the lovely Éléonore,

Joined the figure of Hebe to the complexion of Flora,

At fifteen years, her eyes launched the darts of Love;

But what am I doing? And why paint her charms here?

The modern Epidaurus is the abode of the Graces.

Of a thousand adorers who flew in her footsteps,

Only one knew how to find the path to her heart;

Of his numerous rivals Wander is the victor.

Ah! unfortunate Wander! The annals of history

Have painted, in strokes of blood, your fatal victory.

Wander (that was the name of the fortunate lover),

Surrounded by a circle of amateurs, of friends,

Borrowing the language of the God of Harmony,

Offered the first pledge of the most chaste Love;

The name of Eléonore in the accents of his voice,

Made the sounds of the lute and the oboe sweeter;

Sensitive to his homage, happy to hear him,

The beloved applauded the most tender lover.

Meanwhile, a rival given over to despair,

Melcour, is still intoxicated by a mad Love.

A concert of instruments has struck his ear,

His heart quivers with rage. He listens, he awakes.

Blind Éléonore, they celebrate you this day,

This day will see Wander in the infernal abode.

He speaks, and deceiving a Mentor's vigilance,

From the paternal home, he escapes in silence.

Beneath a treacherous cloak, artfully disguised,

He hides a long dagger sharpened by rage.

The night seems to ensure the success of his crime.

Furious, he springs forward, he falls upon his victim,

Before Éléonore's eyes he pierces his breast.

Melcour at fourteen years of age is a cowardly assassin.

Unnatural child of the most tender mother,

Cowardly and criminal son of the most virtuous father,

On the path of honor he walked beneath his eyes,

When a single day made him a furious tiger.

Where then did Melcour draw this bloodthirsty humor?

Mothers, do not doubt it, from a mercenary heart.

The dog itself, the dog suckled by the she-wolf,

Has the ferocity of its nursing mother.

Iphis dries the tears of an adored wife,

And dispels the alarms of her timid heart.

Too much prejudice against breastfeeding,

Turns a natural state into a vain torment for you.

Listen not to the brilliant imposture of Art,

There is no danger for one who follows Nature;

Tender and common mother, she watches always,

Over the nursing mother and protects her days,

While before my eyes, Heaven hurling thunderbolts,

In its just wrath, has reduced, turned to dust

Those mothers, who deceiving its august design,

Pitilessly repulsed their children from their breast.

If your wife one day, an unnatural mother,

Either suffers a swift and premature death,

Or drags a feeble body and languishing days,

Accuse not the powerless aids of Art;

Impute not to Heaven her sad destiny,

I shall tell you: it is you who have murdered her.

What do I hear? Ah! Dorimont, I yield to your wishes,

Yes, nurse, Hortense, yes, I consent to it, I wish it.

In vain, says Iphis, prejudice murmurs,

Let its voice yield at last to the cry of Nature.

Of the duties that Heaven imposes on two spouses,

Said Dorimont then, it is the holiest of all;

What a fertile source of true and pure pleasures!

A nursing mother is Queen in this lower world.

He is about to be born, this son so long awaited;

Already I believe I see him suspended at her breast,

And his mother, watching the features of his face,

Drawing a sweet presage from your living portrait.

Soon over his cradle, both of you leaning,

Amidst the raptures poured forth by your hearts,

While in his eyes you will seek to read,

For the first time you will see him smile,

For the first time he will stammer your name.

Will you hear his voice, without being moved? no.

His enchanting smile, his accents full of charms

Will cause tears to flow from your softened eyes,

And this innocent being, worthy object of your vows?

Will tighten the bonds of a fortunate marriage.

Then, in a fit of dark and jealous mood,

Beware of insulting a wife's fidelity;

The mother whose breast nurses an infant,

Is, by this pious care, shielded from suspicion:

Her heart is both the throne and the temple of virtues.

With a holy respect the Universe contemplates her.

Of the vilest seducers, the most audacious,

Looks at her, and ashamed, flees with lowered eyes.

Nurtured in debauchery, he knows that deceit,

Has no power over a heart obedient to Nature.

Everywhere, in letters of gold, this verse should be written,

*The true mother is she who nurses.*

The bard of *Ilion*, the incomparable Homer,

Attests that Hector's worthy and tender mother,

Hecuba from her breast nursed this dear son,

So cowardly dragged by the son of Thetis.

Andromache, faithful to the vow of Nature,

Did not deprive her son of milk, his nourishment;

At the maternal breast he was drinking still,

The day when her husband, the unfortunate Hector,

His soul devoured by dark sorrows and grief,

Received the last vows of an adored wife.

The young Astyanax waved with his hand,

The floating plume upon his bronze helmet,

Insensible to the farewells of Hector and Andromache.

Penelope to her son, the wise Telemachus,

Transmitted with her milk those noble sentiments,

Guarantors of her wisdom, in spite of the suitors.

Cornelia, to marriage, to her duties faithful,

Of the nursing mother is the illustrious model.

My children, she used to say, images of a husband,

Are my true diamonds, my treasures, my jewels.

My wife at fifteen spoke this language to me,

When her arms, clasping the first pledge of marriage,

Held him suspended upon her maternal breast;

This language of the heart I heard well.

The eternal justice of the God who created us,

Granted sacred rights to maternal love.

And the nursing mother, in the name of this duty,

Always retained her power over her children.

The young Maccabee, at his final hour,

Granted the prayer of his nursing mother;

Six brothers, slaughtered without pity before his eyes,

The voice of blood, the piercing cry of friendship,

The insatiable rage of furious executioners,

The preparations for torture froze his courage.

My son, his mother said to him, are you worthy of me?

At the sight of death, banish cowardly dread.

Your brothers are no more, it is up to us to follow them,

And to imitate them? Would you wish to outlive them?

Would you, little moved by the voice of honor,

Renounce glory, and eternal happiness?

In the name of the living God, my son, I beseech you,

Spare such an affront, do not do this injury,

To her who bore you in her womb for nine months;

To her who, fulfilling the design of Heaven,

Rocked you in her arms, nights and days,

Who with her own blood nourished you for three years.

At these words the young man orders his executioners

To hasten his torture and dies a true Hero.

Always a dangerous rival to a mother,

The wet nurse has her rights to filial love.

Livy has transmitted to posterity

A striking example of this truth.

The victorious Gracchus was returning one day to Rome!

The people, impatient to see this great man again,

At the noise of his approach, hasten from all sides,

His wet nurse and his mother were outside the ramparts;

Gracchus perceives them, and gratitude,

Weighing in his heart against the author of his birth,

Into the arms of his wet-nurse, he rushes first,

And gives her as a present a rich gold necklace;

Nature had her turn, Gracchus offers to his mother

A simple silver ring, an ornament of the Vulgar.

Mothers, who push your children from your arms,

Deign to suffer at least that they be not ungrateful.

Illustrious sovereign of the empire of the Lilies,

Prouder of being a mother even than of being Queen,

Blanche, admiring the design of Nature,

Lavished upon her son the treasures of her breast.

The care of the unfortunate, dear to her beneficence,

Far from the Palace, one day, required her presence;

She goes out, and Louis was, until her return,

Entrusted by his mother to the Ladies of the Court.

Beneficent mortals, humble in fortune,

Who dry night and day the tears of misfortune,

Know that it is so sweet, to hearts born generous,

To forget oneself in making others happy:

Blanche forgot her son, deprived of nourishment,

The august child seemed to implore Nature;

His tears, his sharp cries, his very pressing need,

Everything spoke in favor of this innocent being;

A Lady gave Louis her breast. His mother

Enters. Motionless, prey to her bitter grief,

I have thus lost, she said, a precious title,

That Nature and the Heavens had granted me!

I was a mother. Now another has the advantage,

No, no. Let us not suffer an unworthy sharing;

She speaks; and her son, assisted by her finger,

Vomits, and the marble is flooded with pure milk.

August and beautiful delirium of maternal love,

I had to consecrate you to the chords of my lyre.

Blessed Saint Louis, emulator of Titus,

From your mother at birth you suckled virtues.

High-society wives, who treat as chimeras

Breastfeeding, the care, and the duties of mothers,

Deign to read these verses and shudder at least,

At the account of a single fact for which I offer twenty witnesses.

Nine months pregnant, the sensitive Emilie

Was a mother at sixteen. Young, amiable, and pretty,

Her husband adored her out of caprice and for his own sake.

Damis, similar in every way to the husbands of today,

Had, he said, a heart too sensitive and too tender,

To see his son suffer. Now, so as not to hear him

Night and day torment, fatigue his other half,

From the paternal dwelling he banished without pity

This sweet fruit of Hymen, object of so many alarms,

This child that Emilie bathes with her tears.

In vain she pleads, makes it plain,

Testifies that she wants to, that she can, that she must,

As a tender mother, fulfill the vow of Nature,

By giving her son her milk for nourishment;

Useless speeches, his mind is made up,

The wet-nurse is paid and the child is gone.

A good mother, Emilie was devastated by it,

Hymen, Time, Love have not consoled her at all,

When from the infernal barrier or the Barrière d'Enfer,

The abode of the wet-nurse, Antoinette de Fer,

I receive this note from the distraught Emilie:

Run, fly, Doctor, without you I am lost;

The days of my son in his cradle are threatened,

You know my heart, that is to tell you enough.

I arrive. What a spectacle! Here groans the father,

Further away the young wife in tears despairs,

The child did not cry, the poor wretch howled,

His face was black. The seller of milk,

In cold blood and dry-eyed, looks at us and babbles.

"Be quiet," I tell her, "and let him be undressed;

His cries are wrung from him by atrocious pains,

His accents have told me so, I see it in his tears:

Be quiet; we are going to fathom the cause:"

The wet-nurse was speaking. "I want no chattering,"

I tell her sharply, "do what I said,

You can prattle later." My sharp tone silences her.

Out of the swaddling clothes already the child, more at ease,

Breathes freely and soon he calms down;

To the sharpest cries succeed sobs,

He weeps, but his tears no longer flow in floods.

Finally, there he is naked.... What do I see! Shall I say it?

From two holes on a body as white as snow,

Blood spurted from the back of this child so dear,

The wet-nurse had caught both the diaper and the flesh,

Which a rather strong pin fastened one to the other.

"Is it, after all, Sir, either my fault or yours,"

I say then to Damis, "if this innocent being,

Victim of marriage, is a martyr at birth?

In vain do you seek an excuse in your heart.

I, the child, Emilie, here everything accuses you,

Here, everything proves to you beyond any doubt,

That a good father's heart has everything to fear

From a false and vile being whom vile gold interests,

Who sells only her milk and never her tenderness;

Open your eyes, Damis; far more than in my writings,

Upon these bloody swaddling clothes, your duties are written:

There is still time. My art has resources,

Which can reopen the sources of milk to the child,

A single month of his life encompasses its entire course.

The mother softly applauded this speech,

Her gesture, her looks, everything told me, courage;

The moment is propitious, finish your work.

Damis notices it and with a triumphant air,

From the hands of the wet-nurse, he goes to take the child,

And comes to place him in Emilie's arms.

May this knot so sacred bind us to one another,

Said the tender Damis..... Delicious moment,

Emilie replies to him, giving thanks to the Heavens,

I am a mother now and I was but a wife.

Of this double duty my soul was jealous,

My husband probed the recesses of my heart too deeply,

To doubt that by me his wishes would be fulfilled.

She spoke: and suddenly in a sweeter language,

Her son suckles the pledge of maternal love.

Emilie, weeping, left this place,

Happy to have been able from the most sinister day,

According to her desires, to make a day of delights,

And to savor the first fruits of nursing.

Loving sex, profit from a useful lesson;

Let this all too true tale not be an empty sound,

Which without passing to the heart, stops at your ear;

Nurse your children, or fear the like.

In those fine days when Rome still had morals,

Maternal duty inflamed all hearts.

Formerly, said Tacitus, abjuring his chimera,

By nursing her sons, every wife was a mother,

Every wife would have blushed to have, for the price of money,

Milk stolen by her from the indigent's son.

Other times, other customs. Mothers too inhuman,

Said Julius Caesar, speaking to the Roman women,

Who carry monkeys and dogs in your arms;

Have you then broken the sweet bonds of blood?

Have you stifled the voice of Nature?

To vile animals you give nourishment,

And you deprive innocent beings of milk,

Whom you dare, without shame, to call your children?

Do you not deserve such a cutting reproach,

French mothers, you..... But no, the day approaches,

When in your hearts, already assailed by remorse,

The virtues of the women of the Gauls will be reborn;

Already worthy instructresses of their children,

Paris sees within its walls many nursing mothers.

May such a beautiful example spread at last!

Illustrious Genevan, generous stranger,

Whose manly eloquence equaled your courage,

This happy change, Rousseau, was your work.

Friend of Nature and of humanity,

You triumphed over luxury and vanity;

Your genius, by bringing turmoil to the depths of the soul,

Revived there the flame of maternal Love.

Tender mothers, come to the shade of the cradle,

Where the manes of Rousseau rest in peace.

There, Emile in hand, contemplating his image,

Render a pure homage to its illustrious author.

Of our Césariens, Routiniers, ignorant men,

I have painted the prejudices, their Gods and their tyrants,

I am going to plumb the heart of venal wet-nurses,

Sing of their prejudices, their talents, their caprices.

Of the wet-nurse here misery is the agent,

And in her nursling, what she loves is money.

Far from being astonished that her soul is such,

Ask yourselves rather: how would she love

A child who steals her milk, her own blood,

From the one whom Love engendered in her womb;

From the one who, driven from the breast by Fortune,

Received from her at birth the yoke of misfortune?

How can she love a stranger's child,

Whose very nursing puts her own in danger?

How can she love a child whose approach,

Caresses, and games are a reproach to her?

Do not demand from her, then, a tender attachment,

One does not sell one's heart, but only one's care.

Too fortunate, if always faithful to her duties,

She discharges the care that you demand of her;

But after all, does this care, always defective,

Ever replace the affectionate care,

Of a mother, generous captive at the cradle,

Attentive night and day to the needs of a child?

Beware of believing it. It is my duty

To strike at abuses that Art alone has had to see.

I will unveil five or six among a thousand.

I dare not, after the author of Héloïse and Emile,

Demonstrate the dangerous effects of swaddling clothes.

Rousseau, by his writings as well as by facts,

Has already fought these dismal prejudices,

Time and Reason will finish the rest.

Often the Philosopher in the dwelling place of humans,

Sows truth with his learned hands;

But from an ungrateful earth, infertile to talent,

Prejudices rendering their cultivation useless,

Their slow and tardy fruits, in spite of his vows,

Are often gathered by his latest descendants.

Tell me, daughter of the day, tell us, chaste Lucine,

The shameful origin of the sellers of milk,

How a vile being, weaning her own son,

Calculated the profits of her blood, of her milk.

How corrupting gold, by degrading woman,

Made an infamous trade of the holiest of duties,

A trade, which among the Greeks, always done at a vile price,

Doomed every wet-nurse to the profoundest contempt.

A Trojan Lady, prey to misery,

Says Euripides, after the burning of Troy,

A slave and without resource, lowered her great heart

To nourish with her milk, the son of her conqueror;

Prostitution, a vile, execrable state,

Was alone comparable to the trade of wet-nurse,

She had a nursling, and the price of her care,

Could barely suffice for her pressing needs.

The immortal Orator and Oracle of Athens,

The God of eloquence, in a word, Demosthenes,

Cites, among others, a fact that clearly proves,

To what extent the art of nursing was vile.

A woman reduced to the trade of wet-nurse,

By her family, one day, is brought before the Senate;

They dare to accuse her of dishonoring it.

The wet-nurse answers in two words to excuse herself:

I have felt the baseness of the profession I practice;

But if I belie the nobility of your blood,

At least impute it only to necessity.

Wretched and reduced to beggary,

I chose a profession that is repugnant to my soul,

So as not to practice a more infamous trade.

How times have changed! In our days, in Paris,

The commerce of milk-sellers is beyond price.

But I dwell on this too long; every wet-nurse is a mother,

And maternal love is no chimera;

You buy her milk, all her milk; but often

It is only half her milk that she sells,

And to better deceive you, avenging Nature,

She borrows from Art another nourishment.

Pap is the name of this bland food,

Composed of water, salt, rye, or wheat;

This insipid, odorless, foreign paste,

That a weak stomach digests with difficulty,

Plunges newborn infants into a stupor;

Which leads to the false belief that, for these unfortunate ones,

Pap is always a salutary calming agent;

Whereas Carreau, disease of the mesentery,

Charte or Rachitis, the scrofulous disease,

Weakness, or failure of the glandular action,

And the thickening of their mucous humor,

Are the sad effects of a viscous paste.

Pap, if needed, should be biscuit,

Semolina, rice, and cream with baked bread.

Watch the wet-nurse, beset by prejudices,

Whose disgusting uncleanliness repels.

What spectacle, indeed, is more calculated to disgust,

Than to see her blow from her mouth, and taste

The deadly pap destined for the child,

And give it back to him impregnated with saliva.

To rid herself of the infant's cries,

The wet-nurse takes care to rock him at all hours;

But under her vigorous arm, the bouncing cradles,

Fatigue the brain, whose nerves become numbed,

And one ought to be saddened, far from rejoicing

At this deceptive calm he seems to enjoy.

Thus the young hen, snatched from her roost,

Whose head is carefully hidden under her wing,

Which is forcefully shaken, seems to fall asleep,

But these long rockings do nothing but numb it.

When maternal love, to brighten childhood,

Invented rattles, Art, it is said, forbade

Every maker of these new toys

To add a sucker to these charming trinkets;

But when the lure of gain, to this futile object,

Pleasing to the child, had joined the word useful,

In vain did Art demonstrate the danger of rattles,

It was heeded no more. I am going to avenge it:

My Muse never made a pact with Error.

All rattles are made of compact material;

They are of gold or silver, of ivory or crystal,

But whether they are composed of ivory or metal,

This hard and cold toy, introduced into the mouth,

Bruises, at once hinders the pores, and blocks them.

The alveolar ridge, instead of thinning,

By the effect of the rattle does nothing but harden.

Thus the nascent tooth irritating the gums,

Brings upon the infant convulsive crises.

The best of rattles, the most propitious for the teeth,

Is Narbonne honey, by plunging into it

A stick of marshmallow, which the infant chews;

Marshmallow soothes, and good honey relaxes.

In the frightening storm of dentition,

Carefully prevent constipation.

O you who nurse, virtuous wives,

Show yourselves more jealous of the fruit of your loves!

If you feel the worth of innocent kisses,

Never let a kiss be taken without your consent

On the cheek, and especially on the half-closed lips

Of an infant, with a complexion of lilies and roses:

For him, the impure exhalation of an unhealthy body,

At such a tender age, is a mortal poison.

Such, and less delicate in the Empire of Flora,

The most beautiful of flowers, the rose, has just bloomed.

The morning kisses of caressing zephyrs

Have not tarnished the brilliance, the freshness of its complexion.

But from the south wind unleashed upon the plain,

The murderous breath, the devouring exhalation,

Have withered the most beautiful and the Queen of flowers,

In the arms of the zephyrs who bathed her in tears.

Thus the corrosive breath of impure vice

Caused a nursling of Hélène to perish before my eyes.

A mother at fifteen, Hélène was a wet-nurse. One day

When she was alone in the fields, true abode of virtues,

Scoundrels clad in military garb,

Symbol of honor, in this solitary place,

Feigning to be led by a happy chance,

Arrive at Hélène's home, and without being introduced;

One, taking the tone and language of a friend,

Already offered to the hostess the pledge of a kiss;

The other, less bold, and no less criminal,

Casting his gaze upon the maternal breast,

Imprints a long kiss upon the ruddy mouth

Of this innocent being, who slumbers in her arms.

The absent husband arrives and appears just in time.

Here the scene changes, the conversation changes.

Hélène then counters with the contempt of silence,

Pulls a cord. Suddenly her trusted servants

Rush in, and with a glance her orders are given.

Pardon, Madame if..... You are pardoned,

Says indignant Hélène, and from this dwelling,

Never to re-enter, depart at once.

But, O wickedness! an infernal poison,

Strikes the nursling in the arms of sleep,

And from the mouth to the heart passes from vein to vein.

Art itself being powerless, every resource is vain,

His body is afflicted with dreadful symptoms,

In a word, his blood is infected at its source.

The venom spread by the viper's dart,

Is less swift than the evil such a kiss works.

Forgive me...... But the pen slips from my hands:

How many serpents hidden beneath human features!

When age has dried the source of maternal milk,

Is the milk of animals a recourse?

I answer but a word. This odious custom

Is proscribed to humans by the example of the Gods.

A Nymph adored by the celestial Messenger,

But secretly devoured by the desire to please,

Preferring beauty to the holiest of duties,

Had given Myrthé over to the nimble goat.

A goat is wet-nurse to an offspring of the Gods!

Inhuman Dryope, for your dark injustice

Nature and the Gods owe a punishment.

A mother is not barbarous with impunity.

One day as this Nymph, in the midst of a meadow,

Was plucking a flowering branch for her daughter

From the Lotus, an august tree consecrated to Bacchus;

She wishes, but in vain, to move at will.

Suddenly her feet, changed into deep roots,

Plunge winding into the river's waves.

Her body is no more than a trunk covered in bark,

Her hard heart has opened to remorse, but too late;

Her raised arms implore the indulgence of Heaven,

But Heaven, both terrible and just in its vengeance,

Holds them suspended, transformed into branches;

From her thick hair a hundred boughs are formed.

Dryope, finally, is the tree where the nursing mother,

Is sure to find a protective shade,

But which attests to the power of the avenging Gods,

To the mother insensible and deaf to her duty.

However, one will say, a terrified Cybele,

Had Jupiter nursed by the goat Amalthea.

The fact is false. Cybele, a prey to grief,

Exiled her dear son. The rest is an error.

The spouse of Saturn, to her regret too fecund,

Brought Juno and Jupiter into the world at the same time.

Trembling for the days of this precious son,

Whom fate destined for the Empire of the Heavens,

By night, under the cover of a favorable cloud,

Cybele, shuddering, steals him away from his father,

And on the island of Crete they raise in secret,

A son whom from her breast she tears away with regret.

It is there that a wet-nurse, with a fresh complexion, young and beautiful,

Amalthea, nursed the God, son of Cybele.

O divine Amalthea! It is time that my verses,

Disabuse the Universe of its too-long error.

I have said enough, I believe, of venal wet-nurses,

Their numerous prejudices, their fatal caprices,

For me to be permitted to trace in this Canto,

A rare and touching act of a virgin wet-nurse.

On the banks of the Mincio, in its fertile plain,

I was seeking, weeping, the traces of Virgil,

When under green oaks, on the slope of a hill,

I see a shepherdess and her numerous flock,

Who, fleeing the devouring breath of noon,

To breathe the cool air had left the plain.

The sleeping shepherdess displayed, at ten years old,

The ravishing treasures of a breast of lilies.

In her arms a child, with his half-closed mouth,

Sucked the rosy milk from her rosebud.

This sight at once astonishes and delights me:

Laure wakes with a start. Scarcely did she see me,

When, covering with one hand her half-bare breast,

A blush upon her brow, in an ingenuous voice:

Behold my Love, see how handsome he is,

My brother, she said to me. Upon entering the tomb,

My mother nursed him, I nurse him as she did.

His mouth refused to take the udder

Of the fertile cow; and the milk of his sister,

Night and day he savors, in long draughts, the sweetness.

Such and more tender still, a young Roman girl,

Braving the inhuman wrath of a proud Tyrant,

To her father dying in the depths of a prison,

Let him suck the drink of her virginal breast.

Too happy at this price to prolong the life

Of a father, from whom hunger would have already snatched it,

And to pour out her blood, to give in her turn,

Existence to him who gave her life.

Ah! a thousand times happy, O father of a family!

Who, in chains, reigned over the heart of your daughter.

Nurse to an unfortunate father and virgin still!

O prodigy of love!..... Where to find this treasure?

Filial piety, are you then extinguished?

Heaven has banished this fear far from my heart.

Caroline has promised to cherish me always,

To be the honor, the hope, the support of my old age.

Her cares have embellished the course of my life,

And her hand at my death will close my eyelids.

How much sweetness this single hope holds for me!

Guard my treasure well. But one day, O my Sister!

I shall go and reclaim it within the walls of Narbonne,

At the knees of an Aunt, as just as she is good.

Fatal prejudices! in the night of the tomb,

What Genius, or what God will bear his torch,

To dispel the horror of the profound darkness

Where Death veiled itself in its funereal crape?

What Genius, or what God, with his powerful hands,

Will save humanity from the yoke of prejudices?

Is it you, Apollo, God of Medicine,

Who will avenge at last Aesculapius and Lucina?

To uphold their rights, I have made vain efforts,

Everywhere schemers are always the strongest.

The stupid Vulgar contemplate them upon their knees,

And Truth lies alone deep within her Temple.

August Truth! I leave to the Immortals

The honor of protecting your cult and your altars.

But I will avenge you against a senseless sect,

I will restore the brilliance to your offended glory;

I want to terrify whoever would have the audacity

To deal some new affront to your charms.

I have sworn an oath to it, I will doubtless keep it.

Intrigue and its agents have nothing I fear,

I want my name alone to freeze them all with terror,

Under the Decemvirate I dared to brave Fourcroi.

And you, sons of Paré, desert these Schools

Where you are drawn in crowds, by the sound of his words,

An eternal Babbler, who, full of vanity,

Believes he serves humanity through long discourses;

To the misfortune of the century and of the human species,

Pride has enlarged the domain of your art;

The noble ambition of a prudent Surgeon,

Should be to avoid an operation.

Disdain the vain theories of your art,

And without amusing yourselves with learned reveries,

Less prodigal of time, fly to the Hôtel-Dieu.

There Desault speaks as a master, operates as a demigod;

Every word from his mouth is a new oracle,

Every act of his hand is a new miracle;

To a thousand unfortunates suffering on their pallets,

And with a plaintive voice invoking death.

Desault by his talents knows how to make life beloved,

His name alone makes both Death and Envy pale.

May the Truth that dictated these verses to me,

Avenge him upon a Zoilus, in the eyes of the Universe.

Yet I have lost my illustrious Maecenas.

Do you hear the Nymphs of the Seine groan?

Weep, friends of the Arts and of humanity,

Weep, Desault is no more. A little amenity

Was lacking, it is said, in the manners of this austere savant,

Whose excess of work soured his character.

La Fontaine said it: *Everyone has his fault*,

And it is at least the only one held against Desault.

But dexterity, that happy aptitude,

Rare and precious fruit of a painstaking study,

Which always subjects the hand to Genius

In the numerous windings of the human labyrinth,

Who could contest this merit in Desault?

Who, you say? That Fop whom all talent irritates,

That imprudent Narcissus, who, enamored of himself,

Honors his peers with a sovereign contempt.

But the echo of the Seine, saddened by your loss,

So fatal to the Students of the Art, to mankind,

Desault, has often repeated to your rival

The terrible lesson of the file to the serpent.