Unit 1 · poem · alexandrine · 761 lines
French
Source text
ART sublime et fidèle au vœu de la nature ,
Avant que l'intérêt , l'envie et l'imposture
Eussent à leur caprice assujetti tes lois ,
Un enfant d'Apollon venge aujourd'hui tes droits.
Apollon , Dieu des vers , Dieu de la Médecine ,
M'ordonne de chanter l'art heureux de Lucine ,
Dont Londres me donna les savantes leçons :
Puisse-t-il de ma lyre éterniser les sons ?
Pour prix de tes faveurs , je vengerai ta mère ,
DÉLIUS ; de Junon je peindrai la colère ,
Quand Neptune , à l'instant où tu reçus le jour ,
De Délos , sous ses pas , affermit le séjour.
Garde-toi de penser que ma reconnaissance
Se borne à célébrer l'auteur de ta naissance ,
Je chanterai ta gloire aux yeux de l'univers.
Ton pouvoir sur les cœurs , consacré dans mes vers ,
Du plus charmant des dieux , du dieu de l'harmonie ,
Fera d'un pôle à l'autre adorer le génie.
Sur les monts de la Thrace , Orphée à ses accords ,
Des monstres des forêts enchaînant les efforts ;
Arion , échappant aux horreurs du naufrage ;
Des matelots charmés , domptant l'aveugle rage ;
Amphion , sur des bords par son luth enchantés ,
Animant les rochers , élevant des cités ;
Timothée , aux accords de sa touchante lyre ,
Subjuguant Alexandre et calmant son délire ;
Tyrtée , au Spartiate abattu tant de fois
Redonnant la victoire , aux accens de sa voix ;
Socrate , en sa prison , cultivant la musique ;
Platon , de ce bel art , ornant la république ;
Tous , jusqu'au nourrisson , sur le sein maternel ,
Rendront au dieu du chant un hommage éternel.
Protectrice d'un art si fécond en merveilles ,
Déesse à qui ma muse a consacré ses veilles ,
Daigne , chaste LUCINE , agréer mes travaux ;
Et souffre qu'en donnant des préceptes nouveaux ,
Docile à tes leçons , aux yeux d'un sexe aimable ,
J'orne la vérité des attraits de la fable.
Avili , profané par des cœurs inhumains ,
Ton art fut trop long-temps redouté des humains ;
Par toi-même éclairé l'univers va connaître
Ce qu'il fut , ce qu'il est , et ce qu'il devrait être.
Lucine m'a souri : sensible à ses accens ,
De ma muse elle accepte et les vœux et l'encens.
Des grâces , des vertus , noble et touchante image ,
Femme , dont la douceur a droit à notre hommage ,
Tu ne peux , je l'avoue , enfanter sans douleurs ,
La nature en tribut exige quelques pleurs ;
Mais , si pour être mère il suffit de tes larmes ,
Si pour tes propres jours ton ame est sans alarmes ;
Si du fer je proscrits l'homicide secours ;
Si d'un *travail* trop lent facilitant le cours ,
Des enfans sans danger , je hâte la naissance ,
J'aurai des droits , peut être , à ta reconnaissance.
D'un sexe qui t'honore , ornement précieux ,
Pudeur , daigne un moment , abandonner les cieux ;
Viens d'un regard sévère épurer mon ouvrage ,
Viens , et si de nos mœurs la licence t'outrage ,
Et te rend des mortels le séjour odieux,
Prête un voile à ma muse, et reste au rang des dieux.
Les neuf savantes sœurs, de ton culte jalouses,
Ne feront point rougir les plus chastes épouses.
Et toi, dont le nom seul, fait pâlir les auteurs,
Peu dignes de braver tes discours imposteurs,
Déesse, dont la haine illustrerait ma vie,
Des enfers à ma voix, sors implacable Envie,
Et de ta bouche impure exhalant le poison,
Dis que je n'ai ni goût, ni savoir, ni raison ;
Que de me signaler j'eus la folle manie ;
Que ma muse est sans art, sans verve et sans génie ;
Que chacun de mes vers soit empreint de tes dents :
Heureux ! qui peut écrire au bruit de tes serpents.
Mes vœux sont exaucés, soudain l'enfer s'entr'ouvre
Et vomit la déesse en un coin du vieux Louvre ;
L'envie et ses serpens sifflent un des jours pairs
Dans la salle où jadis siégeaient les *Ducs et Pairs*,
Là Sédillot-Favard rassemble sa famille,
L'ignorance effrontée et son aveugle fille
La Routine, sans nez, sans oreilles, sans yeux,
Qui toujours à son aide évoquant ses aïeux,
Aux préjugés du peuple immole la nature ;
La Calomnie atroce et sa sœur l'Imposture
Qui versent leur poison, avec art préparé,
Sur l'amant de Lucine et l'ami de Paré.
Sifflez, serpens ! et vous, filles du Styx, courage !
Puisse ma muse encor exciter votre rage !
Jamais concert plus doux et plus harmonieux ;
Je me crois transporté dans le séjour des dieux.
Tel, au bord d'un marais, l'ami de la nature
Voit le peuple grenouille agiter l'onde impure.
Ce spectacle est l'objet de ses délassemens ;
Il s'endort au vain bruit de ses croassemens.
Ah ! mille fois heureux l'auteur dont les ouvrages
Ont sur lui de l'Envie attiré les outrages !
Mais toi, qui sans aigreur, sans partialité,
Sur les tombeaux assise avec la Vérité,
Foulant aux pieds l'Envie et ses basses manœuvres,
As le droit de juger les auteurs et leurs œuvres,
Postérité trop lente, hâte-toi de venir
Venger ma cause aux yeux des siècles à venir.
Je puis avec orgueil dire ici comme Horace :
Du chemin que je prends nul n'a frayé la trace.
Me suive qui voudra jusqu'au sacré vallon,
Moi, je ne veux avoir pour guide qu'Apollon ;
Apollon et la Paix ; comptez sur ma parole ;
Ce rameau d'olivier en est le vrai symbole,
Je ne veux que la Paix. Mais, si quelque imprudent
Vient m'échauffer la bile et tombe sous ma dent,
Dans les ondes du Styx eût-il trempé ses armes,
Je l'en avertis bien, il versera des larmes.
Riche, pauvre, exilé, par-tout où je serai,
Quel que soit mon destin, en un mot..... j'écrirai.
Déjà depuis six mois, aux bords de la Tamise,
Grâce aux soins généreux de la noble Artémise,
White, Hunter, Hosbornn, Miquel, les deux Nelsons,
Prodiguaient à mes vœux leurs savantes leçons.
Un jour, ivre de joie, heureux de ce délire
Qu'inspire à ses enfans le maître de la lyre,
De mes instituteurs, dignes rivaux des Dieux,
Je chantais les bienfaits en vers mélodieux,
Quand près d'un temple, au sein d'un bosquet solitaire,
Retraite aimable et sombre, asile du mystère,
Que la Tamise heureuse arrose de ses eaux,
J'aperçois, à travers les tiges des roseaux,
Une jeune beauté, la gorge à demi-nue,
Par un réseau de pourpre avec art retenue.
Elle a la taille svelte et le teint le plus beau ;
Sa main droite avec grâce agite un long flambeau,
Qui du serpent Python est la vive peinture ;
Des ciseaux, un fil d'or, pendent à sa ceinture.
Son port majestueux inspire le respect.
Je l'admire, et soudain, tremblant à son aspect,
Je feins de l'éviter ; mais, détournant la tête,
Je la vois s'arrêter, et soudain je m'arrête.
Tu me fuis, me dit-elle, en me tendant la main ?
Moi vous fuir ! et d'un pas j'ai franchi le chemin.
Ah ! qui que vous soyez, ou déesse, ou mortelle !
Peux-tu me méconnaître, ingrat, ajouta-t-elle ?
De grâce, pardonnez au trouble de mes sens ;
C'est vous, chaste Lucine, à mon cœur je le sens.
O vous ! qui des humains protégez la naissance,
Agréez le tribut de ma reconnaissance.
Mais, pourquoi sur ces bords fixer votre séjour ?
Que je serais heureux, si je pouvais un jour,
Aux remparts de Paris, ami de la nature
Et de l'humanité, prêtre sans imposture,
Vous élever un temple, et sur vos saints autels
Vous rendre les honneurs dus aux Dieux immortels.
J'habitais, dit Lucine, au sein de ta patrie ;
Mais, pour de vils jongleurs, sa folle idôlatrie
Me fit abandonner des bords ensanglantés,
Pour venir me fixer en ces lieux enchantés,
Où l'accoucheur anglais me révère et m'honore,
Ennemi des *forceps*, des crochets qu'il abhorre.
Il frémit au seul nom de ce Roi criminel
Qui plongea le coûteau dans le sein maternel.
Et moi, dis-je à Lucine, aux bords de la Tamise,
Guidé pour être utile à l'aimable Artemise,
Aux pieds de vos autels, j'attends qu'il plaise aux Dieux
D'affranchir mon pays d'un tyran odieux.
En quel état, ô ciel! est ma triste patrie.
Le commerce a perdu son heureuse industrie.
Les arts, enfans du luxe, aujourd'hui languissans,
Font, pour se ranimer, mille efforts impuissans.
Le crédit, de trésors inépuisable source,
A l'homme industrieux n'offre plus sa ressource.
L'avare aux émigrés en pleurant vend son or,
Ou court dans son enclos enfouir son trésor.
Le ciel même, le ciel, toujours plein d'indulgence,
Verse en vain ses bienfaits au sein de l'indigence.
L'étranger, dépouillant nos fertiles guérets,
Nous vend, au poids de l'or, les présens de Cérès;
Du fruit de nos sueurs fait un commerce infâme,
Et rit du désespoir d'un peuple qu'il affame.
Ah! Français, épuisés par tant de maux soufferts,
Allez à vos tyrans redemander des fers.
Les peuples corrompus, sont nés pour l'esclavage,
Je ne vois plus en vous qu'une horde sauvage
Sans frein, sans lois, sans mœurs et sans humanité,
Qui s'égorge au saint nom de la Fraternité;
Sentiment dont le mot est sans cesse à sa bouche,
Et jamais dans son cœur sanguinaire et farouche.
Ah! Français, quel délire égare ainsi vos cœurs?
Quoi! par-tout triomphans, invaincus et vainqueurs,
Par-tout foulant aux pieds sceptres et diadêmes,
Ne pourrez-vous, enfin, triompher de vous-mêmes?
Dompter vos passions , redevenir Français ,
Et goûter à ce prix les douceurs de la Paix ?
O Paix ! fille des cieux , divinité chérie ,
Viens de ses longs malheurs consoler ma patrie.....
Mais , que vois-je !... Est-ce toi , qui du séjour des Dieux ?...
Oui , je la reconnais à son front radieux ,
A la sérénité peinte sur son visage ,
A ce rameau sacré , de fortuné présage ,
Minerve la précède et Thémis suit ses pas ;
L'Égalité portant le niveau , le compas ;
Enfin , la Liberté , sa compagne fidèle ,
La suivent , et des cieux descendent avec elle.
Fuyez , disparaissez , rentrez dans les enfers ,
Ministres de Pluton , qui nous forgez des fers ;
De brigands déchaînés épouvantable horde ,
Rentrez dans les enfers. La Paix et la Concorde ,
Au gré de nos désirs vont régner parmi nous ,
Tyran de ma Patrie
, expire à leurs genoux.
Beaux Arts , fils de la Paix , venez lui rendre hommage ,
Venez ; que sa tendresse , enfin , vous dédommage
Des fureurs d'un Vandale à vous perdre acharné ;
Faites-nous oublier un siècle infortuné.
Rassemblez avec soin ces débris de l'orage ,
Ces marbres mutilés dispersés par sa rage.
Guidé par le Génie et par la Vérité ,
Que le pinceau transmette à la Postérité ,
Et ce peuple volant de victoire en victoire ,
Et ses traits de valeur consacrés par l'histoire.
Au Parnasse français , dans le sacré vallon ,
Venez , accourez tous , nobles fils d'Apollon ;
Venez, dignes rivaux et d'Orphée et d'Homère ,
Célébrer le retour de votre auguste mère.
Et moi, pour mieux jouir de vos accords touchans ,
Au son de votre luth je tracerai les chants
Que m'inspira le Dieu cher à la Médecine ,
Pour venger à la fois la Nature et Lucine.
La vive émotion qu'excitent mes douleurs
S'exhale en ce moment par un torrent de pleurs.
Console-toi, mon fils, dit Lucine attendrie ;
Après bien des revers ton heureuse Patrie ,
Au comble de la gloire , au faîte de l'honneur ,
D'une éternelle paix goûtera le bonheur.
En achevant ces mots, Lucine ouvre son temple :
J'entre. Mon œil surpris lit, admire et contemple ,
Ici de mille auteurs les ouvrages divers ,
Recueillis avec soin sur ce vaste Univers ;
Plus loin sont les portraits des accoucheurs illustres ,
L'honneur, l'appui de l'Art, depuis près de cent lustres ;
Lucine avec bonté guidait par-tout mes pas.
Déesse , dis-je alors , pourquoi ne vois-je pas
Au rang de vos enfans le portrait d'un grand homme ,
L'idôle de Paris et le Dieu de Saint-Côme.
Lucine , soulevant le drap qui le couvrait ,
Me dit avec dédain : voici le grand Levret.
Je sais qu'en France encore une secte homicide
Égale ses travaux à ceux du grand Alcide ;
Mais ici la Nature a , dans l'obscurité ,
Dérobé son image à la Postérité.
Du sanctuaire alors l'auguste enceinte ouverte ,
Offre à mes yeux , de mets une table couverte ;
Des flambeaux allumés , la brillante clarté ,
De Lucine à mes yeux rehausse la beauté ;
Dix Nymphes, à l'envi, s'empressent autour d'elle,
Mais leurs attraits ne font que la rendre plus belle.
Ainsi, dans un parterre émaillé de cent fleurs,
Rivales par l'éclat, le parfum, les couleurs,
De l'empire de Flore aimable souveraine,
La rose, à nos regards, brille et commande en Reine.
Mon fils, me dit Lucine, il faut te reposer.
Tous ces mets sont pour toi, tu peux en disposer.
Les mets, les vins, les fruits, tout était délectable.
Bien plus, chacun des mets étalés sur la table,
A mes yeux enchantés retraçait, trait pour trait,
Des objets de mon Art le fidèle portrait.
Dans un fruit pyriforme on voyait la matrice,
Ses ligamens, son col et son double orifice.
Un gâteau circulaire aminci sur les bords,
Offrait du *Placenta* le cordon et le corps.
Des bombons, avec art moulés sur vingt modèles,
Offraient de vingt fétus les images fidèles.
Des pâtés, des biscuits, faits sur de beaux dessins,
Du beau sexe, à tout âge, imitaient les bassins ;
Et les vins, colorés par une main habile,
Retraçaient à l'esprit le lait, le sang, la bile.
Lucine, ici tout plaît, tout y parle à l'esprit,
Lui dis-je, et la déesse en souriant reprit :
L'Art d'enseigner est nul sans l'Art heureux de plaire ;
Reçois d'abord de moi cet avis salutaire.
Dans un juste transport, je tombe à ses genoux.
Nymphes, dit la Déesse, allez et laissez-nous.
Mon fils, aperçois-tu sous ce vaste portique,
Un monument en bronze, orné d'un marbre antique ?
A qui destinez-vous ce brillant piédestal
De jaspe, de porphyre et d'un riche métal ?
A celui de mes fils, qui, le premier en France,
Vengera mon honneur, y prendra ma défense,
Et qui, par des écrits lumineux, immortels,
Y saura rétablir mon culte et mes autels.
Je me sens animé de cette noble audace,
Déesse, apprenez-moi ce qu'il faut que je fasse.
Suivre en tout les conseils que je vais te donner.
Vos vœux seront des lois, hâtez-vous d'ordonner.
Favori d'Apollon, reprit alors Lucine,
Il t'a donné des vers la science divine ;
Pour consacrer son Art et remplir mon dessein,
Tu dois être accoucheur, poëte et médecin.
Des Dieux la poésie est le noble langage ;
De l'Immortalité ce bel Art est le gage.
Laisse dire le sot qui veut que l'Art des vers
Soit de l'esprit humain un malheureux travers.
O Muses, qui brûlez d'une céleste flamme,
Propices à mes vœux, électrisez son ame !
Inspiré des neuf sœurs, que mon fils aujourd'hui
Apprenne de sa mère à briguer votre appui !
Le poëte en tout temps ne vit que pour la gloire :
Son Génie immortel, aliment de l'histoire,
Des préceptes de l'Art n'est point l'heureux effet.
De la Nature avare il tient ce grand bienfait.
C'est un souffle divin qui l'échauffe et l'inspire,
Et qui, sur tous ses sens, exerce un noble empire.
Le poëte est sacré. Des présens que les cieux
Daignent faire aux humains, c'est le plus précieux.
Sa seule passion est l'amour de l'étude.
Les rochers, les forêts, les vents, la solitude,
Par sa lyre animés en répétent les sons.
Des vertus à l'enfance il donne les leçons.
Du cœur de la jeunesse, encor tendre et novice,
Il écarte avec soin le souffle impur du vice.
On ne voit point chez lui des tas d'or et d'argent ;
Mais il sèche au besoin les pleurs de l'indigent.
C'est lui qui, le premier sur ses pipeaux rustiques,
En l'honneur du dieu Pan, composa des cantiques.
Du poète inspiré les vers mélodieux,
En faveur des mortels, intéressent les Dieux.
C'est lui qui, des zéphirs féconde les haleines,
Qui, des dons de Cérès, enrichissent nos plaines ;
Enfin, c'est par le charme et le pouvoir des vers
Qu'on appaise à la fois l'Olympe et les Enfers.
J'aime la poésie, et son charme m'attire ;
Mais il faut vous venger, et je hais la satire.
Apprends qu'Aristophane, Eupolis, Cratinus,
Et tant d'autres auteurs comiques moins connus,
Traînaient, et jusqu'au sang fustigeaient sur la scène,
Un méchant, un fripon, un libertin obscène,
Un meurtrier. Enfin, tout homme décrié
Fut, par Lucilius, déchiré sans pitié.
On dit que, né méchant, un auteur satirique,
Se nourrit, par instinct, du fiel de la critique.
Un auteur satirique est l'effroi des méchans ;
Les gens honnêtes, bons, ne craignent point ses chants.
Déchirer un ami, lui nuire en son absence,
Aux calomniateurs le livrer sans défense ;
Ne point taire un secret qu'on nous a confié ;
Rire aux dépens d'autrui, loin d'en avoir pitié ;
D'un diseur de bons mots, d'un forgeur de paroles,
Pour se faire applaudir, jouer les tristes rôles,
Voilà ce que j'appelle un être dangereux,
Un homme à fuir..... un homme..... un serpent vénimeux.
Mais, à la vérité consacrer un ouvrage,
Éclairer les mortels, leur dire avec courage,
Que les Césariens sont des buveurs de sang,
Que de la femme enceinte ils entr'ouvrent le flanc,
Pour étancher leur soif toujours insatiable ;
Voilà ce que j'appelle un homme sociable,
De l'humanité sainte un digne bienfaiteur ;
En un mot, un poète, un immortel auteur :
Du reste, apprends de moi l'arrêt des destinées.
A compter de ce jour, la France en dix années
Verra le crime assis au trône des BOURBONS,
Dans l'art de gouverner, trop généreux, trop bons.
La Médecine alors fondera trois écoles
Où l'erreur dictera les préceptes frivoles,
De culbute à sept mois, de bassins trop étroits.
De fétus monstrueux, de vices des détroits.
Mais, tandis qu'à Paris de sottises pareilles
On rebattra cent fois les yeux et les oreilles,
Fondateur d'une École, effroi des imposteurs,
Tu verras à tes cours de nombreux auditeurs,
Des Rousset, des Bauhin démentir les miracles,
Et de la Vérité consacrer les oracles.
Pour prix de tes efforts accepte cet écrin,
Qui renferme à la fois une plume d'airain,
Et deux flacons remplis d'une encre indélébile,
Faite avec du nectar, mêlé d'un peu de bile ;
Écris, je dicterai. Tes principes nouveaux
N'entreront pas d'abord dans quelques vieux cerveaux,
Où l'ame, dans sa glande esclave et prisonnière,
Voit les faits à travers sa loupe routinière,
Et traite à soixante ans, d'absurde nouveauté,
Tout fait qui contredit maint système adopté.
Mais, sans te rebuter, arme-toi de courage;
Les amis des beaux Arts goûteront ton ouvrage.
Qu'un aride sujet, fécondé sous ta main,
Dans le sacré Vallon, t'ouvre un nouveau chemin,
Tandis que sur tes pas les jeux, les ris, les Grâces,
De mille écueils semés déroberont les traces,
Et rendront de mon Art les efforts triomphans.
De tout temps les humains furent de grands enfans;
Pour leur faire adopter la Vérité suprême,
Il faut savoir toujours user de stratagême;
Ne l'offrir jamais nue et sans fard, sans couleurs,
Mais la leur rendre aimable, en la parant de fleurs.
Tel, afin d'épurer, ou le sang ou la bile,
Un prêtre d'Esculape, un médecin habile,
A l'enfance crédule et que l'erreur séduit,
Dans un vase éclatant, de miel au bord enduit,
Offre un breuvage amer dont l'effet salutaire
N'est dû qu'au stratagême employé pour lui plaire.
L'ami de la Nature et de la Vérité,
En tout temps, en tous lieux, se vit persécuté.
Dans les fers Galilée a terminé sa vie.
Paré, Peän, Harvée ont éveillé l'Envie.
Bordeu, l'honneur, la gloire et l'oracle de l'Art,
Fut de meurtre et de vol accusé par Bouvart,
Et ce reptile impur, gorgé de calomnie,
Empoisonna les jours d'un enfant du Génie.
Plus sage que Bordeu, l'illustre Scipion,
Qui reçut d'Africain le glorieux surnom,
De vol, de brigandage accusé par l'Envie,
Se tut et fit parler ses hauts-faits et sa vie.
L'auteur des livres saints, Jesus déifié,
Par les docteurs des juifs se vit crucifié,
Et du haut d'un gibet, du salut heureux signe,
Fut honni par Durault, larron le plus insigne
Tu ne serais pas mort, Dieu sauveur des humains,
Si dans ce siècle affreux, les Césars des Romains,
Loin de régir l'Empire, au gré de leur caprice,
Eussent fait respecter les lois et la justice.
Mais le Temps, la Raison domptent les préjugés,
Et par eux, à leur tour, les juges sont jugés.
Restaurateur d'un Art qu'avilit la routine,
A l'ennoblir, enfin, Apollon te destine;
Je vais te révéler ses merveilleux secours :
Lucine alors s'assied et me tient ce discours.
Ma main va soulever le voile impénétrable
Qui dérobe, à tes yeux, un chef-d'œuvre admirable.
Au pied d'un joli mont, à Vénus consacré,
Dans un vallon charmant, au sein d'un bois sacré,
Est un temple fameux, dont la simple structure,
Semble indiquer l'asile où se plaît la Nature.
Là, sur leur trône assis l'Amour et le Désir,
Du doigt, en souriant, appellent le Plaisir.
Un fleuve, sous leurs pieds, guidé par deux Naïades,
Ou s'élance en torrent, ou retombe en cascades,
Dans un bassin vermeil, de fleurs environné.
Plus loin, on voit l'Hymen de myrthe couronné,
Caché dans le parvis, d'où le Dieu du Mystère,
Par un sentier étroit, conduit au sanctuaire.
De son auguste enceinte, ouverte aux deux côtés,
L'œil ne peut se lasser d'admirer les beautés.
C'est dans ce sanctuaire, asile impénétrable,
D'un tissu merveilleux, d'une forme admirable,
De l'Amour, de l'Hymen, mystérieux réduit,
Qu'au sein des Voluptés, le monde est reproduit.
Dans ce temple sacré, si fécond en miracles,
Viens, et de la Nature entends les saints oracles.
En ce rapide instant, où d'amour ennivrés,
Aux doux plaisirs des sens deux êtres sont livrés,
Le mâle, dans l'accès du délire extatique,
Darde au sein maternel la liqueur prolifique.
Le viscère en frémit. Par ce frémissement,
L'œuf tombe et l'embrion reçoit le mouvement.
La sémence du mâle agente et créatrice,
Se condense et se moule au fond de la matrice,
C'est là, l'arrière-faix. Heureux médiateur,
Il reçoit et transmet le suc réparateur
Qui jusqu'à l'embrion, par le cordon circule.
L'amnios est de l'œuf la tendre pellicule,
L'autre plus dure a pris le nom de *chorion*,
Double sac qui contient les eaux et l'embrion.
La matrice n'est donc qu'un vase, une enveloppe,
Le *placenta*, la couche où l'œuf se développe ;
Le cordon est le tronc plus ou moins étendu,
Et l'embrion, le fruit aux rameaux suspendu.
Ah ! de grâce arrêtez, aimable institutrice,
Souffrez qu'avec respect j'adore la matrice,
Où seule et loin de l'œil des mortels indiscrets,
La nature admirable à voilé ses secrets.
Mais, grâce à vous, je pense entrevoir son système.
Hommes, plantes, métaux, tout croît, tout vit de même,
Tout renaît, rien ne meurt. Oui, la mort n'est qu'un mot
Consolant pour le sage, effrayant pour le sot.
Qu'importe, qu'un amas de fange, la matière,
Dans la nuit du tombeau descende toute entière,
Quand le Moi vit toujours, quand le souffle immortel
Qui l'anima, revole au sein de l'Éternel.
Voilà comment ma Muse entrevoit et devine ,
Qu'a pu se faire en moi cette union divine
De l'âme avec le corps, mieux que ne me l'apprit
Mon curé riche en foi , mais très-pauvre d'esprit.
Quoi ! Lucine, est-il vrai, qu'en sa double enveloppe ,
Le fétus dans le sein croisse et se développe ,
Les pïeds croisés , le nez rapproché du ménton ,
Les deux bras sur les flancs , le corps en peloton ?
Est-il vrai qu'à sept mois il fasse la culbute ,
Les pieds en haut, la tête en bas, après sa chute ?
De Sabatier, d'Hallé tel est le sentiment ;
Mais l'observation, le tact , le jugement ,
Et de l'économie une profonde étude ,
T'apprendront que l'enfant a toute autre attitude.
Lucine, à mon avis , Hallé n'est pas un sot ,
Puisqu'il a de nos jours ressuscité Tissot ,
Auteur de l'Onanisme et de l'Avis au peuple.
Bon , des haillons des morts , le fin docteur se meuble ,
Son Hygienne même , hélas ! n'est point de lui ;
Il la forgea , dit-il, des principes d'autrui.
C'est une Macédoine, un pot-pourri. Du reste ,
Il ne s'en prévaut point. On n'est pas plus modeste ,
Et c'est sans son aveu, que du matin au soir
On l'entête , on l'étouffe à grands coups d'encensoir.
Souvent pour un dîner , maint et maint journaliste ,
A titre de savant le coucha sur sa liste.
Mais, au fait. L'embrion , au cordon suspendu ,
Vit et nage à son gré dans les eaux étendu.
Mais , à cinq mois, trop grand en raison du viscère ,
Il prend une attitude à son tronc nécessaire ;
D'une iliaque à l'autre , en travers du bassin ,
Le fétus sur le dos est couché dans le sein.
Libre de se mouvoir, en tout sens il s’agite ;
Epuisé de fatigue, il repose en son gîte.
Le fétus en neuf mois croît par proportion,
Plus que l’adulte en trente. Or, l’observation
Qui constate ce fait, prouve avec certitude,
Que pour croître, il lui faut une libre attitude.
L’accroissement, mon fils, tient à la faculté
Qu’à tout être vivant d’agir en liberté.
Semblable au corps, l’esprit qu’en sa marche on entrave,
Décroît, et l’homme alors pense, agit en esclave.
L’air de la liberté, noble et pur sentiment,
De l’esprit et du corps est l’utile élément.
Par liberté, j’entends le droit incontestable
Que tient de la nature un être raisonnable,
D’émettre sa pensée avec impunité,
Quand sa bouche et son cœur ont dit la vérité.
L’autorité suprême est sans doute abusée,
De vouloir dans ce siècle enchaîner la pensée,
En disant aux auteurs, je prétends et je veux
Que vos contemporains et leurs derniers neveux,
Ne puissent imiter votre aveugle manie,
D’éclairer les humains du flambeau du génie.
D’un sénat ombrageux, l’injuste austérité
N’imposa point silence à la postérité,
Quand de Crémutius il fit brûler l’ouvrage.
L’histoire a su venger ce ridicule outrage.
Brûler n’est pas répondre ; et contre un écrivain,
Qui dit la vérité, tout châtiment est vain.
Tullius, le plus grand des orateurs de Rome,
Fit un dieu de Caton, qui n’était qu’un grand homme.
César par un écrit confondit l’orateur,
Et ne se vengea point, quoiqu’il fût dictateur.
Tout mortel, quel qu'il soit, que la critique irrite ,
Loin de la démentir, prouve qu'il la mérite.
Les Césars ont puni, par un profond mépris ,
D'Antoine et de Brutus les insolens écrits.
J'aime les Souverains, je veux qu'on les respecte ,
Et que leur loyauté ne soit jamais suspecte.
Mais quel grand intérêt pourraient-ils donc avoir ,
D'empêcher qu'on apprenne aux méchans leur devoir.
Divine institutrice, oracle en médecine ,
Exaucez mes désirs, belle et chaste Lucine ;
D'un cadavre à mes yeux interrogeant les flancs ,
Daignez forcer la mort d'être utile aux vivans.
D'un bassin bien formé montrez-moi la structure ;
C'est là, c'est là le livre où se peint la Nature.
Lucine alors reprit, prends ce scapel en main ,
Et parcours avec moi le labyrinthe humain.
C'est à l'Anatomie, à ses divins oracles ,
Que l'art dût ses progrès, sa gloire et ses miracles.
Tous les bassins, soit grands, soit moyens, soit étroits ,
De quatre os composés ont chacun deux détroits ,
Et chacun deux bassins. D'après les meilleurs maîtres ,
Le plus grand des détroits a quatre diamètres
Que je réduis à deux. Le *Transversal* ou grand ,
Et le petit, placé de derrière en devant ,
Ou *Sacro-Pubien*. Toujours sublime et sage ,
Sur le corps de l'enfant en moulant le passage ,
La nature, aux savans, a dit : faibles humains ,
Adorez, respectez l'ouvrage de mes mains ;
Abaissez devant moi votre orgueilleux génie ,
En vain vous vous armez du compas d'Uranie.
Le mien a du bassin pris les proportions ,
Mieux que vous j'en connais et les dimensions ,
Et les rapports divers. Sachez que la matrice
Tient de moi son ressort et sa force motrice ;
Sachez que du *travail* je dirige le cours,
Et que l'art ne peut rien, n'est rien sans mon secours.
Cependant, ô Lucine ! un art plein d'imposture,
A voulu follement surpasser la nature ;
De concert avec lui, l'orgueil, la vanité,
L'intérêt, ont séduit, trahi l'humanité.
Ministre de Pluton, une secte inhumaine,
Jalouse d'agrandir, de peupler son domaine ;
Dans l'antre d'un Cyclope alla forger des fers ;
Et parmi les vivans transportant les enfers,
Par mille affreux tourmens, par d'horribles tortures,
Épouvanta son siècle et les races futures.
Il avait donc le cœur doublé d'un triple airain,
Celui qui le premier, d'un front calme et serein,
Prenant et l'ignorance et l'intérêt pour guides,
Dans le flanc maternel plongea ses mains avides,
Et du sein mutilé, vint d'un air triomphant,
A l'aide du crochet arracher un enfant.
Il avait donc une âme inhumaine, insensible,
Une âme à la pitié toujours inaccessible,
Celui qui le premier, par un forfait nouveau,
D'un crâne, encor fumant, fit jaillir le cerveau ?
Hélas ! pourquoi faut-il que ma Muse raconte,
De ce siècle de fer et l'audace et la honte ?
Dans l'espoir consolant, d'un plus doux avenir,
De nos malheurs passés, perdons le souvenir.
Lorsqu'un fleuve en courroux franchissant le rivage,
Dans les champs désolés a porté le ravage,
Le laboureur prudent, loin de verser des pleurs,
Prend la bêche et le ciel sensible aux longs malheurs,
Qui, du fruit de ses soins, ont détruit l'espérance,
Dans ses guérets féconds, ramène l'abondance.
Mon fils, poursuit Lucine, on t'a dit mille fois,
Qu'un bassin vicié dans l'un de ses détroits,
Trop souvent, à l'enfant, ne peut donner passage,
Et moi je te dis non. La Nature est trop sage
Pour féconder un être aux dépens de ses jours.
Quant au bassin, l'enfant le franchira toujours,
Et toujours sans danger, malgré son *étroitesse*,
Si la femme prudente a, durant la grossesse,
Suivi d'un accoucheur les avis précieux ;
Si, durant le *travail*, l'art trop audacieux
Sur un lit de douleur enchaînant la Nature,
N'a mis sous ses dix doigts la femme à la torture.
Déesse, apprenez-moi par quel secret ressort,
Hors du sein maternel l'enfant prend son essor.
Quel est le procédé que la Nature emploie
Pour lui donner la vie, en lui frayant la voie
A travers le bassin et son double détroit,
Bien ou mal conformé, trop large ou trop étroit ?
Ce secret, qu'on ignore en France, en Angleterre,
Reprit Lucine alors, nul mortel sur la terre,
A la Nature avare encor ne l'a surpris ;
De tes efforts constans qu'il soit le digne prix.
Du vœu de la Nature, interprête fidèle,
Connais le procédé d'un art que je tiens d'elle.
L'enfant, dans le *travail*, expulsé par le sein,
Tourne en ligne spirale au sortir du bassin.
Ainsi, de son écrou par l'artiste chassée,
La vis tourne en spirale et n'est jamais faussée,
Tandis qu'il fausserait et la vis et l'écrou,
S'il tirait droit à soi pour l'ôter de son trou.
Ne sois donc plus surpris de voir tant de grands maîtres
Pour avoir méconnu la loi des diamètres ,
L'un décoler l'enfant dans le sein maternel ,
L'autre , afin d'échapper au reproche éternel
D'une éventration , horreur de la nature ,
Du crâne du fétus rompre chaque suture ,
Vider la boëte osseuse , et par de longs efforts ,
Mutiler de l'enfant les membres et le corps.
Toujours à la lueur du flambeau du génie ,
Observer des détroits , les rapports , l'harmonie ,
C'est l'art de triompher des vices du bassin ,
Et d'extraire vivant , un enfant hors du sein.
L'accouchement à terme est donc toujours possible ?
La Raison me l'a dit ; mais rendez-moi sensible
Lucine , un phénomène inconnu parmi nous ;
Encor cette faveur , je l'implore à genoux.
Cependant la Nature , odieuse marâtre ,
Envers ce sexe doux que mon ame idolâtre ,
Digne présent des Dieux , chef-d'œuvre de leurs mains ,
Formé pour adoucir les malheurs des humains ,
La Nature qui crée et conserve le monde ,
Voudrait-elle punir une femme féconde ,
D'avoir rempli son vœu de toute éternité ,
En payant son tribut à la maternité ?
Je ne puis le penser. Ce doute est une injure.
Préjugés , taisez-vous. Mais je vous en conjure ,
Ce que croit ma raison , prouvez-le à mon esprit ,
Et qu'il soit convaincu. La Déesse reprit :
Le jour où la Nature , en créant la lumière ,
Organisa le monde , anima la matière ,
J'étais à son conseil , j'eus part à son dessein.
Lucine , me dit-elle , observe ce bassin ,
Sa structure est parfaite, et du meilleur modèle
Ce beau bassin de femme est l'image fidèle.
Le plus grand des détroits est un vrai cercle osseux,
Flexible dans l'enfance et bien plus tard chez ceux
Dont les os sont atteints du vice rachitique,
De mal vénérien ou d'humeur scorbutique ;
Mais de ce cercle osseux la flexibilité
N'en change que la forme et la mobilité,
Ote à peine un seul point du plan géométrique
Compris dans ce détroit, ovoïde ou sphérique ;
Donc l'espace est le même, et le corps contenu,
Par le corps coutenant n'est jamais retenu.
En effet, de l'enfant la tête est si flexible,
Que son extraction n'est jamais impossible.
Voici l'art en deux mots : au diamètre étroit,
Du bassin vicié, dans son plus grand détroit,
Ramenez de l'enfant le petit diamètre,
Et dans l'art d'accoucher vous voilà passé maître.
L'obstacle le plus grand ne vient point du bassin,
Il vient de l'inertie actuelle du sein ;
Du mouvement spiral l'agent est la matrice,
Donc point d'accouchement, sans sa force expultrice.
Tel est le mécanisme ignoré de nos jours,
A la faveur duquel tu parviendras toujours,
Et toujours sans danger, à délivrer la femme,
Sans crochets, sans *forceps*, sans l'appareil infâme
Des couteaux de Rousset, sur le sein aiguisés,
Par des tigres cruels en docteurs déguisés.
Cependant le *forceps* est quelquefois utile.
Mais redoute, mon fils, un lévier qui mutile,
Déchire la matrice, et rompt le périné ;
Si par un double effort, avec art combiné,
L'accoucheur ne sait pas, de sa main mal-adroite,
Faire suivre la courbe et puis la ligne droite,
Aux branches du *forceps* sur la tête appliqué.
Procédé simple, alors qu'il est bien expliqué.
De vos doctes leçons mon esprit se pénètre ;
Mais Lucine, à quels traits pourrai-je reconnaître
Les vices du bassin et franchir un écueil
D'autant plus dangereux, qu'il se dérobe à l'œil.
Le *toucher* sur ce point fut ma seule boussole,
Mon doigt indicateur de son mieux me console
D'un pronostic ou faux ou souvent incertain ;
Mais tel est des mortels le malheureux destin,
De chercher à tatons, aveugles de naissance,
La vérité qui craint et qui fuit leur présence.
La Vérité, mon fils, les cherche, et ses appas,
Trop simples à leurs yeux, ne les captivent pas.
Tandis que de l'erreur, moins belle et plus coquette,
Dont l'éclat les séduit, ils briguent la conquête.
Ici la Vérité, bien loin de se cacher,
Se manifeste aux yeux, encor plus qu'au *toucher* ;
Aux élèves de l'art, même des plus novices,
Elle apprend du bassin à connaître les vices.
Faites tourner la femme en qui vous soupçonnez
Un vice du bassin, ensuite examinez
Avec le plus grand soin, de quel côté dévie
La colonne épinière ou canal de la vie.
Si le tronc incliné penche du côté droit,
Le vice du bassin est à gauche, au détroit.
Si le tronc incliné penche du côté gauche,
Tout le vice est à droite et le *femur* chevauche.
La raison de ce fait est sensible. Le tronc
Atteint du Rachitis pert l'équilibre. Donc
La colonne du dos fuit constamment le vice.
Cette observation est un fidèle indice.
En outre le femur du côté vicié ,
Est plus courbe que l'autre et plus émacié.
J'aurais encor du nez à peindre la structure ,
Et son usage propre au vœu de la Nature ;
A te faire observer , qu'avant l'enfantement ,
Un *travail* insensible à lieu si lentement ,
Qu'il n'est pas ressenti par la femme elle-même ,
Qui , plus svelte et moins grosse , atteste mon système.
J'aurais à t'enseigner les moyens médicaux ,
Plus forts que les crochets de tous les arsenaux ;
J'aurais à t'éclairer , d'un seul trait de lumière ,
Sur la grossesse heureuse et sa cause première.
Mais dans mes ÉLÉMENS , dans mes divers écrits ,
Ces préceptes de l'art ont été bien décrits.
De plus longues leçons feraient bailler ta Muse ,
Qui veut que son lecteur et s'instruise et s'amuse ;
Mais d'ailleurs le sommeil appesantit tes yeux.
Tout dort , Diane seule erre au sommet des cieux ,
Tandis que sur son char , au milieu des ténèbres ,
La nuit a tout voilé de ses crêpes funèbres.
Va , mon fils , va goûter les douceurs du repos ;
Bientôt sur toi Morphée agitant ses pavots ,
Pour charmer ton sommeil appellera les songes ,
Qui par d'heureux récits et de rians mensonges ,
Sauront te délasser des fatigues du jour.
Adieu , mon fils. Soudain au fond de leur séjour ,
En éclairant mes pas , les Nymphes me conduisent.
Leur sourire enchanteur , leurs grâces me séduisent ;
Mon cœur rendait hommage à leurs attraits puissans ,
Quand le sommeil jaloux appesantit mes sens.
English text
Sublime art, faithful to the will of nature,
Before self-interest, envy, and imposture
Had subjected your laws to their caprice,
A child of Apollo today avenges your rights.
Apollo, God of verse, God of Medicine,
Commands me to sing the happy art of Lucina,
Of which London gave me the learned lessons:
May he immortalize the sounds of my lyre?
As the price of your favors, I will avenge your mother,
DÉLIUS; I will paint the wrath of Juno,
When Neptune, at the instant you received the light of day,
Steadied the abode of Delos beneath her steps.
Beware of thinking that my gratitude
Is limited to celebrating the author of your birth,
I will sing your glory to the eyes of the universe.
Your power over hearts, consecrated in my verse,
Of the most charming of gods, of the god of harmony,
Will make the genius adored from one pole to the other.
On the mountains of Thrace, Orpheus with his harmonies,
Chaining the efforts of the monsters of the forests;
Arion, escaping the horrors of shipwreck;
Taming the blind rage of the charmed sailors;
Amphion, on shores enchanted by his lute,
Animating the rocks, raising cities;
Timotheus, to the chords of his touching lyre,
Subjugating Alexander and calming his delirium;
Tyrtaeus, to the Spartan beaten down so many times
Restoring victory with the accents of his voice;
Socrates, in his prison, cultivating music;
Plato, with this beautiful art, adorning the republic;
All, down to the infant upon the maternal breast,
Will render to the god of song an eternal homage.
Protectress of an art so fecund in marvels,
Goddess to whom my muse has consecrated her vigils,
Deign, chaste LUCINE, to accept my labors;
And suffer that in giving new precepts,
Docile to your lessons, before the eyes of an amiable sex,
I adorn truth with the charms of fable.
Debased, profaned by inhuman hearts,
Your art was too long dreaded by humans;
Enlightened by you yourself, the universe will know
What it was, what it is, and what it ought to be.
Lucine smiled upon me: sensitive to her accents,
She accepts from my muse both vows and incense.
Of graces, of virtues, noble and touching image,
Woman, whose sweetness has a right to our homage,
You cannot, I confess, give birth without pains,
Nature in tribute demands some tears;
But, if to be a mother your tears suffice,
If for your own days your soul is without alarms;
If I proscribe the homicidal aid of iron;
If facilitating the course of too slow a *labor*,
I hasten the birth of children without danger,
I shall have rights, perhaps, to your gratitude.
Precious ornament of a sex that honors you,
Modesty, deign for a moment to abandon the heavens;
Come purify my work with a severe gaze,
Come, and if the license of our morals outrages you,
And makes the abode of mortals odious to you,
Lend a veil to my muse, and remain in the rank of the gods.
The nine learned sisters, jealous of your worship,
Will not make the most chaste wives blush.
And you, whose very name makes authors pale,
Unworthy to brave your deceitful speeches,
Goddess, whose hatred would make my life illustrious,
From hell at my voice, come forth implacable Envy,
And from your impure mouth exhaling poison,
Say that I have neither taste, nor knowledge, nor reason;
That I had the mad mania to distinguish myself;
That my muse is without art, without verve and without genius;
That each of my verses be marked by your teeth:
Happy! he who can write to the sound of your serpents.
My vows are answered, suddenly hell opens up
And vomits the goddess into a corner of the old Louvre;
Envy and her serpents hiss on one of the even days
In the hall where once sat the *Ducs et Pairs*,
There Sédillot-Favard gathers his family,
Brazen Ignorance and her blind daughter
Routine, without nose, without ears, without eyes,
Who always summoning her ancestors to her aid,
Sacrifices nature to the prejudices of the people;
Atrocious Calumny and her sister Imposture
Who pour out their poison, prepared with art,
Upon the lover of Lucine and the friend of Paré.
Hiss, serpents! and you, daughters of the Styx, courage!
May my muse still excite your rage!
Never was a concert sweeter and more harmonious;
I believe myself transported to the abode of the gods.
Thus, at the edge of a marsh, the friend of nature
Sees the frog people agitate the impure water.
This spectacle is the object of his diversions;
He falls asleep to the vain noise of its croaking.
Ah! a thousand times fortunate the author whose works
Have drawn upon him the outrages of Envy!
But you, who without bitterness, without partiality,
Seated upon the tombs with Truth,
Trampling underfoot Envy and her base maneuvers,
Have the right to judge authors and their works,
Too slow Posterity, hasten to come
To avenge my cause in the eyes of centuries to come.
I can with pride say here like Horace:
Of the path I take no one has blazed the trail.
Let him follow me who wishes to the sacred vale,
As for me, I wish to have for a guide none but Apollo;
Apollo and Peace; take my word for it;
This olive branch is its true symbol,
I wish only for Peace. But, if some imprudent fellow
Comes to rouse my bile and falls beneath my tooth,
Even had he dipped his weapons in the waters of the Styx,
I warn him well, he will shed tears.
Rich, poor, exiled, wherever I shall be,
Whatever my destiny, in a word..... I will write.
Already for six months, on the banks of the Thames,
Thanks to the generous care of the noble Artemis,
White, Hunter, Hosbornn, Miquel, the two Nelsons,
Were lavishing upon my wishes their learned lessons.
One day, drunk with joy, happy in that delirium
Which the master of the lyre inspires in his children,
Of my instructors, worthy rivals of the Gods,
I was singing the benefactions in melodious verse,
When near a temple, in the heart of a solitary grove,
Pleasant and somber retreat, sanctuary of mystery,
Which the happy Thames bathes with its waters,
I perceive, through the stalks of the reeds,
A young beauty, her breast half-bare,
Artfully restrained by a purple net.
She has a slender figure and the most beautiful complexion;
Her right hand gracefully waves a long torch,
Which is the vivid depiction of the serpent Python;
Scissors, a golden thread, hang at her belt.
Her majestic bearing inspires respect.
I admire her, and suddenly, trembling at her sight,
I feign to avoid her; but, turning my head,
I see her stop, and suddenly I stop.
You flee from me, she said, extending her hand to me?
I, flee from you! and with one step I crossed the path.
Ah! whoever you may be, whether goddess or mortal!
Can you fail to recognize me, ingrate, she added?
Pray, forgive the confusion of my senses;
It is you, chaste Lucine, in my heart I feel it.
O you! who protect the birth of humans,
Accept the tribute of my gratitude.
But why fix your abode on these shores?
How happy I would be, if I could one day,
At the ramparts of Paris, a friend of nature
And of humanity, a priest without imposture,
Raise a temple to you, and upon your holy altars
Render to you the honors due to the immortal Gods.
I used to dwell, said Lucine, in the heart of your country;
But its mad idolatry for vile jugglers
Made me abandon bloodstained shores,
To come and settle in these enchanted places,
Where the English accoucheur reveres and honors me,
An enemy of the *forceps*, of the hooks that he abhors.
He shudders at the mere name of this criminal King
Who plunged the knife into the maternal breast.
And I, I said to Lucina, on the banks of the Thames,
Guided to be of use to the lovely Artemisia,
At the foot of your altars, I wait for it to please the Gods
To free my country from an odious tyrant.
In what a state, O heaven! is my sad homeland.
Commerce has lost its happy industry.
The arts, children of luxury, today languishing,
Make, to revive themselves, a thousand powerless efforts.
Credit, inexhaustible source of treasures,
No longer offers its resource to the industrious man.
Weeping, the miser sells his gold to the emigrants,
Or runs into his enclosure to bury his treasure.
Heaven itself, heaven, always full of indulgence,
Pours in vain its blessings into the bosom of indigence.
The foreigner, stripping our fertile fields,
Sells us, for the weight of gold, the gifts of Ceres;
Makes an infamous trade of the fruit of our sweat,
And laughs at the despair of a people he starves.
Ah! Frenchmen, exhausted by so many suffered evils,
Go ask your tyrants for chains again.
Corrupted peoples are born for slavery,
I no longer see in you anything but a savage horde
Without restraint, without laws, without morals and without humanity,
Which slaughters itself in the holy name of Fraternity;
A sentiment whose word is constantly in its mouth,
And never in its bloodthirsty and fierce heart.
Ah! Frenchmen, what delirium thus leads your hearts astray?
What! everywhere triumphant, unvanquished and victorious,
Everywhere trampling underfoot scepters and diadems,
Will you not be able, at last, to triumph over yourselves?
To subdue your passions, to become Frenchmen once again,
And at this price to taste the sweetness of Peace?
O Peace! daughter of the heavens, cherished divinity,
Come, console my fatherland for its long misfortunes.....
But, what do I see!... Is it you, who from the abode of the Gods?...
Yes, I recognize her by her radiant brow,
By the serenity painted upon her face,
By this sacred branch, of fortunate presage,
Minerva precedes her and Themis follows her steps;
Equality bearing the level, the compass;
Finally, Liberty, her faithful companion,
Follow her, and from the heavens descend with her.
Flee, disappear, return to the underworld,
Ministers of Pluto, who forge our chains;
Dreadful horde of unleashed brigands,
Return to the underworld. Peace and Concord,
According to our desires, will reign among us,
Tyrant of my Fatherland
, expire at their knees.
Fine Arts, sons of Peace, come pay her homage,
Come; let her tenderness, at last, compensate you
For the furies of a Vandal bent on your ruin;
Make us forget an unfortunate century.
Gather with care these remnants of the storm,
These mutilated marbles scattered by its rage.
Guided by Genius and by Truth,
Let the brush transmit to Posterity,
Both this people flying from victory to victory,
And its deeds of valor consecrated by history.
To the French Parnassus, in the sacred vale,
Come, hasten all, noble sons of Apollo;
Come, worthy rivals of both Orpheus and Homer,
To celebrate the return of your august mother.
And I, the better to enjoy your touching chords,
To the sound of your lute I shall trace the songs
Inspired in me by the God dear to Medicine,
To avenge both Nature and Lucina.
The keen emotion that my sorrows excite
Exhales at this moment in a torrent of tears.
Console yourself, my son, said the moved Lucina;
After many reverses your happy Country,
At the summit of glory, at the pinnacle of honor,
Will taste the happiness of an eternal peace.
Upon finishing these words, Lucina opens her temple:
I enter. My surprised eye reads, admires, and contemplates,
Here the diverse works of a thousand authors,
Gathered with care from across this vast Universe;
Further on are the portraits of illustrious accoucheurs,
The honor, the support of the Art, for nearly a hundred lustrums;
Lucina with kindness guided my steps everywhere.
Goddess, I said then, why do I not see
Among the ranks of your children the portrait of a great man,
The idol of Paris and the God of Saint-Côme.
Lucina, lifting the sheet that covered it,
Said to me with disdain: here is the great Levret.
I know that in France still a homicidal sect
Equals his labors to those of the great Alcides;
But here Nature has, in obscurity,
Hidden his image from Posterity.
Then the open august enclosure of the sanctuary,
Offers to my eyes a table covered with dishes;
The brilliant clarity of lighted torches,
Enhances the beauty of Lucina to my eyes;
Ten Nymphs, vying with one another, bustle around her,
But their charms only make her more beautiful.
Thus, in a flowerbed enameled with a hundred flowers,
Rivals in their brilliance, perfume, and colors,
The lovely sovereign of Flora's empire,
The rose, to our eyes, shines and commands as Queen.
"My son," Lucine said to me, "you must rest.
All these dishes are for you, you may dispose of them."
The dishes, the wines, the fruits, everything was delectable.
Furthermore, each of the dishes displayed on the table,
To my enchanted eyes retraced, feature for feature,
The faithful portrait of the objects of my Art.
In a pyriform fruit one saw the womb,
Its ligaments, its cervix, and its double orifice.
A circular cake thinned at the edges,
Offered the cord and body of the *Placenta*.
Bonbons, artfully molded upon twenty models,
Offered faithful images of twenty fétus.
Pastries, biscuits, made upon beautiful designs,
Imitated the pelvises of the fair sex, at every age;
And the wines, colored by a skillful hand,
Recalled to the mind milk, blood, and bile.
"Lucine, here everything pleases, everything speaks to the mind,"
I said to her, and the goddess, smiling, replied:
"The Art of teaching is nothing without the happy Art of pleasing;
First receive this salutary advice from me."
In a fitting transport, I fall to her knees.
"Nymphs," said the Goddess, "go and leave us."
"My son, do you perceive beneath this vast portico,
A bronze monument, adorned with antique marble?"
"For whom do you destine this brilliant pedestal
Of jasper, of porphyry, and of a rich metal?"
To that one of my sons, who, the first in France,
Will avenge my honor, and take up my defense,
And who, through luminous, immortal writings,
Will know how to reestablish my cult and my altars there.
I feel animated by this noble audacity,
Goddess, teach me what I must do.
To follow in all things the advice that I am going to give you.
Your wishes shall be laws, hasten to command.
Favorite of Apollo, Lucine then replied,
He has given you the divine science of verse;
To consecrate his Art and fulfill my design,
You must be an accoucheur, a poet, and a physician.
Poetry is the noble language of the Gods;
This beautiful Art is the pledge of Immortality.
Let the fool speak who would have it that the Art of verse
Is an unfortunate quirk of the human mind.
O Muses, who burn with a celestial flame,
Propitious to my vows, electrify his soul!
Inspired by the nine sisters, let my son today
Learn from his mother to court your support!
The poet at all times lives only for glory:
His immortal Genius, the sustenance of history,
Is not the happy result of the precepts of Art.
From sparing Nature he holds this great boon.
It is a divine breath that warms and inspires him,
And which, over all his senses, exercises a noble empire.
The poet is sacred. Of the gifts that the heavens
Deign to bestow upon mortals, it is the most precious.
His sole passion is the love of study.
The rocks, the forests, the winds, the solitude,
Animated by his lyre, repeat its sounds.
To childhood he gives lessons in virtue.
From the heart of youth, still tender and novice,
He carefully wards off the impure breath of vice.
One sees no piles of gold and silver in his home;
But he dries, in times of need, the tears of the indigent.
It is he who, first upon his rustic pipes,
In honor of the god Pan, composed canticles.
The melodious verses of the inspired poet,
On behalf of mortals, interest the Gods.
It is he who fertilizes the breaths of the zephyrs,
Which, with the gifts of Ceres, enrich our plains;
Finally, it is by the charm and the power of verses
That one appeases both Olympus and the Underworld.
I love poetry, and its charm attracts me;
But you must be avenged, and I hate satire.
Learn that Aristophanes, Eupolis, Cratinus,
And so many other lesser-known comic authors,
Dragged, and whipped to the blood upon the stage,
A wicked man, a rogue, an obscene libertine,
A murderer. Finally, any man of ill repute
Was, by Lucilius, torn apart without pity.
They say that, born wicked, a satirical author,
Feeds, by instinct, upon the gall of criticism.
A satirical author is the terror of the wicked;
Honest, good people do not fear his songs.
To tear apart a friend, to harm him in his absence,
To deliver him defenseless to calumniators;
Not to keep a secret entrusted to us;
To laugh at the expense of others, far from taking pity on them;
Of a teller of witticisms, of a forger of words,
In order to be applauded, to play the sorry roles,
That is what I call a dangerous being,
A man to flee..... a man..... a venomous serpent.
But, to dedicate a work to the truth,
To enlighten mortals, to tell them with courage,
That the Césariens are drinkers of blood,
That they lay open the pregnant woman's flank,
To quench their ever insatiable thirst;
That is what I call a sociable man,
A worthy benefactor of holy humanity;
In a word, a poet, an immortal author:
For the rest, learn from me the decree of the destinies.
Counting from this day, France in ten years
Will see crime seated on the throne of the BOURBONS,
In the art of governing, too generous, too good.
Medicine will then found three schools
Where error will dictate the frivolous precepts,
Of turning at seven months, of pelves too narrow.
Of monstrous fetuses, of defects of the straits.
But, while in Paris with such nonsense
They will batter the eyes and ears a hundred times,
Founder of a School, terror of impostors,
You will see numerous auditors at your lectures,
Refute the miracles of the Roussets, the Bauhins,
And consecrate the oracles of Truth.
As a reward for your efforts accept this case,
Which contains both a brazen pen,
And two flasks filled with an indelible ink,
Made with nectar, mixed with a little bile;
Write, I shall dictate. Your new principles
Will not at first enter into some old brains,
Where the soul, enslaved and imprisoned in its gland,
Sees facts through its routine lens,
And treats at sixty years of age, as an absurd novelty,
Every fact that contradicts many an adopted system.
But, without being discouraged, arm yourself with courage;
The friends of the fine Arts will appreciate your work.
May a dry subject, made fertile beneath your hand,
In the sacred Valley, open a new path for you,
While in your footsteps games, laughter, the Graces,
Will conceal the traces of a thousand strewn reefs,
And will render the efforts of my Art triumphant.
In all times humans have been big children;
To make them adopt the supreme Truth,
One must always know how to use stratagem;
Never offer it naked and without artifice, without colors,
But make it amiable to them, by adorning it with flowers.
Thus, in order to purify either the blood or the bile,
A priest of Aesculapius, a skillful doctor,
To credulous childhood seduced by error,
In a shining vessel, its rim coated with honey,
Offers a bitter beverage whose salutary effect
Is due only to the stratagem employed to please it.
The friend of Nature and of Truth,
In all times, in all places, saw himself persecuted.
In irons Galileo ended his life.
Paré, Peän, Harvey awakened Envy.
Bordeu, the honor, the glory and the oracle of the Art,
Was accused of murder and theft by Bouvart,
And this impure reptile, gorged with calumny,
Poisoned the days of a child of Genius.
Wiser than Bordeu, the illustrious Scipio,
Who received the glorious surname of Africanus,
Accused of theft, of brigandage by Envy,
Remained silent and let his great deeds and his life speak.
The author of the holy books, Jesus deified,
By the doctors of the Jews saw himself crucified,
And from atop a gibbet, the happy sign of salvation,
Was reviled by Durault, the most notorious thief
You would not have died, God, savior of mankind,
If in this dreadful century, the Caesars of the Romans,
Far from ruling the Empire, at the whim of their caprice,
Had made the laws and justice respected.
But Time, Reason conquer prejudices,
And by them, in turn, the judges are judged.
Restorer of an Art that routine degrades,
To ennoble it, at last, Apollo destines you;
I will reveal to you his wondrous aids:
Lucina then sits down and delivers this discourse.
My hand will lift the impenetrable veil
That hides, from your eyes, an admirable masterpiece.
At the foot of a lovely mount, consecrated to Venus,
In a charming valley, within a sacred wood,
Is a famous temple, whose simple structure,
Seems to indicate the refuge where Nature delights.
There, seated on their throne, Love and Desire,
With a finger, smiling, beckon Pleasure.
A river, beneath their feet, guided by two Naiads,
Either rushes forth in a torrent, or falls in cascades,
Into a vermilion basin, surrounded by flowers.
Further on, one sees Hymen crowned with myrtle,
Hidden in the forecourt, whence the God of Mystery,
By a narrow path, leads to the sanctuary.
Of its august enclosure, open on both sides,
The eye cannot weary of admiring the beauties.
It is in this sanctuary, impenetrable refuge,
Of a wondrous tissue, of an admirable form,
Of Love, of Hymen, a mysterious retreat,
That in the bosom of Voluptuousness, the world is reproduced.
In this sacred temple, so fruitful in miracles,
Come, and hear the holy oracles of Nature.
In that swift moment, when intoxicated with love,
Two beings are given over to the sweet pleasures of the senses,
The male, in a fit of ecstatic delirium,
Darts into the maternal womb the prolific liquor.
The viscus quivers with it. By this quivering,
The egg falls and the embryo receives motion.
The seed of the male, active and creative,
Condenses and molds itself at the bottom of the womb,
That is the afterbirth. Happy mediator,
It receives and transmits the restorative sap
Which circulates through the cord to the embryo.
The amnion is the tender pellicle of the egg,
The other, harder, has taken the name of *chorion*,
A double sac containing the waters and the embryo.
The womb is thus but a vessel, an envelope,
The *placenta*, the bed where the egg develops;
The cord is the trunk, more or less extended,
And the embryo, the fruit suspended from the branches.
Ah! pray stop, amiable instructress,
Suffer me with respect to adore the womb,
Where alone and far from the eye of indiscreet mortals,
Admirable nature has veiled her secrets.
But, thanks to you, I think I glimpse her system.
Men, plants, metals, everything grows, everything lives alike,
Everything is reborn, nothing dies. Yes, death is but a word
Consolatory for the wise man, terrifying for the fool.
What does it matter if a heap of mire, matter,
Descends entirely into the night of the tomb,
When the Self lives forever, when the immortal breath
Which animated it, flies back to the bosom of the Eternal.
This is how my Muse glimpses and divines,
How this divine union could have taken place within me
Of the soul with the body, better than taught to me by
My priest, rich in faith, but very poor in spirit.
What! Lucine, is it true that in its double envelope,
The fetus within the womb grows and develops,
With crossed feet, the nose brought close to the chin,
The two arms upon the flanks, the body curled in a ball?
Is it true that at seven months it performs a somersault,
Feet up, head down, after its fall?
Such is the opinion of Sabatier, of Hallé;
But observation, touch, judgment,
And a profound study of the economy,
Will teach you that the child has quite another attitude.
Lucine, in my opinion, Hallé is not a fool,
Since in our days he has resurrected Tissot,
Author of *Onanisme* and *Avis au peuple*.
Well, with the rags of the dead, the clever doctor furnishes himself;
His *Hygienne* itself, alas! is not at all his own;
He forged it, he says, from the principles of others.
It is a Macédoine, a potpourri. Besides,
He does not boast of it. One cannot be more modest,
And it is without his consent, that from morning to night
They intoxicate him, they stifle him with great swings of the censer.
Often for a dinner, many a journalist,
Put him on his list as a scholar.
But, to the point. The embryo, suspended by the cord,
Lives and swims at will, stretched out in the waters.
But, at five months, too large in proportion to the viscus,
It assumes an attitude necessary for its trunk;
From one ilium to the other, across the pelvis,
The fetus lies on its back within the womb.
Free to move, he tosses about in every direction;
Exhausted from fatigue, he rests in his lodging.
The fetus in nine months grows in proportion,
More than the adult in thirty. Now, the observation
Which establishes this fact, proves with certainty,
That to grow, he requires a free attitude.
Growth, my son, depends on the capacity
Which every living being has to act in liberty.
Like the body, the mind whose progress is hindered,
Diminishes, and man then thinks, acts as a slave.
The air of liberty, a noble and pure sentiment,
Is the useful element of the mind and the body.
By liberty, I mean the incontestable right
That a rational being holds from nature,
To express his thought with impunity,
When his mouth and his heart have spoken the truth.
The supreme authority is undoubtedly mistaken,
To wish in this century to enchain thought,
By saying to authors, I intend and I demand
That your contemporaries and their furthest descendants,
May not imitate your blind mania,
Of enlightening humans with the torch of genius.
The unjust austerity of a suspicious senate
Did not impose silence upon posterity,
When it had the work of Cremutius burned.
History has known how to avenge this ridiculous outrage.
To burn is not to answer; and against a writer,
Who tells the truth, all punishment is in vain.
Tullius, the greatest of the orators of Rome,
Made a god of Cato, who was only a great man.
Caesar confounded the orator with a written work,
And did not avenge himself, even though he was dictator.
Any mortal, whoever he may be, whom criticism irritates,
Far from refuting it, proves that he deserves it.
The Caesars punished, with profound contempt,
The insolent writings of Antony and Brutus.
I love Sovereigns, I want them to be respected,
And for their loyalty to never be suspect.
But what great interest could they possibly have,
In preventing the wicked from being taught their duty.
Divine instructress, oracle in medicine,
Grant my desires, beautiful and chaste Lucine;
Interrogating the flanks of a corpse before my eyes,
Deign to compel death to be useful to the living.
Show me the structure of a well-formed pelvis;
There, there is the book where Nature is depicted.
Lucine then replied: take this scalpel in hand,
And traverse with me the human labyrinth.
It is to Anatomy, to her divine oracles,
That art owed its progress, its glory, and its miracles.
All pelvises, be they large, medium, or narrow,
Composed of four bones, each have two straits,
And each two pelvises. According to the best masters,
The largest of the straits has four diameters
Which I reduce to two. The *Transverse* or large,
And the small, placed from back to front,
Or *Sacro-Pubic*. Always sublime and wise,
By molding the passage upon the body of the child,
Nature has said to the learned: feeble humans,
Adore, respect the work of my hands;
Bow down your proud genius before me,
In vain do you arm yourselves with the compass of Urania.
Mine has taken the proportions of the pelvis,
Better than you I know both its dimensions,
And the various proportions. Know that the womb
Derives from me its spring and its motive force;
Know that I direct the course of *labor*,
And that art can do nothing, is nothing without my aid.
Yet, O Lucina! an art full of imposture,
Has madly wished to surpass nature;
In concert with it, pride, vanity,
Self-interest, have seduced, betrayed humanity.
Minister of Pluto, an inhuman sect,
Zealous to enlarge, to populate his domain;
Went into a Cyclops' cave to forge irons;
And transporting the underworld among the living,
Through a thousand dreadful torments, through horrible tortures,
Terrified its century and future races.
He must have had a heart lined with triple brass,
He who first, with a calm and serene brow,
Taking both ignorance and self-interest as guides,
Plunged his greedy hands into the maternal flank,
And from the mutilated womb, came with a triumphant air,
To tear out a child with the aid of the crotchet.
He must have had an inhuman, unfeeling soul,
A soul always inaccessible to pity,
He who first, by a new crime,
Caused the brain to gush from a still-steaming skull?
Alas! why must my Muse recount,
Of this iron age both the audacity and the shame?
In the comforting hope of a sweeter future,
Let us lose the memory of our past misfortunes.
When an angry river, breaching its banks,
Has brought devastation to the desolate fields,
The prudent plowman, far from shedding tears,
Takes up his spade, and heaven, sensitive to long misfortunes,
Which, of the fruit of his cares, have destroyed the hope,
Brings abundance back to his fertile fields.
My son, pursues Lucine, you have been told a thousand times,
That a vitiated pelvis in one of its straits,
Too often cannot give passage to the child,
And I tell you no. Nature is too wise
To fecundate a being at the expense of her days.
As for the pelvis, the child will always cross it,
And always without danger, despite its *narrowness*,
If the prudent woman has, during pregnancy,
Followed the precious advice of an accoucheur;
If, during *labor*, too audacious art
Chaining Nature upon a bed of pain,
Has not put the woman to torture beneath its ten fingers.
Goddess, teach me by what secret spring,
Out of the maternal womb the child takes its flight.
What is the process that Nature employs
To give it life, by clearing the way for it
Through the pelvis and its double strait,
Well or ill formed, too wide or too narrow?
This secret, which is unknown in France, in England,
Replied Lucine then, no mortal on earth,
Has yet wrested it from avaricious Nature;
May it be the worthy reward of your constant efforts.
Faithful interpreter of the wish of Nature,
Know the process of an art that I hold from her.
The child, in *labor*, expelled by the womb,
Turns in a spiral line upon exiting the pelvis.
Thus, driven from its nut by the craftsman,
The screw turns in a spiral and is never stripped,
Whereas he would strip both the screw and the nut,
If he pulled straight toward himself to remove it from its hole.
Do not be surprised, then, to see so many great masters,
Having misunderstood the law of diameters,
One decapitate the child in the maternal womb,
Another, in order to escape the eternal reproach
Of an eventration, a horror of nature,
Break every suture of the fétus's skull,
Empty the bony box, and by long efforts,
Mutilate the limbs and the body of the child.
Always by the light of the torch of genius,
To observe the straits, their relationships, their harmony,
Is the art of triumphing over the defects of the pelvis,
And of extracting a child alive from the womb.
Childbirth at term is therefore always possible?
Reason has told me so; but make evident to me,
Lucine, a phenomenon unknown among us;
This one more favor, I implore on my knees.
However, Nature, an odious stepmother,
Towards this gentle sex that my soul idolizes,
Worthy gift of the Gods, masterpiece of their hands,
Formed to soften the misfortunes of humans,
Would Nature, who creates and preserves the world,
Wish to punish a fertile woman,
For having fulfilled her vow from all eternity,
By paying her tribute to maternity?
I cannot think so. This doubt is an insult.
Prejudices, be silent. But I entreat you,
What my reason believes, prove it to my mind,
And let it be convinced. The Goddess replied:
The day when Nature, in creating the light,
Organized the world, animated matter,
I was at her council, I had a part in her design.
Lucine, she said to me, observe this pelvis,
Its structure is perfect, and of the best model
This beautiful woman's pelvis is the faithful image.
The largest of the straits is a true bony circle,
Flexible in childhood and much later in those
Whose bones are afflicted by the rachitic vice,
By venereal disease or scorbutic humor;
But the flexibility of this bony circle
Changes naught but its shape and its mobility,
Scarcely removes a single point from the geometric plane
Comprised in this strait, whether ovoid or spherical;
Therefore the space is the same, and the contained body,
By the containing body is never retained.
Indeed, the child's head is so flexible,
That its extraction is never impossible.
Here is the art in two words: to the narrow diameter,
Of the vitiated pelvis, in its largest strait,
Bring the small diameter of the child,
And in the art of childbirth you are now a past master.
The greatest obstacle does not come from the pelvis,
It comes from the present inertia of the womb;
The agent of the spiral movement is the uterus,
Therefore no childbirth, without its expulsive force.
Such is the mechanism ignored in our days,
By means of which you will always succeed,
And always without danger, in delivering the woman,
Without crotchets, without *forceps*, without the infamous apparatus
Of Rousset's knives, sharpened upon the womb,
By cruel tigers disguised as doctors.
However, the *forceps* is sometimes useful.
But dread, my son, a lever that mutilates,
Tears the uterus, and ruptures the perineum;
If by a double effort, with combined art,
The Accoucheur does not know, with his clumsy hand,
How to make the curve and then the straight line be followed
By the branches of the *forceps* applied to the head.
A simple procedure, when it is well explained.
My mind is steeped in your learned lessons;
But Lucina, by what traits shall I be able to recognize
The defects of the pelvis and overcome a reef
All the more dangerous, as it is hidden from the eye.
The *toucher* on this point was my only compass,
My index finger consoles me as best it can
For a prognosis either false or often uncertain;
But such is the unhappy destiny of mortals,
To grope about, blind from birth,
For the truth which fears and flees their presence.
Truth, my son, seeks them, and her charms,
Too simple to their eyes, do not captivate them.
While of error, less beautiful and more coquettish,
Whose brilliance seduces them, they vie for the conquest.
Here Truth, far from hiding herself,
Manifests herself to the eyes, even more than to the *toucher*;
To the students of the art, even the most novice,
She teaches how to know the defects of the pelvis.
Have the woman turn around in whom you suspect
A defect of the pelvis, then examine
With the greatest care, to which side deviates
The spinal column or canal of life.
If the inclined trunk leans to the right side,
The defect of the pelvis is on the left, at the strait.
If the inclined trunk leans to the left side,
The whole defect is on the right and the *femur* overlaps.
The reason for this fact is perceptible. The trunk
Afflicted with Rachitis loses its equilibrium. Therefore
The spinal column constantly flees the defect.
This observation is a faithful indicator.
Furthermore, the femur on the defective side,
Is more curved than the other and more emaciated.
I would still have to depict the structure of the nose,
And its proper use according to the will of Nature;
To make you observe that, before childbirth,
An imperceptible *labor* takes place so slowly,
That it is not felt by the woman herself,
Who, more slender and less stout, attests to my system.
I would have to teach you the medical means,
Stronger than the hooks of all the arsenals;
I would have to enlighten you, with a single shaft of light,
On the happy pregnancy and its primary cause.
But in my ÉLÉMENS, in my various writings,
These precepts of the art have been well described.
Longer lessons would make your Muse yawn,
Who wishes her reader to be both instructed and amused;
But besides, sleep weighs down your eyes.
All sleeps, Diana alone wanders at the summit of the heavens,
While upon her chariot, in the midst of the darkness,
Night has veiled everything with her funereal veils.
Go, my son, go taste the sweetness of rest;
Soon Morpheus, shaking his poppies over you,
To charm your slumber will summon the dreams,
Which by happy tales and laughing lies,
Will soothe you from the fatigues of the day.
Farewell, my son. Suddenly, deep within their abode,
Lighting my steps, the Nymphs lead me.
Their enchanting smile, their graces seduce me;
My heart paid homage to their powerful attractions,
When jealous sleep weighed down my senses.