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Historical poem record

CHANT PREMIER.

ART sublime et fidèle au vœu de la nature ,

EnglishSublime art, faithful to the will of nature, Before self-interest, envy, and imposture

Language
French
Date
19th century
Meter
alexandrine
Editorial status
Source-attested
Text
Source and English

Unit 1 · poem · alexandrine · 761 lines

French

Source text

  1. 1

    ART sublime et fidèle au vœu de la nature ,

  2. 2

    Avant que l'intérêt , l'envie et l'imposture

  3. 3

    Eussent à leur caprice assujetti tes lois ,

  4. 4

    Un enfant d'Apollon venge aujourd'hui tes droits.

  5. 5

    Apollon , Dieu des vers , Dieu de la Médecine ,

  6. 6

    M'ordonne de chanter l'art heureux de Lucine ,

  7. 7

    Dont Londres me donna les savantes leçons :

  8. 8

    Puisse-t-il de ma lyre éterniser les sons ?

  9. 9

    Pour prix de tes faveurs , je vengerai ta mère ,

  10. 10

    DÉLIUS ; de Junon je peindrai la colère ,

  11. 11

    Quand Neptune , à l'instant où tu reçus le jour ,

  12. 12

    De Délos , sous ses pas , affermit le séjour.

  13. 13

    Garde-toi de penser que ma reconnaissance

  14. 14

    Se borne à célébrer l'auteur de ta naissance ,

  15. 15

    Je chanterai ta gloire aux yeux de l'univers.

  16. 16

    Ton pouvoir sur les cœurs , consacré dans mes vers ,

  17. 17

    Du plus charmant des dieux , du dieu de l'harmonie ,

  18. 18

    Fera d'un pôle à l'autre adorer le génie.

  19. 19

    Sur les monts de la Thrace , Orphée à ses accords ,

  20. 20

    Des monstres des forêts enchaînant les efforts ;

  21. 21

    Arion , échappant aux horreurs du naufrage ;

  22. 22

    Des matelots charmés , domptant l'aveugle rage ;

  23. 23

    Amphion , sur des bords par son luth enchantés ,

  24. 24

    Animant les rochers , élevant des cités ;

  25. 25

    Timothée , aux accords de sa touchante lyre ,

  26. 26

    Subjuguant Alexandre et calmant son délire ;

  27. 27

    Tyrtée , au Spartiate abattu tant de fois

  28. 28

    Redonnant la victoire , aux accens de sa voix ;

  29. 29

    Socrate , en sa prison , cultivant la musique ;

  30. 30

    Platon , de ce bel art , ornant la république ;

  31. 31

    Tous , jusqu'au nourrisson , sur le sein maternel ,

  32. 32

    Rendront au dieu du chant un hommage éternel.

  33. 33

    Protectrice d'un art si fécond en merveilles ,

  34. 34

    Déesse à qui ma muse a consacré ses veilles ,

  35. 35

    Daigne , chaste LUCINE , agréer mes travaux ;

  36. 36

    Et souffre qu'en donnant des préceptes nouveaux ,

  37. 37

    Docile à tes leçons , aux yeux d'un sexe aimable ,

  38. 38

    J'orne la vérité des attraits de la fable.

  39. 39

    Avili , profané par des cœurs inhumains ,

  40. 40

    Ton art fut trop long-temps redouté des humains ;

  41. 41

    Par toi-même éclairé l'univers va connaître

  42. 42

    Ce qu'il fut , ce qu'il est , et ce qu'il devrait être.

  43. 43

    Lucine m'a souri : sensible à ses accens ,

  44. 44

    De ma muse elle accepte et les vœux et l'encens.

  45. 45

    Des grâces , des vertus , noble et touchante image ,

  46. 46

    Femme , dont la douceur a droit à notre hommage ,

  47. 47

    Tu ne peux , je l'avoue , enfanter sans douleurs ,

  48. 48

    La nature en tribut exige quelques pleurs ;

  49. 49

    Mais , si pour être mère il suffit de tes larmes ,

  50. 50

    Si pour tes propres jours ton ame est sans alarmes ;

  51. 51

    Si du fer je proscrits l'homicide secours ;

  52. 52

    Si d'un *travail* trop lent facilitant le cours ,

  53. 53

    Des enfans sans danger , je hâte la naissance ,

  54. 54

    J'aurai des droits , peut être , à ta reconnaissance.

  55. 55

    D'un sexe qui t'honore , ornement précieux ,

  56. 56

    Pudeur , daigne un moment , abandonner les cieux ;

  57. 57

    Viens d'un regard sévère épurer mon ouvrage ,

  58. 58

    Viens , et si de nos mœurs la licence t'outrage ,

  59. 59

    Et te rend des mortels le séjour odieux,

  60. 60

    Prête un voile à ma muse, et reste au rang des dieux.

  61. 61

    Les neuf savantes sœurs, de ton culte jalouses,

  62. 62

    Ne feront point rougir les plus chastes épouses.

  63. 63

    Et toi, dont le nom seul, fait pâlir les auteurs,

  64. 64

    Peu dignes de braver tes discours imposteurs,

  65. 65

    Déesse, dont la haine illustrerait ma vie,

  66. 66

    Des enfers à ma voix, sors implacable Envie,

  67. 67

    Et de ta bouche impure exhalant le poison,

  68. 68

    Dis que je n'ai ni goût, ni savoir, ni raison ;

  69. 69

    Que de me signaler j'eus la folle manie ;

  70. 70

    Que ma muse est sans art, sans verve et sans génie ;

  71. 71

    Que chacun de mes vers soit empreint de tes dents :

  72. 72

    Heureux ! qui peut écrire au bruit de tes serpents.

  73. 73

    Mes vœux sont exaucés, soudain l'enfer s'entr'ouvre

  74. 74

    Et vomit la déesse en un coin du vieux Louvre ;

  75. 75

    L'envie et ses serpens sifflent un des jours pairs

  76. 76

    Dans la salle où jadis siégeaient les *Ducs et Pairs*,

  77. 77

    Là Sédillot-Favard rassemble sa famille,

  78. 78

    L'ignorance effrontée et son aveugle fille

  79. 79

    La Routine, sans nez, sans oreilles, sans yeux,

  80. 80

    Qui toujours à son aide évoquant ses aïeux,

  81. 81

    Aux préjugés du peuple immole la nature ;

  82. 82

    La Calomnie atroce et sa sœur l'Imposture

  83. 83

    Qui versent leur poison, avec art préparé,

  84. 84

    Sur l'amant de Lucine et l'ami de Paré.

  85. 85

    Sifflez, serpens ! et vous, filles du Styx, courage !

  86. 86

    Puisse ma muse encor exciter votre rage !

  87. 87

    Jamais concert plus doux et plus harmonieux ;

  88. 88

    Je me crois transporté dans le séjour des dieux.

  89. 89

    Tel, au bord d'un marais, l'ami de la nature

  90. 90

    Voit le peuple grenouille agiter l'onde impure.

  91. 91

    Ce spectacle est l'objet de ses délassemens ;

  92. 92

    Il s'endort au vain bruit de ses croassemens.

  93. 93

    Ah ! mille fois heureux l'auteur dont les ouvrages

  94. 94

    Ont sur lui de l'Envie attiré les outrages !

  95. 95

    Mais toi, qui sans aigreur, sans partialité,

  96. 96

    Sur les tombeaux assise avec la Vérité,

  97. 97

    Foulant aux pieds l'Envie et ses basses manœuvres,

  98. 98

    As le droit de juger les auteurs et leurs œuvres,

  99. 99

    Postérité trop lente, hâte-toi de venir

  100. 100

    Venger ma cause aux yeux des siècles à venir.

  101. 101

    Je puis avec orgueil dire ici comme Horace :

  102. 102

    Du chemin que je prends nul n'a frayé la trace.

  103. 103

    Me suive qui voudra jusqu'au sacré vallon,

  104. 104

    Moi, je ne veux avoir pour guide qu'Apollon ;

  105. 105

    Apollon et la Paix ; comptez sur ma parole ;

  106. 106

    Ce rameau d'olivier en est le vrai symbole,

  107. 107

    Je ne veux que la Paix. Mais, si quelque imprudent

  108. 108

    Vient m'échauffer la bile et tombe sous ma dent,

  109. 109

    Dans les ondes du Styx eût-il trempé ses armes,

  110. 110

    Je l'en avertis bien, il versera des larmes.

  111. 111

    Riche, pauvre, exilé, par-tout où je serai,

  112. 112

    Quel que soit mon destin, en un mot..... j'écrirai.

  113. 113

    Déjà depuis six mois, aux bords de la Tamise,

  114. 114

    Grâce aux soins généreux de la noble Artémise,

  115. 115

    White, Hunter, Hosbornn, Miquel, les deux Nelsons,

  116. 116

    Prodiguaient à mes vœux leurs savantes leçons.

  117. 117

    Un jour, ivre de joie, heureux de ce délire

  118. 118

    Qu'inspire à ses enfans le maître de la lyre,

  119. 119

    De mes instituteurs, dignes rivaux des Dieux,

  120. 120

    Je chantais les bienfaits en vers mélodieux,

  121. 121

    Quand près d'un temple, au sein d'un bosquet solitaire,

  122. 122

    Retraite aimable et sombre, asile du mystère,

  123. 123

    Que la Tamise heureuse arrose de ses eaux,

  124. 124

    J'aperçois, à travers les tiges des roseaux,

  125. 125

    Une jeune beauté, la gorge à demi-nue,

  126. 126

    Par un réseau de pourpre avec art retenue.

  127. 127

    Elle a la taille svelte et le teint le plus beau ;

  128. 128

    Sa main droite avec grâce agite un long flambeau,

  129. 129

    Qui du serpent Python est la vive peinture ;

  130. 130

    Des ciseaux, un fil d'or, pendent à sa ceinture.

  131. 131

    Son port majestueux inspire le respect.

  132. 132

    Je l'admire, et soudain, tremblant à son aspect,

  133. 133

    Je feins de l'éviter ; mais, détournant la tête,

  134. 134

    Je la vois s'arrêter, et soudain je m'arrête.

  135. 135

    Tu me fuis, me dit-elle, en me tendant la main ?

  136. 136

    Moi vous fuir ! et d'un pas j'ai franchi le chemin.

  137. 137

    Ah ! qui que vous soyez, ou déesse, ou mortelle !

  138. 138

    Peux-tu me méconnaître, ingrat, ajouta-t-elle ?

  139. 139

    De grâce, pardonnez au trouble de mes sens ;

  140. 140

    C'est vous, chaste Lucine, à mon cœur je le sens.

  141. 141

    O vous ! qui des humains protégez la naissance,

  142. 142

    Agréez le tribut de ma reconnaissance.

  143. 143

    Mais, pourquoi sur ces bords fixer votre séjour ?

  144. 144

    Que je serais heureux, si je pouvais un jour,

  145. 145

    Aux remparts de Paris, ami de la nature

  146. 146

    Et de l'humanité, prêtre sans imposture,

  147. 147

    Vous élever un temple, et sur vos saints autels

  148. 148

    Vous rendre les honneurs dus aux Dieux immortels.

  149. 149

    J'habitais, dit Lucine, au sein de ta patrie ;

  150. 150

    Mais, pour de vils jongleurs, sa folle idôlatrie

  151. 151

    Me fit abandonner des bords ensanglantés,

  152. 152

    Pour venir me fixer en ces lieux enchantés,

  153. 153

    Où l'accoucheur anglais me révère et m'honore,

  154. 154

    Ennemi des *forceps*, des crochets qu'il abhorre.

  155. 155

    Il frémit au seul nom de ce Roi criminel

  156. 156

    Qui plongea le coûteau dans le sein maternel.

  157. 157

    Et moi, dis-je à Lucine, aux bords de la Tamise,

  158. 158

    Guidé pour être utile à l'aimable Artemise,

  159. 159

    Aux pieds de vos autels, j'attends qu'il plaise aux Dieux

  160. 160

    D'affranchir mon pays d'un tyran odieux.

  161. 161

    En quel état, ô ciel! est ma triste patrie.

  162. 162

    Le commerce a perdu son heureuse industrie.

  163. 163

    Les arts, enfans du luxe, aujourd'hui languissans,

  164. 164

    Font, pour se ranimer, mille efforts impuissans.

  165. 165

    Le crédit, de trésors inépuisable source,

  166. 166

    A l'homme industrieux n'offre plus sa ressource.

  167. 167

    L'avare aux émigrés en pleurant vend son or,

  168. 168

    Ou court dans son enclos enfouir son trésor.

  169. 169

    Le ciel même, le ciel, toujours plein d'indulgence,

  170. 170

    Verse en vain ses bienfaits au sein de l'indigence.

  171. 171

    L'étranger, dépouillant nos fertiles guérets,

  172. 172

    Nous vend, au poids de l'or, les présens de Cérès;

  173. 173

    Du fruit de nos sueurs fait un commerce infâme,

  174. 174

    Et rit du désespoir d'un peuple qu'il affame.

  175. 175

    Ah! Français, épuisés par tant de maux soufferts,

  176. 176

    Allez à vos tyrans redemander des fers.

  177. 177

    Les peuples corrompus, sont nés pour l'esclavage,

  178. 178

    Je ne vois plus en vous qu'une horde sauvage

  179. 179

    Sans frein, sans lois, sans mœurs et sans humanité,

  180. 180

    Qui s'égorge au saint nom de la Fraternité;

  181. 181

    Sentiment dont le mot est sans cesse à sa bouche,

  182. 182

    Et jamais dans son cœur sanguinaire et farouche.

  183. 183

    Ah! Français, quel délire égare ainsi vos cœurs?

  184. 184

    Quoi! par-tout triomphans, invaincus et vainqueurs,

  185. 185

    Par-tout foulant aux pieds sceptres et diadêmes,

  186. 186

    Ne pourrez-vous, enfin, triompher de vous-mêmes?

  187. 187

    Dompter vos passions , redevenir Français ,

  188. 188

    Et goûter à ce prix les douceurs de la Paix ?

  189. 189

    O Paix ! fille des cieux , divinité chérie ,

  190. 190

    Viens de ses longs malheurs consoler ma patrie.....

  191. 191

    Mais , que vois-je !... Est-ce toi , qui du séjour des Dieux ?...

  192. 192

    Oui , je la reconnais à son front radieux ,

  193. 193

    A la sérénité peinte sur son visage ,

  194. 194

    A ce rameau sacré , de fortuné présage ,

  195. 195

    Minerve la précède et Thémis suit ses pas ;

  196. 196

    L'Égalité portant le niveau , le compas ;

  197. 197

    Enfin , la Liberté , sa compagne fidèle ,

  198. 198

    La suivent , et des cieux descendent avec elle.

  199. 199

    Fuyez , disparaissez , rentrez dans les enfers ,

  200. 200

    Ministres de Pluton , qui nous forgez des fers ;

  201. 201

    De brigands déchaînés épouvantable horde ,

  202. 202

    Rentrez dans les enfers. La Paix et la Concorde ,

  203. 203

    Au gré de nos désirs vont régner parmi nous ,

  204. 204

    Tyran de ma Patrie

  205. 205

    , expire à leurs genoux.

  206. 206

    Beaux Arts , fils de la Paix , venez lui rendre hommage ,

  207. 207

    Venez ; que sa tendresse , enfin , vous dédommage

  208. 208

    Des fureurs d'un Vandale à vous perdre acharné ;

  209. 209

    Faites-nous oublier un siècle infortuné.

  210. 210

    Rassemblez avec soin ces débris de l'orage ,

  211. 211

    Ces marbres mutilés dispersés par sa rage.

  212. 212

    Guidé par le Génie et par la Vérité ,

  213. 213

    Que le pinceau transmette à la Postérité ,

  214. 214

    Et ce peuple volant de victoire en victoire ,

  215. 215

    Et ses traits de valeur consacrés par l'histoire.

  216. 216

    Au Parnasse français , dans le sacré vallon ,

  217. 217

    Venez , accourez tous , nobles fils d'Apollon ;

  218. 218

    Venez, dignes rivaux et d'Orphée et d'Homère ,

  219. 219

    Célébrer le retour de votre auguste mère.

  220. 220

    Et moi, pour mieux jouir de vos accords touchans ,

  221. 221

    Au son de votre luth je tracerai les chants

  222. 222

    Que m'inspira le Dieu cher à la Médecine ,

  223. 223

    Pour venger à la fois la Nature et Lucine.

  224. 224

    La vive émotion qu'excitent mes douleurs

  225. 225

    S'exhale en ce moment par un torrent de pleurs.

  226. 226

    Console-toi, mon fils, dit Lucine attendrie ;

  227. 227

    Après bien des revers ton heureuse Patrie ,

  228. 228

    Au comble de la gloire , au faîte de l'honneur ,

  229. 229

    D'une éternelle paix goûtera le bonheur.

  230. 230

    En achevant ces mots, Lucine ouvre son temple :

  231. 231

    J'entre. Mon œil surpris lit, admire et contemple ,

  232. 232

    Ici de mille auteurs les ouvrages divers ,

  233. 233

    Recueillis avec soin sur ce vaste Univers ;

  234. 234

    Plus loin sont les portraits des accoucheurs illustres ,

  235. 235

    L'honneur, l'appui de l'Art, depuis près de cent lustres ;

  236. 236

    Lucine avec bonté guidait par-tout mes pas.

  237. 237

    Déesse , dis-je alors , pourquoi ne vois-je pas

  238. 238

    Au rang de vos enfans le portrait d'un grand homme ,

  239. 239

    L'idôle de Paris et le Dieu de Saint-Côme.

  240. 240

    Lucine , soulevant le drap qui le couvrait ,

  241. 241

    Me dit avec dédain : voici le grand Levret.

  242. 242

    Je sais qu'en France encore une secte homicide

  243. 243

    Égale ses travaux à ceux du grand Alcide ;

  244. 244

    Mais ici la Nature a , dans l'obscurité ,

  245. 245

    Dérobé son image à la Postérité.

  246. 246

    Du sanctuaire alors l'auguste enceinte ouverte ,

  247. 247

    Offre à mes yeux , de mets une table couverte ;

  248. 248

    Des flambeaux allumés , la brillante clarté ,

  249. 249

    De Lucine à mes yeux rehausse la beauté ;

  250. 250

    Dix Nymphes, à l'envi, s'empressent autour d'elle,

  251. 251

    Mais leurs attraits ne font que la rendre plus belle.

  252. 252

    Ainsi, dans un parterre émaillé de cent fleurs,

  253. 253

    Rivales par l'éclat, le parfum, les couleurs,

  254. 254

    De l'empire de Flore aimable souveraine,

  255. 255

    La rose, à nos regards, brille et commande en Reine.

  256. 256

    Mon fils, me dit Lucine, il faut te reposer.

  257. 257

    Tous ces mets sont pour toi, tu peux en disposer.

  258. 258

    Les mets, les vins, les fruits, tout était délectable.

  259. 259

    Bien plus, chacun des mets étalés sur la table,

  260. 260

    A mes yeux enchantés retraçait, trait pour trait,

  261. 261

    Des objets de mon Art le fidèle portrait.

  262. 262

    Dans un fruit pyriforme on voyait la matrice,

  263. 263

    Ses ligamens, son col et son double orifice.

  264. 264

    Un gâteau circulaire aminci sur les bords,

  265. 265

    Offrait du *Placenta* le cordon et le corps.

  266. 266

    Des bombons, avec art moulés sur vingt modèles,

  267. 267

    Offraient de vingt fétus les images fidèles.

  268. 268

    Des pâtés, des biscuits, faits sur de beaux dessins,

  269. 269

    Du beau sexe, à tout âge, imitaient les bassins ;

  270. 270

    Et les vins, colorés par une main habile,

  271. 271

    Retraçaient à l'esprit le lait, le sang, la bile.

  272. 272

    Lucine, ici tout plaît, tout y parle à l'esprit,

  273. 273

    Lui dis-je, et la déesse en souriant reprit :

  274. 274

    L'Art d'enseigner est nul sans l'Art heureux de plaire ;

  275. 275

    Reçois d'abord de moi cet avis salutaire.

  276. 276

    Dans un juste transport, je tombe à ses genoux.

  277. 277

    Nymphes, dit la Déesse, allez et laissez-nous.

  278. 278

    Mon fils, aperçois-tu sous ce vaste portique,

  279. 279

    Un monument en bronze, orné d'un marbre antique ?

  280. 280

    A qui destinez-vous ce brillant piédestal

  281. 281

    De jaspe, de porphyre et d'un riche métal ?

  282. 282

    A celui de mes fils, qui, le premier en France,

  283. 283

    Vengera mon honneur, y prendra ma défense,

  284. 284

    Et qui, par des écrits lumineux, immortels,

  285. 285

    Y saura rétablir mon culte et mes autels.

  286. 286

    Je me sens animé de cette noble audace,

  287. 287

    Déesse, apprenez-moi ce qu'il faut que je fasse.

  288. 288

    Suivre en tout les conseils que je vais te donner.

  289. 289

    Vos vœux seront des lois, hâtez-vous d'ordonner.

  290. 290

    Favori d'Apollon, reprit alors Lucine,

  291. 291

    Il t'a donné des vers la science divine ;

  292. 292

    Pour consacrer son Art et remplir mon dessein,

  293. 293

    Tu dois être accoucheur, poëte et médecin.

  294. 294

    Des Dieux la poésie est le noble langage ;

  295. 295

    De l'Immortalité ce bel Art est le gage.

  296. 296

    Laisse dire le sot qui veut que l'Art des vers

  297. 297

    Soit de l'esprit humain un malheureux travers.

  298. 298

    O Muses, qui brûlez d'une céleste flamme,

  299. 299

    Propices à mes vœux, électrisez son ame !

  300. 300

    Inspiré des neuf sœurs, que mon fils aujourd'hui

  301. 301

    Apprenne de sa mère à briguer votre appui !

  302. 302

    Le poëte en tout temps ne vit que pour la gloire :

  303. 303

    Son Génie immortel, aliment de l'histoire,

  304. 304

    Des préceptes de l'Art n'est point l'heureux effet.

  305. 305

    De la Nature avare il tient ce grand bienfait.

  306. 306

    C'est un souffle divin qui l'échauffe et l'inspire,

  307. 307

    Et qui, sur tous ses sens, exerce un noble empire.

  308. 308

    Le poëte est sacré. Des présens que les cieux

  309. 309

    Daignent faire aux humains, c'est le plus précieux.

  310. 310

    Sa seule passion est l'amour de l'étude.

  311. 311

    Les rochers, les forêts, les vents, la solitude,

  312. 312

    Par sa lyre animés en répétent les sons.

  313. 313

    Des vertus à l'enfance il donne les leçons.

  314. 314

    Du cœur de la jeunesse, encor tendre et novice,

  315. 315

    Il écarte avec soin le souffle impur du vice.

  316. 316

    On ne voit point chez lui des tas d'or et d'argent ;

  317. 317

    Mais il sèche au besoin les pleurs de l'indigent.

  318. 318

    C'est lui qui, le premier sur ses pipeaux rustiques,

  319. 319

    En l'honneur du dieu Pan, composa des cantiques.

  320. 320

    Du poète inspiré les vers mélodieux,

  321. 321

    En faveur des mortels, intéressent les Dieux.

  322. 322

    C'est lui qui, des zéphirs féconde les haleines,

  323. 323

    Qui, des dons de Cérès, enrichissent nos plaines ;

  324. 324

    Enfin, c'est par le charme et le pouvoir des vers

  325. 325

    Qu'on appaise à la fois l'Olympe et les Enfers.

  326. 326

    J'aime la poésie, et son charme m'attire ;

  327. 327

    Mais il faut vous venger, et je hais la satire.

  328. 328

    Apprends qu'Aristophane, Eupolis, Cratinus,

  329. 329

    Et tant d'autres auteurs comiques moins connus,

  330. 330

    Traînaient, et jusqu'au sang fustigeaient sur la scène,

  331. 331

    Un méchant, un fripon, un libertin obscène,

  332. 332

    Un meurtrier. Enfin, tout homme décrié

  333. 333

    Fut, par Lucilius, déchiré sans pitié.

  334. 334

    On dit que, né méchant, un auteur satirique,

  335. 335

    Se nourrit, par instinct, du fiel de la critique.

  336. 336

    Un auteur satirique est l'effroi des méchans ;

  337. 337

    Les gens honnêtes, bons, ne craignent point ses chants.

  338. 338

    Déchirer un ami, lui nuire en son absence,

  339. 339

    Aux calomniateurs le livrer sans défense ;

  340. 340

    Ne point taire un secret qu'on nous a confié ;

  341. 341

    Rire aux dépens d'autrui, loin d'en avoir pitié ;

  342. 342

    D'un diseur de bons mots, d'un forgeur de paroles,

  343. 343

    Pour se faire applaudir, jouer les tristes rôles,

  344. 344

    Voilà ce que j'appelle un être dangereux,

  345. 345

    Un homme à fuir..... un homme..... un serpent vénimeux.

  346. 346

    Mais, à la vérité consacrer un ouvrage,

  347. 347

    Éclairer les mortels, leur dire avec courage,

  348. 348

    Que les Césariens sont des buveurs de sang,

  349. 349

    Que de la femme enceinte ils entr'ouvrent le flanc,

  350. 350

    Pour étancher leur soif toujours insatiable ;

  351. 351

    Voilà ce que j'appelle un homme sociable,

  352. 352

    De l'humanité sainte un digne bienfaiteur ;

  353. 353

    En un mot, un poète, un immortel auteur :

  354. 354

    Du reste, apprends de moi l'arrêt des destinées.

  355. 355

    A compter de ce jour, la France en dix années

  356. 356

    Verra le crime assis au trône des BOURBONS,

  357. 357

    Dans l'art de gouverner, trop généreux, trop bons.

  358. 358

    La Médecine alors fondera trois écoles

  359. 359

    Où l'erreur dictera les préceptes frivoles,

  360. 360

    De culbute à sept mois, de bassins trop étroits.

  361. 361

    De fétus monstrueux, de vices des détroits.

  362. 362

    Mais, tandis qu'à Paris de sottises pareilles

  363. 363

    On rebattra cent fois les yeux et les oreilles,

  364. 364

    Fondateur d'une École, effroi des imposteurs,

  365. 365

    Tu verras à tes cours de nombreux auditeurs,

  366. 366

    Des Rousset, des Bauhin démentir les miracles,

  367. 367

    Et de la Vérité consacrer les oracles.

  368. 368

    Pour prix de tes efforts accepte cet écrin,

  369. 369

    Qui renferme à la fois une plume d'airain,

  370. 370

    Et deux flacons remplis d'une encre indélébile,

  371. 371

    Faite avec du nectar, mêlé d'un peu de bile ;

  372. 372

    Écris, je dicterai. Tes principes nouveaux

  373. 373

    N'entreront pas d'abord dans quelques vieux cerveaux,

  374. 374

    Où l'ame, dans sa glande esclave et prisonnière,

  375. 375

    Voit les faits à travers sa loupe routinière,

  376. 376

    Et traite à soixante ans, d'absurde nouveauté,

  377. 377

    Tout fait qui contredit maint système adopté.

  378. 378

    Mais, sans te rebuter, arme-toi de courage;

  379. 379

    Les amis des beaux Arts goûteront ton ouvrage.

  380. 380

    Qu'un aride sujet, fécondé sous ta main,

  381. 381

    Dans le sacré Vallon, t'ouvre un nouveau chemin,

  382. 382

    Tandis que sur tes pas les jeux, les ris, les Grâces,

  383. 383

    De mille écueils semés déroberont les traces,

  384. 384

    Et rendront de mon Art les efforts triomphans.

  385. 385

    De tout temps les humains furent de grands enfans;

  386. 386

    Pour leur faire adopter la Vérité suprême,

  387. 387

    Il faut savoir toujours user de stratagême;

  388. 388

    Ne l'offrir jamais nue et sans fard, sans couleurs,

  389. 389

    Mais la leur rendre aimable, en la parant de fleurs.

  390. 390

    Tel, afin d'épurer, ou le sang ou la bile,

  391. 391

    Un prêtre d'Esculape, un médecin habile,

  392. 392

    A l'enfance crédule et que l'erreur séduit,

  393. 393

    Dans un vase éclatant, de miel au bord enduit,

  394. 394

    Offre un breuvage amer dont l'effet salutaire

  395. 395

    N'est dû qu'au stratagême employé pour lui plaire.

  396. 396

    L'ami de la Nature et de la Vérité,

  397. 397

    En tout temps, en tous lieux, se vit persécuté.

  398. 398

    Dans les fers Galilée a terminé sa vie.

  399. 399

    Paré, Peän, Harvée ont éveillé l'Envie.

  400. 400

    Bordeu, l'honneur, la gloire et l'oracle de l'Art,

  401. 401

    Fut de meurtre et de vol accusé par Bouvart,

  402. 402

    Et ce reptile impur, gorgé de calomnie,

  403. 403

    Empoisonna les jours d'un enfant du Génie.

  404. 404

    Plus sage que Bordeu, l'illustre Scipion,

  405. 405

    Qui reçut d'Africain le glorieux surnom,

  406. 406

    De vol, de brigandage accusé par l'Envie,

  407. 407

    Se tut et fit parler ses hauts-faits et sa vie.

  408. 408

    L'auteur des livres saints, Jesus déifié,

  409. 409

    Par les docteurs des juifs se vit crucifié,

  410. 410

    Et du haut d'un gibet, du salut heureux signe,

  411. 411

    Fut honni par Durault, larron le plus insigne

  412. 412

    Tu ne serais pas mort, Dieu sauveur des humains,

  413. 413

    Si dans ce siècle affreux, les Césars des Romains,

  414. 414

    Loin de régir l'Empire, au gré de leur caprice,

  415. 415

    Eussent fait respecter les lois et la justice.

  416. 416

    Mais le Temps, la Raison domptent les préjugés,

  417. 417

    Et par eux, à leur tour, les juges sont jugés.

  418. 418

    Restaurateur d'un Art qu'avilit la routine,

  419. 419

    A l'ennoblir, enfin, Apollon te destine;

  420. 420

    Je vais te révéler ses merveilleux secours :

  421. 421

    Lucine alors s'assied et me tient ce discours.

  422. 422

    Ma main va soulever le voile impénétrable

  423. 423

    Qui dérobe, à tes yeux, un chef-d'œuvre admirable.

  424. 424

    Au pied d'un joli mont, à Vénus consacré,

  425. 425

    Dans un vallon charmant, au sein d'un bois sacré,

  426. 426

    Est un temple fameux, dont la simple structure,

  427. 427

    Semble indiquer l'asile où se plaît la Nature.

  428. 428

    Là, sur leur trône assis l'Amour et le Désir,

  429. 429

    Du doigt, en souriant, appellent le Plaisir.

  430. 430

    Un fleuve, sous leurs pieds, guidé par deux Naïades,

  431. 431

    Ou s'élance en torrent, ou retombe en cascades,

  432. 432

    Dans un bassin vermeil, de fleurs environné.

  433. 433

    Plus loin, on voit l'Hymen de myrthe couronné,

  434. 434

    Caché dans le parvis, d'où le Dieu du Mystère,

  435. 435

    Par un sentier étroit, conduit au sanctuaire.

  436. 436

    De son auguste enceinte, ouverte aux deux côtés,

  437. 437

    L'œil ne peut se lasser d'admirer les beautés.

  438. 438

    C'est dans ce sanctuaire, asile impénétrable,

  439. 439

    D'un tissu merveilleux, d'une forme admirable,

  440. 440

    De l'Amour, de l'Hymen, mystérieux réduit,

  441. 441

    Qu'au sein des Voluptés, le monde est reproduit.

  442. 442

    Dans ce temple sacré, si fécond en miracles,

  443. 443

    Viens, et de la Nature entends les saints oracles.

  444. 444

    En ce rapide instant, où d'amour ennivrés,

  445. 445

    Aux doux plaisirs des sens deux êtres sont livrés,

  446. 446

    Le mâle, dans l'accès du délire extatique,

  447. 447

    Darde au sein maternel la liqueur prolifique.

  448. 448

    Le viscère en frémit. Par ce frémissement,

  449. 449

    L'œuf tombe et l'embrion reçoit le mouvement.

  450. 450

    La sémence du mâle agente et créatrice,

  451. 451

    Se condense et se moule au fond de la matrice,

  452. 452

    C'est là, l'arrière-faix. Heureux médiateur,

  453. 453

    Il reçoit et transmet le suc réparateur

  454. 454

    Qui jusqu'à l'embrion, par le cordon circule.

  455. 455

    L'amnios est de l'œuf la tendre pellicule,

  456. 456

    L'autre plus dure a pris le nom de *chorion*,

  457. 457

    Double sac qui contient les eaux et l'embrion.

  458. 458

    La matrice n'est donc qu'un vase, une enveloppe,

  459. 459

    Le *placenta*, la couche où l'œuf se développe ;

  460. 460

    Le cordon est le tronc plus ou moins étendu,

  461. 461

    Et l'embrion, le fruit aux rameaux suspendu.

  462. 462

    Ah ! de grâce arrêtez, aimable institutrice,

  463. 463

    Souffrez qu'avec respect j'adore la matrice,

  464. 464

    Où seule et loin de l'œil des mortels indiscrets,

  465. 465

    La nature admirable à voilé ses secrets.

  466. 466

    Mais, grâce à vous, je pense entrevoir son système.

  467. 467

    Hommes, plantes, métaux, tout croît, tout vit de même,

  468. 468

    Tout renaît, rien ne meurt. Oui, la mort n'est qu'un mot

  469. 469

    Consolant pour le sage, effrayant pour le sot.

  470. 470

    Qu'importe, qu'un amas de fange, la matière,

  471. 471

    Dans la nuit du tombeau descende toute entière,

  472. 472

    Quand le Moi vit toujours, quand le souffle immortel

  473. 473

    Qui l'anima, revole au sein de l'Éternel.

  474. 474

    Voilà comment ma Muse entrevoit et devine ,

  475. 475

    Qu'a pu se faire en moi cette union divine

  476. 476

    De l'âme avec le corps, mieux que ne me l'apprit

  477. 477

    Mon curé riche en foi , mais très-pauvre d'esprit.

  478. 478

    Quoi ! Lucine, est-il vrai, qu'en sa double enveloppe ,

  479. 479

    Le fétus dans le sein croisse et se développe ,

  480. 480

    Les pïeds croisés , le nez rapproché du ménton ,

  481. 481

    Les deux bras sur les flancs , le corps en peloton ?

  482. 482

    Est-il vrai qu'à sept mois il fasse la culbute ,

  483. 483

    Les pieds en haut, la tête en bas, après sa chute ?

  484. 484

    De Sabatier, d'Hallé tel est le sentiment ;

  485. 485

    Mais l'observation, le tact , le jugement ,

  486. 486

    Et de l'économie une profonde étude ,

  487. 487

    T'apprendront que l'enfant a toute autre attitude.

  488. 488

    Lucine, à mon avis , Hallé n'est pas un sot ,

  489. 489

    Puisqu'il a de nos jours ressuscité Tissot ,

  490. 490

    Auteur de l'Onanisme et de l'Avis au peuple.

  491. 491

    Bon , des haillons des morts , le fin docteur se meuble ,

  492. 492

    Son Hygienne même , hélas ! n'est point de lui ;

  493. 493

    Il la forgea , dit-il, des principes d'autrui.

  494. 494

    C'est une Macédoine, un pot-pourri. Du reste ,

  495. 495

    Il ne s'en prévaut point. On n'est pas plus modeste ,

  496. 496

    Et c'est sans son aveu, que du matin au soir

  497. 497

    On l'entête , on l'étouffe à grands coups d'encensoir.

  498. 498

    Souvent pour un dîner , maint et maint journaliste ,

  499. 499

    A titre de savant le coucha sur sa liste.

  500. 500

    Mais, au fait. L'embrion , au cordon suspendu ,

  501. 501

    Vit et nage à son gré dans les eaux étendu.

  502. 502

    Mais , à cinq mois, trop grand en raison du viscère ,

  503. 503

    Il prend une attitude à son tronc nécessaire ;

  504. 504

    D'une iliaque à l'autre , en travers du bassin ,

  505. 505

    Le fétus sur le dos est couché dans le sein.

  506. 506

    Libre de se mouvoir, en tout sens il s’agite ;

  507. 507

    Epuisé de fatigue, il repose en son gîte.

  508. 508

    Le fétus en neuf mois croît par proportion,

  509. 509

    Plus que l’adulte en trente. Or, l’observation

  510. 510

    Qui constate ce fait, prouve avec certitude,

  511. 511

    Que pour croître, il lui faut une libre attitude.

  512. 512

    L’accroissement, mon fils, tient à la faculté

  513. 513

    Qu’à tout être vivant d’agir en liberté.

  514. 514

    Semblable au corps, l’esprit qu’en sa marche on entrave,

  515. 515

    Décroît, et l’homme alors pense, agit en esclave.

  516. 516

    L’air de la liberté, noble et pur sentiment,

  517. 517

    De l’esprit et du corps est l’utile élément.

  518. 518

    Par liberté, j’entends le droit incontestable

  519. 519

    Que tient de la nature un être raisonnable,

  520. 520

    D’émettre sa pensée avec impunité,

  521. 521

    Quand sa bouche et son cœur ont dit la vérité.

  522. 522

    L’autorité suprême est sans doute abusée,

  523. 523

    De vouloir dans ce siècle enchaîner la pensée,

  524. 524

    En disant aux auteurs, je prétends et je veux

  525. 525

    Que vos contemporains et leurs derniers neveux,

  526. 526

    Ne puissent imiter votre aveugle manie,

  527. 527

    D’éclairer les humains du flambeau du génie.

  528. 528

    D’un sénat ombrageux, l’injuste austérité

  529. 529

    N’imposa point silence à la postérité,

  530. 530

    Quand de Crémutius il fit brûler l’ouvrage.

  531. 531

    L’histoire a su venger ce ridicule outrage.

  532. 532

    Brûler n’est pas répondre ; et contre un écrivain,

  533. 533

    Qui dit la vérité, tout châtiment est vain.

  534. 534

    Tullius, le plus grand des orateurs de Rome,

  535. 535

    Fit un dieu de Caton, qui n’était qu’un grand homme.

  536. 536

    César par un écrit confondit l’orateur,

  537. 537

    Et ne se vengea point, quoiqu’il fût dictateur.

  538. 538

    Tout mortel, quel qu'il soit, que la critique irrite ,

  539. 539

    Loin de la démentir, prouve qu'il la mérite.

  540. 540

    Les Césars ont puni, par un profond mépris ,

  541. 541

    D'Antoine et de Brutus les insolens écrits.

  542. 542

    J'aime les Souverains, je veux qu'on les respecte ,

  543. 543

    Et que leur loyauté ne soit jamais suspecte.

  544. 544

    Mais quel grand intérêt pourraient-ils donc avoir ,

  545. 545

    D'empêcher qu'on apprenne aux méchans leur devoir.

  546. 546

    Divine institutrice, oracle en médecine ,

  547. 547

    Exaucez mes désirs, belle et chaste Lucine ;

  548. 548

    D'un cadavre à mes yeux interrogeant les flancs ,

  549. 549

    Daignez forcer la mort d'être utile aux vivans.

  550. 550

    D'un bassin bien formé montrez-moi la structure ;

  551. 551

    C'est là, c'est là le livre où se peint la Nature.

  552. 552

    Lucine alors reprit, prends ce scapel en main ,

  553. 553

    Et parcours avec moi le labyrinthe humain.

  554. 554

    C'est à l'Anatomie, à ses divins oracles ,

  555. 555

    Que l'art dût ses progrès, sa gloire et ses miracles.

  556. 556

    Tous les bassins, soit grands, soit moyens, soit étroits ,

  557. 557

    De quatre os composés ont chacun deux détroits ,

  558. 558

    Et chacun deux bassins. D'après les meilleurs maîtres ,

  559. 559

    Le plus grand des détroits a quatre diamètres

  560. 560

    Que je réduis à deux. Le *Transversal* ou grand ,

  561. 561

    Et le petit, placé de derrière en devant ,

  562. 562

    Ou *Sacro-Pubien*. Toujours sublime et sage ,

  563. 563

    Sur le corps de l'enfant en moulant le passage ,

  564. 564

    La nature, aux savans, a dit : faibles humains ,

  565. 565

    Adorez, respectez l'ouvrage de mes mains ;

  566. 566

    Abaissez devant moi votre orgueilleux génie ,

  567. 567

    En vain vous vous armez du compas d'Uranie.

  568. 568

    Le mien a du bassin pris les proportions ,

  569. 569

    Mieux que vous j'en connais et les dimensions ,

  570. 570

    Et les rapports divers. Sachez que la matrice

  571. 571

    Tient de moi son ressort et sa force motrice ;

  572. 572

    Sachez que du *travail* je dirige le cours,

  573. 573

    Et que l'art ne peut rien, n'est rien sans mon secours.

  574. 574

    Cependant, ô Lucine ! un art plein d'imposture,

  575. 575

    A voulu follement surpasser la nature ;

  576. 576

    De concert avec lui, l'orgueil, la vanité,

  577. 577

    L'intérêt, ont séduit, trahi l'humanité.

  578. 578

    Ministre de Pluton, une secte inhumaine,

  579. 579

    Jalouse d'agrandir, de peupler son domaine ;

  580. 580

    Dans l'antre d'un Cyclope alla forger des fers ;

  581. 581

    Et parmi les vivans transportant les enfers,

  582. 582

    Par mille affreux tourmens, par d'horribles tortures,

  583. 583

    Épouvanta son siècle et les races futures.

  584. 584

    Il avait donc le cœur doublé d'un triple airain,

  585. 585

    Celui qui le premier, d'un front calme et serein,

  586. 586

    Prenant et l'ignorance et l'intérêt pour guides,

  587. 587

    Dans le flanc maternel plongea ses mains avides,

  588. 588

    Et du sein mutilé, vint d'un air triomphant,

  589. 589

    A l'aide du crochet arracher un enfant.

  590. 590

    Il avait donc une âme inhumaine, insensible,

  591. 591

    Une âme à la pitié toujours inaccessible,

  592. 592

    Celui qui le premier, par un forfait nouveau,

  593. 593

    D'un crâne, encor fumant, fit jaillir le cerveau ?

  594. 594

    Hélas ! pourquoi faut-il que ma Muse raconte,

  595. 595

    De ce siècle de fer et l'audace et la honte ?

  596. 596

    Dans l'espoir consolant, d'un plus doux avenir,

  597. 597

    De nos malheurs passés, perdons le souvenir.

  598. 598

    Lorsqu'un fleuve en courroux franchissant le rivage,

  599. 599

    Dans les champs désolés a porté le ravage,

  600. 600

    Le laboureur prudent, loin de verser des pleurs,

  601. 601

    Prend la bêche et le ciel sensible aux longs malheurs,

  602. 602

    Qui, du fruit de ses soins, ont détruit l'espérance,

  603. 603

    Dans ses guérets féconds, ramène l'abondance.

  604. 604

    Mon fils, poursuit Lucine, on t'a dit mille fois,

  605. 605

    Qu'un bassin vicié dans l'un de ses détroits,

  606. 606

    Trop souvent, à l'enfant, ne peut donner passage,

  607. 607

    Et moi je te dis non. La Nature est trop sage

  608. 608

    Pour féconder un être aux dépens de ses jours.

  609. 609

    Quant au bassin, l'enfant le franchira toujours,

  610. 610

    Et toujours sans danger, malgré son *étroitesse*,

  611. 611

    Si la femme prudente a, durant la grossesse,

  612. 612

    Suivi d'un accoucheur les avis précieux ;

  613. 613

    Si, durant le *travail*, l'art trop audacieux

  614. 614

    Sur un lit de douleur enchaînant la Nature,

  615. 615

    N'a mis sous ses dix doigts la femme à la torture.

  616. 616

    Déesse, apprenez-moi par quel secret ressort,

  617. 617

    Hors du sein maternel l'enfant prend son essor.

  618. 618

    Quel est le procédé que la Nature emploie

  619. 619

    Pour lui donner la vie, en lui frayant la voie

  620. 620

    A travers le bassin et son double détroit,

  621. 621

    Bien ou mal conformé, trop large ou trop étroit ?

  622. 622

    Ce secret, qu'on ignore en France, en Angleterre,

  623. 623

    Reprit Lucine alors, nul mortel sur la terre,

  624. 624

    A la Nature avare encor ne l'a surpris ;

  625. 625

    De tes efforts constans qu'il soit le digne prix.

  626. 626

    Du vœu de la Nature, interprête fidèle,

  627. 627

    Connais le procédé d'un art que je tiens d'elle.

  628. 628

    L'enfant, dans le *travail*, expulsé par le sein,

  629. 629

    Tourne en ligne spirale au sortir du bassin.

  630. 630

    Ainsi, de son écrou par l'artiste chassée,

  631. 631

    La vis tourne en spirale et n'est jamais faussée,

  632. 632

    Tandis qu'il fausserait et la vis et l'écrou,

  633. 633

    S'il tirait droit à soi pour l'ôter de son trou.

  634. 634

    Ne sois donc plus surpris de voir tant de grands maîtres

  635. 635

    Pour avoir méconnu la loi des diamètres ,

  636. 636

    L'un décoler l'enfant dans le sein maternel ,

  637. 637

    L'autre , afin d'échapper au reproche éternel

  638. 638

    D'une éventration , horreur de la nature ,

  639. 639

    Du crâne du fétus rompre chaque suture ,

  640. 640

    Vider la boëte osseuse , et par de longs efforts ,

  641. 641

    Mutiler de l'enfant les membres et le corps.

  642. 642

    Toujours à la lueur du flambeau du génie ,

  643. 643

    Observer des détroits , les rapports , l'harmonie ,

  644. 644

    C'est l'art de triompher des vices du bassin ,

  645. 645

    Et d'extraire vivant , un enfant hors du sein.

  646. 646

    L'accouchement à terme est donc toujours possible ?

  647. 647

    La Raison me l'a dit ; mais rendez-moi sensible

  648. 648

    Lucine , un phénomène inconnu parmi nous ;

  649. 649

    Encor cette faveur , je l'implore à genoux.

  650. 650

    Cependant la Nature , odieuse marâtre ,

  651. 651

    Envers ce sexe doux que mon ame idolâtre ,

  652. 652

    Digne présent des Dieux , chef-d'œuvre de leurs mains ,

  653. 653

    Formé pour adoucir les malheurs des humains ,

  654. 654

    La Nature qui crée et conserve le monde ,

  655. 655

    Voudrait-elle punir une femme féconde ,

  656. 656

    D'avoir rempli son vœu de toute éternité ,

  657. 657

    En payant son tribut à la maternité ?

  658. 658

    Je ne puis le penser. Ce doute est une injure.

  659. 659

    Préjugés , taisez-vous. Mais je vous en conjure ,

  660. 660

    Ce que croit ma raison , prouvez-le à mon esprit ,

  661. 661

    Et qu'il soit convaincu. La Déesse reprit :

  662. 662

    Le jour où la Nature , en créant la lumière ,

  663. 663

    Organisa le monde , anima la matière ,

  664. 664

    J'étais à son conseil , j'eus part à son dessein.

  665. 665

    Lucine , me dit-elle , observe ce bassin ,

  666. 666

    Sa structure est parfaite, et du meilleur modèle

  667. 667

    Ce beau bassin de femme est l'image fidèle.

  668. 668

    Le plus grand des détroits est un vrai cercle osseux,

  669. 669

    Flexible dans l'enfance et bien plus tard chez ceux

  670. 670

    Dont les os sont atteints du vice rachitique,

  671. 671

    De mal vénérien ou d'humeur scorbutique ;

  672. 672

    Mais de ce cercle osseux la flexibilité

  673. 673

    N'en change que la forme et la mobilité,

  674. 674

    Ote à peine un seul point du plan géométrique

  675. 675

    Compris dans ce détroit, ovoïde ou sphérique ;

  676. 676

    Donc l'espace est le même, et le corps contenu,

  677. 677

    Par le corps coutenant n'est jamais retenu.

  678. 678

    En effet, de l'enfant la tête est si flexible,

  679. 679

    Que son extraction n'est jamais impossible.

  680. 680

    Voici l'art en deux mots : au diamètre étroit,

  681. 681

    Du bassin vicié, dans son plus grand détroit,

  682. 682

    Ramenez de l'enfant le petit diamètre,

  683. 683

    Et dans l'art d'accoucher vous voilà passé maître.

  684. 684

    L'obstacle le plus grand ne vient point du bassin,

  685. 685

    Il vient de l'inertie actuelle du sein ;

  686. 686

    Du mouvement spiral l'agent est la matrice,

  687. 687

    Donc point d'accouchement, sans sa force expultrice.

  688. 688

    Tel est le mécanisme ignoré de nos jours,

  689. 689

    A la faveur duquel tu parviendras toujours,

  690. 690

    Et toujours sans danger, à délivrer la femme,

  691. 691

    Sans crochets, sans *forceps*, sans l'appareil infâme

  692. 692

    Des couteaux de Rousset, sur le sein aiguisés,

  693. 693

    Par des tigres cruels en docteurs déguisés.

  694. 694

    Cependant le *forceps* est quelquefois utile.

  695. 695

    Mais redoute, mon fils, un lévier qui mutile,

  696. 696

    Déchire la matrice, et rompt le périné ;

  697. 697

    Si par un double effort, avec art combiné,

  698. 698

    L'accoucheur ne sait pas, de sa main mal-adroite,

  699. 699

    Faire suivre la courbe et puis la ligne droite,

  700. 700

    Aux branches du *forceps* sur la tête appliqué.

  701. 701

    Procédé simple, alors qu'il est bien expliqué.

  702. 702

    De vos doctes leçons mon esprit se pénètre ;

  703. 703

    Mais Lucine, à quels traits pourrai-je reconnaître

  704. 704

    Les vices du bassin et franchir un écueil

  705. 705

    D'autant plus dangereux, qu'il se dérobe à l'œil.

  706. 706

    Le *toucher* sur ce point fut ma seule boussole,

  707. 707

    Mon doigt indicateur de son mieux me console

  708. 708

    D'un pronostic ou faux ou souvent incertain ;

  709. 709

    Mais tel est des mortels le malheureux destin,

  710. 710

    De chercher à tatons, aveugles de naissance,

  711. 711

    La vérité qui craint et qui fuit leur présence.

  712. 712

    La Vérité, mon fils, les cherche, et ses appas,

  713. 713

    Trop simples à leurs yeux, ne les captivent pas.

  714. 714

    Tandis que de l'erreur, moins belle et plus coquette,

  715. 715

    Dont l'éclat les séduit, ils briguent la conquête.

  716. 716

    Ici la Vérité, bien loin de se cacher,

  717. 717

    Se manifeste aux yeux, encor plus qu'au *toucher* ;

  718. 718

    Aux élèves de l'art, même des plus novices,

  719. 719

    Elle apprend du bassin à connaître les vices.

  720. 720

    Faites tourner la femme en qui vous soupçonnez

  721. 721

    Un vice du bassin, ensuite examinez

  722. 722

    Avec le plus grand soin, de quel côté dévie

  723. 723

    La colonne épinière ou canal de la vie.

  724. 724

    Si le tronc incliné penche du côté droit,

  725. 725

    Le vice du bassin est à gauche, au détroit.

  726. 726

    Si le tronc incliné penche du côté gauche,

  727. 727

    Tout le vice est à droite et le *femur* chevauche.

  728. 728

    La raison de ce fait est sensible. Le tronc

  729. 729

    Atteint du Rachitis pert l'équilibre. Donc

  730. 730

    La colonne du dos fuit constamment le vice.

  731. 731

    Cette observation est un fidèle indice.

  732. 732

    En outre le femur du côté vicié ,

  733. 733

    Est plus courbe que l'autre et plus émacié.

  734. 734

    J'aurais encor du nez à peindre la structure ,

  735. 735

    Et son usage propre au vœu de la Nature ;

  736. 736

    A te faire observer , qu'avant l'enfantement ,

  737. 737

    Un *travail* insensible à lieu si lentement ,

  738. 738

    Qu'il n'est pas ressenti par la femme elle-même ,

  739. 739

    Qui , plus svelte et moins grosse , atteste mon système.

  740. 740

    J'aurais à t'enseigner les moyens médicaux ,

  741. 741

    Plus forts que les crochets de tous les arsenaux ;

  742. 742

    J'aurais à t'éclairer , d'un seul trait de lumière ,

  743. 743

    Sur la grossesse heureuse et sa cause première.

  744. 744

    Mais dans mes ÉLÉMENS , dans mes divers écrits ,

  745. 745

    Ces préceptes de l'art ont été bien décrits.

  746. 746

    De plus longues leçons feraient bailler ta Muse ,

  747. 747

    Qui veut que son lecteur et s'instruise et s'amuse ;

  748. 748

    Mais d'ailleurs le sommeil appesantit tes yeux.

  749. 749

    Tout dort , Diane seule erre au sommet des cieux ,

  750. 750

    Tandis que sur son char , au milieu des ténèbres ,

  751. 751

    La nuit a tout voilé de ses crêpes funèbres.

  752. 752

    Va , mon fils , va goûter les douceurs du repos ;

  753. 753

    Bientôt sur toi Morphée agitant ses pavots ,

  754. 754

    Pour charmer ton sommeil appellera les songes ,

  755. 755

    Qui par d'heureux récits et de rians mensonges ,

  756. 756

    Sauront te délasser des fatigues du jour.

  757. 757

    Adieu , mon fils. Soudain au fond de leur séjour ,

  758. 758

    En éclairant mes pas , les Nymphes me conduisent.

  759. 759

    Leur sourire enchanteur , leurs grâces me séduisent ;

  760. 760

    Mon cœur rendait hommage à leurs attraits puissans ,

  761. 761

    Quand le sommeil jaloux appesantit mes sens.

English text

Alignment approximate; line numbers are not a verified source-to-translation map.

Sublime art, faithful to the will of nature,

Before self-interest, envy, and imposture

Had subjected your laws to their caprice,

A child of Apollo today avenges your rights.

Apollo, God of verse, God of Medicine,

Commands me to sing the happy art of Lucina,

Of which London gave me the learned lessons:

May he immortalize the sounds of my lyre?

As the price of your favors, I will avenge your mother,

DÉLIUS; I will paint the wrath of Juno,

When Neptune, at the instant you received the light of day,

Steadied the abode of Delos beneath her steps.

Beware of thinking that my gratitude

Is limited to celebrating the author of your birth,

I will sing your glory to the eyes of the universe.

Your power over hearts, consecrated in my verse,

Of the most charming of gods, of the god of harmony,

Will make the genius adored from one pole to the other.

On the mountains of Thrace, Orpheus with his harmonies,

Chaining the efforts of the monsters of the forests;

Arion, escaping the horrors of shipwreck;

Taming the blind rage of the charmed sailors;

Amphion, on shores enchanted by his lute,

Animating the rocks, raising cities;

Timotheus, to the chords of his touching lyre,

Subjugating Alexander and calming his delirium;

Tyrtaeus, to the Spartan beaten down so many times

Restoring victory with the accents of his voice;

Socrates, in his prison, cultivating music;

Plato, with this beautiful art, adorning the republic;

All, down to the infant upon the maternal breast,

Will render to the god of song an eternal homage.

Protectress of an art so fecund in marvels,

Goddess to whom my muse has consecrated her vigils,

Deign, chaste LUCINE, to accept my labors;

And suffer that in giving new precepts,

Docile to your lessons, before the eyes of an amiable sex,

I adorn truth with the charms of fable.

Debased, profaned by inhuman hearts,

Your art was too long dreaded by humans;

Enlightened by you yourself, the universe will know

What it was, what it is, and what it ought to be.

Lucine smiled upon me: sensitive to her accents,

She accepts from my muse both vows and incense.

Of graces, of virtues, noble and touching image,

Woman, whose sweetness has a right to our homage,

You cannot, I confess, give birth without pains,

Nature in tribute demands some tears;

But, if to be a mother your tears suffice,

If for your own days your soul is without alarms;

If I proscribe the homicidal aid of iron;

If facilitating the course of too slow a *labor*,

I hasten the birth of children without danger,

I shall have rights, perhaps, to your gratitude.

Precious ornament of a sex that honors you,

Modesty, deign for a moment to abandon the heavens;

Come purify my work with a severe gaze,

Come, and if the license of our morals outrages you,

And makes the abode of mortals odious to you,

Lend a veil to my muse, and remain in the rank of the gods.

The nine learned sisters, jealous of your worship,

Will not make the most chaste wives blush.

And you, whose very name makes authors pale,

Unworthy to brave your deceitful speeches,

Goddess, whose hatred would make my life illustrious,

From hell at my voice, come forth implacable Envy,

And from your impure mouth exhaling poison,

Say that I have neither taste, nor knowledge, nor reason;

That I had the mad mania to distinguish myself;

That my muse is without art, without verve and without genius;

That each of my verses be marked by your teeth:

Happy! he who can write to the sound of your serpents.

My vows are answered, suddenly hell opens up

And vomits the goddess into a corner of the old Louvre;

Envy and her serpents hiss on one of the even days

In the hall where once sat the *Ducs et Pairs*,

There Sédillot-Favard gathers his family,

Brazen Ignorance and her blind daughter

Routine, without nose, without ears, without eyes,

Who always summoning her ancestors to her aid,

Sacrifices nature to the prejudices of the people;

Atrocious Calumny and her sister Imposture

Who pour out their poison, prepared with art,

Upon the lover of Lucine and the friend of Paré.

Hiss, serpents! and you, daughters of the Styx, courage!

May my muse still excite your rage!

Never was a concert sweeter and more harmonious;

I believe myself transported to the abode of the gods.

Thus, at the edge of a marsh, the friend of nature

Sees the frog people agitate the impure water.

This spectacle is the object of his diversions;

He falls asleep to the vain noise of its croaking.

Ah! a thousand times fortunate the author whose works

Have drawn upon him the outrages of Envy!

But you, who without bitterness, without partiality,

Seated upon the tombs with Truth,

Trampling underfoot Envy and her base maneuvers,

Have the right to judge authors and their works,

Too slow Posterity, hasten to come

To avenge my cause in the eyes of centuries to come.

I can with pride say here like Horace:

Of the path I take no one has blazed the trail.

Let him follow me who wishes to the sacred vale,

As for me, I wish to have for a guide none but Apollo;

Apollo and Peace; take my word for it;

This olive branch is its true symbol,

I wish only for Peace. But, if some imprudent fellow

Comes to rouse my bile and falls beneath my tooth,

Even had he dipped his weapons in the waters of the Styx,

I warn him well, he will shed tears.

Rich, poor, exiled, wherever I shall be,

Whatever my destiny, in a word..... I will write.

Already for six months, on the banks of the Thames,

Thanks to the generous care of the noble Artemis,

White, Hunter, Hosbornn, Miquel, the two Nelsons,

Were lavishing upon my wishes their learned lessons.

One day, drunk with joy, happy in that delirium

Which the master of the lyre inspires in his children,

Of my instructors, worthy rivals of the Gods,

I was singing the benefactions in melodious verse,

When near a temple, in the heart of a solitary grove,

Pleasant and somber retreat, sanctuary of mystery,

Which the happy Thames bathes with its waters,

I perceive, through the stalks of the reeds,

A young beauty, her breast half-bare,

Artfully restrained by a purple net.

She has a slender figure and the most beautiful complexion;

Her right hand gracefully waves a long torch,

Which is the vivid depiction of the serpent Python;

Scissors, a golden thread, hang at her belt.

Her majestic bearing inspires respect.

I admire her, and suddenly, trembling at her sight,

I feign to avoid her; but, turning my head,

I see her stop, and suddenly I stop.

You flee from me, she said, extending her hand to me?

I, flee from you! and with one step I crossed the path.

Ah! whoever you may be, whether goddess or mortal!

Can you fail to recognize me, ingrate, she added?

Pray, forgive the confusion of my senses;

It is you, chaste Lucine, in my heart I feel it.

O you! who protect the birth of humans,

Accept the tribute of my gratitude.

But why fix your abode on these shores?

How happy I would be, if I could one day,

At the ramparts of Paris, a friend of nature

And of humanity, a priest without imposture,

Raise a temple to you, and upon your holy altars

Render to you the honors due to the immortal Gods.

I used to dwell, said Lucine, in the heart of your country;

But its mad idolatry for vile jugglers

Made me abandon bloodstained shores,

To come and settle in these enchanted places,

Where the English accoucheur reveres and honors me,

An enemy of the *forceps*, of the hooks that he abhors.

He shudders at the mere name of this criminal King

Who plunged the knife into the maternal breast.

And I, I said to Lucina, on the banks of the Thames,

Guided to be of use to the lovely Artemisia,

At the foot of your altars, I wait for it to please the Gods

To free my country from an odious tyrant.

In what a state, O heaven! is my sad homeland.

Commerce has lost its happy industry.

The arts, children of luxury, today languishing,

Make, to revive themselves, a thousand powerless efforts.

Credit, inexhaustible source of treasures,

No longer offers its resource to the industrious man.

Weeping, the miser sells his gold to the emigrants,

Or runs into his enclosure to bury his treasure.

Heaven itself, heaven, always full of indulgence,

Pours in vain its blessings into the bosom of indigence.

The foreigner, stripping our fertile fields,

Sells us, for the weight of gold, the gifts of Ceres;

Makes an infamous trade of the fruit of our sweat,

And laughs at the despair of a people he starves.

Ah! Frenchmen, exhausted by so many suffered evils,

Go ask your tyrants for chains again.

Corrupted peoples are born for slavery,

I no longer see in you anything but a savage horde

Without restraint, without laws, without morals and without humanity,

Which slaughters itself in the holy name of Fraternity;

A sentiment whose word is constantly in its mouth,

And never in its bloodthirsty and fierce heart.

Ah! Frenchmen, what delirium thus leads your hearts astray?

What! everywhere triumphant, unvanquished and victorious,

Everywhere trampling underfoot scepters and diadems,

Will you not be able, at last, to triumph over yourselves?

To subdue your passions, to become Frenchmen once again,

And at this price to taste the sweetness of Peace?

O Peace! daughter of the heavens, cherished divinity,

Come, console my fatherland for its long misfortunes.....

But, what do I see!... Is it you, who from the abode of the Gods?...

Yes, I recognize her by her radiant brow,

By the serenity painted upon her face,

By this sacred branch, of fortunate presage,

Minerva precedes her and Themis follows her steps;

Equality bearing the level, the compass;

Finally, Liberty, her faithful companion,

Follow her, and from the heavens descend with her.

Flee, disappear, return to the underworld,

Ministers of Pluto, who forge our chains;

Dreadful horde of unleashed brigands,

Return to the underworld. Peace and Concord,

According to our desires, will reign among us,

Tyrant of my Fatherland

, expire at their knees.

Fine Arts, sons of Peace, come pay her homage,

Come; let her tenderness, at last, compensate you

For the furies of a Vandal bent on your ruin;

Make us forget an unfortunate century.

Gather with care these remnants of the storm,

These mutilated marbles scattered by its rage.

Guided by Genius and by Truth,

Let the brush transmit to Posterity,

Both this people flying from victory to victory,

And its deeds of valor consecrated by history.

To the French Parnassus, in the sacred vale,

Come, hasten all, noble sons of Apollo;

Come, worthy rivals of both Orpheus and Homer,

To celebrate the return of your august mother.

And I, the better to enjoy your touching chords,

To the sound of your lute I shall trace the songs

Inspired in me by the God dear to Medicine,

To avenge both Nature and Lucina.

The keen emotion that my sorrows excite

Exhales at this moment in a torrent of tears.

Console yourself, my son, said the moved Lucina;

After many reverses your happy Country,

At the summit of glory, at the pinnacle of honor,

Will taste the happiness of an eternal peace.

Upon finishing these words, Lucina opens her temple:

I enter. My surprised eye reads, admires, and contemplates,

Here the diverse works of a thousand authors,

Gathered with care from across this vast Universe;

Further on are the portraits of illustrious accoucheurs,

The honor, the support of the Art, for nearly a hundred lustrums;

Lucina with kindness guided my steps everywhere.

Goddess, I said then, why do I not see

Among the ranks of your children the portrait of a great man,

The idol of Paris and the God of Saint-Côme.

Lucina, lifting the sheet that covered it,

Said to me with disdain: here is the great Levret.

I know that in France still a homicidal sect

Equals his labors to those of the great Alcides;

But here Nature has, in obscurity,

Hidden his image from Posterity.

Then the open august enclosure of the sanctuary,

Offers to my eyes a table covered with dishes;

The brilliant clarity of lighted torches,

Enhances the beauty of Lucina to my eyes;

Ten Nymphs, vying with one another, bustle around her,

But their charms only make her more beautiful.

Thus, in a flowerbed enameled with a hundred flowers,

Rivals in their brilliance, perfume, and colors,

The lovely sovereign of Flora's empire,

The rose, to our eyes, shines and commands as Queen.

"My son," Lucine said to me, "you must rest.

All these dishes are for you, you may dispose of them."

The dishes, the wines, the fruits, everything was delectable.

Furthermore, each of the dishes displayed on the table,

To my enchanted eyes retraced, feature for feature,

The faithful portrait of the objects of my Art.

In a pyriform fruit one saw the womb,

Its ligaments, its cervix, and its double orifice.

A circular cake thinned at the edges,

Offered the cord and body of the *Placenta*.

Bonbons, artfully molded upon twenty models,

Offered faithful images of twenty fétus.

Pastries, biscuits, made upon beautiful designs,

Imitated the pelvises of the fair sex, at every age;

And the wines, colored by a skillful hand,

Recalled to the mind milk, blood, and bile.

"Lucine, here everything pleases, everything speaks to the mind,"

I said to her, and the goddess, smiling, replied:

"The Art of teaching is nothing without the happy Art of pleasing;

First receive this salutary advice from me."

In a fitting transport, I fall to her knees.

"Nymphs," said the Goddess, "go and leave us."

"My son, do you perceive beneath this vast portico,

A bronze monument, adorned with antique marble?"

"For whom do you destine this brilliant pedestal

Of jasper, of porphyry, and of a rich metal?"

To that one of my sons, who, the first in France,

Will avenge my honor, and take up my defense,

And who, through luminous, immortal writings,

Will know how to reestablish my cult and my altars there.

I feel animated by this noble audacity,

Goddess, teach me what I must do.

To follow in all things the advice that I am going to give you.

Your wishes shall be laws, hasten to command.

Favorite of Apollo, Lucine then replied,

He has given you the divine science of verse;

To consecrate his Art and fulfill my design,

You must be an accoucheur, a poet, and a physician.

Poetry is the noble language of the Gods;

This beautiful Art is the pledge of Immortality.

Let the fool speak who would have it that the Art of verse

Is an unfortunate quirk of the human mind.

O Muses, who burn with a celestial flame,

Propitious to my vows, electrify his soul!

Inspired by the nine sisters, let my son today

Learn from his mother to court your support!

The poet at all times lives only for glory:

His immortal Genius, the sustenance of history,

Is not the happy result of the precepts of Art.

From sparing Nature he holds this great boon.

It is a divine breath that warms and inspires him,

And which, over all his senses, exercises a noble empire.

The poet is sacred. Of the gifts that the heavens

Deign to bestow upon mortals, it is the most precious.

His sole passion is the love of study.

The rocks, the forests, the winds, the solitude,

Animated by his lyre, repeat its sounds.

To childhood he gives lessons in virtue.

From the heart of youth, still tender and novice,

He carefully wards off the impure breath of vice.

One sees no piles of gold and silver in his home;

But he dries, in times of need, the tears of the indigent.

It is he who, first upon his rustic pipes,

In honor of the god Pan, composed canticles.

The melodious verses of the inspired poet,

On behalf of mortals, interest the Gods.

It is he who fertilizes the breaths of the zephyrs,

Which, with the gifts of Ceres, enrich our plains;

Finally, it is by the charm and the power of verses

That one appeases both Olympus and the Underworld.

I love poetry, and its charm attracts me;

But you must be avenged, and I hate satire.

Learn that Aristophanes, Eupolis, Cratinus,

And so many other lesser-known comic authors,

Dragged, and whipped to the blood upon the stage,

A wicked man, a rogue, an obscene libertine,

A murderer. Finally, any man of ill repute

Was, by Lucilius, torn apart without pity.

They say that, born wicked, a satirical author,

Feeds, by instinct, upon the gall of criticism.

A satirical author is the terror of the wicked;

Honest, good people do not fear his songs.

To tear apart a friend, to harm him in his absence,

To deliver him defenseless to calumniators;

Not to keep a secret entrusted to us;

To laugh at the expense of others, far from taking pity on them;

Of a teller of witticisms, of a forger of words,

In order to be applauded, to play the sorry roles,

That is what I call a dangerous being,

A man to flee..... a man..... a venomous serpent.

But, to dedicate a work to the truth,

To enlighten mortals, to tell them with courage,

That the Césariens are drinkers of blood,

That they lay open the pregnant woman's flank,

To quench their ever insatiable thirst;

That is what I call a sociable man,

A worthy benefactor of holy humanity;

In a word, a poet, an immortal author:

For the rest, learn from me the decree of the destinies.

Counting from this day, France in ten years

Will see crime seated on the throne of the BOURBONS,

In the art of governing, too generous, too good.

Medicine will then found three schools

Where error will dictate the frivolous precepts,

Of turning at seven months, of pelves too narrow.

Of monstrous fetuses, of defects of the straits.

But, while in Paris with such nonsense

They will batter the eyes and ears a hundred times,

Founder of a School, terror of impostors,

You will see numerous auditors at your lectures,

Refute the miracles of the Roussets, the Bauhins,

And consecrate the oracles of Truth.

As a reward for your efforts accept this case,

Which contains both a brazen pen,

And two flasks filled with an indelible ink,

Made with nectar, mixed with a little bile;

Write, I shall dictate. Your new principles

Will not at first enter into some old brains,

Where the soul, enslaved and imprisoned in its gland,

Sees facts through its routine lens,

And treats at sixty years of age, as an absurd novelty,

Every fact that contradicts many an adopted system.

But, without being discouraged, arm yourself with courage;

The friends of the fine Arts will appreciate your work.

May a dry subject, made fertile beneath your hand,

In the sacred Valley, open a new path for you,

While in your footsteps games, laughter, the Graces,

Will conceal the traces of a thousand strewn reefs,

And will render the efforts of my Art triumphant.

In all times humans have been big children;

To make them adopt the supreme Truth,

One must always know how to use stratagem;

Never offer it naked and without artifice, without colors,

But make it amiable to them, by adorning it with flowers.

Thus, in order to purify either the blood or the bile,

A priest of Aesculapius, a skillful doctor,

To credulous childhood seduced by error,

In a shining vessel, its rim coated with honey,

Offers a bitter beverage whose salutary effect

Is due only to the stratagem employed to please it.

The friend of Nature and of Truth,

In all times, in all places, saw himself persecuted.

In irons Galileo ended his life.

Paré, Peän, Harvey awakened Envy.

Bordeu, the honor, the glory and the oracle of the Art,

Was accused of murder and theft by Bouvart,

And this impure reptile, gorged with calumny,

Poisoned the days of a child of Genius.

Wiser than Bordeu, the illustrious Scipio,

Who received the glorious surname of Africanus,

Accused of theft, of brigandage by Envy,

Remained silent and let his great deeds and his life speak.

The author of the holy books, Jesus deified,

By the doctors of the Jews saw himself crucified,

And from atop a gibbet, the happy sign of salvation,

Was reviled by Durault, the most notorious thief

You would not have died, God, savior of mankind,

If in this dreadful century, the Caesars of the Romans,

Far from ruling the Empire, at the whim of their caprice,

Had made the laws and justice respected.

But Time, Reason conquer prejudices,

And by them, in turn, the judges are judged.

Restorer of an Art that routine degrades,

To ennoble it, at last, Apollo destines you;

I will reveal to you his wondrous aids:

Lucina then sits down and delivers this discourse.

My hand will lift the impenetrable veil

That hides, from your eyes, an admirable masterpiece.

At the foot of a lovely mount, consecrated to Venus,

In a charming valley, within a sacred wood,

Is a famous temple, whose simple structure,

Seems to indicate the refuge where Nature delights.

There, seated on their throne, Love and Desire,

With a finger, smiling, beckon Pleasure.

A river, beneath their feet, guided by two Naiads,

Either rushes forth in a torrent, or falls in cascades,

Into a vermilion basin, surrounded by flowers.

Further on, one sees Hymen crowned with myrtle,

Hidden in the forecourt, whence the God of Mystery,

By a narrow path, leads to the sanctuary.

Of its august enclosure, open on both sides,

The eye cannot weary of admiring the beauties.

It is in this sanctuary, impenetrable refuge,

Of a wondrous tissue, of an admirable form,

Of Love, of Hymen, a mysterious retreat,

That in the bosom of Voluptuousness, the world is reproduced.

In this sacred temple, so fruitful in miracles,

Come, and hear the holy oracles of Nature.

In that swift moment, when intoxicated with love,

Two beings are given over to the sweet pleasures of the senses,

The male, in a fit of ecstatic delirium,

Darts into the maternal womb the prolific liquor.

The viscus quivers with it. By this quivering,

The egg falls and the embryo receives motion.

The seed of the male, active and creative,

Condenses and molds itself at the bottom of the womb,

That is the afterbirth. Happy mediator,

It receives and transmits the restorative sap

Which circulates through the cord to the embryo.

The amnion is the tender pellicle of the egg,

The other, harder, has taken the name of *chorion*,

A double sac containing the waters and the embryo.

The womb is thus but a vessel, an envelope,

The *placenta*, the bed where the egg develops;

The cord is the trunk, more or less extended,

And the embryo, the fruit suspended from the branches.

Ah! pray stop, amiable instructress,

Suffer me with respect to adore the womb,

Where alone and far from the eye of indiscreet mortals,

Admirable nature has veiled her secrets.

But, thanks to you, I think I glimpse her system.

Men, plants, metals, everything grows, everything lives alike,

Everything is reborn, nothing dies. Yes, death is but a word

Consolatory for the wise man, terrifying for the fool.

What does it matter if a heap of mire, matter,

Descends entirely into the night of the tomb,

When the Self lives forever, when the immortal breath

Which animated it, flies back to the bosom of the Eternal.

This is how my Muse glimpses and divines,

How this divine union could have taken place within me

Of the soul with the body, better than taught to me by

My priest, rich in faith, but very poor in spirit.

What! Lucine, is it true that in its double envelope,

The fetus within the womb grows and develops,

With crossed feet, the nose brought close to the chin,

The two arms upon the flanks, the body curled in a ball?

Is it true that at seven months it performs a somersault,

Feet up, head down, after its fall?

Such is the opinion of Sabatier, of Hallé;

But observation, touch, judgment,

And a profound study of the economy,

Will teach you that the child has quite another attitude.

Lucine, in my opinion, Hallé is not a fool,

Since in our days he has resurrected Tissot,

Author of *Onanisme* and *Avis au peuple*.

Well, with the rags of the dead, the clever doctor furnishes himself;

His *Hygienne* itself, alas! is not at all his own;

He forged it, he says, from the principles of others.

It is a Macédoine, a potpourri. Besides,

He does not boast of it. One cannot be more modest,

And it is without his consent, that from morning to night

They intoxicate him, they stifle him with great swings of the censer.

Often for a dinner, many a journalist,

Put him on his list as a scholar.

But, to the point. The embryo, suspended by the cord,

Lives and swims at will, stretched out in the waters.

But, at five months, too large in proportion to the viscus,

It assumes an attitude necessary for its trunk;

From one ilium to the other, across the pelvis,

The fetus lies on its back within the womb.

Free to move, he tosses about in every direction;

Exhausted from fatigue, he rests in his lodging.

The fetus in nine months grows in proportion,

More than the adult in thirty. Now, the observation

Which establishes this fact, proves with certainty,

That to grow, he requires a free attitude.

Growth, my son, depends on the capacity

Which every living being has to act in liberty.

Like the body, the mind whose progress is hindered,

Diminishes, and man then thinks, acts as a slave.

The air of liberty, a noble and pure sentiment,

Is the useful element of the mind and the body.

By liberty, I mean the incontestable right

That a rational being holds from nature,

To express his thought with impunity,

When his mouth and his heart have spoken the truth.

The supreme authority is undoubtedly mistaken,

To wish in this century to enchain thought,

By saying to authors, I intend and I demand

That your contemporaries and their furthest descendants,

May not imitate your blind mania,

Of enlightening humans with the torch of genius.

The unjust austerity of a suspicious senate

Did not impose silence upon posterity,

When it had the work of Cremutius burned.

History has known how to avenge this ridiculous outrage.

To burn is not to answer; and against a writer,

Who tells the truth, all punishment is in vain.

Tullius, the greatest of the orators of Rome,

Made a god of Cato, who was only a great man.

Caesar confounded the orator with a written work,

And did not avenge himself, even though he was dictator.

Any mortal, whoever he may be, whom criticism irritates,

Far from refuting it, proves that he deserves it.

The Caesars punished, with profound contempt,

The insolent writings of Antony and Brutus.

I love Sovereigns, I want them to be respected,

And for their loyalty to never be suspect.

But what great interest could they possibly have,

In preventing the wicked from being taught their duty.

Divine instructress, oracle in medicine,

Grant my desires, beautiful and chaste Lucine;

Interrogating the flanks of a corpse before my eyes,

Deign to compel death to be useful to the living.

Show me the structure of a well-formed pelvis;

There, there is the book where Nature is depicted.

Lucine then replied: take this scalpel in hand,

And traverse with me the human labyrinth.

It is to Anatomy, to her divine oracles,

That art owed its progress, its glory, and its miracles.

All pelvises, be they large, medium, or narrow,

Composed of four bones, each have two straits,

And each two pelvises. According to the best masters,

The largest of the straits has four diameters

Which I reduce to two. The *Transverse* or large,

And the small, placed from back to front,

Or *Sacro-Pubic*. Always sublime and wise,

By molding the passage upon the body of the child,

Nature has said to the learned: feeble humans,

Adore, respect the work of my hands;

Bow down your proud genius before me,

In vain do you arm yourselves with the compass of Urania.

Mine has taken the proportions of the pelvis,

Better than you I know both its dimensions,

And the various proportions. Know that the womb

Derives from me its spring and its motive force;

Know that I direct the course of *labor*,

And that art can do nothing, is nothing without my aid.

Yet, O Lucina! an art full of imposture,

Has madly wished to surpass nature;

In concert with it, pride, vanity,

Self-interest, have seduced, betrayed humanity.

Minister of Pluto, an inhuman sect,

Zealous to enlarge, to populate his domain;

Went into a Cyclops' cave to forge irons;

And transporting the underworld among the living,

Through a thousand dreadful torments, through horrible tortures,

Terrified its century and future races.

He must have had a heart lined with triple brass,

He who first, with a calm and serene brow,

Taking both ignorance and self-interest as guides,

Plunged his greedy hands into the maternal flank,

And from the mutilated womb, came with a triumphant air,

To tear out a child with the aid of the crotchet.

He must have had an inhuman, unfeeling soul,

A soul always inaccessible to pity,

He who first, by a new crime,

Caused the brain to gush from a still-steaming skull?

Alas! why must my Muse recount,

Of this iron age both the audacity and the shame?

In the comforting hope of a sweeter future,

Let us lose the memory of our past misfortunes.

When an angry river, breaching its banks,

Has brought devastation to the desolate fields,

The prudent plowman, far from shedding tears,

Takes up his spade, and heaven, sensitive to long misfortunes,

Which, of the fruit of his cares, have destroyed the hope,

Brings abundance back to his fertile fields.

My son, pursues Lucine, you have been told a thousand times,

That a vitiated pelvis in one of its straits,

Too often cannot give passage to the child,

And I tell you no. Nature is too wise

To fecundate a being at the expense of her days.

As for the pelvis, the child will always cross it,

And always without danger, despite its *narrowness*,

If the prudent woman has, during pregnancy,

Followed the precious advice of an accoucheur;

If, during *labor*, too audacious art

Chaining Nature upon a bed of pain,

Has not put the woman to torture beneath its ten fingers.

Goddess, teach me by what secret spring,

Out of the maternal womb the child takes its flight.

What is the process that Nature employs

To give it life, by clearing the way for it

Through the pelvis and its double strait,

Well or ill formed, too wide or too narrow?

This secret, which is unknown in France, in England,

Replied Lucine then, no mortal on earth,

Has yet wrested it from avaricious Nature;

May it be the worthy reward of your constant efforts.

Faithful interpreter of the wish of Nature,

Know the process of an art that I hold from her.

The child, in *labor*, expelled by the womb,

Turns in a spiral line upon exiting the pelvis.

Thus, driven from its nut by the craftsman,

The screw turns in a spiral and is never stripped,

Whereas he would strip both the screw and the nut,

If he pulled straight toward himself to remove it from its hole.

Do not be surprised, then, to see so many great masters,

Having misunderstood the law of diameters,

One decapitate the child in the maternal womb,

Another, in order to escape the eternal reproach

Of an eventration, a horror of nature,

Break every suture of the fétus's skull,

Empty the bony box, and by long efforts,

Mutilate the limbs and the body of the child.

Always by the light of the torch of genius,

To observe the straits, their relationships, their harmony,

Is the art of triumphing over the defects of the pelvis,

And of extracting a child alive from the womb.

Childbirth at term is therefore always possible?

Reason has told me so; but make evident to me,

Lucine, a phenomenon unknown among us;

This one more favor, I implore on my knees.

However, Nature, an odious stepmother,

Towards this gentle sex that my soul idolizes,

Worthy gift of the Gods, masterpiece of their hands,

Formed to soften the misfortunes of humans,

Would Nature, who creates and preserves the world,

Wish to punish a fertile woman,

For having fulfilled her vow from all eternity,

By paying her tribute to maternity?

I cannot think so. This doubt is an insult.

Prejudices, be silent. But I entreat you,

What my reason believes, prove it to my mind,

And let it be convinced. The Goddess replied:

The day when Nature, in creating the light,

Organized the world, animated matter,

I was at her council, I had a part in her design.

Lucine, she said to me, observe this pelvis,

Its structure is perfect, and of the best model

This beautiful woman's pelvis is the faithful image.

The largest of the straits is a true bony circle,

Flexible in childhood and much later in those

Whose bones are afflicted by the rachitic vice,

By venereal disease or scorbutic humor;

But the flexibility of this bony circle

Changes naught but its shape and its mobility,

Scarcely removes a single point from the geometric plane

Comprised in this strait, whether ovoid or spherical;

Therefore the space is the same, and the contained body,

By the containing body is never retained.

Indeed, the child's head is so flexible,

That its extraction is never impossible.

Here is the art in two words: to the narrow diameter,

Of the vitiated pelvis, in its largest strait,

Bring the small diameter of the child,

And in the art of childbirth you are now a past master.

The greatest obstacle does not come from the pelvis,

It comes from the present inertia of the womb;

The agent of the spiral movement is the uterus,

Therefore no childbirth, without its expulsive force.

Such is the mechanism ignored in our days,

By means of which you will always succeed,

And always without danger, in delivering the woman,

Without crotchets, without *forceps*, without the infamous apparatus

Of Rousset's knives, sharpened upon the womb,

By cruel tigers disguised as doctors.

However, the *forceps* is sometimes useful.

But dread, my son, a lever that mutilates,

Tears the uterus, and ruptures the perineum;

If by a double effort, with combined art,

The Accoucheur does not know, with his clumsy hand,

How to make the curve and then the straight line be followed

By the branches of the *forceps* applied to the head.

A simple procedure, when it is well explained.

My mind is steeped in your learned lessons;

But Lucina, by what traits shall I be able to recognize

The defects of the pelvis and overcome a reef

All the more dangerous, as it is hidden from the eye.

The *toucher* on this point was my only compass,

My index finger consoles me as best it can

For a prognosis either false or often uncertain;

But such is the unhappy destiny of mortals,

To grope about, blind from birth,

For the truth which fears and flees their presence.

Truth, my son, seeks them, and her charms,

Too simple to their eyes, do not captivate them.

While of error, less beautiful and more coquettish,

Whose brilliance seduces them, they vie for the conquest.

Here Truth, far from hiding herself,

Manifests herself to the eyes, even more than to the *toucher*;

To the students of the art, even the most novice,

She teaches how to know the defects of the pelvis.

Have the woman turn around in whom you suspect

A defect of the pelvis, then examine

With the greatest care, to which side deviates

The spinal column or canal of life.

If the inclined trunk leans to the right side,

The defect of the pelvis is on the left, at the strait.

If the inclined trunk leans to the left side,

The whole defect is on the right and the *femur* overlaps.

The reason for this fact is perceptible. The trunk

Afflicted with Rachitis loses its equilibrium. Therefore

The spinal column constantly flees the defect.

This observation is a faithful indicator.

Furthermore, the femur on the defective side,

Is more curved than the other and more emaciated.

I would still have to depict the structure of the nose,

And its proper use according to the will of Nature;

To make you observe that, before childbirth,

An imperceptible *labor* takes place so slowly,

That it is not felt by the woman herself,

Who, more slender and less stout, attests to my system.

I would have to teach you the medical means,

Stronger than the hooks of all the arsenals;

I would have to enlighten you, with a single shaft of light,

On the happy pregnancy and its primary cause.

But in my ÉLÉMENS, in my various writings,

These precepts of the art have been well described.

Longer lessons would make your Muse yawn,

Who wishes her reader to be both instructed and amused;

But besides, sleep weighs down your eyes.

All sleeps, Diana alone wanders at the summit of the heavens,

While upon her chariot, in the midst of the darkness,

Night has veiled everything with her funereal veils.

Go, my son, go taste the sweetness of rest;

Soon Morpheus, shaking his poppies over you,

To charm your slumber will summon the dreams,

Which by happy tales and laughing lies,

Will soothe you from the fatigues of the day.

Farewell, my son. Suddenly, deep within their abode,

Lighting my steps, the Nymphs lead me.

Their enchanting smile, their graces seduce me;

My heart paid homage to their powerful attractions,

When jealous sleep weighed down my senses.