Unit 1 · poem · alexandrine · 871 lines
French
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O nuit délicieuse, à la fois et rapide !
Que le Dieu du réveil me parut insipide,
Lorsqu'il vint tout-à-coup, par un zèle indiscret,
Aux songes les plus doux m'arracher à regret.
Je rêvais que, porté sur le char de Lucine,
Près d'elle et d'Apollon, Dieu de la Médecine,
Après avoir franchi les monts Aëriens,
Nous descendions tous deux aux champs Élysiens,
Afin d'y visiter les ombres fortunées,
Des femmes en *travail*, par l'art assassinées.
Je les interrogeais, et chacune à son tour,
Me peignait ses malheurs, sans crainte et sans détour.
Bientôt après, du sein des îles fortunées
Nous volons aux enfers. Les ombres condamnées
Pour avoir, du beau sexe, osé percer le flanc,
Ponr avoir, sans pitié, versé des flots de sang,
François Rousset, Bauhin, et leurs nombreux complices,
S'offrent à mes regards, au milieu des supplices,
En déplorant leur sort, je rendais grâce aux Dieux
D'avoir ainsi puni leurs forfaits odieux,
Lorsque le doux sommeil a fui de ma paupière.
Et cependant l'Aurore, au Dieu de la lumière,
Ouvrait à l'Orient les deux portes du jour,
Quand sur son char Lucine arrive en ce séjour,
Embelli par l'éclat de sa gloire immortelle.
Éveille-toi, mon fils, et partons, me dit-elle.
Je viens réaliser les songes dont la nuit
A charmé ton sommeil, au fond de ce réduit.
J'obéis , et soudain , plus prompt que la pensée ,
Le char vole et j'arrive aux champs de l'Élysée ,
Lieux charmans , ombragés de feuillages épais ,
Où règnent à la fois l'innocence et la paix.
Quand irai-je habiter ces îles fortunées ,
Aux mortels bienfaisans par le sort destinées ,
Où l'homme vertueux , sans crainte et sans remords ,
Regretté des vivans , revit avec les morts ?
Le bruit de notre approche en ces demeures sombres ,
A l'envi sur nos pas fait voltiger les ombres.
Lucine alors me dit : vois Jeanne de Seymour ,
Victime de l'hymen , victime de l'amour.
Cette Reine si belle , au printemps de sa vie ,
Par un noir attentat aux Anglais fut ravie.
Vois son flanc entr'ouvert , ses yeux baignés de pleurs ,
Et frémis au récit de ses affreux malheurs.
Ce tyran fanatique , effroi de l'Angleterre ,
Qui de sang et de meurtre abreuva cette terre ,
Qui six fois de l'hymen ralluma le flambeau ;
Henri , fut de Seymour , l'époux et le bourreau.
Avant cet attentat affreux et mémorable ,
Par-tout la femme enceinte , auguste et vénérable ,
En tous temps recevait l'hommage des mortels ,
Et souvent partageait l'encens des immortels ,
Quand d'un état si saint bravant le privilége ,
Un époux à la fois barbare et sacrilége ,
Feignant de préférer , par un choix criminel ,
L'être encor renfermé dans le sein maternel ,
A cet être si cher aux yeux de la nature ,
Henri huit , ô forfait ! ô comble d'imposture !
Le cœur ivre de joie , et l'œil baigné de pleurs ,
D'un travail naturel , épiant les douleurs ,
Henri huit.... Le dirai-je ? à ma sœur sa complice ,
De sa cinquième épouse ordonna le supplice ,
Et lâchement docile à cet ordre inhumain ,
Dans le flanc maternel ma sœur plongea sa main.
Le ciel est juste. Un jour cette œuvre criminelle
Couvrira ses enfans d'une honte éternelle ,
Et si les Dieux vengeurs secondent mes desseins ;
Je remettrai mon sceptre aux mains des Médecins ,
Jusqu'au jour où cessant ses manœuvres infâmes ,
L'art des Césariens , en horreur chez les femmes ,
De ses propres forfaits lui-même épouvanté ,
A ta voix brisera son sceptre ensanglanté.
J'adopte tes enfans , Dieu de la Médecine ,
La Chirurgie en vain invoquera Lucine ;
Mon bras repoussera des neveux inhumains ,
Qui dans des flots de sang osent baigner leurs mains ;
Qui follement épris d'une horrible chimère ,
Osent mettre en balance un fœtus et sa mère ,
Ou par un choix féroce et qui tient du forfait ,
Immolent sans pitié l'être le plus parfait.
Époux dénaturés , immoraux , infidèles ,
Dont le cœur est en proie à des flammes nouvelles ,
Voulez-vous de l'hymen abjurer le serment ,
Former de nouveaux nœuds dix fois , impunément ?
Imitez Henri huit. De votre épouse enceinte ,
A nos Césariens , livrez le flanc sans crainte ;
Les lois n'ont point prévu cet horrible attentat ,
Votre aveu seul suffit pour cet assassinat.
Mais en vous accordant le doux titre de père ,
Et votre liberté , la Chirurgie espère
Que vous proclamerez , sauveur du genre humain ,
Celui qui de César sut frayer le chemin ,
A ces mots, vers Lucine une ombre ensanglantée
Vole , se précipite et tombe épouvantée.
Je veux la rassurer , quand d'un œil de courroux ;
Bourreau du genre humain , me dit-elle , est-ce vous ?
Des rives de la Seiue en ces demeures sombres ,
Destructeurs des vivans , poursuivez-vous les ombres ?
Est-ce vous qui venez de déchirer mon flanc ,
Baudelocque et Dubois ? Tigres , buvez mon sang.
Rassurez-vous , lui dis-je ; ami de la nature ,
Lucine est mon seul guide. Ah ! sans me faire injure ,
Pouvez-vous me confondre avec mes ennemis ,
Moi , qui de leurs forfaits et m'indigne et frémis !
Pardonnez mon erreur , jeune étranger , dit-elle ,
Et vous sur-tout aimable et sensible immortelle.
Victime des fureurs de deux Césariens ,
J'ai eru qu'ils me suivaient aux champs Élysiens.
Avant que dans ces lieux j'en perde la mémoire ,
Daignez prêter l'oreille à cette horrible histoire.
Un fils vivant , à terme expulsé de mon sein ,
Attestait que le vice , inhérent au bassin ,
A mes autres enfans ne pouvait mettre obstacle.
Cependant , sur la foi du plus siuistre oracle ,
Baudelocque et Dubois , arbitres de mon sort ,
Par esprit de système ont résolu ma mort.
Déjà depuis neuf jours , en travail , avant terme ,
Et toujours d'un courage inaltérable et ferme ,
Je souffrais sans succès , les plus horribles maux ,
Quand Dubois , l'œil en pleurs , vint m'adresser ces mots :
Ce logis , au travail , me paraît peu propice ;
Vous serez mieux chez nous , venez dans notre hospice ;
L'art vous prodiguera les plus puissans secours ;
Moi-même du travail j'y suivrai mieux le cours.
Le traître avait déjà surpris ma confiance ,
Je souffrais , je dis plus , j'étais sans défiance ;
Et Dubois profitant du trouble de mes sens ,
Me vouait au trépas. A ses vœux je consens.
C'en est fait. Il triomphe ; et de ses mains profanes ,
Le perfide a déjà déchiré les membranes ,
Qui servent à l'enfant de rempart et d'appui ,
Et dont l'intégrité déposait contre lui.
Mais l'arrêt est porté. Le ciel veut que je meure.
Pour la dernière fois je sors de ma demeure ,
Et j'arrive à l'hospice où tout est préparé.
De tout ce qui m'est cher Dubois m'a séparé.
Mon époux , mes amis , sont loin de ma présence ;
Seule avec mes bourreaux , et cette foule immense
D'élèves curieux , avides de grands mots ,
Qu'on trompe en leur doublant la somme de nos maux ,
Et qui des préjugés esclaves fanatiques ,
Courbent leur tête au joug des maîtres despotiques ,
Qui non contens de vendre au poids de l'or l'erreur ,
Voudraient encor sur eux régner par la terreur ,
Enchaîner le vulgaire , et sous leur tyrannie
Asservir la raison , étouffer le génie.
Crédule , j'attendais de l'art un prompt secours ,
Quand Dubois... J'en frémis... Après un long discours ,
Aux yeux des spectateurs , sans pudeur me découvre ,
Et me perce le sein , qu'en sa rage il entr'ouvre ,
Quaud j'avais en horreur une opération ,
Dont le traître jamais n'avait fait mention.
Enfin , sans mon aveu , sans pouvoir légitime ,
Deux accoucheurs ligués me prennent pour victime ,
Abusent et leur siècle et la postérité ,
En fascinant les yeux sur une vérité ,
Que le premier en France a su montrer Sacombe ,
Vérité , qui bientôt germera sur ma tombe.
Cependant , à vingt ans , sous la faux du trépas ,
Je tombe assassinée ; et vous ne tonnez pas ,
Grands Dieux ! à me venger rien ne peut vous résoudre !
Pour quels forfaits plus grands réservez-vous la foudre ?
Laissez-vous à nos lois le soin de me venger ?
Dans ces jours d'anarchie , où l'état en danger
Semble être menacé d'une chûte prochaine ,
Le crime audacieux à son gré se déchaîne.
Les lois , trop faible appui d'un sexe infortuné ,
Ressemblent , de nos jours , aux toiles d'Arachné ,
Dont l'avide frélon , et les guêpes cruelles ,
Brisent impunément la trame avec leurs ailes ,
Quand l'insecte débile y rencontre toujours
L'esclavage , et souvent le terme de ses jours.
Aux élèves de l'art Dubois montre ma fille ,
Et se dit , sans rougir , le Dieu de ma famille.
Triste fruit de l'hymen , enfant infortuné ,
Puisse-tu ne jamais regretter d'être né !
Mais Dubois te vendit assez cher la naissance ,
Pour dispenser ton cœur de la reconnaissance.
O crime ! ô perfidie ! ô comble de noirceur !
Qu'ai-je entendu ? C'est moi , malheureuse Vasseur ,
Moi , qui de votre mort suis la cause innocente ?
Je saurai la venger. Ma Muse plus puissante
Dévoilera leur crime aux yeux de l'Univers ;
L'Univers frémira de leurs projets pervers.
Lucine alors me dit : mon fils , vois Cornélie ,
Qui , dit-on , eut la force , ou plutôt la folie ,
De faire ouvrir son sein ; trop heureuse en mourant ,
D'avoir donné le jour à ce fier conquérant ,
Qu'un oracle incertain , plaçait , avant cinq lustres ,
Au nombre des héros , des Rois les plus illustres.
Un poète l'a dit. Ces farouches vertus ,
Ne peuvent habiter qu'en des cœurs corrompus ;
Rome eut beau l'admirer : cette illustre Romaine
Eut l'ame , à mon avis , moins grande qu'inhumaine.
La folle ambition , sentiment criminel ,
Triompha dans son cœur de l'amour maternel.
Déesse , avec raison , vous blâmez Cornélie ;
Mais cette autre Romaine immortelle , Aurélie ,
Qui pour donner le jour au premier des Césars ,
Eut le flanc entr'ouvert , semble fuir nos regards !
La voici , dit Lucine : aucune cicatrice ,
N'atteste aux yeux , que l'art ait ouvert la matrice.
Je te l'avais bien dit , de tes Césariens
Ce roman de César est fondé sur des riens.
Pour consacrer un meurtre , horreur de la Nature ,
L'art seul a fabriqué cette absurde imposture ;
Mais ce n'est pas la seule. En ce réduit prochain ,
Allons interroger l'ombre d'Alespachen ,
En qui s'est opéré le premier des miracles ;
Si j'en crois de Bauhin , l'*Appendix* aux oracles ,
Je la vois s'approcher , nous allons tout savoir.
Alespachen , mon fils est venu pour vous voir ,
Et constater un fait consacré par l'histoire ,
Mais auquel la raison lui défendit de croire.
Répondez : Votre époux , châtreur de vils pourceaux ,
Fut-il autorisé , par le bailli d'Ourceaux ,
A vous percer le flanc ? Et par cette ouverture
Retira-t-il l'enfant ? Non , c'est une imposture ,
Jamais par mon époux , mon flanc ne fut ouvert.
Ah ! Dieux , plutôt mourir que de l'avoir souffert.
Tu l'entends, sous Bauhin, comme au siècle où nous sommes,
Tous les Césariens se sont joués des hommes.
Démasque-les , mon fils , détrompe l'Univers ,
Et que la Vérité triomphe dans tes vers.
Mais voici Desmoulins , qu'en mil sept cent quarante,
Louis gratifia d'une annuelle rente ,
Pour prix de son courage à permettre à Soumain ,
De plonger dans son sang sa césarine main.
Tout ce que peut l'intrigue et l'esprit fanatique ,
Fut déployé par l'art dans cette œuvre comique ,
Dont voici les ressorts. De la raison , du temps ,
Naquit la Vérité , fléau des charlatans.
A la cour de Louis , régnait Lapeyronie ,
Enfant de la fortune , artiste sans génie ,
Possédant moins son art , que l'art du courtisan.
Du vrai , comme du faux , aveugle partisan.
Trop vain pour refuser , malgré son rang insigne ,
D'être chef d'un parti dont il était bien digne ,
César Lapeyronie , ignorant imposteur ,
Des suppôts de Rousset devint le protecteur.
Fondateur d'une école à l'erreur consacrée ,
Sous mon nom , mais de moi justement exécrée ,
Lapeyronie était un docile instrument ,
Propre à casser enfin le fatal jugement ,
Rendu par les vengeurs du culte de Lucine ,
Contre François Rousset et sa secte assassine.
Mais il mourut trop tôt , et la faux du trépas ,
Qui ne respecte rien , ne le respecta pas.
Et des Césariens l'espérance déçue ,
Renversa leur projet , dit l'impayable Suë ,
Qui , tout Césarien qu'il est dans ses Essais ,
Lui-même , à ses pareils , ose intenter procès.
Jamais occasion, plus belle en apparence,
N'avait, de nos jongleurs, ranimé l'espérance;
Le crédit d'un tel Chef de titres revêtu,
Vint relever soudain leur courage abattu
Par la proscription de Rousset, de sa fille,
Et des Césariens, amis de la famille.
Ils avaient sur le cœur ce maudit jugement,
Arrêt irrévocable, odieux, infamant,
Rendu contre la secte odieuse à Lucine,
Et par la Chirurgie et par la Médecine;
Mais ils s'étaient flattés de fasciner les yeux,
D'étancher tout le sang versé par leurs aïeux.
Cependant le Conseil, dans sa sagesse arrête,
Qu'il faut qu'à cet effet chaque membre s'apprête;
César Lapeyronie, en un jour solennel,
Fera faire un discours éloquent, paternel,
Digne d'un Chef de secte et de la Chirurgie.
Simon, du grand Rousset fera l'apologie.
Verdier, Lafite, Jard, Chavin, Gervais, Soumain,
Bourgeois, sont réservés pour le grand coup de main.
A ce coup de Jarnac, les enfans de Saint-Côme,
Eurent soin d'appeler Puzos le gentilhomme.
Mais le discret Puzos, anti-Césarien,
Pour l'honneur de son art, vit tout, et ne dit rien.
Tu vois de Desmoulins la longue cicatrice,
Mais le rusé Soumain respecta la matrice.
Cette opération est l'énigme du sot,
GASTROTOMIE, en est le véritable mot.
Quel fut le dénoûment de cet acte comique ?
Le public seul fut dupe et l'œil académique,
Plus fin, plus pénétrant, vit, dans ces dix acteurs,
D'honnêtes gens trompés par quelques imposteurs,
En dépit des Soumain , la docte Académie ,
Des Rousset , des Bauhin , fut toujours l'ennemie ,
Et comme à Saint-Médard on lisait : *De par Dieu ,*
*Il ne se fera plus de miracle en ce lieu.*
Cependant nous marchons. Des champs de l'Elysée ,
Par un fleuve d'azur la plaine est divisée.
Une barque légère , au pied d'un grand rocher ,
Attend le voyageur. Nous entrons. Le nocher
Nous transporte soudain de l'une à l'autre rive ;
L'éclair n'est pas plus prompt ; en un clin-d'œil j'arrive.
La beauté de ces lieux captivait mes regards ,
Quand vers nous à pas lents s'avancent deux vieillards.
Leur aspect me saisit de respect et de crainte ,
Tant leur front , de nos Dieux porte l'auguste empreinte.
A tomber à leurs pieds je m'étais préparé ,
Quand Lucine me dit : C'est Ambroise Paré ,
Qu'accompagne , en tous lieux , son disciple fidèle ,
Guillemeau , qui dans l'art surpassa son modèle.
Plus loin Brunet, Viard , Charbonnel et Marchand ,
Les suivaient pas à pas , par un secret penchant.
Lucine les aborde et d'eux se fait connaître.
Pour moi, dans le transport que leur vue a fait naître ,
Je m'écrie ! ô mon père ! ô sublime Paré !
Par toi , l'art d'opérer ennobli , restauré ,
Te doit tous ses progrès , dans le siècle où nous sommes ,
Et te place à jamais au rang des plus grands hommes.
Mais ce qui de ma part t'a valu des autels ,
Ce qui dans mon esprit t'égale aux immortels ,
Et te place à côté de mon institutrice ,
C'est d'avoir démontré que jamais la matrice
Ne peut être incisée , ouverte impunément ;
C'est d'avoir , par les faits et le raisonnement ,
D'une hydre ivre de sang, purgé la Chirurgie.
Cependant, quand mes vers font ton apologie,
Paré, mon divin maître, un auteur a le front
De souiller tes lauriers du plus sanglant affront ;
Un auteur sans génie, à qui la Médecine
Ne doit pas plus que l'art d'Ambroise et de Lucine,
Un froid compilateur de prolixes écrits,
Dépourvus de bon sens, par le bon goût proscrits,
Chambon, ose avancer, dans le premier volume,
Des rêves exhalés de sa féconde plume,
Que l'immortel Paré, sur un mauvais succès,
Fit aux Césariens un injuste procès.
Chambon, dit Guillemeau, n'a pas lu mon ouvrage ;
Cinq essais malheureux, en enchaînant la rage
De Rousset, de Bauhin, son agent criminel,
Provoquèrent contre eux cet arrêt solennel,
Et de la Médecine et de la Chirurgie.
Émule de ta gloire et de ton énergie,
Paré, depuis vingt ans, je marche sur tes pas,
Au milieu des poignards, sous la faux du trépas.
Je crains, reprit Marchand, je crains que ton courage
N'excite contre toi leur implacable rage.
En tout temps, en tous lieux tu seras leur vainqueur,
Mais la foudre en tout temps peut partir de leur cœur.
Des enfans de Rousset, que le talent irrite,
Le poison de Locuste est l'arme favorite.
J'ai péri leur victime, au printemps de mes jours ;
Il m'en souvient. Il doit m'en souvenir toujours.
Le front ceint de lauriers, je venais de combattre
L'hydre affreuse, ou plutôt je venais de l'abattre ;
Déjà François Rousset, Bauhin étaient vaincus ;
Déjà par mes raisons entraînés, convaincus,
Toute la Faculté, Paris, notre collége,
Avaient proscrit de l'art l'attentat sacrilége,
Quand je mourus atteint du plus mortel poison.
Prophête de malheur, Gilbert avait raison,
Lorsqu'il me dit, un jour, en pleine Académie :
Crains les Césariens, *plus* qu'une épidémie.
Ah ! mon fils, de Marchand ose envier le sort !
Qui sert l'humanité, doit-il craindre la mort ?
Meurs pour la Vérité, s'il le faut, que t'importe ?
De l'immortalité la mort ouvre la porte
Aux nobles bienfaiteurs, aux amis des humains.
A ces mots, au milieu d'un bosquet de jasmins,
Dont le parfum se mêle au parfum de la rose,
Au bord d'un clair ruisseau qui serpente et l'arrose,
Lucine me présente aux grands hommes de l'art
Anti-Césariens. L'un d'eux est un vieillard,
Ami de la Nature, et dont l'expérience
Sur des succès constans a fondé la science.
Peu, qui fit dans Paris cinq mille accouchemens ;
Peu, l'ennemi juré de tous les instrumens ;
Peu qui disait sans cesse, à qui voulait l'entendre,
Qu'un accoucheur honnête et doué d'un cœur tendre,
Ne peut, dans le *travail*, sans être criminel,
Enfoncer le couteau dans le sein maternel.
Lamotte est près de lui. Cet accoucheur illustre,
Qui dût à sa sagesse et sa gloire et son lustre,
Ne pratiqua jamais une opération,
Indigne d'obtenir son approbation.
N'ouvrons jamais le flanc à des femmes enceintes,
Dit Lamotte, et laissons maître Ruleau de Saintes,
Jaloux d'accroître ainsi sa réputation,
Amuser le public par une fiction.
Ainsi de Savineau, l'étonnante aventure,
Ne fut de l'abdomen qu'une simple ouverture.
L'ombre de Dionis vole au-devant de nous,
Et de ma conductrice embrassant les genoux :
Qu'il m'est doux, lui dit-il, adorable Lucine,
De contempler ici votre beauté divine !
Vous savez si jamais au séjour des humains,
Je souillai vos autels de mes profanes mains.
De nos Césariens dédaignant les outrages,
Je n'ai pas craint de dire, en un de mes ouvrages,
Qu'Henri huit, qui permit cet horrible attentat
Sur Seymour, devait être un profond scélérat,
Et que le digne agent de cet époux féroce,
Ne fut ni plus humain, ni d'un cœur moins atroce.
Ould, accoucheur anglais, anti-Césarien,
Parle après Dionis, et ne lui cède en rien.
Il soutient que cet acte affreux, abominable,
Par les lois impuni, n'est pas moins condamnable.
Heister, Puzos, Rolfink, Jonhson, Smellie, Amand,
Paul Portal ont porté le même jugement.
Mais pourquoi Mauriceau, d'un tel meurtre incapable,
N'est-il point en ces lieux ? Mauriceau si coupable
Aux yeux de Déventer et des Césariens,
Méritait d'habiter les champs Élysiens.
Mon fils, reprit Lucine, une effroyable histoire,
De cet homme célèbre a flétri la mémoire.
Dans peu tu le verras, les bras chargés de fers,
Expier son forfait au séjour des enfers.
Tu ne sais pas encore à quel point est barbare
L'accoucheur qu'un faux zèle ou l'amour-propre égare.
Cependant à l'écart, observe en ce moment
Trois accoucheurs fameux, Pérard, Puzos, Clément.
Décorés par leur Roi des titres de noblesse ,
L'aspect d'un roturier les fatigue et les blesse ;
Dans leur tente enfermés , sous de vastes rideaux ,
Sans cesse aux accoucheurs tous trois tournent le dos.
Quel service important , à ces doctes Messires ,
Lucine , a mérité la faveur de nos Sires !
Quelques accouchemens , fruits d'amours clandestins ,
De royales Vénus , qu'on rime ailleurs en tins.
Le soleil des Français , qui du soleil du monde ,
Eut , non la pureté , mais la chaleur féconde ,
Au mépris de l'hymen , de ses droits les plus saints ,
Le grand Louis faisait des enfans par essaims.
Le premier rejeton de sa flamme adultère
Sortait , après neuf mois , du sein de la Vallière.
Seule avec la Nature et son auguste amant ,
La Vallière au secours fait appeler Clément.
Louis le conquérant , le plus grand des Monarques ,
Du *travail* , à ses doigts , portait , dit-on , les marques ,
Quand l'heureux accoucheur vint remplacer son Roi ,
Qui par un sentiment d'amour-propre ou d'effroi ,
Des pieds de son Alcmène , au premier bruit s'élance ,
Et se cache en un coin , observant en silence.
Clément a de bons yeux , et feint de ne rien voir ,
Comptant sur la Nature et son divin pouvoir.
Soit qu'il eût soif ou non , Clément demande à boire ;
Le Monarque oubliant et son rang et sa gloire ,
Ivre d'amour , de joie et de la volupté ,
Qui naît du droit sacré de la paternité ,
Aux cris du nouveau né , les mains ensanglantées ,
Les paupières , de pleurs tendrement humectées ;
Le Monarque , en un mot , satisfait , triomphant ,
D'avoir fait trois heureux , en forgeant un enfant ,
Sort de son embuscade , et sans plus de mystère ,
Verse à boire à Clément ; Clément se désaltère ,
Et goûte le plaisir d'avoir pour son laquais ,
Le rival du soleil et le Roi des Français.
C'est au chevet du lit de sa sainte maîtresse ,
Et dans les vifs transports d'une aveugle allégresse ,
Que les Césariens , à la Cour en crédit ,
Firent signer au Roi l'impolitique édit
De RÉVOCATION , funeste à l'industrie ,
Et qui des bras sanglans de leur mère-patrie ,
Arracha sans pitié les enfans de Calvin ,
Qu'Henri quatre à la ligue avait soustrait en vain.
Protégé par les Dieux , Clément eut l'avantage
D'accoucher et la Reine et les Nymphes du Tage.
La fortune et l'amour , attachés à son char ,
Mirent le sceptre aux mains de ce prince de l'art ,
Et chez les Vulviens , le trône héréditaire
A fait , depuis ce jour , les malheurs de la terre.
La Force et la Routine , agissant au hasard ,
En un art mécanique ont transformé mon art.
La Chirurgie a dit à ces hermaphrodites :
Mes opérations vous seront interdites.
Contens de végéter de la vulve à l'anus ,
Bornez-vous à régner autour de l'uterus ;
Ne franchissez jamais ces honteuses limites.
La Médecine a dit à ces hermaphrodites :
Femmes par la routine , hommes par la vigueur ,
Écoutez , et suivez mes lois , à la rigueur.
Si durant la grossesse ou la couche , un orage
Trouble les fonctions , cause quelque ravage ,
Ne vous avisez point , lâches usurpateurs ,
D'attenter à mes droits en faisant les Docteurs ;
Bornez-vous au travail que ma fierté dédaigne,
Ou reprenez soudaiu le rasoir et le peigne.
Le vœu de vos deux sœurs, Lucine, est accompli ;
Baudelocque et Bacqua, Dubois et Coutouly,
De peur d'être contraints de rouvrir leurs boutiques,
Et de faire à deux sous la barbe à leurs pratiques,
Bornent tout leur savoir à mutiler le sein,
Qu'en la femme en *travail*, offre un vice au bassin.
Ils disent humblement à toute femme enceinte
D'une fièvre laiteuse ou de tout autre atteinte,
*Je ne suis qu'Accoucheur.* Si vous le trouvez bon,
Je vous emmènerai l'Hippocrate Chambon,
*Autrefois Médecin*, qui dit des choses neuves
Sur les maux des enfans, des filles, femmes, veuves ;
Chez tous les épiciers son ouvrage est connu,
Des Dames de la Halle il tire un revenu.
Élève de Clément, Puzos eut la faiblesse
De briguer à la Cour des titres de noblesse.
Mais plus savant dans l'art que ses instituteurs,
Puzos mérite un rang entre les bons auteurs.
Et grâce à Morizot, rédacteur de ses œuvres,
Qui d'un cahos informe, élagua ses manœuvres,
A ce sage Traité l'art peut avoir recours,
Et le Médecin même y puise des secours.
Pérard fut ennobli. L'oracle de Saint-Côme,
Suë a dit de Pérard, qu'il fut très-honnête homme,
Qu'il aima son prochain, qu'il fit la charité.
Mais quant à son savoir, à sa dextérité,
A ses talens, enfin, à son expérience,
Maître Suë a gardé le plus profond silence,
Parce qu'il a pensé que le moins érudit
Saurait bien deviner tout ce qu'il n'a pas dit ;
Que Pérard sans talent , négligea ses études ;
Et jaloux d'être admis aux huit béatitudes ,
Voulut qu'on dit de lui : ce fils de Jésus-Christ
Fut très-riche en vertu , mais fort pauvre en esprit.
Il accoucha la Reine. Avec l'or et la brigue
On est tout , sans talent , au pays de l'intrigue.
André Levret , baigneur de Samuël Bernard ,
Accoucheur à la Cour , fut la honte de l'art.
Accoucheur de Marie-Antoinette de France ,
Vermond ne fut fameux que par son ignorance.
Les mains teintes du sang de Madame Tardieu ,
Baudelocque accoucha les deux sœurs d'un faux Dieu.
Et depuis peu Dubois , guidé par les trois Parques ,
Introduit à la Cour du plus fou des Monarques ,
Crut , du meurtre commis sur la femme Vasseur ,
Dans le sang des Césars effacer la noirceur ;
Mais le Baron Dubois , Chevalier Gentilhomme ,
Connaît seul la maman du petit Roi de Rome.
Ah ! Lucine , approchons , lisons ces parchemins ,
Que vos nobles suppôts étalent dans leurs mains.
Nous Louis , etc. absolvons du péché de roture ,
Philibert de Clément , agent de la Nature ;
Voulons que ses enfans , ses neveux ennoblis ,
A perpétuité portent la fleur de lis ,
Qui sur un champ d'azur atteste leur noblesse.
Ce honteux monument d'intrigue et de faiblesse ,
Attestera du moins à la postérité ,
Des mœurs du grand Louis la sainte austérité.
Mais que vois-je ? ô Pean ! est-ce vous , ombre auguste ?
Avare de ses dons , si la Nature injuste
Vous refusa cet art de subjuguer les cœurs ,
D'entraîner les esprits par des charmes vainqueurs ,
Elle vous fit du moins son fidèle interprète ;
Votre main toujours sûre , au besoin toujours prête ,
A prouvé mille fois , que tout accouchement
Pouvait se terminer par ce seul instrument.
Dire une vérité n'est que franche bêtise ,
Dit Pean , et trop tard , j'ai connu ma sottise.
L'homme vrai , dans mon art , se fait mille ennemis ,
Son honneur , son repos , ses jours sont compromis.
Tant que la Vérité , des Dieux fille ingénue ,
Aux regards des mortels paraîtra toute nue ,
Elle sera honnie , et ses divins appas ,
Des charmes de l'erreur ne triompheront pas.
Ce n'est point en ces lieux qu'on trahit sa pensée :
Écoute. Si les Dieux des Champs de l'Élysée ,
Me ramenaient encore au séjour des humains ,
De couteaux , de crochets , j'armerais mes deux mains.
Les femmes en travail , au sein seraient occises ;
Plus hardi que Sigault , je romprais les symphises
Qui joignent au sacrum les deux os ilion ,
Ma fortune soudain s'accroîtrait d'un million.
D'Amsterdam à Madrid , et de Paris à Rome ,
Les échos rediraient : Pean est un grand homme ,
Et , Roi des accoucheurs , Pean , du haut d'un char ,
Imposerait des lois à ses sujets dans l'art.
Au discours de Pean , je brûlais de répondre ,
Et sans peine , en deux mots , j'aurais pu le confondre ,
En lui prouvant du moins , qu'heureux et sans remords ,
Il avait emporté nos regrets chez les morts.
Mais déjà loin de nous son ombre fugitive
Du fleuve Élysien a regagné la rive ;
Lucine alors me dit : il a bien mérité
De l'art , de la Nature et de l'humanité.
Je dirai plus, Pean par sa pratique saine,
Des accoucheurs français dût mériter la haine;
Mais sous André Levret, fameux instrumenteur,
De mon sceptre, à Paris, tyran usurpateur,
Cette haine à mes yeux fut un titre de gloire,
Et seule eût de son nom consacré la mémoire.
En un jour solennel, à jamais célébré,
Un magistrat sensible au discours de Fabré,
Un magistrat, Leblanc, cher à la Chirurgie,
De Pean en public fera l'apologie;
Et ce juste tribut d'amour et de respect,
Payé par un bon cœur, ne sera point suspect.
Pean sur ses rivaux remporte la victoire;
Mais hélas ! à quel prix ? O Muse de l'histoire !
C'est à toi de transmettre aux siècles à venir,
Du malheur de Pean l'horrible souvenir.
Pean, ainsi que toi, croyait à la Nature;
Ainsi que toi, Pean abhorrait l'imposture;
A mes lois, comme toi, Pean toujours soumis,
Comme toi s'attira de nombreux ennemis.
Pean par ses discours ne pouvant les confondre,
Par des faits positifs offrit de leur répondre.
Sans tant de verbiage et de vains argumens,
J'oppose à vos discours d'heureux accouchemens,
Dit-il : c'est dans mon art qu'est toute ma science,
Ma langue ne dira qu'un mot, *Expérience*.
Vingt fois à ses rivaux ce beau défi donné,
Des plus heureux succès vingt fois fut couronné.
Mais, ô scélératesse inouie et profonde,
Dont le coupable espoir sur le meurtre se fonde !
Pean accouchait bien, mais durant les neuf jours,
Sur douze femmes, six mouraient presque toujours,
Ah ! Lucine, arrêtez ; je frémis et je n'ose
De ce revers affreux vous demander la cause.
Par l'effet de la cause enfin bien convaincu,
Malheureux ! dit Pean, je n'ai que trop vécu ;
Mais, ai-je pu prévoir le destin qui m'accable ?
De mes rivaux jaloux la haine est implacable ;
Pour se venger de moi, leurs sacriléges mains,
Par milliers, au tombeau, plongeraient les humains.
Ah ! fuyons. Au beau sexe épargnons des victimes,
A mon cœur des regrets, à l'art de nouveaux crimes.
L'infortuné Pean, à cinquante-cinq ans,
S'arrache à sa patrie, et va chez les Toscans,
Où l'attirait, non point la soif de la richesse,
Mais l'honorable vœu de l'auguste Duchesse,
Qui mourut jeune encore, et de tous ses sujets,
Ainsi que de Pean emporta les regrets.
Pean revint alors aux rives de la Seine,
Et pour ne plus rouvrir une sanglante arêne,
Son nom par ses succès, si long-temps ennobli,
Pour son propre repos fut plongé dans l'oubli.
Je ne m'étonne plus, cher Pean, si ton ombre,
A l'aspect d'un mortel, a l'humeur noire et sombre.
Voici, me dit Lucine, un de tes bisaïeux,
Que le hasard, mon fils, vient offrir à nos yeux.
Du culte de Calvin, que j'honore et j'estime,
Ce vieillard fut l'apôtre et l'illustre victime.
Benezeth, lui dit-elle, agréez qu'à vos vœux,
A vos embrassemens, j'offre un de vos neveux.
O vous ! de ma famille et l'honneur et la gloire,
Daignez, de vos malheurs, me retracer l'histoire.
Je fus de Coligny l'Hippocrate et l'ami.
La nuit qui précéda la Saint-Barthélemi,
Nuit affreuse, où Paris, au Fanatisme en proie,
Offrit aux Protestans une image de Troie ;
Sur la foi des traités nous goûtions le sommeil,
Quand ces cris effrayans hâtèrent mon réveil.
A moi, cher Benezeth, je meurs, on m'assassine ;
Ces cris aigus partaient de la chambre voisine.
Les yeux à demi-clos, nud, sans armes, j'accours,
Sans savoir où je vais, je volais au secours ;
Quand je vois l'Amiral, l'œil éteint et sans vie,
Des bras de l'assassin, dont le fer l'a ravie,
De son hôtel en feu mesurer la hauteur.
De ce noir attentat Besme est l'infâme auteur.
De sang tout dégouttant, Besme sur moi s'élance,
Me saisit aux cheveux et d'un seul coup de lance,
Ce tigre furieux, aux yeux de ses soldats,
Me plonge du sommeil dans la nuit du trépas.
Mon ame, ô Coligny, se hâta de te suivre ;
Il m'épargna du moins l'horreur de te survivre.
Il dit : et nous voyons l'auguste Navarrois,
Le premier des Bourbons et le plus grand des Rois ;
L'ami le plus fidèle et le meilleur des pères,
Qui d'un siècle de fer tira des jours prospères,
Et dont tous les Français heureux et triomphans,
Furent moins les sujets que les propres enfans.
Ventre-Saint-Gris, dit-il, si j'en crois l'apparence,
Vous êtes né Français. Dites-moi si la France
Est heureuse et fidèle à mes fils les Bourbons ?
La France enfin respire, et vos fils sont trop bons,
Des méchans tôt ou tard ils seront les victimes.
Qui plus que vous au trône eut des droits légitimes ?
Et de vils assasins, sans aveu, sans honneur....
Ah ! France, j'ai vécu trop peu pour ton bonheur,
Dit-il : mais des Bourbons l'implacable ennemie ,
Rome , qui vit enfin la couronne affermie
Sur le front d'un Monarque , ami du grand Calvin ,
Pour la dixième fois ne frappa point en vain.
Il dit : et comme on voit fuir la vapeur légère ,
Je vis du bon Henri s'envoler l'ombre chère ,
Mon bisaïeul la suit. Soudain dans un bosquet ,
D'un grouppe féminin , j'entends le vif caquet ;
Je m'arrête et je vois dix femmes étendues ,
Qui parlaient à la fois et sans être entendues.
Lucine , en souriant , me dit alors tout bas :
Sais-tu quel est l'objet de leurs bruyans débats ?
Je n'entends pas , lui dis-je , un mot de leurs querelles.
Dix femmes d'accoucheurs se disputent entre elles
Lequel de leurs époux a le mieux mérité
Sa fortune , son rang et sa célébrité.
Le combat sera chaud ; l'amour-propre s'en mêle ;
On donne le signal , on s'agace , on se mêle :
Ecoutons :
Pensez-vous , femmes de Désormeaux ,
Nous en conter ? Voici ma réponse en deux mots :
Toutes trois , tour-à-tour , vous ornâtes sa couche ,
Toutes trois , tour-à-tour , vous mourûtes en couche.
Devenir trois fois veuf , est-ce avoir du bonheur ?
Ces trois mauvais succès peuvent-ils faire honneur
A tout maître de l'art qui pratique et professe ?
Plus heureuse que vous , je suis , je le confesse ,
Femme de Pelletan , chef du grand Hôtel-Dieu ,
Professeur à Saint-Côme et célèbre en tout lieu ;
Si dans l'art d'accoucher sa science est douteuse ,
C'est qu'il a dédaigné cette partie honteuse.
Pour moi , dit sa rivale , il m'est doux de penser ,
Que nulle , en gloire , ici ne peut me surpasser.
Mon époux est le Dieu sauveur des invalides ,
La Nature et la gloire ont été ses seuls guides ;
Académicien , anatomiste , auteur ,
Nul de l'art , comme lui , n'atteiguit la hauteur.
Il n'eut pas , j'en conviens , l'éloquence en partage ,
Mais la langue , en son art , est d'un faible avantage.
Pour tout bon Chirurgien la main est le grand point.
Sabatier opérait , mais il n'éventrait point.
Épouses d'un Baron , notre cause est commune ,
Point de mauvais propos ; nous sommes deux contre une ,
Et nous vous prouverons , Madame Sabatier ,
Que notre auguste époux possédait son métier.
Humain , compatissant , adroit , savant et sage ,
De l'art , sous Baudelocque , il fit l'apprentissage ;
Le maître et le disciple ont la même douceur ,
La même humanité. Demandez à Vasseur ,
Ou plutôt à Claudine....
Ah ! mon cher Baudelocque !
Dit Claudine en pleurant , mon rat , à cette époque
Où nous faisions tous deux de petits mannequins ,
Des fétus en peau rose , ou couverts en nankins ,
Qui de mon digne époux étaient le vrai symbole ,
Car il ne leur manquait que d'avoir la parole.
C'est moi qui lui donnai le conseil d'être auteur ,
De métamorphoser le fétus en sauteur.
Trois ans avant ma mort, il fit un gros volume;
Il est vrai que Petit-Radel tenait la plume.
Dans ce bel âge d'or, où le génie est vain,
Mon époux dédaigna le métier d'écrivain.
Savoir gagner de l'or, est la science utile,
Toute autre connaissance est nuisible ou futile.
Quant à son caractère, il est plein de douceur,
Le ciel est dans ses yeux,
L'enfer est dans son cœur,
Dit d'Alphonse Le Roi, l'une des deux épouses ;
De vos doctes maris nous sommes peu jalouses.
La Symphise.... A ces mots, mille cris perçent l'air ;
Huit femmes, sur ces deux, fondent comme l'éclair.
Une grêle de coups atteint, meurtrit, enfonce
La poitrine et les flancs de deux femmes d'Alphonse.
Témoin de ce spectacle et touché de pitié,
Je voulais de Le Roi, venger chaque moitié,
Quand Lucine me dit : mon fils, laisse les faire,
Les querelles des morts ne sont point ton affaire,
C'est leur doux passe-temps. Singes de leurs maris,
Elles font en ces lieux ce qu'ils font à Paris.
Parmi les spectateurs de ce combat femelle,
Mon œil, me dit Lucine, avec plaisir démêle
Solayrés et Dufot. Docteur de Montpellier,
Solayrés, à ma sœur, crut devoir s'allier.
La Chirurgie alors bravant la Médecine,
Reçut, avec transport, cet enfant de Lucine,
Dont la saine pratique eût pu, sans contredit,
Ajouter à sa gloire, accroître son crédit.
Mais Solayrés mourut à l'âge où l'on commence
A recueillir trop tard les fruits de la science.
Baudelocque et Dufot , tous deux petits garçons ,
De Solayrés , leur maître , écrivaient les leçons ,
Dont chacun , de son mieux , se fit un catéchisme.
Voilà donc ce sujet de discorde et de schisme.
Indè mali labes. Ah ! de grâce , avançons ,
Que je dise deux mots au Docteur de Soissons.
Dufot , éclaircissez un fait un peu barroque.
En tête d'un volume in-douze , Baudelocque
S'est plaint , dix ans au moins après votre trépas ,
Aux savans de Paris , qui ne l'en croyaient pas ,
Que votre catéchisme , enfant de son génie ,
Est sa propriété ? Par le Styx , je le nie.
Baudelocque est un fat , un insigne imposteur ;
De son livre et du mien Solayrés est l'auteur.
A ces mots Solayrés baisse humblement la vue.
Mon cœur sent tout le prix d'une telle entrevue ,
Lui dis-je : ô de mon art et la gloire et l'honneur !
Solayrés , jouissez d'un éternel bonheur.
Quand Pluton , en Sicile , au milieu des campagnes ,
Eut ravi Proserpine aux yeux de ses compagnes ;
Dans les flancs de l'Etna , son char précipité ,
Vole et porte aux enfers cette jeune Beauté.
L'aspect inattendu de ces demeures sombres ,
Redoutable séjour des infernales ombres ;
De Cerbère en courroux les affreux hurlemens ;
Les cris des scélérats en proie à leurs tourmens ;
Les filles de la nuit , les noires Euménides ;
Les trois fatales sœurs , les Parques homicides ;
Tout , jusqu'à l'appareil et du trône et du Roi ,
Inspire à Proserpine et l'horreur et l'effroi.
Pluton, pour consoler une épouse abusée,
Lui fit construire un temple au sein de l'Élysée.
Un printemps éternel règne dans ce séjour
Où pénètre à demi l'astre brillant du jour ;
Dont les rayons brisés, à travers le feuillage
Qu'agite le zéphir, se frayent un passage.
De grenadiers touffus, de myrthes toujours verts,
De ce temple enchanté les accès sont couverts.
Nous touchons au palais qu'habite Proserpine.
Je veux te présenter, mon fils, me dit Lucine.
A ces mots, au milieu des manes fortunés,
Au bonheur éternel par Minos destinés,
Et dont la foule immense inonde le portique,
Nous pénétrons tous deux dans ce temple magique.
La Reine des enfers, digne épouse d'un Dieu,
Adressait ce discours à Madame Tardieu :
D'un accoucheur barbare, innocente victime,
Contre un tel attentat la plainte est légitime.
Je sens ton infortune et ne puis la venger.
Pour son propre intérêt, Pluton doit protéger
L'homme dont l'ignorance a peuplé son empire.
Des fléaux des mortels, l'ignorance est le pire,
Et de leurs accoucheurs, c'est le plus ignorant,
Et le plus immoral, j'ose en être garant,
Dit, en montrant Tardieu, la Reine Proserpine.
Tardieu, consolez-vous ; console-toi, Lucine ;
Ce Roi des accoucheurs, déchiré de remords,
En dépit de Pluton, descendra chez les morts.
Cruels Césariens, ennemis de Sacombe,
Vous descendrez long-temps, avant lui, dans la tombe.
Tous ceux qui de la femme auront ouvert le flanc,
Ou permis qu'on l'ouvrît, mourront de coups de sang.
Proserpine , à ces mots , prend sa coupe divine ,
Et présente à Tardieu , par les mains de Lucine ,
Du fleuve heureux du Styx les salutaires eaux ;
Elle y puise et le calme et l'oubli de ses maux.
Mais , que vois-je ? ô surprise ! ô perte inattendue !
L'Hippocrate français se présente à ma vue ,
Me reconnaît , s'élance , et ce grand médecin ,
L'œil humide de pleurs , me presse sur son sein.
Tu ne tarderas point , me dit-il , cher Sacombe ,
A me rejoindre ici. Le mérite succombe ;
Le crime , heureux triomphe , est à l'ordre du jour ;
Il m'a précipité dans l'infernal séjour ,
Où du Roi des enfers , toujours inexorable ,
Je viens de recevoir un accueil favorable.
De mon triste destin , sans doute il a pitié ,
Et m'attache à la Cour de sa belle moitié.
Si jeune encor , Bichat , qui t'a tranché la vie ?
Je te l'ai dit : le crime excité par l'Envie.
L'École et l'Institut m'appelaient.... Sous mes pas ,
Dans la salle des morts , j'ai trouvé le trépas.
De mon amour pour l'art , l'art m'a rendu victime ;
Un piége , sous mes pieds , fut dressé par le crime.
Une trappe infernale.... Arrête. j'en frémis ;
A ce trait je connais mes lâches ennemis.
Satisfait d'avoir vu les champs de l'Élysée ,
Je sortais à regret par la porte opposée ,
Lorsqu'une ombre nouvelle , admise aux sombres bords ,
Du séjour des vivans , descendait chez les morts.
Ses flancs sont entourés d'une large ceinture ,
Qui d'une énorme plaie a bouché l'ouverture ;
Elle glisse , et le sang en jaillit à grands flots.
Mais que vois-je ? est-ce vous , épouse de Dénos ?
M'écriai-je : ah ! grands Dieux ! encore une victime ?
Jusques à quand des lois, l'organe légitime,
Sourd à l'humanité, froid à tous mes discours,
Laissera-t-il au crime un vaste et libre cours ?
Mon fils, pour déjouer un horrible systême,
Garde-toi d'invoquer l'autorité suprême.
L'erreur a ses martyrs. La persécution
Est de tout imposteur l'unique ambition.
En cédant à regret au pouvoir légitime,
Il se dit d'un tyran l'innocente victime.
Sa faiblesse intéresse, et l'on aime une erreur
Qui, sans ce stratagême, eût bientôt fait horreur.
Quand les Césariens, effrayés de leurs crimes,
Se verront démasqués par tes efforts sublimes,
Laisse-les se débattre, et que l'instruction,
Contre eux, en dépit d'eux, arme l'opinion.
Ce juge irréfragable, alors brisant leur chaîne,
Marquera ton triomphe et leur chute prochaine.
La voix de la Nature étouffera leurs cris,
Et leurs noirs attentats partout seront proscrits.
English text
O night both delicious and fleeting!
How insipid the God of waking seemed to me,
When he came suddenly, with indiscreet zeal,
To tear me regretfully from the sweetest dreams.
I dreamed that, borne upon the chariot of Lucina,
Beside her and Apollo, God of Medicine,
After crossing the Aërian mountains,
We both descended to the Elysian fields,
In order to visit there the fortunate shades,
Of women in *labor*, murdered by the art.
I questioned them, and each in her turn,
Depicted her misfortunes to me, without fear and without evasion.
Soon after, from the heart of the fortunate isles
We fly to the underworld. The shades condemned
For having dared to pierce the flank of the fair sex,
For having, without pity, shed floods of blood,
François Rousset, Bauhin, and their numerous accomplices,
Present themselves to my gaze, in the midst of torments,
Deploring their fate, I gave thanks to the Gods
For having thus punished their heinous crimes,
When sweet sleep fled from my eyelids.
And meanwhile Aurora, for the God of light,
Was opening in the East the two gates of day,
When upon her chariot Lucina arrives in this abode,
Embellished by the brilliance of her immortal glory.
Awake, my son, and let us depart, she tells me.
I come to make real the dreams with which the night
Has charmed your sleep, in the depths of this retreat.
I obey, and suddenly, swifter than thought,
The chariot flies and I arrive at the Elysian fields,
Charming places, shaded by thick foliage,
Where innocence and peace reign at once.
When shall I go to dwell in those fortunate isles,
Destined by fate for beneficent mortals,
Where the virtuous man, without fear and without remorse,
Mourned by the living, lives again with the dead?
The sound of our approach in these dark abodes,
Makes the shades eagerly flutter in our footsteps.
Lucina then says to me: see Jane Seymour,
Victim of hymen, victim of love.
This Queen so beautiful, in the spring of her life,
By a dark outrage was snatched from the English.
See her torn open flank, her eyes bathed in tears,
And shudder at the tale of her dreadful woes.
That fanatic tyrant, terror of England,
Who drenched this land with blood and murder,
Who six times rekindled the torch of hymen;
Henry, was to Seymour, husband and executioner.
Before this dreadful and memorable outrage,
Everywhere the pregnant woman, august and venerable,
At all times received the homage of mortals,
And often shared the incense of the immortals,
When braving the privilege of so holy a state,
A husband at once barbarous and sacrilegious,
Feigning to prefer, by a criminal choice,
The being still enclosed within the maternal womb,
To that being so dear in the eyes of nature,
Henry the Eighth, O crime! O height of deceit!
His heart intoxicated with joy, and his eye bathed in tears,
Spying out the pains of a natural *labor*,
Henry VIII.... Shall I say it? to my sister, his accomplice,
Ordered the torture of his fifth wife,
And, cowardly docile to this inhuman order,
Into the maternal flank my sister plunged her hand.
Heaven is just. One day this criminal work
Will cover its children with eternal shame,
And if the avenging Gods second my designs;
I will place my scepter in the hands of the Physicians,
Until the day when, ceasing its infamous maneuvers,
The art of the Césariens, abhorred by women,
Appalled itself by its own crimes,
At your voice will break its bloodstained scepter.
I adopt your children, God of Medicine,
Surgery will invoke Lucina in vain;
My arm will repel inhuman descendants,
Who dare to bathe their hands in floods of blood;
Who, madly captivated by a horrible chimera,
Dare to weigh a fœtus against its mother,
Or by a ferocious choice, akin to a crime,
Pitilessly sacrifice the most perfect being.
Unnatural, immoral, unfaithful husbands,
Whose hearts are prey to new flames,
Do you wish to abjure the oath of marriage,
To form new ties ten times, with impunity?
Imitate Henry VIII. Of your pregnant wife,
To our Césariens, deliver the flank without fear;
The laws have not foreseen this horrible outrage,
Your consent alone suffices for this assassination.
But in granting you the sweet title of father,
And your freedom, Surgery hopes
That you will proclaim, savior of the human race,
Him who knew how to forge the path of Caesar,
At these words, toward Lucine a bloodstained shade
Flies, rushes forward, and falls terrified.
I wish to reassure her, when with an angry eye;
Executioner of the human race, she says to me, is it you?
From the banks of the Seine into these somber dwellings,
Destroyers of the living, do you pursue the shades?
Is it you who have just torn open my side,
Baudelocque and Dubois? Tigers, drink my blood.
Reassure yourself, I say to her; a friend of nature,
Lucine is my only guide. Ah! without insulting me,
Can you confuse me with my enemies,
Me, who at their crimes am both indignant and shudder!
Forgive my error, young stranger, she said,
And you especially, kind and sensitive immortal.
Victim of the fury of two Césariens,
I believed they were following me to the Elysian Fields.
Before I lose the memory of it in this place,
Deign to lend an ear to this horrible story.
A living son, expelled from my womb at term,
Attested that the defect, inherent in the pelvis,
Could not pose an obstacle to my other children.
However, on the faith of the most sinister oracle,
Baudelocque and Dubois, arbiters of my fate,
Through a spirit of system resolved upon my death.
Already in labor for nine days, before term,
And still of an unalterable and steadfast courage,
I suffered without success the most horrible agonies,
When Dubois, his eye in tears, came to address these words to me:
This dwelling, for labor, seems to me ill-suited;
You will be better off with us, come into our hospice;
Art will lavish upon you the most powerful assistance;
I myself will better follow the course of the labor there.
The traitor had already surprised my trust,
I suffered, I say more, I was without suspicion;
And Dubois, profiting from the confusion of my senses,
Doomed me to death. To his wishes I consent.
It is done. He triumphs; and with his profane hands,
The perfidious man has already torn the membranes,
Which serve the child as a rampart and support,
And whose integrity testified against him.
But the sentence is passed. Heaven wills that I die.
For the last time I leave my dwelling,
And I arrive at the hospice where everything is prepared.
From all that is dear to me Dubois has separated me.
My husband, my friends, are far from my presence;
Alone with my executioners, and this immense crowd
Of curious students, eager for grand words,
Whom they deceive by doubling the sum of our woes,
And who, fanatical slaves of prejudices,
Bow their heads to the yoke of despotic masters,
Who, not content to sell error for its weight in gold,
Would further wish to reign over them by terror,
To enchain the vulgar, and beneath their tyranny
Enslave reason, stifle genius.
Credulous, I expected from art a prompt relief,
When Dubois... I shudder at it... After a long speech,
Before the eyes of the spectators, shamelessly uncovers me,
And pierces my womb, which in his rage he lays open,
When I held in horror an operation,
Of which the traitor had never made mention.
Finally, without my consent, without legitimate power,
Two leagued accoucheurs take me for a victim,
Deceive both their century and posterity,
By blinding the eyes to a truth,
That Sacombe was the first in France to be able to reveal,
A truth that will soon germinate upon my tomb.
Meanwhile, at twenty years of age, beneath the scythe of death,
I fall murdered; and you do not thunder,
Great Gods! Nothing can resolve you to avenge me!
For what greater crimes do you reserve your lightning?
Do you leave to our laws the task of avenging me?
In these days of anarchy, when the state in danger
Seems threatened with an imminent fall,
Audacious crime unleashes itself at will.
The laws, too weak a support for an unfortunate sex,
Resemble, in our days, the webs of Arachne,
Whose threads the greedy hornet, and the cruel wasps,
Break with impunity with their wings,
While the feeble insect always encounters there
Slavery, and often the end of its days.
To the students of the art Dubois shows my daughter,
And calls himself, without blushing, the God of my family.
Sad fruit of marriage, unfortunate child,
May you never regret being born!
But Dubois sold you your birth dearly enough,
To dispense your heart from gratitude.
O crime! O perfidy! O height of blackness!
What have I heard? Is it I, unhappy Vasseur,
I, who am the innocent cause of your death?
I shall know how to avenge it. My more powerful Muse
Will unveil their crime to the eyes of the Universe;
The Universe will shudder at their perverse designs.
Lucina then said to me: my son, see Cornelia,
Who, it is said, had the strength, or rather the folly,
To have her womb opened; too happy in dying,
To have given birth to that proud conqueror,
Whom an uncertain oracle placed, before five lustrums,
Among the number of heroes, of the most illustrious Kings.
A poet has said it. These fierce virtues
Can only dwell in corrupted hearts;
In vain did Rome admire her: this illustrious Roman woman
Had a soul, in my opinion, less great than inhuman.
Mad ambition, a criminal sentiment,
Triumphed in her heart over maternal love.
Goddess, with reason, you blame Cornelia;
But this other immortal Roman woman, Aurelia,
Who, to give birth to the first of the Caesars,
Had her flank laid open, seems to flee our gaze!
Here she is, says Lucine: no scar
Attests to the eyes that art opened her womb.
I told you so; of your Césariens
This romance of Caesar is founded on trifles.
To consecrate a murder, a horror of Nature,
Art alone fabricated this absurd imposture;
But it is not the only one. In this nearby retreat,
Let us go interrogate the shade of Alespachen,
In whom was performed the first of miracles;
If I believe de Bauhin, the *Appendix* to the oracles,
I see her approaching, we are going to know everything.
Alespachen, my son has come to see you,
And to verify a fact consecrated by history,
But which reason forbade him to believe.
Answer: Did your husband, a gelder of vile swine,
Receive authorization from the bailiff of Ourceaux
To pierce your flank? And through this opening
Did he withdraw the child? No, it is an imposture,
Never by my husband was my flank opened.
Ah! Gods, rather to die than to have suffered it.
You hear her, under Bauhin, as in the century in which we live,
All the Césariens have made a mockery of men.
Unmask them, my son, undeceive the Universe,
And let Truth triumph in your verses.
But here is Desmoulins, whom in seventeen hundred and forty,
Louis rewarded with an annual pension,
As the prize for her courage in allowing Soumain,
To plunge his Césarine hand into her blood.
All that intrigue and the fanatical spirit can do,
Was deployed by art in this comic work,
Of which here are the workings. From reason, from time,
Was born Truth, the scourge of charlatans.
At the court of Louis reigned Lapeyronie,
Child of fortune, artist without genius,
Possessing his art less than the art of the courtier.
Of the true, as of the false, a blind partisan.
Too vain to refuse, despite his distinguished rank,
To be the head of a party of which he was well worthy,
César Lapeyronie, ignorant impostor,
Became the protector of the minions of Rousset.
Founder of a school consecrated to error,
Under my name, but by me justly execrated,
Lapeyronie was a docile instrument,
Suited to finally annul the fatal judgment,
Rendered by the avengers of the cult of Lucine,
Against François Rousset and his murderous sect.
But he died too soon, and the scythe of death,
Which respects nothing, did not respect him.
And the disappointed hope of the Césariens,
Overturned their project, says the priceless Suë,
Who, Césarien though he is in his *Essais*,
Himself dares to bring suit against his peers.
Never had an occasion, more beautiful in appearance,
Revived the hope of our jugglers;
The influence of such a Chief, clothed in titles,
Suddenly came to raise their courage, beaten down
By the proscription of Rousset, of his daughter,
And of the Césariens, friends of the family.
They bore this cursed judgment on their hearts,
An irrevocable, odious, infamous decree,
Rendered against the sect hateful to Lucina,
And by Surgery and by Medicine;
But they had flattered themselves to fascinate the eyes,
To staunch all the blood shed by their ancestors.
Meanwhile, the Council, in its wisdom, decrees,
That for this purpose each member must prepare himself;
César Lapeyronie, on a solemn day,
Will have an eloquent, paternal discourse delivered,
Worthy of a Chief of a sect and of Surgery.
Simon will deliver the defense of the great Rousset.
Verdier, Lafite, Jard, Chavin, Gervais, Soumain,
Bourgeois, are reserved for the bold stroke.
For this treacherous blow, the children of Saint-Côme,
Took care to call upon Puzos the gentleman.
But the discreet Puzos, an anti-Césarien,
For the honor of his art, saw everything, and said nothing.
You see the long scar of Desmoulins,
But the cunning Soumain respected the womb.
This operation is the enigma of the fool,
GASTROTOMY, is its true word.
What was the denouement of this comic act?
The public alone was duped, and the academic eye,
Finer, more penetrating, saw, in these ten actors,
Honest men deceived by a few impostors,
Despite the Soumains, the learned Academy,
Was always the enemy of the Roussets, of the Bauhins,
And as at Saint-Médard one read: *By order of God,*
*No more miracles will be performed in this place.*
Meanwhile we walk. Of the Elysian fields,
The plain is divided by an azure river.
A light bark, at the foot of a great rock,
Awaits the traveler. We enter. The boatman
Suddenly transports us from one bank to the other;
Lightning is no swifter; in the blink of an eye I arrive.
The beauty of these places captivated my gaze,
When towards us at a slow pace advance two old men.
Their appearance grips me with respect and awe,
So much does their brow bear the august imprint of our Gods.
I had prepared to fall at their feet,
When Lucina tells me: It is Ambroise Paré,
Accompanied, everywhere, by his faithful disciple,
Guillemeau, who in the art surpassed his model.
Further on Brunet, Viard, Charbonnel and Marchand,
Followed them step by step, by a secret inclination.
Lucina approaches them and makes herself known to them.
As for me, in the rapture that the sight of them gave rise to,
I cry out! O my father! O sublime Paré!
Through you, the art of operating, ennobled, restored,
Owes you all its progress, in the century in which we live,
And places you forever in the ranks of the greatest men.
But what on my part has earned you altars,
What in my mind makes you equal to the immortals,
And places you beside my instructress,
Is to have demonstrated that never can the womb
Be incised, opened with impunity;
Is to have, by facts and reasoning,
Purged Surgery of a blood-drunk hydra.
However, when my verses make your defense,
Paré, my divine master, an author has the effrontery
To sully your laurels with the bloodiest affront;
An author without genius, to whom Medicine
Owes no more than the art of Ambroise and of Lucine,
A cold compiler of prolix writings,
Devoid of common sense, proscribed by good taste,
Chambon, dares to advance, in the first volume,
Of the dreams exhaled by his fecund pen,
That the immortal Paré, upon a poor outcome,
Brought an unjust case against the Césariens.
Chambon, said Guillemeau, has not read my work;
Five unfortunate attempts, in chaining the rage
Of Rousset, of Bauhin, his criminal agent,
Provoked against them this solemn decree,
Both of Medicine and of Surgery.
Emulator of your glory and your energy,
Paré, for twenty years, I have walked in your footsteps,
Amidst daggers, under the scythe of death.
I fear, replied Marchand, I fear that your courage
May excite their implacable rage against you.
At all times, in all places you will be their victor,
But the thunderbolt at any time may strike from their hearts.
Of the children of Rousset, whom talent irritates,
Locusta's poison is the favorite weapon.
I perished as their victim, in the spring of my days;
I remember it. I must remember it always.
With my brow wreathed in laurels, I had just fought
The frightful hydra, or rather I had just felled it;
Already François Rousset, Bauhin were vanquished;
Already by my arguments swayed, convinced,
The entire Faculty, Paris, our college,
Had proscribed from the art the sacrilegious outrage,
When I died struck by the most deadly poison.
Prophet of doom, Gilbert was right,
When he said to me, one day, in full Academy:
Fear the Césariens, *more* than an epidemic.
Ah! my son, dare to envy Marchand's fate!
He who serves humanity, must he fear death?
Die for the Truth, if you must, what does it matter to you?
Death opens the door of immortality
To noble benefactors, to friends of humanity.
At these words, amidst a grove of jasmines,
Whose perfume mingles with the perfume of the rose,
On the banks of a clear stream that winds and waters it,
Lucine presents me to the great men of the art,
Anti-Césariens. One of them is an old man,
A friend of Nature, whose experience
Has founded his science upon constant successes.
Peu, who performed five thousand deliveries in Paris;
Peu, the sworn enemy of all instruments;
Peu who said constantly, to whoever would listen,
That an honest accoucheur endowed with a tender heart,
Cannot, in *labor*, without being a criminal,
Plunge the knife into the maternal womb.
Lamotte is near him. This illustrious accoucheur,
Who owed to his wisdom both his glory and his luster,
Never performed an operation
Unworthy of gaining his approval.
Let us never open the flank of pregnant women,
Said Lamotte, and let us leave master Ruleau de Saintes,
Eager to thereby increase his reputation,
To entertain the public with a fiction.
Thus the astonishing adventure of Savineau,
Was but a simple opening of the abdomen.
The shade of Dionis flies to meet us,
And embracing the knees of my guide:
How sweet it is to me, he says to her, adorable Lucine,
To contemplate your divine beauty here!
You know if ever in the abode of humans,
I sullied your altars with my profane hands.
Disdaining the outrages of our Césariens,
I did not fear to state, in one of my works,
That Henry the Eighth, who permitted this horrible outrage
Upon Seymour, must have been a profound scoundrel,
And that the worthy agent of this ferocious husband,
Was neither more human, nor of a less atrocious heart.
Ould, English accoucheur, anti-Césarien,
Speaks after Dionis, and yields to him in nothing.
He maintains that this frightful, abominable act,
Unpunished by the laws, is no less condemnable.
Heister, Puzos, Rolfink, Jonhson, Smellie, Amand,
Paul Portal have delivered the same judgment.
But why is Mauriceau, incapable of such a murder,
Not in these realms? Mauriceau, so guilty
In the eyes of Déventer and the Césariens,
Deserved to inhabit the Elysian Fields.
My son, replied Lucine, a frightful tale
Has blighted the memory of this famous man.
Shortly you will see him, his arms laden with chains,
Expiating his crime in the abode of hell.
You do not yet know how barbarous is
The accoucheur whom false zeal or pride leads astray.
Meanwhile, aside, observe at this moment
Three famous accoucheurs, Pérard, Puzos, Clément.
Decorated by their King with titles of nobility,
The sight of a commoner tires and offends them;
Shut away in their tent, under vast curtains,
All three incessantly turn their backs to the accoucheurs.
What important service, for these learned Messires,
Lucine, has earned the favor of our Sires!
A few deliveries, fruits of clandestine loves,
Of royal Venuses, which elsewhere rhyme in tins.
The sun of the French, who from the sun of the world,
Had, not the purity, but the fecund heat,
In defiance of hymen, of its most sacred rights,
The great Louis made children in swarms.
The first offshoot of his adulterous flame
Was emerging, after nine months, from the womb of La Vallière.
Alone with Nature and her august lover,
La Vallière calls Clément to her aid.
Louis the conqueror, the greatest of Monarchs,
Of *labor*, on his fingers, bore, it is said, the marks,
When the fortunate accoucheur came to replace his King,
Who by a feeling of pride or fright,
From the feet of his Alcmene, at the first sound leaps away,
And hides in a corner, observing in silence.
Clément has good eyes, and feigns to see nothing,
Relying on Nature and her divine power.
Whether he was thirsty or not, Clément asks for a drink;
The Monarch forgetting both his rank and his glory,
Drunk with love, with joy, and with the voluptuousness,
That is born of the sacred right of paternity,
At the cries of the newborn, his hands bloodied,
His eyelids, tenderly moistened with tears;
The Monarch, in a word, satisfied, triumphant,
To have made three happy people, by forging a child,
Comes out of his ambush, and without further mystery,
Pours a drink for Clément; Clément quenches his thirst,
And tastes the pleasure of having for his lackey,
The rival of the sun and the King of the French.
It is at the bedside of his holy mistress,
And in the vivid transports of a blind jubilation,
That the Césariens, in favor at Court,
Made the King sign the impolitic edict
Of REVOCATION, fatal to industry,
And which from the bleeding arms of their motherland,
Tore away without pity the children of Calvin,
Whom Henry IV had snatched from the League in vain.
Protected by the Gods, Clément had the advantage
Of delivering both the Queen and the Nymphs of the Tagus.
Fortune and love, bound to his chariot,
Put the scepter in the hands of this prince of the art,
And among the Vulviens, the hereditary throne
Has caused, since that day, the misfortunes of the earth.
Force and Routine, acting at random,
Have transformed my art into a mechanical art.
Surgery has said to these hermaphrodites:
My operations will be forbidden to you.
Content to vegetate from the vulva to the anus,
Confine yourselves to reigning around the uterus;
Never cross these shameful limits.
Medicine has said to these hermaphrodites:
Women by routine, men by vigor,
Listen, and follow my laws strictly.
If during pregnancy or confinement, a storm
Disturbs the functions, causes some havoc,
Do not dare, cowardly usurpers,
To encroach upon my rights by playing the Docteurs;
Confine yourselves to the work that my pride disdains,
Or suddenly take back up the razor and the comb.
The wish of your two sisters, Lucine, is fulfilled;
Baudelocque and Bacqua, Dubois and Coutouly,
For fear of being forced to reopen their shops,
And to shave their customers for two sous,
Limit all their knowledge to mutilating the womb,
Which a defect in the pelvis presents in the woman in *labor*.
They humbly say to every pregnant woman
With milk fever or any other affliction,
*I am only an Accoucheur.* If you see fit,
I will bring you the Hippocrates Chambon,
*Formerly a Doctor*, who says new things
On the ailments of children, girls, women, widows;
At every grocer's his work is known,
From the Ladies of the Market he draws an income.
A pupil of Clément, Puzos had the weakness
To solicit titles of nobility at Court.
But more learned in the art than his instructors,
Puzos deserves a rank among the good authors.
And thanks to Morizot, editor of his works,
Who from a shapeless chaos, pruned his maneuvers,
To this wise Treatise the art may have recourse,
And the Doctor himself draws assistance from it.
Pérard was ennobled. The oracle of Saint-Côme,
Suë said of Pérard, that he was a very honest man,
That he loved his neighbor, that he practiced charity.
But as for his knowledge, his dexterity,
His talents, finally, his experience,
Master Suë kept the most profound silence,
Because he thought that the least erudite
Would well guess everything he did not say;
That the untalented Pérard neglected his studies;
And, eager to be admitted to the eight beatitudes,
Wanted it said of him: this son of Jesus Christ
Was very rich in virtue, but very poor in spirit.
He delivered the Queen. With gold and scheming
One is everything, without talent, in the land of intrigue.
André Levret, bather to Samuël Bernard,
Accoucheur at the Court, was the shame of the art.
Accoucheur to Marie-Antoinette of France,
Vermond was famous only for his ignorance.
With hands stained with the blood of Madame Tardieu,
Baudelocque delivered the two sisters of a false God.
And recently Dubois, guided by the three Fates,
Introduced to the Court of the maddest of Monarchs,
Thought, of the murder committed upon the woman Vasseur,
To erase the blackness in the blood of the Caesars;
But Baron Dubois, Chevalier Gentilhomme,
Alone knows the mama of the little King of Rome.
Ah! Lucine, let us approach, let us read these parchments,
That your noble minions display in their hands.
We Louis, etc. absolve of the sin of common birth,
Philibert de Clément, agent of Nature;
Will that his children, his ennobled nephews,
In perpetuity bear the fleur-de-lis,
Which on a field of azure attests their nobility.
This shameful monument of intrigue and weakness,
Will attest at least to posterity,
The holy austerity of the morals of the great Louis.
But what do I see? O Pean! is it you, august shade?
Miserly with her gifts, if unjust Nature
Refused you that art of subjugating hearts,
Of swaying minds by conquering charms,
She made you at least her faithful interpreter;
Your ever-sure hand, always ready at need,
Has proven a thousand times, that every childbirth
Could be concluded by this single instrument.
To speak a truth is merely sheer stupidity,
Said Pean, and too late, I recognized my foolishness.
The truthful man, in my art, makes a thousand enemies,
His honor, his rest, his life are jeopardized.
As long as Truth, the ingenuous daughter of the Gods,
Appears completely naked to the eyes of mortals,
She will be scorned, and her divine charms
Will not triumph over the charms of error.
It is not at all in these places that one betrays one's thought:
Listen. If the Gods of the Elysian Fields,
Brought me back again to the dwelling of humans,
With knives, with hooks, I would arm my two hands.
Women in labor would be slain in the womb;
Bolder than Sigault, I would break the symphises
Which join the two ilion bones to the sacrum,
My fortune would suddenly increase by a million.
From Amsterdam to Madrid, and from Paris to Rome,
The echoes would repeat: Pean is a great man,
And, King of the accoucheurs, Pean, from atop a chariot,
Would impose laws upon his subjects in the art.
To Pean's discourse, I burned to reply,
And without difficulty, in two words, I could have confounded him,
By proving to him at least, that happy and without remorse,
He had taken our regrets with him among the dead.
But already far from us his fleeting shadow
Has regained the bank of the Elysian river;
Lucina then said to me: he has well deserved
Of the art, of Nature and of humanity.
I will say more, Pean through his sound practice,
Must have earned the hatred of French accoucheurs;
But under André Levret, famous wielder of instruments,
A usurping tyrant of my scepter in Paris,
This hatred in my eyes was a title of glory,
And alone would have consecrated the memory of his name.
On a solemn day, forever celebrated,
A magistrate moved by the speech of Fabré,
A magistrate, Leblanc, dear to Surgery,
Will make a public defense of Pean;
And this just tribute of love and respect,
Paid by a good heart, will not be suspect.
Pean wins the victory over his rivals;
But alas! at what price? O Muse of history!
It is up to you to transmit to centuries to come,
The horrible memory of Pean's misfortune.
Pean, just like you, believed in Nature;
Just like you, Pean abhorred imposture;
To my laws, like you, Pean always submissive,
Like you drew numerous enemies upon himself.
Pean, unable to confound them with his speeches,
Offered to answer them with positive facts.
Without so much verbiage and vain arguments,
I oppose successful childbirths to your speeches,
He said: it is in my art that all my science lies,
My tongue will say but one word, *Experience*.
Twenty times this fine challenge given to his rivals,
Was twenty times crowned with the happiest successes.
But, O unheard-of and profound villainy,
Whose guilty hope is founded on murder!
Pean delivered well, but during the nine days,
Out of twelve women, six almost always died,
Ah! Lucine, stop; I shudder and dare not
Ask you the cause of this dreadful reversal.
Finally well convinced by the effect of the cause,
Wretch! said Pean, I have lived only too long;
But could I have foreseen the destiny that crushes me?
The hatred of my jealous rivals is implacable;
To avenge themselves upon me, their sacrilegious hands
Would plunge humans into the grave by the thousands.
Ah! let us flee. Let us spare victims from the fair sex,
Regrets from my heart, and new crimes from the art.
The unfortunate Pean, at fifty-five years of age,
Tears himself from his homeland, and goes to the Tuscans,
Where he was drawn, not by the thirst for wealth,
But by the honorable wish of the august Duchess,
Who died while still young, and took with her
The regrets of all her subjects, as well as of Pean.
Pean then returned to the banks of the Seine,
And so as not to reopen a bloody arena,
His name, so long ennobled by his successes,
For his own peace, was plunged into oblivion.
I am no longer surprised, dear Pean, if your shade,
At the sight of a mortal, has a dark and somber mood.
Here, Lucine said to me, is one of your great-grandfathers,
Whom chance, my son, has just presented to our eyes.
Of the cult of Calvin, which I honor and esteem,
This old man was the apostle and the illustrious victim.
Benezeth, she said to him, permit that to your wishes,
To your embraces, I offer one of your nephews.
O you! the honor and glory of my family,
Deign to recount to me the history of your misfortunes.
I was the Hippocrates and friend of Coligny.
The night that preceded Saint Bartholomew's Day,
Frightful night, when Paris, prey to Fanaticism,
Offered the Protestants an image of Troy;
On the faith of treaties we were enjoying sleep,
When these terrifying cries hastened my awakening.
"Help me, dear Benezeth, I am dying, I am being murdered;"
These sharp cries came from the neighboring room.
Eyes half-closed, naked, unarmed, I rush forward,
Without knowing where I am going, I was flying to the rescue;
When I see the Admiral, his eye dim and lifeless,
From the arms of the assassin, whose blade had snatched it away,
Measuring the height of his burning mansion.
Besme is the infamous author of this foul deed.
Dripping with blood, Besme rushes at me,
Seizes me by the hair and with a single lance-thrust,
This furious tiger, before the eyes of his soldiers,
Plunges me from sleep into the night of death.
My soul, O Coligny, hastened to follow you;
He spared me at least the horror of surviving you.
He spoke: and we see the august Navarrois,
The first of the Bourbons and the greatest of Kings;
The most faithful friend and the best of fathers,
Who from a century of iron drew prosperous days,
And of whom all the French, happy and triumphant,
Were less the subjects than the very children.
"Ventre-Saint-Gris," he said, "if I believe appearances,
You were born French. Tell me if France
Is happy and faithful to my sons the Bourbons?"
"France at last breathes, and your sons are too good,
Of the wicked sooner or later they will be the victims.
Who more than you had legitimate rights to the throne?
And vile assassins, lawless, without honor...."
"Ah! France, I lived too short a time for your happiness,"
He said: but the implacable enemy of the Bourbons,
Rome, which finally saw the crown secured
Upon the brow of a Monarch, friend of the great Calvin,
For the tenth time did not strike in vain.
He spoke: and just as one sees a light vapor flee,
I saw the dear shade of good Henri fly away,
My great-grandfather follows it. Suddenly in a grove,
From a feminine group, I hear the lively cackling;
I stop and I see ten women reclining,
Who were speaking all at once and without being heard.
Lucina, smiling, then said to me softly:
Do you know what is the object of their noisy debates?
I do not understand, I told her, a word of their quarrels.
Ten wives of accoucheurs are arguing among themselves
Which of their husbands has best deserved
His fortune, his rank, and his celebrity.
The combat will be heated; vanity is involved;
The signal is given, they provoke each other, they clash:
Let us listen:
Do you think, wives of Désormeaux,
To tell us tales? Here is my answer in two words:
All three, in turn, you adorned his bed,
All three, in turn, you died in childbirth.
To become a widower three times, is that having good fortune?
Can these three bad outcomes bring honor
To any master of the art who practices and professes?
More fortunate than you, I am, I confess,
Wife of Pelletan, head of the great Hôtel-Dieu,
Professor at Saint-Côme and famous everywhere;
If in the art of delivering his science is doubtful,
It is because he has disdained this shameful part.
For me, said her rival, it is sweet to think,
That no one, in glory, can surpass me here.
My husband is the savior God of invalids,
Nature and glory were his only guides;
Academician, anatomist, author,
No one, like him, reached the height of the art.
He did not, I admit, have eloquence as his share,
But the tongue, in his art, is of slight advantage.
For any good Surgeon the hand is the great point.
Sabatier operated, but he did not disembowel.
Wives of a Baron, our cause is common,
No unkind words; we are two against one,
And we will prove to you, Madame Sabatier,
That our august husband mastered his trade.
Humane, compassionate, adroit, learned and wise,
He served his apprenticeship in the art under Baudelocque;
The master and the disciple have the same gentleness,
The same humanity. Ask Vasseur,
Or rather Claudine....
Ah! my dear Baudelocque!
Said Claudine weeping, my rat, at that time
When we both made little mannequins,
Fetuses of pink leather, or covered in nankeen,
Which were the true symbol of my worthy husband,
For they only lacked the gift of speech.
It was I who gave him the advice to be an author,
To metamorphose the fetus into a tumbler.
Three years before my death, he produced a large volume;
It is true that Petit-Radel held the pen.
In this beautiful golden age, where genius is vain,
My husband disdained the writer's trade.
Knowing how to earn gold is the useful science,
All other knowledge is harmful or futile.
As for his character, it is full of sweetness,
Heaven is in his eyes,
Hell is in his heart,
Said one of the two wives of Alphonse Le Roi;
We are little jealous of your learned husbands.
The Symphysis.... At these words, a thousand cries pierce the air;
Eight women, upon these two, pounce like lightning.
A hail of blows strikes, bruises, caves in
The chests and flanks of Alphonse's two wives.
Witnessing this spectacle and moved by pity,
I wanted to avenge each half of Le Roi,
When Lucine said to me: my son, let them be,
The quarrels of the dead are none of your business,
It is their sweet pastime. Apes of their husbands,
They do in these places what they do in Paris.
Among the spectators of this female combat,
My eye, Lucine told me, discerns with pleasure
Solayrés and Dufot. A doctor of Montpellier,
Solayrés believed he should ally himself with my sister.
Surgery then, braving Medicine,
Received, with transport, this child of Lucine,
Whose sound practice could have, undeniably,
Added to his glory, increased his credit.
But Solayrés died at the age when one begins
To reap, too late, the fruits of science.
Baudelocque and Dufot, both little boys,
Wrote down the lessons of Solayrés, their master,
From which each, as best he could, made for himself a catechism.
Here then is this subject of discord and schism.
Indè mali labes. Ah! please, let us move on,
That I may say two words to the Doctor of Soissons.
Dufot, clarify a somewhat bizarre fact.
At the head of an in-douze volume, Baudelocque
Complained, at least ten years after your passing,
To the savants of Paris, who did not believe him,
That your catechism, child of his genius,
Is his property? By the Styx, I deny it.
Baudelocque is a fop, an egregious impostor;
Of his book and of mine, Solayrés is the author.
At these words Solayrés humbly lowers his eyes.
My heart feels all the value of such an interview,
I say to him: O glory and honor of my art!
Solayrés, enjoy eternal happiness.
When Pluto, in Sicily, amid the countryside,
Had abducted Proserpine before the eyes of her companions;
Into the flanks of Etna, his hurtling chariot,
Flies and bears this young Beauty to the underworld.
The unexpected sight of these dark abodes,
Fearsome dwelling of the infernal shades;
The frightful howls of Cerberus in wrath;
The cries of the wicked a prey to their torments;
The daughters of the night, the black Eumenides;
The three fatal sisters, the homicidal Fates;
Everything, even the pomp of the throne and the King,
Inspires in Proserpine both horror and dread.
Pluto, to console a wronged wife,
Had a temple built for her in the heart of Elysium.
An eternal spring reigns in this abode
Where the brilliant star of day half penetrates;
Whose broken rays, through the foliage
Stirred by the zephyr, forge a passage.
With bushy pomegranate trees, with ever-green myrtles,
The approaches to this enchanted temple are covered.
We reach the palace that Proserpine inhabits.
I wish to present you, my son, Lucine tells me.
At these words, amidst the fortunate shades,
Destined for eternal happiness by Minos,
And whose immense crowd floods the portico,
We both enter this magical temple.
The Queen of the underworld, worthy wife of a God,
Addressed this speech to Madame Tardieu:
Innocent victim of a barbarous accoucheur,
Against such an outrage the complaint is legitimate.
I feel your misfortune and cannot avenge it.
For his own interest, Pluto must protect
The man whose ignorance has populated his empire.
Of the scourges of mortals, ignorance is the worst,
And of their accoucheurs, he is the most ignorant,
And the most immoral, I dare guarantee,
Said Queen Proserpine, pointing to Tardieu.
Tardieu, console yourself; console yourself, Lucine;
This King of accoucheurs, torn by remorse,
Despite Pluto, will descend among the dead.
Cruel Césariens, enemies of Sacombe,
You will descend long before him into the tomb.
All those who shall have opened a woman's flank,
Or allowed it to be opened, will die of apoplexy.
Proserpine, at these words, takes her divine cup,
And presents to Tardieu, by the hands of Lucina,
The salutary waters of the happy river Styx;
She draws from it both calm and the oblivion of her woes.
But, what do I see? O surprise! O unexpected loss!
The French Hippocrates presents himself to my sight,
Recognizes me, rushes forward, and this great physician,
His eye moist with tears, presses me to his breast.
You will not delay, he tells me, dear Sacombe,
In joining me here. Merit succumbs;
Crime, a happy triumph, is the order of the day;
It has precipitated me into the infernal abode,
Where from the King of the underworld, always inexorable,
I have just received a favorable welcome.
He has no doubt taken pity on my sad destiny,
And attaches me to the Court of his beautiful half.
Still so young, Bichat, who has cut short your life?
I have told you: crime incited by Envy.
The School and the Institute were calling me.... Beneath my steps,
In the hall of the dead, I found death.
For my love of the art, the art made me a victim;
A trap, beneath my feet, was set by crime.
An infernal trapdoor.... Stop. I shudder at it;
By this act I recognize my cowardly enemies.
Satisfied to have seen the Elysian fields,
I was leaving with regret through the opposite door,
When a new shade, admitted to the somber shores,
From the abode of the living, descended among the dead.
Her flanks are encircled by a broad belt,
Which has closed the opening of an enormous wound;
It slips, and blood gushes from it in great streams.
But what do I see? Is it you, wife of Dénos?
I cried out: ah! great Gods! yet another victim?
How long will the legitimate organ of the laws,
Deaf to humanity, cold to all my words,
Leave to crime a vast and free course?
My son, to thwart a horrible system,
Beware of invoking supreme authority.
Error has its martyrs. Persecution
Is the sole ambition of every impostor.
Yielding with regret to legitimate power,
He calls himself the innocent victim of a tyrant.
His weakness draws sympathy, and one loves an error
Which, without this stratagem, would soon have caused horror.
When the Césariens, frightened by their crimes,
See themselves unmasked by your sublime efforts,
Let them struggle, and let instruction,
Against them, in spite of them, arm public opinion.
This irrefutable judge, then breaking their chain,
Will mark your triumph and their coming fall.
The voice of Nature will stifle their cries,
And their dark outrages will be everywhere proscribed.