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Historical poem record

CHANT SIXIÈME.

J'AI chanté la Nature et son Temple , ou matrice ,

EnglishI have sung of Nature and her Temple, or womb, And her inherent force and her expulsive force.

Language
French
Date
19th century
Form
alexandrin
Editorial status
Reviewed source page
Text
Source and English

Unit 1 · poem · alexandrin · 131 lines

French

Block alignment is approximate: translation blocks are shown against their source line ranges, with untranslated gaps and overlaps surfaced rather than shifted into a verified line map.

Source lines 1-32

  1. 1

    J'AI chanté la Nature et son Temple , ou matrice ,

  2. 2

    Et sa force inhérente et sa force expultrice.

  3. 3

    Muse , dis-nous comment , sans appui , sans secours ,

  4. 4

    Fanni mit seule au jour le fruit de ses amours.

  5. 5

    De l'aimable Fanni la touchante aventure

  6. 6

    Est digne de passer à la race future.

  7. 7

    Saint-Wal , sensible , aimable , orné de mille attraits ,

  8. 8

    De l'amour à vingt ans sentit les premiers traits ,

  9. 9

    Un regard décida du destin de sa vie ,

  10. 10

    Il vit et pour jamais il adora Sophie.

  11. 11

    Sophie avec transport reçut un tendre aveu ,

  12. 12

    De s'unir à Saint-Wal son cœur forma le vœu.

  13. 13

    Mais l'honneur rappelait Saint-Wal à la victoire ,

  14. 14

    Et des bras de l'amour il revole à la gloire.

  15. 15

    Dans la saison où Mars permet à ses guerriers

  16. 16

    De goûter le repos à l'ombre des lauriers ,

  17. 17

    Saint-Wal revient aux lieux embellis par Sophie ,

  18. 18

    Mais aux désirs d'un père en esclave asservie ,

  19. 19

    Victime du devoir , en dépit de sa foi ,

  20. 20

    D'un hymen odieux elle a subi la loi.

  21. 21

    Madame , dit Saint-Wal , ne cherchez point d'excuse.

  22. 22

    Ce n'est pas vous , c'est moi , c'est le ciel que j'accuse ,

  23. 23

    Ce ciel qui me punit , de mon bonheur jaloux ,

  24. 24

    Ce ciel qui me flatta de l'espoir d'être à vous.

  25. 25

    Hélas ! puisqu'à jamais sa haine nous sépare ,

  26. 26

    Je fuis , et quel que soit le sort qu'il me prépare ,

  27. 27

    L'exil , le trépas même à mes yeux sont plus doux ,

  28. 28

    Que de voir mon amante aux bras de son époux.

  29. 29

    Il dit , et vole à Brest , confier à Neptuue ,

  30. 30

    Sa vie et les débris d'une immense fortune.

  31. 31

    On lève l'ancre , on part , et les flots écumans ,

  32. 32

    Paraissent , à regret , séparer deux amans.

English · approximate

Approximate · order partial

He speaks, and flies to Brest, to entrust to Neptune,

His life and the remnants of an immense fortune.

They weigh anchor, they depart, and the foaming waves,

Seem, with regret, to separate two lovers.

Scarcely two months having passed, already full of confidence,

The sailors were doubling the Cape of Good Hope,

When from the African mountains the unleashed children,

Descend roaring upon the mutinous waves,

And driving the zephyrs from their deep grottos,

Divide the Empire of both the air and the waters.

The air resounds afar with horrible hissings,

The long bellowings of the angry waves,

And the lightning and the thunderbolt and the hail and the storm,

Dread, despair, tears, cries of rage,

A thousand dreadful gulfs half-opened beneath their feet,

Offer the travelers the image of death.

And yet tranquil in the height of the tempest,

Saint-Wal awaits the blow that threatens his head.

The vessel struggles in vain without rigging, without masts,

Thrown upon a rock, it shatters there into pieces;

All perishes. The Ocean in its dreadful abysses,

With all their treasures swallows its victims.

Saint-Wal alone, whose fate heaven has protected,

In this dreadful disaster could not find death.

On floating debris, carried to the shore,

A wave throws him onto a wild island.

Without support, weak, prey to the horrors of hunger,

On these unknown shores he was perishing. Finally,

A young Indian woman, child of Nature,

Her quiver on her back, was wandering at random;

A cry is heard. She approaches, oh terror!

For a sensitive soul, oh spectacle of horror!

Source lines 1-32

  1. 1

    J'AI chanté la Nature et son Temple , ou matrice ,

  2. 2

    Et sa force inhérente et sa force expultrice.

  3. 3

    Muse , dis-nous comment , sans appui , sans secours ,

  4. 4

    Fanni mit seule au jour le fruit de ses amours.

  5. 5

    De l'aimable Fanni la touchante aventure

  6. 6

    Est digne de passer à la race future.

  7. 7

    Saint-Wal , sensible , aimable , orné de mille attraits ,

  8. 8

    De l'amour à vingt ans sentit les premiers traits ,

  9. 9

    Un regard décida du destin de sa vie ,

  10. 10

    Il vit et pour jamais il adora Sophie.

  11. 11

    Sophie avec transport reçut un tendre aveu ,

  12. 12

    De s'unir à Saint-Wal son cœur forma le vœu.

  13. 13

    Mais l'honneur rappelait Saint-Wal à la victoire ,

  14. 14

    Et des bras de l'amour il revole à la gloire.

  15. 15

    Dans la saison où Mars permet à ses guerriers

  16. 16

    De goûter le repos à l'ombre des lauriers ,

  17. 17

    Saint-Wal revient aux lieux embellis par Sophie ,

  18. 18

    Mais aux désirs d'un père en esclave asservie ,

  19. 19

    Victime du devoir , en dépit de sa foi ,

  20. 20

    D'un hymen odieux elle a subi la loi.

  21. 21

    Madame , dit Saint-Wal , ne cherchez point d'excuse.

  22. 22

    Ce n'est pas vous , c'est moi , c'est le ciel que j'accuse ,

  23. 23

    Ce ciel qui me punit , de mon bonheur jaloux ,

  24. 24

    Ce ciel qui me flatta de l'espoir d'être à vous.

  25. 25

    Hélas ! puisqu'à jamais sa haine nous sépare ,

  26. 26

    Je fuis , et quel que soit le sort qu'il me prépare ,

  27. 27

    L'exil , le trépas même à mes yeux sont plus doux ,

  28. 28

    Que de voir mon amante aux bras de son époux.

  29. 29

    Il dit , et vole à Brest , confier à Neptuue ,

  30. 30

    Sa vie et les débris d'une immense fortune.

  31. 31

    On lève l'ancre , on part , et les flots écumans ,

  32. 32

    Paraissent , à regret , séparer deux amans.

English · approximate

Approximate · order partial

She sees, stained with blood, stretched out on the shore,

A dying stranger, who in a plaintive voice,

Expressed his sorrows to the moved echoes.

His sighs, his sobs, his youth and his tears,

Inspire in Fanni the keenest alarms,

With a compassionate air, her eyes bathed in tears,

Pressing his damp hair between her fingers,

To the Sun, for Saint-Wal, she addresses her vows,

And suddenly holding out a helping hand to him,

She offers his weakness a favorable support.

Into the hollow of a rock, a safe and simple retreat,

Trembling Fanni has already secretly led him.

From the fruits of the coconut tree, of the wild mangrove,

Friendship for her guest extracts a sweet beverage,

Which in his feeble body prey to languor,

Gradually revives the vigor of his spirits.

Soon by the fireside, her chaste and timid hand,

Detaches Saint-Wal's damp clothing.

The unfortunate sex knows not modesty,

Save in places where innocence has lost its candor.

Beautiful in her charms, in this still pure island,

Woman, contemplating Nature without blushing,

Did not have the art of putting a veil on her charms;

Soon Fanni prepares a rustic meal,

Saint-Wal is reborn at last, Saint-Wal owes her his life,

And the ingrate, in Fanni, sees only his Sophie.

Fanni, may your soul know not the torment,

Of cherishing an unfeeling lover without return!

Fanni follows the natural inclination of her heart,

Saint-Wal is no longer a man, he is a God to her.

To serve him, to adore him, to contemplate him always,

This sweet hope suffices for the happiness of her days.

Source lines 1-32

  1. 1

    J'AI chanté la Nature et son Temple , ou matrice ,

  2. 2

    Et sa force inhérente et sa force expultrice.

  3. 3

    Muse , dis-nous comment , sans appui , sans secours ,

  4. 4

    Fanni mit seule au jour le fruit de ses amours.

  5. 5

    De l'aimable Fanni la touchante aventure

  6. 6

    Est digne de passer à la race future.

  7. 7

    Saint-Wal , sensible , aimable , orné de mille attraits ,

  8. 8

    De l'amour à vingt ans sentit les premiers traits ,

  9. 9

    Un regard décida du destin de sa vie ,

  10. 10

    Il vit et pour jamais il adora Sophie.

  11. 11

    Sophie avec transport reçut un tendre aveu ,

  12. 12

    De s'unir à Saint-Wal son cœur forma le vœu.

  13. 13

    Mais l'honneur rappelait Saint-Wal à la victoire ,

  14. 14

    Et des bras de l'amour il revole à la gloire.

  15. 15

    Dans la saison où Mars permet à ses guerriers

  16. 16

    De goûter le repos à l'ombre des lauriers ,

  17. 17

    Saint-Wal revient aux lieux embellis par Sophie ,

  18. 18

    Mais aux désirs d'un père en esclave asservie ,

  19. 19

    Victime du devoir , en dépit de sa foi ,

  20. 20

    D'un hymen odieux elle a subi la loi.

  21. 21

    Madame , dit Saint-Wal , ne cherchez point d'excuse.

  22. 22

    Ce n'est pas vous , c'est moi , c'est le ciel que j'accuse ,

  23. 23

    Ce ciel qui me punit , de mon bonheur jaloux ,

  24. 24

    Ce ciel qui me flatta de l'espoir d'être à vous.

  25. 25

    Hélas ! puisqu'à jamais sa haine nous sépare ,

  26. 26

    Je fuis , et quel que soit le sort qu'il me prépare ,

  27. 27

    L'exil , le trépas même à mes yeux sont plus doux ,

  28. 28

    Que de voir mon amante aux bras de son époux.

  29. 29

    Il dit , et vole à Brest , confier à Neptuue ,

  30. 30

    Sa vie et les débris d'une immense fortune.

  31. 31

    On lève l'ancre , on part , et les flots écumans ,

  32. 32

    Paraissent , à regret , séparer deux amans.

English · approximate

Approximate · order partial

But it is not enough to see him, Fanni would like to hear him,

To depict for him the transports of a sincere and tender heart.

The pleasure for Saint-Wal of recounting his misfortunes,

The need for a friend sensitive to his sorrows,

His grateful heart, friendship, everything urges him

No longer to differ in customs and language.

Saint-Wal teaches his Emile the precious art

Of expressing thought and depicting it to the eyes.

For all his schoolchildren, Love makes everything easy.

To his lessons Fanni, each day more docile,

In these terms first learns to express herself.

*Saint-Wal be very handsome, me, Fanni, love him well;*

*Love him yesterday, tomorrow, always, all of life,*

*But he not love me, for me is not Sophie.*

Meanwhile, consumed by regrets and weariness,

Saint-Wal counted ceaselessly both the days and the nights.

Since Sophie was separated from his fate,

Every day has equaled the duration of a century,

Every day he sees her in the arms of sleep,

And this illusion troubles him and hastens his awakening.

He accuses the sky and the winds and Neptune,

The importunate presence of the lovely Fanni

Barely excites pity in her favor;

Love, tyrant of hearts, banishes Friendship from it.

One day when Saint-Wal's sensitive companion,

To feed an ingrate was hunting in the countryside,

Left alone in his grotto, given over to his boredom,

With a mad hope his heart is suddenly intoxicated.

Sophie to her oaths promised to be faithful,

He said, and forever I separated myself from her.

What have I done? Is my rival then immortal!

And can I not in my turn lead her to the altar?

Source lines 1-32

  1. 1

    J'AI chanté la Nature et son Temple , ou matrice ,

  2. 2

    Et sa force inhérente et sa force expultrice.

  3. 3

    Muse , dis-nous comment , sans appui , sans secours ,

  4. 4

    Fanni mit seule au jour le fruit de ses amours.

  5. 5

    De l'aimable Fanni la touchante aventure

  6. 6

    Est digne de passer à la race future.

  7. 7

    Saint-Wal , sensible , aimable , orné de mille attraits ,

  8. 8

    De l'amour à vingt ans sentit les premiers traits ,

  9. 9

    Un regard décida du destin de sa vie ,

  10. 10

    Il vit et pour jamais il adora Sophie.

  11. 11

    Sophie avec transport reçut un tendre aveu ,

  12. 12

    De s'unir à Saint-Wal son cœur forma le vœu.

  13. 13

    Mais l'honneur rappelait Saint-Wal à la victoire ,

  14. 14

    Et des bras de l'amour il revole à la gloire.

  15. 15

    Dans la saison où Mars permet à ses guerriers

  16. 16

    De goûter le repos à l'ombre des lauriers ,

  17. 17

    Saint-Wal revient aux lieux embellis par Sophie ,

  18. 18

    Mais aux désirs d'un père en esclave asservie ,

  19. 19

    Victime du devoir , en dépit de sa foi ,

  20. 20

    D'un hymen odieux elle a subi la loi.

  21. 21

    Madame , dit Saint-Wal , ne cherchez point d'excuse.

  22. 22

    Ce n'est pas vous , c'est moi , c'est le ciel que j'accuse ,

  23. 23

    Ce ciel qui me punit , de mon bonheur jaloux ,

  24. 24

    Ce ciel qui me flatta de l'espoir d'être à vous.

  25. 25

    Hélas ! puisqu'à jamais sa haine nous sépare ,

  26. 26

    Je fuis , et quel que soit le sort qu'il me prépare ,

  27. 27

    L'exil , le trépas même à mes yeux sont plus doux ,

  28. 28

    Que de voir mon amante aux bras de son époux.

  29. 29

    Il dit , et vole à Brest , confier à Neptuue ,

  30. 30

    Sa vie et les débris d'une immense fortune.

  31. 31

    On lève l'ancre , on part , et les flots écumans ,

  32. 32

    Paraissent , à regret , séparer deux amans.

English · approximate

Approximate · order partial

*Be happy, Fanni, Saint-Wal is returning to France.*

Gods! when I lose all hope of seeing him again,

Saint-Wal dares, in fleeing, to speak to me of happiness.

Let us die, for the Indian death is an honor.

Let us imitate the Sun which dies in the bosom of the wave,

And is reborn each day to illuminate the world.

I was going to bury myself at the bottom of the ocean,

When suddenly in my womb, Gods! I feel a stirring:

I recoil in horror, and far from the bitter wave,

I savor in long draughts the hope of one day being a mother.

Already, constant witness of my sad misfortunes,

Diana had nine times traversed the Universe,

When suddenly I am seized by sharp pains.

The sadness in my soul has given way to fear,

In the excess of my suffering, I go, I come, I run,

I desire and I fear to shorten their course.

Weak, finally, I sit down, exhausted by fatigue.

Firmly leaning against the trunk of an old palm tree,

While I give free rein to my pains,

Suddenly in my womb a spring uncoils,

From a burning fluid that gushes out in waves,

I feel my feet bathed, my legs inundated,

Yet without pain I breathe for a moment.

I was, Saint-Wal, I was, I know not quite how.

To this deceptive calm succeeds another storm,

Despite myself, I struggle against it with courage,

An excruciating pain has torn my flank.

My mat and the turf are bathed in my blood.

I was expiring from weakness, when Nature,

Attentive to her work, to the progeny,

Dispelling my languor through vomiting,

Restored to my pains their force and their vigor.

Source lines 3-8

  1. 3

    Muse , dis-nous comment , sans appui , sans secours ,

  2. 4

    Fanni mit seule au jour le fruit de ses amours.

  3. 5

    De l'aimable Fanni la touchante aventure

  4. 6

    Est digne de passer à la race future.

  5. 7

    Saint-Wal , sensible , aimable , orné de mille attraits ,

  6. 8

    De l'amour à vingt ans sentit les premiers traits ,

English · approximate

Approximate · order partial

I have sung of Nature and her Temple, or womb,

And her inherent force and her expulsive force.

Muse, tell us how, without support, without aid,

Fanni alone brought forth the fruit of her loves.

The touching adventure of the lovely Fanni

Is worthy of passing to the future race.

Source lines 33-131

  1. 33

    Deux mois à peine échus , déjà pleins d'assurance ,

  2. 34

    Les matelots doublaient le Cap Bonne-Espérance ,

  3. 35

    Quand des monts Africains les enfans déchaînés ,

  4. 36

    Descendent en grondant sur les flots mutinés ,

  5. 37

    Et chassant les zéphirs de leurs grottes profondes ,

  6. 38

    Se partagent l'Empire et des airs et des ondes.

  7. 39

    L'air retentit au loin d'horribles sifflemens ,

  8. 40

    Des vagues en courroux les longs mugissemens ,

  9. 41

    Et l'éclair et la foudre et la grêle et l'orage ,

  10. 42

    L'effroi , le désespoir , les pleurs , les cris de rage ,

  11. 43

    Mille gouffres affreux entr'ouverts sous leurs pas ,

  12. 44

    Offrent aux voyageurs l'image du trépas.

  13. 45

    Et cependant tranquille au fort de la tempête ,

  14. 46

    Saint-Wal attend le coup qui menace sa tête.

  15. 47

    Le vaisseau lutte en vain sans cordages , sans mâts ,

  16. 48

    Jeté sur un rocher , il s'y brise en éclats ;

  17. 49

    Tout périt. L'Océan dans ses affreux abîmes ,

  18. 50

    Avec tous leurs trésors engloutit ses victimes.

  19. 51

    Saint-Wal seul , dont le ciel a protégé le sort ,

  20. 52

    Dans ce désastre affreux n'a pu trouver la mort.

  21. 53

    Sur des débris flottans , porté jusqu'au rivage ,

  22. 54

    Une vague le jette en une île sauvage.

  23. 55

    Sans appui , faible , en proie aux horreurs de la faim ,

  24. 56

    Sur ces bords inconnus il périssait. Enfin ,

  25. 57

    Une jeune Indienne , enfant de la Nature ,

  26. 58

    Son carquois sur le dos , errait à l'aventure ;

  27. 59

    Un cri se fait entendre. Elle approche , ô terreur !

  28. 60

    Pour une ame sensible , ô spectacle d'horreur !

  29. 61

    Elle voit, teint de sang, étendu sur la rive,

  30. 62

    Un étranger mourant, qui d'une voix plaintive,

  31. 63

    Aux échos attendris exprimait ses douleurs.

  32. 64

    Ses soupirs, ses sanglots, sa jeunesse et ses pleurs,

  33. 65

    Inspirent à Fanni les plus vives alarmes,

  34. 66

    D'un air compatissant, les yeux baignés de larmes,

  35. 67

    Pressant entre ses doigts ses humides cheveux,

  36. 68

    Au Soleil, pour Saint-Wal, elle adresse ses vœux,

  37. 69

    Et soudain lui tendant une main secourable,

  38. 70

    Elle offre à sa faiblesse un appui favorable.

  39. 71

    Dans le creux d'un rocher, sûr et simple réduit,

  40. 72

    Déjà Fanni tremblante en secret l'a conduit.

  41. 73

    Des fruits du Cocotier, du Manglier sauvage,

  42. 74

    L'amitié pour son hôte exprime un doux breuvage,

  43. 75

    Qui dans son corps débile en proie à la langueur,

  44. 76

    Des esprits, par degrés, ranime la vigueur.

  45. 77

    Bientôt au coin du feu, sa main chaste et timide,

  46. 78

    Détache de Saint-Wal le vêtement humide.

  47. 79

    Le sexe infortuné ne connaît la pudeur,

  48. 80

    Qu'aux lieux où l'innocence a perdu sa candeur.

  49. 81

    Belle de ses attraits, dans cette île encor pure,

  50. 82

    La femme sans rougir contemplant la Nature,

  51. 83

    N'avait pas l'art de mettre un voile à ses appas ;

  52. 84

    Bientôt Fanni prépare un champêtre repas,

  53. 85

    Saint-Wal renaît enfin, Saint-Wal lui doit la vie,

  54. 86

    Et l'ingrat, dans Fanni, ne voit que sa Sophie.

  55. 87

    Fanni, puisse ton ame ignorer le tourment,

  56. 88

    De chérir sans retour un insensible amant !

  57. 89

    Fanni suit de son cœur la pente naturelle,

  58. 90

    Saint-Wal n'est plus un homme, il est un Dieu pour elle.

  59. 91

    Le servir, l'adorer, le contempler toujours,

  60. 92

    Ce doux espoir suffit au bonheur de ses jours.

  61. 93

    Mais , c'est peu de le voir , Fanni voudrait l'entendre ,

  62. 94

    Lui peindre les transports d'un cœur sincère et tendre.

  63. 95

    Le plaisir pour Saint-Wal de conter ses malheurs ,

  64. 96

    Le besoin d'un ami sensible à ses douleurs ,

  65. 97

    Son cœur reconnaissant, l'amitié , tout l'engage

  66. 98

    A ne plus différer de mœurs et de langage.

  67. 99

    Saint-Wal à son Emile apprend l'art précieux

  68. 100

    D'exprimer la pensée et de la peindre aux yeux.

  69. 101

    Pour tous ses écoliers l'Amour rend tout facile.

  70. 102

    A ses leçons Fanni chaque jour plus docile ,

  71. 103

    En ces termes d'abord apprend à s'exprimer.

  72. 104

    *Saint-Wal être bien beau , moi , Fanni , bien l'aimer ;*

  73. 105

    *L'aimer hier , demain , toujours , toute la vie ,*

  74. 106

    *Mais lui n'aimer pas moi , car moi n'est pas Sophie.*

  75. 107

    Cependant consumé de regrets et d'ennuis ,

  76. 108

    Saint-Wal comptait sans cesse et les jours et les nuits.

  77. 109

    Depuis que de son sort Sophie est séparée ,

  78. 110

    Chaque jour a d'un siècle égalé la durée ,

  79. 111

    Chaque jour il l'a voit dans les bras du sommeil ,

  80. 112

    Et cette erreur le trouble et hâte son réveil.

  81. 113

    Il accuse et le ciel et les vents et Neptune ,

  82. 114

    De l'aimable Fanni la présence importune ,

  83. 115

    En sa faveur à peine excite la pitié ;

  84. 116

    L'Amour , tyran des cœurs , en bannit l'Amitié.

  85. 117

    Un jour que de Saint-Wal la sensible compagne ,

  86. 118

    Pour nourrir un ingrat chassait dans la campagne ,

  87. 119

    Resté seul dans sa grotte , à son ennui livré ,

  88. 120

    D'un fol espoir soudain son cœur est énivré.

  89. 121

    Sophie à ses sermens promit d'être fidèle ,

  90. 122

    Dit-il , et pour jamais je me séparai d'elle.

  91. 123

    Qu'ai-je fait ? mon rival est-il donc immortel !

  92. 124

    Et ne puis-je à mon tour la conduire à l'autel ?

  93. 125

    *Sois heureuse, Fanni, Saint-Wal revient en France.*

  94. 126

    Dieux ! quand de le revoir je perds toute espérance ,

  95. 127

    Saint-Wal ose en fuyant me parler de bonheur.

  96. 128

    Mourons , pour l'Indien la mort est un honneur.

  97. 129

    Imitons le Soleil qui meurt au sein de l'onde ,

  98. 130

    Et renaît chaque jour pour éclairer le monde.

  99. 131

    Au fond de l'océan j'allais m'ensevelir ,

English

No translation for source lines 33-131.

Unit 2 · poem · alexandrin · 26 lines

French

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Source lines 1-26

  1. 1

    Je recule d'horreur , et loin de l'onde amère ,

  2. 2

    Je savoure à longs traits l'espoir d'être un jour mère.

  3. 3

    Déjà , témoin constant de mes tristes revers ,

  4. 4

    Diane avait neuf fois parcouru l'Univers ,

  5. 5

    Quand de vives douleurs soudain je suis atteinte.

  6. 6

    La tristesse en mon ame a fait place à la crainte ,

  7. 7

    Dans l'excès de mes maux , je vas , je viens , je cours ,

  8. 8

    Je désire et je crains d'en abréger le cours.

  9. 9

    Faible , enfin , je m'assieds , de fatigue harassée.

  10. 10

    Au tronc d'un vieux palmier fortement adossée ,

  11. 11

    Tandis qu'à mes douleurs je donne un libre essor ,

  12. 12

    Tout-à-coup dans mes flancs se débande un ressort ,

  13. 13

    D'un fluide brûlant qui j'aillit par ondées ,

  14. 14

    Je sens mes pieds baignés , mes jambes inondées ,

  15. 15

    Cependant sans douleur je respire un moment.

  16. 16

    J'étais , Saint-Wal , j'étais , je ne sais trop comment.

  17. 17

    A ce calme trompeur succède un autre orage ,

  18. 18

    Malgré moi , contre lui je lutte avec courage ,

  19. 19

    Une douleur atroce a déchiré mon flanc.

  20. 20

    Ma natte et le gazon sont baignés de mon sang.

  21. 21

    J'expirais de faiblesse , alors que la Nature ,

  22. 22

    Attentive à son œuvre , à la progéniture ,

  23. 23

    Par le vomissement dissipant ma langueur ,

  24. 24

    Rendit à mes douleurs leur force et leur vigueur.

  25. 25

    Libre d'un joug sacré, peut-être en son veuvage,

  26. 26

    Me cherche-t-elle en vain de rivage en rivage.

English · approximate

Approximate · order partial

Free from a sacred yoke, perhaps in her widowhood,

She seeks me in vain from shore to shore.

Ah! unhappy Saint-Wal... As he said these words,

His eye discovers a ship far off upon the waves,

He sees it, he plunges in, he cleaves the watery plain,

And soon by swimming he arrives out of breath.

The French Pilot receives him on board,

Lavishes his care upon him, and brings him to port.

Saint-Wal arrives in France, and thinks he will see Sophie again.

It is over, he is told, heaven has snatched her from you;

Sorrow extinguished the torch of her days.

Motionless and mute, leaning over her tomb,

His soul devoured by sharp remorse and sorrows,

Saint-Wal wept ceaselessly for an adored lover.

One day as he poured out his heart upon her tomb,

A letter is brought. O surprise! O sorrow!

Saint-Wal, I am as happy as I can be,

Fanni has traced this letter to inform you of it.

Dear and sweet half of the tenderest of hearts,

Saint-Wal, the Gods have taken pity on your Fanni.

Listen. I had had the finest hunt,

I flew to offer it to you... No more friend... I call you,

In vain I cry out Saint-Wal, Saint-Wal does not answer.

Weeping, I sought the trace of your footsteps.

The night, the following day, from evening until dawn,

In the fields, in the woods I sought you still.

Moved by my voice, the echoes vainly

Vied in repeating the name of my lover;

Finally, in despair, maddened by grief,

I let my thoughts wander upon the waves,

When I read near me, traced upon the sand,

These words, these dreadful words effaced by my tears: